- Anvers , Belgique -

November 2015

Anvers, comme un petit goût du large

Anvers et Bruxelles ont une relation un peu conflictuelle… les deux plus grandes villes du pays se regardant souvent en chien de faïence. Anvers, depuis des siècles un des plus grands ports d’Europe, qui a brassé marchandises, richesses et personnes. Ville de passage de toutes les cultures, Anvers a toujours eu ce dynamisme qui ne l’a jamais quitté. Et à Bruxelles, on la regarde un peu jalousement. Que ce soit l’architecture, la mode, les expos… tout à l’air plus avant-garde, et plus « cool » à Anvers. Je me réjouissais d’y aller, ça faisait longtemps. Très longtemps.

Mais voilà, le destin aura voulu que cela se passe le samedi 14 novembre, le lendemain des attentats de Paris. J’avais passé une bonne partie de la nuit à suivre les actualités et à partager la peine d’amis et d’anonymes sur Twitter. Finalement, Anvers est apparue encore plus comme une bénédiction, pour échapper à l’horreur. Car Anvers, même si je reste dans mon pays, a déjà un petit goût d’exotisme, par la langue, par son fleuve, par son style…

Et la ville montre sa superbe dès qu’on arrive chez elle, à la garde d’Antwerpen Centraal.

Antwerpen Centraal est sans doute la plus belle gare d’Europe (voir du monde, mais on ne le jurerait pas). C’est une immense cathédrale de pierre et de verre qui accueille les voyageurs. La Gare est elle-même immense, 24 voies, sur plusieurs niveaux. C’est un dédale qui mélange l’élégance de l’architecture néoclassique et la sobriété de l’architecture contemporaine, la gare ayant été rénovée il y a quelques années et le mélange est vraiment stupéfiant. La pièce maîtresse de la gare, c’est l’immense dôme qui surplombe la salle des guichets. En sortant de la gare, direction la Keizerlei pour se diriger vers le Centre-ville.

Probablement la plus belle gare d’Europe… Antwerpen Centraal ——- NDLR…. Le week-end dernier, c’était le coeur lourd que je partais en mission à Anvers pour une grande chaîne d’hôtel. Après m’être réveillée sonnée par les événements de la veille à Paris, j’ai contacté en urgence l’agence qui avait fait appel à moi. Impossible pour moi de réaliser cette mission comme elle avait été convenue. La tristesse autant que la décence le dictaient. Il fut donc convenu que je repousserai mon article et ma couverture en direct. C’est pourquoi je vous propose un #laterbreak, où je publierai cette balade à Anvers, dans l’ordre dans lequel je l’ai vécue, histoire de se changer les idées. #antwerpen #visitantwerp

Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

C’est au Mercure Antwerpen Centrum Opera que je vais poser mes valises, à 5-10 minutes à pied de la gare (et deux minutes du Meir). Situé dans une petite rue, le Mercure est donc plutôt au calme. Je suis accueillie avec un immense sourire par le réceptionniste. Chambre n’est pas encore prête, mais on me propose un coca pour patienter. Pendant que je sirote mon soda, j’en profite pour me connecter (le wi-fi est gratuit dans tout l’hôtel). Le lobby-bar est plutôt cozy, pas très grand mais décoré de façon à ce que ça ressemble au salon de quelqu’un avec ses chaises confortables et sa grande bibliothèque qui prend tout un pan de mur.
Pour ce séjour, je serai logée dans une vraie chambre single (assez rare dans ce genre de chaîne pour être mentionné). Première surprise, je suis logée au dernier étage (le 6ème). Sauf que l’ascenseur ne va que jusqu’au 5ème (si vous avez des problèmes de mobilités, mieux vaut le signaler). J’emprunte donc les escaliers de secours pour rejoindre l’étage. J’ouvre la porte et j’ai le plaisir de voir que la chambre est plutôt grande pour une chambre simple. La chambre est directement sous le toit (ça lui donne un petit cachet) et depuis la fenêtre, j’ai une jolie vue sur la ville. Comparé au reste de la chambre, la salle de bain, elle, est minuscule . C’est un 4 étoiles donc rien ne manque (produits d’accueil, sèche-cheveux) mais l’espace est tellement réduit qu’il n’y a pas de console pour poser ses affaires de toilettes (sauf étagères posées très haut, où sont placés les produits d’accueil et difficile à atteindre pour mon mètre cinquante). La chambre semble avoir été rénovée récemment (la télé HD et les lampes en témoignent) mais pourtant… on dirait qu’elle a déjà besoin d’un coup de frais… que ça n’a pas été rénové complètement. Est-ce la moquette ? Les appliques vieillottes ? La table et chaise qui semblent dater de 20 ans… Difficile à dire. Par contre, la literie est excellente et j’ai dormi comme une masse. Mais c’est déjà le début de l’après-midi et je me mets en route ! Alors, que faire quand on a 24 heures à Anvers et que ce samedi s’annonce comme particulièrement sinistre, météorologiquement parlant ?

Promenade en Centre ville d’Anvers

Bruxelles doit s’incliner : c’est Anvers qui est la Mecque du shopping en Belgique, surtout pour la mode. Je ne suis pas la plus pointue des fashionista, je passerai donc cette fois la Nationaalestraat et ses boutiques de créateurs pour le Meir. Le Meir, tout le monde en Belgique le connaît comme étant la 2è rue la plus chère au Monopoly.  C’est la grande artère commercante d’Anvers avec ses superbes bâtiments et ses grandes enseignes. Si une marque doit ouvrir un magasin en Belgique, c’est à Anvers qu’il ouvrira en premier… la dernière en date, c’est Uniqlo… et je ne peux pas m’empêcher de réaliser que le tiers des anversois ont craqué pour leurs doudounes ! J’irai y jeter un oeil distrait mais deux endroits ont retenu mon attention :

  • Le Shopping Stadfeestsaal : Littéralement, la salle des fêtes municipale,  elle a été convertie en centre commercial. Et à nouveau, Anvers en met plein les yeux : imaginer une espèce de théâtre dans lequel vous pourrez trouver sur deux étages boutiques et restaurant. En bout de salle, le bar Cortendonk est disposé comme un orchestre sur plusieurs niveaux, en demi-cercle. C’est juste superbe ! C’est là aussi que je vais découvrir une boutique (au beau milieu du shopping) :Flying Tiger qui ressemble très fort à un Hema, mais version scandinave (l’enseigne est danoise). Comme pour Hema, on trouve un peu de tout (maquillage, carte de voeux, objets de cuisine ou de déco, jouets…) à petit prix. Une vraie pépite !
  • The Chocolate Line : C’est la devanture du lieu où se trouve la chocolaterie, la « Paleis op de Meir » qui a attiré mon regard. La chocolaterie prend une partie du devant du bâtiment (pour le reste, on trouve un restaurant) et quand on y entre, c’est plutôt grandiose : haut-plafond, moulure, bois sombre, présentoirs et vitrines chics… on pourrait se laisser facilement impressionner ! Mais n’oubliez pas que vous pouvez vous concocter un petit sachet avec quelques pralines et vous en sortir pour seulement quelques euros. Suffit de demander aux vendeuses.  Si vous passez dans la salle à côté de la boutique, vous allez découvrir l’atelier chocolaterie.

 

Cathédrale Notre-Dame : avec la « Boerentoren » (la tour KBC, le premier gratte-ciel sur le continent européen), le clocher de la cathédrale est le signe qui guide le visiteur. On la voit de loin et elle aide à s’orienter. La cathédrale, commencée au XIVème siècle, n’a jamais été terminée mais ça ne l’empêche pas d’abriter quelques peintures de Rubens, l’enfant du pays. Malheureusement, lors de ma visite, la messe du samedi soir était en cours, la visite s’est donc réduite au strict minimum. Juste à côté de la cathédrale, c’est la Groenplaats, un large espace public construit sur l’ancien cimetière de la cathédrale. La pluie et le vent m’en auront vite chassé mais quand le soleil est de sortie, les terrasses doivent être pleine… Juste le temps de passer faire un coucou à la statue de Rubens et je passe faire un arrêt à la friterie « Max ».

Fritkot Max : c’est en voyant « Sinds 1842 » que j’ai décidé de m’arrêter dans cette « frituur » (comme on dit en Flandre). C’est un critère comme un autre… qui s’averera finalement payant : ca fait bien longtemps que je n’ai pas mangé d’aussi bonnes frites ! Elles sont dorées à souhait, croustillantes… elles étaient peut-être un tout petit poil trop cuites… mais c’est du chipotage. La particularité de Max, c’est que c’est le client qui se sert en sauce en sel. Comme partout en Belgique, la sauce est payée en extra mais le client se sert. Pour le sel, c’est bien et pas bien à la fois… le but est que le client puisse doser son sel comme il le veut mais une fois les frites servies dans le cornet, impossible de bien le répartir, au risque de voir valser vos frites par terre.

Si vous vous promenez entre la Groonplaats et la Groote-Markt, ouvrez l’oeil… vous pourriez passer à côté de la Vlaeykensgang, une rue cachée derrière de lourdes portes qui relie Oude Koornmarkt, Hoogstraat et Pelgrimstraat. Et y pénétrer, c’est comme atterrir dans un monde enchanté, hors du temps et de l’agitation de la ville. Des gens y habitent, mais on y trouve aussi des galeries d’artistes, des restaurants…  C’est génial !

En sortant de la Vlaeykensgang, on peut se diriger vers la Grand-Place, la Grote-Markt. Toute les villes de Belgique ont leur grand-place et elles se ressemblent toutes un peu, avec leur hôtel de ville, souvent en style gothique, et les maisons des guildes de style typiquement flamand…  la Grote-Markt est un peu différente : les maisons ont brûlé au milieu du XVIème siècle et toutes (y compris l’hôtel de ville) ont été reconstruites en style Renaissance  italico-flamand. Quand je compare avec la Grand-Place de Bruxelles qui possède de grandes sculptures et reliefs, les maisons de la Grote-Markt sont finement ornées et pleines de détails. J’en profite également pour faire un coucou à la statue de Silvius Brabo, le soldat romain qui mit fin au péage exigé par le géant Druon Antigone et jeta sa main coupée dans l’Escaut (d’où le nom de la ville en nérlandais: Antwerpen, pour “hand werpen”, jeter la main).

Je continue ma route, droit vers l’Escaut justement, vers la petite promenade qui a été aménagée. Le jour a décliné, le vent souffle, fort, une petite pluie vient fouetter le visage et le grand fleuve a le visage mélancolique. Plus en amont, le fleuve s’élargit et se jette dans la Mer du Nord. On pourrait presque la humer. Des bateaux passent… l’appel du large… puissant. Je pense à tous les migrants qui ont commencé le voyage vers une vie meilleure ici même, à Anvers. Et il y aussi Laurent alias One Chai, qui était ici il y a quelques jours et a embarqué sur un cargo à destination du Sénégal. Je ferai bien pareil, loin d’un monde devenu un peu plus sombre

Le froid monte, et en regardant vers la ville, je vois que les lumières de l’intérieur des maisons ont commencé à s’allumer. Je décide de revenir vers le centre, pour me réchauffer. Mes pas me conduisent du côté la Grote-Markt et je trouve un accueil chaleureux chez De Vagant.

De Vagant, c’est le temple de l’autre boisson alcoolisée belge : le genièvre. On en sert pas moins de 200 sortes au bar et la boutique de l’autre côté de la rue en vend 400! Le genièvre, c’est un alcool banc distillé à partir de grains et aromatisé à la baie de genévrier. Ses bouteilles, hautes, opaques, souvent en  grès, sont caractéristiques. Je m’assieds, et commande un cocktail au nom du bistro. Mes lunettes s’embuent avec la chaleur, le bar est plein… un bar tout en bois, chaleureux… Il y a un peu de tout dans ce bar. Je suis assise en bout de la table communale où un groupe de cinquantenaires boivent leur petite goutte joyeusement. Un couple d’amoureux sirotent des cocktails, un groupe d’amis accueille joyeusement un retardataire qui s’était dépêché de mettre son vélo en sécurité. Chaleur humaine dans un samedi noir…

Pour le dîner, j’ai décidé de me laisser porter par mes yeux en voyant l’atmosphère douillette de “De Kip“, un “eetcafé” sans prétention qui met l’accent sur le poulet et la grillade. Pas un restaurant, ni un snack, ni une brasserie, le “eetcafé” est bien ce qu’il dit être : un café où on mange. On peux y déguster de bonnes boissons comme un bon repas en général, simple. Je commande une soupe à la tomate (bol énorme) et une petite assiette de trois ailerons de poulets à la provençale qui arriveront avec une petite salade. Mon estomac encore noué des événements de la veille, j’aurai très bien pu me contenter de la soupe… mais je suis une monomaniaque du poulet et il était délicieux.

Je regarde l’heure… même pas 21 heures. Un peu tôt pour retourner à l’hôtel se coucher, et j’ai envie d’un cocktail. Je me dirige donc vers Cocktail at Nine.

Cocktail at Nine est un petit bijou, on passe une porte dans une petite rue… un joli patio, qui doit être bien agréable en été, accueille le client, avant d’entrer. On trouve deux espaces bien différents : le bar, avec ses tabouret et un éclairage énergique et un espace plus “lounge” avec de profonds fauteuils et canapés d’où on aimerait ne plus sortir. Il y a beaucoup de bois, et beaucoup de pierre, comme un mélange de médiéval et de contemporain. La liste des cocktails est assez impressionnante, et certains ont été primés. On peut même assister à des cours de mixologie.  Bien calée dans mon fauteuil, je vais siroter mon cocktail, une création maison à la framboise dans une ambiance mélancolique. Tout conspire à me faire chanter le blues ce soir… La météo, l’ambiance feutrée, mon état d’esprit… Je resterais là longtemps à réfléchir…

Le dimanche matin, le ciel semble avoir décidé de s’éclaircir un peu. En ouvrant les rideaux de ma chambre, je peux même voir un bout de ciel bleu et des nuages qui filent à toute vitesse à travers le ciel, poussés par un grand vent et je descends prendre mon petit-déjeuner. Il est en supplément, mais assez copieux.

Wake up and smell the salami… #anvers #accor #mercure #laterbreak

Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

L’estomac bien rempli, je me décide à sortir pour me diriger vers les quais de l’Escaut. J’ai décidé de consacrer ma journée à la visite du Museum aan de Stroom, un des musées les plus récents de la ville, et un joyau d’architecture contemporaine. Mais avant, je vais passer devant la Vleeshuis, “la maison de la viande”. Une halle monumentale qui appartenait à la guilde des bouchers. Ses briques rouges et blanches sont sensées représenter le rouge des muscles et le blanc du gras de la viande. A présent, cet immense espace est le musée de la musique de la ville. Comme un tournage était en cours, je n’y ai fait que passer.

Sur le chemin du MAS, j’ai également fait une incursion dans le quartier des pêcheurs et des schippers, le long de rues étroites bordées de petites maisons. C’est comme un mini village dans la ville! Enfin, je débarque sur les quais, pour humer l’air de l’Escaut sous le ciel changeant… On sent que tout le quartier est encore en cours de changement. Les projets sont importants afin de réhabiliter tout ce quartier et  tous les autres qui bordent le fleuve. Ici, c’est t’Eilandje, la petite île, le plus quartier portuaire d’Anvers. Au bords d’un ancien bassin, se dresse une tour de briques rouges et de verre : le Museum aan de Stroom.

Le MAS, c’est le grand musée sur la ville d’Anvers. 9 étages, un café, un restaurant, une terrasse et 6 étages d’exposition. Même les couloirs qui mènent aux différents étages, qu’on appelle le “Boulevard” est mis à contribution. Ironie du sort, c’est une grande exposition photo sur l’immigration des Belges lors de l’invasion allemande de la 1ère guerre mondiale. Comme pour rappeler que l’histoire n’est qu’une suite de répétition.

Le troisième étage est celui des expositions temporaires. Pour le moment, c’est un dialogue Istanbul-Anvers qui tient la vedette. Histoire des deux ports, leurs perceptions, des vidéos croisées des bateaux qui circulent mais aussi, et surtout, une installation vidéo où deux murs se font face, l’un montrant des Stanbouliotes, l’autre des Anversois, qui sourient. De tout âge, de tous sexes, d’occupation diverses. Il y a quelque chose de très touchants. C’est un peu comme si, de bords de l’Escaut au Bosphore, chacun avait un double qui lui souriait.

Les autres étages regroupent les expos permanentes qui ont été composées avec des collections d’autre smusées plus petits et de collections privées : Images du pouvoir (avec une jolie collections de katanas et une armure de samouraï), deux étages réservés rien qu’à Anvers et à son port et enfin, deux étages qui relatent la relation entre les hommes et la religion, avec des scénographies toutes différentes d’un étage à l’autre. Vu le manque de temps (j’aime bien traîner et flâner dans les musées), j’ai fait l’impasse sur l’étage consacré au port et le 1er étage consacré à la religion. Mais le dernier étages qui est dédié à l’après-vie a été mon petit coup de cœur avec une très belle collection de sculptures, de reliefs et d’objets pré-colombiens. Pour couronner le tout, une jolie terrasse au dernier étage permet d’avoir une vue imprenable sur toute la ville et là…  c’est le grand show, avec un ciel tourmenté et les rayons du soleil qui arrivent à filtrer à travers les nuages et frappent direct sur la surface de l’Escaut. Moment de grâce qui fait relativiser des bassesses du monde.

Au MAS, on peut aussi prendre de la hauteur en mangeant à l’étoilé ‘t Zilte mais attention, il n’est ouvert qu’en semaine et non les week-ends, ce qui est plutôt étrange. Heureusement, le Café Storm, au rez-de-chaussée du MAS, lui, est ouvert. Et il y a du monde venu se réfugier là avant d’aller affronter une météo qui vire à l’averse. Je commande une tartine au poulet, et une De Koninck, issue de LA brasserie par excellence d’Anvers.

Lorsque j’ai fini de déguster ma tartine et ma bière, je réalise qu’il est déjà l’heure de rentrer à Bruxelles…c’est avec un goût de trop peu dans la bouche que je retourne fouler les pavés de la Métropole… en me disant que ça ne serait pas trop que de passer au moins deux nuits d’hôtels à Anvers, la belle.

Cet article a été réalisé dans le cadre d’une opération avec Accor Hotels.
Ma musique du départ #32 : Hayolimdasan
#MelDoestheWorld : Valparaiso, paradis chilien




  1. Motmans
    le 24.04.2017

    Ma ville natale que je n’ai plus vu depuis dix ans , merci infiniment pour ces photos …et un énorme coup de blues ….