Les Marches et l’Ombrie ou l’Italie secrète: Gubbio, l’aristocrate

Quand on approche de Gubbio, dans la lumière de la fin de l’après-midi, on se rend compte que l’on arrive das un endroit spécial. La ville semble avoir été littéralement creusée dans un flanc du Mont Ingino! Une ville d’un autre âge, comme tirée d’un conte de fées. La tour crénelée du  Palazzo dei Consoli doit y être pour quelque chose dans son allure médiévale. La plupart des bâtiments datent du XIV et XVe siècle et descendent en cascade jusqu’en bas de la colline et le théâtre romain, témoin d’un passé encore plus lointain. Si elle était faite femme Gubbio serait une belle dame la cinquantaine, stylée, racée, élégante, sûre encore de son pouvoir de séduction aimant la tradition, les plats raffinés et les objets bien faits.

Les objets bien faits comme la céramique, la majolique dont Gubbio est une digne représentante (elle fait partie du réseau national des villes de la céramique) et c’est justement dans l’atelier de céramique Rampini que nous faisons connaissance avec Gubbio… et le maître des lieux, Giampietro . Tout ici respire la tradition, des motifs (surtout Renaissance) aux objets proposés (vaisselle, vase). Giampietro nous fait visiter ses ateliers où des dans aux mains expertes traces les motifs avant la “vitrification”, cette cuisson qui donne le côté lustré aux céramiques.  La technique, minutieuse, m’impressionne, le côté noble de la terre transformée me touche… le produit beaucoup moins. Cela manque franchement de modernité, de frais…

Ce ne sera pas le seul artisan que nous rencontrerons sur notre route!  Nous entrerons dans un atelier de fer forgé… Un endroit sobre dans une vieille maison en ville où trônes la Madone, des petits Saints, des vieilles photos, une Vespa et plein d’outils. Presqu’un cliché de vieux film italien!  ET c’est encore un matériau noble travaillé par le feu et les ans des hommes. Et voir ces gaillards de cinquante-soixante ans manier de lourds marteaux par amour du métier, c’est impressionnant! Devant le métal rouge de chaleur, je reste comme hypnotisée…

Le troisième artisan, nous le rencontrerons dans le Palais Ducal. Comme je le disais en début d’article, Gubbio est une vieille aristo avec énormément de beaux restes et de cadeaux conservés de ses amants, notamment le Duc Frederic III de Montefeltro qui initia la construction de ce qui est à présent la boite à bijou de la ville! Dans ce bâtiment rassemblé autour de son élégante cour intérieur, on y trouve des œuvres d’art mais surtout, un endroit extraordinaire où nous attend Mastro Marcello: le cabinet d’étude du Palais. Ce petit espace, entièrement marqueté en trompe-l’œil est en fait une reproduction réalisée par l’atelier de Mastro Marcello et de sa famille. L’original se trouve au-delà de l’océan, au Metropolitan Museum of Arts à New York, suite à une histoire rocambolesque passant, le studiolo, déjà passé par plusieurs mains, fut acquis par un juif italien et expédié en Suisse alors que le fascisme contraint son propriétaire à fuir le pays. Le studio entier fut finalement acheté en 1039 par le MET. La copie fut inaugurée à son endroit d’origine, après un travail long de sept années, travaillant parfois des fils de bois de la taille d’un cheveux! Les livres, instruments, et même un perroquet qu’on pourrait croire empaillé sont reproduits avec minutie… Le plus impressionnant, c’est la reproduction des bancs sur les flancs de la pièces. On a envie de s’asseoir dessus… mais ils n’existent pas! Le jeu de perspective est vraiment déroutant! Sages comme des images, nous écoutons le maestro, petit homme à peine courbé par l’âge au charisme impressionnant, nous raconter l’histoire du studiolo et tous les efforts et les techniques utilisées pour le reproduire. La visite terminée, nous lui serons chaleureusement la main et partons pour la destination suivante.

En sortant du musée, nous nous rendons vers la place qui borde le Palazzo dei Consoli, pour admirer le soleil se couchant sur la cascade de rues médiévales… L’intérieur du Palais est plutôt austère mais c’est là que l’on y trouve un morceau fascinant, en tout cas pour moi, d’archéologie et de science: les tables eugibines.: 7 tablettes de bronze qui décrivent en latin et en ombrien (la langue des habitants qui précédait l’invasion romaine) les rites religieux des populations de la région. Nous seulement elles ont aidé à connaître les mœurs d’un peuple mal connu, mais elles ont aidé les linguistes à déchiffrer leur langue! Pour moi qui avait caressé l’idée d’une carrière à l’Indiana Jones, je suis littéralement fascinée! Notre hôtel, le Relais ducale, est un de ces hôtels de charme dont les vieilles villes ont le secret. Lui aussi est adossé à la colline, et sur plusieurs niveaux… Quand je découvre ma chambre et ouvre ma fenêtre, je tombe nez-à-nez avec la cathédrale… et vais bientôt réaliser que mes nuits seront rythmées par les cloches qui signalent les demi-heures! En attendant l’heure du dîner, je réfléchis à ce que j’ai vu. La plupart des artisans que nous avons rencontrés étaient des personnes âgées… L’Italie serait donc bel-et-bien un pays de vieux? Même si les jeunes, et la plupart des guides locaux que nous avons rencontré le sont, s’intéressent à ces savoir-faire, ils l’apprécient de loin… où en apprécie le produit fini… “Ça n’intéresse plus les jeunes”, voilà une phrase que j’aurai entendu plusieurs fois!  Et çà, c’est tout un patrimoine qui est menacé!

A la “Tarverna del lupo”, la table est raffinée mais conviviale. Un serveur plutôt spirituel badine avec les dames et fait sourire les messieurs. Dans l’assiette, la truffe est la reine de la région et nous la retrouverons dans presque tous plats… Noire ou blanche, elle sert en ingrédient de farce, marinée dans l’huile, où on la parsème en copeau… Ça change des spaghetti bolognaise!  Partout dans le restaurant, on voit “le lupo”, le loup. L’Ombrie, c’est la terre de Saint-François d’Assise et c’est à Gubbio que l’un des premiers écologiste répertorié conclut la paix entre les habitants de la ville et un  “Frère Loup” qui les terrorisait. Frère Loup en fut tellement marqué que, selon certaine version de l’histoire, il en devint végétarien!

La soirée se termine par un millefeuille léger comme son nuage de chantilly et doux comme une nuit de ce printemps précoce qui s’est installé sur l’Ombrie. Malgré les éclairages publics, on distingue les étoiles qui constellent le ciel. Je reste un moment à le regarder, histoire de voir si une étoile filante ne zébrerait pas le ciel pour que je puisse faire le vœux qu’une relève soit assurée pour les métiers de Gubbio…

Ce soir là, pas de chance!

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2 Responses so far.

  1. Il ne faut pas s’inquiéter parce que “les jeunes” s’intéressent moins à l’artisanat “antique”, cette sensibilité s’éveillera avec les années. D’autre part en habitant ce style de cité, il est normal qu’à leur âge, ayant baigné dans ce milieu, ils soient plus à la recherche de modernisme (internet aidant). Mais laissons faire les années…!
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