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April 2012

Les Marches et l’Ombrie ou l’Italie secrète: Gualdo, l’artiste cachée

Un soleil radieux se lève sur l’Ombrie. Comme je l’avais imaginé, la proximité de la cathédrale m’a empêché de dormir. Les cloches signalant toutes les demi-heures a été fatales à mon sommeil. Deux doubles esspressi plus tard, je suis plus ou moins opérationnelle. C’est le dernier jour en Italie et le programme de la matinée est chargé! Nous jetons un dernier regard sur l’admirable panorama de Gubbio et en route! La campagne ombrienne défile et une bonne demi-heure plus tard, nous arrivons à Gualdo Tadino… De toutes les villes visitées, c’est celle qui, à première vue, semble la moins “intéressante” mais en regardant de plus prêt… Il y a d’abords le Palais fortifié de Rocca Flea, une structure essentiellement militaire à l’origine, et elle aussi convertie en musée (on commence à en avoir l’habitude). Ce qui est particulièrement intéressant dans le cas de Rocca Flea, c’est que les partie les plus anciennes du bâtiment date de 1242 est qu’il est parfaitement préservé. Si bonne était sa préservation que la Rocca était encore jusqu’à 1985, une prison! Cela la changeait un peu de sa vocation de résidence des légats papaux… Raison pour laquelle certaines salles de ce palais pourtant militaires sont décorées de façon plus frivole que nécessaire. Le musée se divise en plusieurs partie: une archéologique, une pinacothèque (avec, comme pour les autres villes visitées, une collection centrée sur le XIVe au XVIe siècle, qui fut “l’âge d’or” de la région et son peintre “maison” Matteo di Gualdo) et… un musée de la céramique à lustre!

Gualdo est peut être moins connue que Gubbio dans le monde de la céramique (même si elle fait partie elle aussi du réseau des villes de la céramique) mais c’est ici que nous allons rencontrer un sacré personnage: Fiorella Mariotti. Une dame toute fine et énergique, peintre et réverbératrice, qui a repris les rênes de Vecchia Gualdo l’atelier de céramique  le plus fameux de la ville. C’est assez exceptionnel parce que non seulement traditionnellement, ce sont des hommes qui sont à la tête de ces ateliers mais en plus, les ateliers sont une faaire qui se lègue de père en fils hors ici, ce n’est absolument pas le cas! Avec Giampaolo Rondelli, elle est à la tête d’une entreprise qui entretien la tradition de la cuisson à la “muffola”, le four traditionnel qui sert à cuire et enfumer les céramiques et qui lui donneront le “lustre”, cet aspect iridescent. Pour ce faire, Giampaolo maîtrise l’art de la sélection et du mélange des essences de bois (mais aussi de branches de genévriers) afin de produire la température et la fumée exacte pour donner le lustre qu’il faut! Tout un art en plus de celui qui ornent les objets qui vont passer au four et un savoir qui date de 500 ans! On passe d’abords un échantillon-test dans la muffola puis lorsque c’est bon, on enfourne! Les céramiques en ressortent toutes noires de suies et c’est à coup d’éponge en laine d’acier que l’on nettoie le tout. Malheureusement, quand Fiorella et Giampaolo prendront leur retraite, il n’y aura personne pour leur succéder. La cuisson à la muffola est un processus contraignant, bien plus difficile que les nouveaux processus chimique qui apportent certes un lustre mais qui ne dure pas (le lustre traditionnel lui, est à vie). Dès lors, personne n’est venu frapper à la porte de Fiorella et Giampaolo pour apprendre et sauvegarder ce savoir… Pour le moment en tout cas!

La visite va prendre un tour tout aussi grave au Musée régional de l’Immigration Pietro Conti. Ce n’est un secret pour personne, et certainement pas en Belgique dont les Italiens forment la communauté étrangère principale: l’Italie est un pays d’immigration. Où que l’on soit dans le monde, on trouvera un Italien sur son chemin! Une histoire largement ignorée par les Italiens eux-même d’ailleurs! Ce musée et centre d’étude recouvre les raisons du départ des immigrés, leur voyage et arrivée dans leur pays d’adoption, le choc culturel, leur intégration, leurs réussites et leurs échecs. Parsemés dans plusieurs salles plongées dans le noir, des documents, objets et vidéos sont les principaux instruments qui servent à raconter l’histoire des immigrants: les appels à l’immigration du gouvernement belge, une valise, toute semblable à celle de ma grand-mère, des vidéos de longues files à Ellis Island, porte d’entrée du rêve américain, des lettres, dont celles d’un immigré de la région, parti ‘préparer le terrain” aux États-Unis pour sa famille et qui envoie ses recommandations à sa femme. Une missive pleine de conseils (et surtout de ne pas laisser de dettes!) avec bien peu de place aux marques d’affection entre époux. Un musée émouvant… si l’on parle italien! Il n’y en effet aucune traduction des notes explicatives et documents, pas même en anglais. Un fait malheureux qui ne nous a pas échappé et qui m’a mis je dois dire un peu en colère car si je parle italien, ce n’est pas nécessairement le cas des touristes et même des immigrés à partir de la deuxième génération. Mon frère par exemple, n’y comprendrai rien! Une note négative pour terminer ce périple mais qui, parait-il, ne serait pas tombée dans l’oreille de sourds…

Je laisse derrière moi cette région pleine de projets et d’espoir dans un projet à hauteur d’homme. Moi, je reviendrai… Je n’ai pas encore testé toutes les sortes de millefoglie! ;)

 

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  1. Julien@Voyageur-Independant
    le 19.12.2014

    Très beau paysages… Bon ce n’est pas Cape Town ;-) mais ça donne envie d’y aller!!!

  2. LaurentDeBangkok
    le 19.12.2014

    Bonne idée d’avoir incrusté une vidéo! Même si je ne parle pas l’italien, cela reste une langue agréable à entendre! ;-)

  3. Melissa
    le 19.12.2014

    Ah, la douce musicalité de la langue de Dante! ;) La vidéo n’est pas de moi… Je suis tombée dessus au hasard en faisant des recherches sur l’atelier de céramique et PAF surprise! ;) Il fallait que je la publie.

  4. Melissa
    le 19.12.2014

    Mais le patrimoine, Julin… le patrimoine! Tu vas me dire: Le Cap aussi… mais c’est l’Italie! ;)

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