- Naples , Italie -

November 2016

48 heures à Naples, 1ère partie : Plaisirs célestes, délices terrestres

13h Aéroport de Naples

Nous y voilà ! Emma d’Au goût d’Emma et votre blogueuse débarquons enfin ! Deux amoureuses de l’Italie, on est en pays de connaissance puisqu’il se fait que toute les deux avons à un moment suivi des études ici. Et je me sens un peu chez moi chaque fois que je reviens. Malgré tous ses défauts, la vie m’a toujours semblée plus souriante, plus légère en Italie. Et à peine sortie de l’avion, on est plongées dans le bain : boutique de mozzarella (hmmm…), gellateria, bar… Je ne m’attendais pas à trouver ce qui est quand même un petit aéroport, aussi agréable. Et c’est sur la terrasse du bar au hall des arrivées (oui, une terrasse) que nos hôtes nous accueillent avec quelques petites bouchées à déguster, en attendant la troisième larronne de l’équipe et qui nous arrive d’Espagne : La Viajera Empedernida

16h, Cloître de Santa Chiara

Des images floues flottent devant mes yeux, venant se superposer à ce que j’ai devant les yeux. Comme un vieux calque sur lequel on aurait dessiné au crayon et dont les traits seraient à moitié effacés. Nous sommes au Cloître de Santa Chiara à Naples et je suis déjà venue ici, il y a fort, fort longtemps.

J’avais 8 ans quand j’ai découvert Naples, la ville où ma grand-tante et son mari ont décidé d’habiter. A travers mes yeux d’enfant de la campagne, Naples m’était apparu comme un endroit complètement fou. D’abords, il y avait plein de gens, plein de gens qui parlaient fort. Et puis les maisons. Ces maisons de 3-4 étages d’où pendaient le linge, soit au fenêtre, soit sur des fils surplombant la rue de part et d’autre. Un horizon bouché aussi dans le tissu serré du vieux Naples. C’étaient aussi les « bassi », ces studios du rez-de-chaussée où un couple ou même une famille pouvaient loger en entier. Sous la touffeur de l’été napolitain, on n’hésitait pas ouvrir les portes en grand, exposant son intimité à tous les passants. Je me souviens aussi d’avoir été sur le toit d’une maison, pour voir l’équivalent italien de la patrouille de France faire de cabrioles dans le ciel, d’avoir roulé le long de la mer, d’avoir vu le trafic le plus insensé du monde et 5 gamins sur une Vespa et puis, je me souviens très bien du fabuleux panorama sur la baie de Naples.
Mais là, en marchant dans la travée entre les pilastres blanc de Santa Chiara, j’ai des flashes. Étrangement, je ne me souviens plus des colonnes de majolique, ni des fresques qui font la beauté du jardin. Et le cloître porte bien son nom puisque les sœurs Clarisses ne pouvaient en sortir. Les scènes représentées sur les bancs en céramiques étaient un peu leurs fenêtres sur le monde qu’elles avaient laissé en dehors des murs. Un jardin charmant rempli d’oranger lourdement chargés de fruits en cette saison.

Francesca, notre guide, nous fera terminer le tour du cloître par son petit café où l’on peut déguster un jus d’orange du jardin fraîchement pressé !

N’oubliez pas non plus de visiter l’église Santa-Chiara juste à côté, une des rares églises gothiques de Naples, même si elle été fortement remaniée et a dû subir une grosse restauration suite aux bombardements de la Seconde guerre mondiale. C’est ici que l’on trouve les tombes de nombreux rois de Naples, dont Robert d’Anjou.

17h, Piazza del Gesù Nuovo

A la fin de l’automne, la nuit tombe vite sur Naples ! A 17 heures, il fait déjà quasi nuit et la Piazza del Gesù Nuovo revêt ses habits de lumière. Au milieu de la place, une énorme colonne supporte une Madone de l’immaculée conception : la Guglia dell’Immacolata. Chaque année lors de la fête de l’Immaculée Conception, les fidèles se rendent en procession jusqu’à la colonne et les pompiers viennent déposer des fleurs aux pieds de la Madone, une continuation de la tradition d’invoquer la protection de la Vierge contre la peste. Mais ce n’est pas spécialement cette colonne qui retient plus les yeux, c’est bien un étrange bâtiment de pierre noire : la Basilique du Gesù Nuovo. Si elle n’a pas vraiment l’apparence d’un édifice religieux, c’est parce qu’à l’origine, il s’agissait du palais d’une riche famille : les Sanseverino. Princes de Salerne. Au 16ème siècle, Naples est sous domination espagnole et lorsque l’Inquisition est imposée par le roi d’Espagne, les Sanseverino appuie une révolte populaire. Cela leur coûtera la confiscation de leur palais et l’exil. Quelques années plus tard, le palais est venu aux Jésuites pour en faire une église. Comme il existe déjà une église de Jésuites à Naples, celle-ci sera surnommée « Gésù Nuovo ». Seule la façade de pierre volcanique et ses étranges projections en diamant seront conservés. De l’intérieur, je ne verrais qu’une idée, à travers la petite porte d’entrée… un intérieur qui semble richement décoré, dans un baroque extravagant !

18 h : Spaccanapoli et les crèches de Via San Gregorio Armeno

Lorsque l’on regarde Naples de haut, une longue voie semble couper Naples en deux : Spaccanapoli (coupe-Naples), c’est ainsi qu’est surnommée une suite de rues en ligne droite dont San Biagio dei Librai est la plus fréquentée. Et il faut prendre le temps d’y marcher pour se mettre dans l’ambiance de Naples : pleine de vie, de gens… les badauds se promènent, les commerçants prennent le frais sur le pas de leurs boutiques, les vespas se faufilent entre tout ce petit monde. Et on trouve une foule de petits commerces : vêtements, pâtes, charcuterie… l’œil est attiré de partout mais ce qui me titille le plus, ce sont les pâtisseries et il y en a plein ! Comment résister à la pastiera, une tarte à la ricotta et au gout de cannelle et de fleur d’oranger ? Ou aux sfogliatelle, des petits délices de pâtes feuilletées remplie de ricotta et d’agrumes confits ? Ou encore aux babas dégoulinants de rhum ?

Mais nous continuons notre route, emportés par la foule. Ce côté populaire, ville ouverte, on le retrouve par une curieuse statue située largo Corpo di Napoli : un monsieur barbu, semi-nu, est allongé avec une corne d’abondance et un sphinx devant lui : une statue du Dieu-Nil, souvenir laissé par des émigrés égyptiens, venu s’installer ici à l’époque romaine. Juste en face, à côté du Bar Nilo, se trouve une des curiosités les plus rigolotes de Naples. Il s’agit d’une chapelle dédiée à un personnage qui à un véritable statut de saint à Naples : la Chapelle miraculeuse de Diego Armando Maradonna. Oui, oui, celui de ma “main de Dieu”. Le joueur argentin a couru après le ballon pendant des années sous la vareuse bleu ciel du club de Naples et avec lui, a remporté championnat et championnat d’Europe. Jamais Naples n’avait connu çà ! C’est le patron du bar qui a crée cette chapelle et on y trouve même une mèche de cheveux du jour !

Par contre, Lectrice, Lecteur, si tu cherches une destination « marché de Noël insolite », pense à Naples car s’il y a un endroit qui a élevé la crèche au niveau du chef d’oeuvre, c’est bien elle ! Bienvenue à la Via San Gregorio Armeno où Noël, c’est toute l’année ! On ne sait pas trop pourquoi ni comment les crèches de Noël sont devenues si populaires mais c’est au XVIIIème siècle qui fut l’âge d’or des « preseppe » (scènes de nativité). Une crèche napolitaine traditionnelle Une crèche digne de ce nom comprend les figurines classiques d’une scène de nativité (Sainte-Famille, anges, bergers, Rois-mages) mais aussi des scènes de la vie napolitaine qui viennent enrichir le tableau. Sur un fond de ciel bleu (dont l’éclairage peut varier pour signifier le jour et la nuit), on trouve des éléments de décors : mangeoire, montagnes, maisons… le tout est arrangé dans un savant mélange de clair-obscur et de l’art de perspective pour tromper l’œil . Quand on a devant soi une crèche, on a l’impression d’être devant un tableau baroque.

Et c’est sur San Gregorio Armeno que vous trouverez vos figurines et votre décor. Certes, vous trouverez plein de petits stands avec les petits santons, des plus classiques aux plus… insolites (comme les figurines de Donald Trump ou de Maradonna) mais le must du must reste la figurine faite à la main. Et là, on ne rigole pas : une vraie figurine napolitaine comporte : un corps de paille articulé autour d’un squelette en fer (pour qu’on puisse donner une pause au santon), une tête et des membres de terre cuite finement sculptés, puis peints et des yeux en verre. Enfin, il y aussi l’intervention d’un couturier pour façonner aux figurines ses vêtements, des plus humbles oripeaux aux plus riches robes et manteaux, sans oublier les accessoires, comme les bijoux, paniers de fruits, de pain, etc. Etc. Et tout çà, nous aurons l’occasion de le voir dans l’atelier d’Ulderico Pinfildi, un maître-sculpteur de « pastori » que nous surprendrons en plein façonnage d’une Marie-Madeleine. Combien de temps faudra t’il pour la terminer ? Une dizaine de jours… ce qui relativise le prix qu’il va nous signaler… Les « pastori » artisanaux d’Ulderico démarrent à 400 Euros la pièce mais peuvent facilement arriver à 1200. Autant vous dire qu’il faudrait une vie pour constituer la crèche de tes rêves, Lectrice, Lecteur !

Car une fois que tu as tes santons, il faut encore le décor et vers la fin de la rue, c’est là que l’on trouve dans une cour quelques boutiques qui ne vendent que çà. C’est comme marcher dans des décors de cinéma en carton pâtes… mais en miniatures.

19h30 : Aperitivo et pizzas

C’est sur le parvis de San Lorenzo, au croisement de la Via San Gregorio Armeno et la via dei Tribunali que nous allons sacrifier à cette coutume italienne : l’aperitivo ! Voilà, il faut nuit, nous sommes fin novembre, nous sortons d’une ambiance on ne peut plus de Noël MAIS, on peut boire un Spritz en terrasse.

Mais qui dit aperitivo, dit que le repas principal n’est pas loin et comme nous sommes à Naples, il est d’une implacable logique nous allions manger de la pizza, puisque c’est ici qu’elle est née.  : sur la Via dei Tribunali se trouve LA pizzeria la plus populaire de Naples : Sorbillo et il suffit de voir la foule agglutinée devant les portes pour réaliser à quel point l’endroit est prisé : on dirait une entrée de boite de nuit en vogue ! Point de réservation chez Sorbillo : on arrive sur place, on se met sur une liste d’attente et on patiente jusqu’à ce que l’on appelle votre nom. Heureusement, comme il s’agit de pizzas, ça ne dure pas TROP longtemps. Privilégiés que nous sommes, nous avons un passe-droit et sommes rapidement emmené dans une salle au sous-sol réservée pour les événements et qui est totalement différente des salles principales : au rez-de-chaussée, c’est ambiance tamisée et bois/ Au sous-sol ; c’est plein éclairage et carrelage vintage. Nous nous installons et on nous apporte promptement le menu… Et le plus difficile, c’est bien de choisir : de la classique Margarita (LE mètre standard de la pizza) aux plus raffinées (avec des ingrédients nobles comme la mozzarella di buffala ou toute sorte de charcuterie D.O.P.), Sorbillo reste dans les clous de la pizza napolitaine. Vous ne trouverez pas d’extravagance du genre « poulet-ananas » ou « hamburger », le tout est de miser sur la qualité des ingrédients. Verdict ? Premièrement, lorsque ‘on voit la pizza arriver, on écarquille les yeux : elle est tout simplement énorme et je dois dire que j’avais l’impression que mon estomac allait affronter ce qui peut ressembler à une ascension de l’Everest. Mais en y regardant bien… les bords de la croûte sont merveilleusement gonflés et croustillants mais la pâte en dessous est vraiment toute fine donc, ça bourre moins et on goûte plus ce qui recouvre la pizza. Dans mon cas, j’avais choisi une « diavola », avec tomate, mozzarella et salami piquant. Pour accompagner, nous sacrifions à l’habitude italienne de boire… de la bière. Eeeeh, oui ! Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Italiens préfèrent accompagner leur pizza d’une bonne bière plutôt qu’un verre de vin rouge. Il existe même un mouvement de « food-pairing » qui mêle pizzas et bières. Nous choisirons donc une « Nazionale » issue d’une micro-brasserie qui est proposée au menu. Et avec tout çà, TOUTE la pizza a réussi à être engouffrée sans aucun problème !

Repue, fatiguée, il ne reste plus qu’à traîner mon ventre jusqu’à mes pénates napolitaines… et dans mes oreilles, un refrain bien connu : “Tu vuo fa’ l’Americano, ma si nat’ in Italyyyyyyyyy…

Cette balade napolitaine a été réalisée dans le cadre de l’Opération “#NaplesToday”.  Les opinions de l’auteure restent libres malgré le gavage lors de ces 48 heures.
Ma musique du départ #35 : Mondai Girl
Chengdu, extrait de Chine




  1. Tim - Faim de Voyages
    le 22.02.2017

    Haha c’est clair que les villes italiennes en général se lâchent un peu sur les crèches de Noël. Ils doivent avoir un bon budget Noël dans les mairies 🙂

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