- Reims , France -

May 2015

Champagne pour les nuls : du Phare de Verzenay à Reims

Le ciel a décidé de bouder ce samedi. C’est comme si l’hiver ne voulait pas lâcher prise. Comme une ultime tentative malgré l’inévitable car il n’y a pas à s’y tromper : les primevères sauvages qui poussent à côté de la passerelle qui mène au Phare de Verzenay  sont formelles : le printemps est là! Un charmant petit chemin d’ailleurs, à travers les vignes destinées à la cuvée Louise Pommery. Tout le long des routes et chemins qui passent près de vignobles, vous verrez ces petites stèles qui renseignent à quelle maison ces récoltes sont destinées et celles de Louise Pommery sont particulièrement jolies, avec cette figure antique mais comme il commence à pleuvoir, je me dépêche de rejoindre le phare.

Mais oui, Lectrice, Lecteur, tu as bien lu : un phare, au milieu des terres. Il n’est même pas là pour surveiller une quelconque rivière traîtresse (on ne peut pas dire que la Marne ait l’air particulièrement périlleuse). Construit à la Belle Époque par un négociant en champagne qui avait un sens particulier de la publicité, son rayon lumineux a éclairé la plaine de Champagne pendant quelques années. Il y avait installé une guinguette et un restaurant et le phare était un rendez-vous prisé des bons-vivants des environs. Pendant la Première Guerre mondiale, il sera utilisé comme poste d’observation (ben tiens) par l’armée française. Il tombera dans l’oubli jusqu’à ce qu’un projet de musée ne soit mis en place et le voici donc : le musée de la vigne.

Dans un espace tout rond (comme une bulle, ou un grain de raison), vous apprendrez tout sur le cycle et le travail de la vigne, l’environnement qui entoure le phare mais aussi, le folklore et les contes de la région. Un audio guide vous est confié en début de visite et celui-ci se met automatiquement en route lorsque vous passez devant une station qui nécessite des commentaires. Et je dois dire que c’est assez agréable d’être ainsi guidée. La visite peut durer plusieurs heures si l’on s’attarde à lire tous les commentaires mais si vous êtes à cours de temps, suivre le rythme de l’audio-guide devrait vous prendre une heure trente.

Pour un supplément de quelques Euros, vous pourrez gravir les 101 marches du phare et profiter de la vue sur le village de Verzenay, la montagne de Reims et la grande plaine qui s’étale à côté. Et en cette heure matinale; je suis toute seule pour en profiter, même si ce ciel bas gâche un peu la fête! Lorsque je ressors du phare, c’est une petite dégustation qui m’attend (quoi? Il est seulement 10h30? Y’a pas d’heure pour le Champagne!). Le Musée a sa propre salle de dégustation, ça ne gâche rien… c’est donc toute joyeuse que je vais reprendre la route (sans conduire!) pour Reims.

Ah Reims… pour celle qui aimait se plonger dans des livres d’histoire, c’est un nom familier. Lieu de sacre des rois de France, la cathédrale vaudrait à elle seule le détour mais comme j’arrive à l’heure du pré-apéritif, je prends tout de suite la direction des Halles du Boulingrin.

Que voir à Reims ?

J’adore les marchés… et j’adore l’Art déco, les deux ensembles : bingo ! Reims est une ville très Art déco. détruite à 80 % après la Première guerre mondiale (décidément, après Le Havre, on dirait que je suis abonnée aux villes françaises ravagées par les guerres), son centre est reconstruit dans ce style, où dans un style hybride et la pièce de résistance, ce sont les Halles du Bouligrin, toutes en rondeurs. Étrangement, elles sont restées à l’abandon pendant 24 ans avant leur réouverture en 2012… et quel résultat! Sous la lumière diffuse des pavés de verre jaune, avec ses comptoirs en céramique, ses beaux légumes bien rangés, c’est un superbe endroit pour faire des photos. On dirait qu’on y a posé des spots exprès ! Tout est appétissant, et tout fait envie. Si les installations sont neuves, en hauteur, on trouve quelques enseignes vintage, rescapées de l’histoire des Halles. Soyez donc sûrs de venir à Reims un jour de marché!

Pour le déjeuner, j’ai rendez-vous avec Pascal de l’Office du Tourisme de la ville de Reims. J’essaie encore d’appréhender la ville, et écoute Pascal m’en parler mais pour mieux la connaître, il va me mettre entre les mains de Christine qui me guidera toute l’après-midi, sur un chemin à la fois historique et gourmand.

Reims est une ville ancienne, et malgré les destructions, il reste quelque chose de son passé de ville-garnison romaine, capitale de la Gaule Belgique (eh oui!) et surveillant la frontière de l’empire avec la Germanie. Et comme c’était une ville de soldats, le vestige le plus important c’est la porte de Mars (le dieu de la guerre), une arche qui marque les limites de la vieille ville. Étrange contraste : en dehors de ces pierres vieilles de quasi 2000 ans, une fête foraine attend son heure pour ouvrir…. C’est le début de notre promenade. Une découverte de Reims qui s’étalera jusqu’au lendemain midi.

Le Cours Jean-Baptiste Langlet : un vrai “court” à l’anglaise, avec une allée verte au milieu et le tram, flambant neuf, qui le traverse sur toute sa longueur. Né de la reconstruction, le cours est une succession de jolies demeures : hôtels particuliers, magasins… c’est une adresse plutôt chic que nous voyons là. On a aucun mal à imaginer les badauds des Années folles se promener dans une ville à l’époque toute neuve. J’ai été étonnée de voir à quel point les styles pouvaient se mélanger. Quelques fois, l’Art déco n’apparait qu’en détails subtils, comme si les architectes n’avaient pas osé et on trouve des bâtiments où plusieurs styles se mélangent. Pour les passionnés d’architecture, ça doit être comique d’aller à la pêche aux détails.

Cathédrale Notre-Dame de Reims :  Comme le champagne domine la Champagne, la cathédrale domine Reims. C’est l’attraction principale de la ville. Inscrite au patrimoine de l’UNECSO, c’est un chef-d’œuvre du style gothique, et un monument historique majeur. En parcourant la nef, on passe à l’endroit où Clovis, roi des Francs, fut baptisé par l’évêque Remi de Reims. Elle devait alors avoir une apparence bien différente! La cathédrale comme on peut la voir actuellement, est un mélange du XIIIème siècle et d’une reconstruction au XVème siècle. Et parlant de reconstruction, la cathédrale est en cours de rénovation et la grande rosace, pièce-maîtresse de l’ouvrage, était cachée par les échafaudages. Ce qui surprend le plus, c’est la hauteur des plafonds de la cathédrale : immense. Tout prosaïquement, alors que je frissonne à cause de l’humidité, je sors un  “Ça doit être difficile à chauffer quand il y a la messe!”. Christine rit… Je ne suis évidemment pas la seule à y avoir pensé.  Bien sûr, il y a des vitraux d’origines, d’autres plus récents, mais même du moderne et du contemporain. Dans la chapelle derrière l’autel, ce n’est pas moins que des vitraux dessinés par Marc Chagall. On y retrouve la couleur bleue que l’artiste affectionnait mais les couleurs sombres font que les vitraux contemporains d’Imi Knoebel dans les chapelles attenantes l’éclipsent complètement tellement ils sont lumineux. Formés des blocs géométriques de couleurs vives, ces vitraux abstraits semblent générer leur propre lumière. Un mélange plutôt inattendu ! Tout aussi inattendu que l’étrange sourire d’un des anges de la cathédrale, devenu mascotte de la ville.

La place de l’hôtel de ville, à côté, semble un peu austère avec sa statue de Louis XIII mais les terrasses doivent être bien agréables lorsque le soleil est là.

Les caves de G H. Mumm : Évidemment, impossible de faire un séjour en Champagne sans visiter la cave d’une grande maison. Et que dire en voyant certaines de ces fameuses maisons ? Si on regarde le Domaine Pommery, c’est un véritable château que l’on peut admirer car sous les pieds de Reims se trouve une véritable fortune : des kilomètres et kilomètres de galeries renferment le précieux breuvage et les millésimes les plus prestigieux. Et dans les caves de G H. Mumm, ce n’est pas moins de 25 kilomètres de galeries ! Le sous-sol de Reims et de ses environs est donc un immense gruyère!  A ce point du séjour, je connaissais déjà pas mal de choses… mais j’ai enfin pu faire la différence entre une bouteille Jéroboam et une Nabuchodonosor et tester les capacités de mes narines lors de la dégustation avec des petites fioles renfermant des arômes  dont il fallait deviner les noms et essayer de les retrouver dans le champagne. Pas facile, surtout pour les papilles! Astuce dégustation champagne : ne pas le boire trop froid ! Lors de la dégustation chez Mumm, j’ai bien eu de la peine à retrouver les arômes qu’on nous avait fait renifler en dégustant le champagne tout frais sorti du frigo. Par contre, quelques minutes plus tard, les arômes se sont enfin dévoilés. Laissez donc votre breuvage prendre un peu la température de la pièce. (différentes visites et dégustations sont proposées, à des prix divers, à vous de choisir votre expérience).

Les bonnes adresses gourmandes à Reims

Maison Fossier : Les amateurs de rose seront servis ! On ne présente plus le biscuit rose de reims : un biscuit à la vanille (et rien d’autre), doublement cuit (d’où son nom de biscuit) . Ce qui est génial, ce sont toutes les déclinaisons possibles et les recettes qu’on peut faire avec les biscuits. En entier, en poudre, brisés… mais ce qui m’a le plus séduit finalement, c’est le pain d’épice de Reims à la farine de seigle et un peu poivré et vraiment, très, très bon. Et pour les biscuits, ramenez plutôt ceux travaillés à la vanille bourbon.

Waïda et Fils est une institution à Reims, autant du point de vue architectural que du point de vue gustatif. A l’avant, c’est une boulangerie-pâtisserie dont les rayons croulent sous les bonnes choses (viennoiseries, macarons, babas au rhum, carrés moka ou chocolats) mais à l’arrière, au salon de thé, c’est un véritable retour dans le temps! Il n’a pas changé depuis sa construction (post Première Guerre mondiale) avec son vitrail et surtout, ses superbes marqueteries Art déco, on serait presque gênés d’aller s’y asseoir en jeans, et pas en robe à frange des années 20!

L’atelier d’Eric : L’Eric en question, c’est Eric Sontag, artisan boulanger-pâtissier qui a commencé à travailler à partir de 16 ans. Si Waïda et fils exécutent des classiques de la pâtisserie, on est plus dans la création ici. Les éclairs et desserts traditionnels sont revisités, épurés… et  ressemblent à des bijoux. Avec un intérieur noir, un brin ‘lounge” pour bien mettre en évidence les produits, on se sent un peu dans du prêt-à-porter de la pâtisserie (le pain n’a pas l’air d’être en reste… mais nous n’avons pas goûté).

Au Gourmet des Halles : Ici, on est dans le domaine de Bruno Herbin, meilleur ouvrier de France (on ne rigole plus!) et c’est la première fois que je rentre dans une boutique qui combine à la fois la charcuterie et les pâtisseries et pour moi qui raffole des deux, c’est un peu le royaume des délices terrestres. Malheureusement, lorsque Christine et moi poussons la porte, c’est la fin de l’après-midi et les rayons sont littéralement pillés (signe de la popularité de la boutique). D’un côté du magasin, c’est le rayon charcuteries où règnent les spécialités de boudins mais surtout, le jambon de Reims. Un mix de jambon d’épaule cuit 5 heures au bouillon et entouré de chapelure… on dirait de la tête pressée, mais composée uniquement de jambon. Il est coupé et servi en grosses tranches épaisses. De l’autre côté de la boutique, c’est la partie pâtisserie et là, on craque pour les religieuses, toutes mignonnes et à la pâte à choux bien montée!

Bouillon des Halles : Encastré dans les Halles, ce restaurant propose une cuisine légère et moderne, un peu comme le décor du restaurant avec ses grandes fenêtres et son mobilier contemporain… avec des ingrédient de son temps. J’ai opté pour un tartare de saumon au gingembre et un dos de poisson avec jambon ibérique et salade de pousses. En addition au restaurant, il y a aussi un champagne bar, que je n’ai pas testé.

Le Café du Palais étant une institution rémoise, j’ai donc opté… pour l’assiette rémoise qui mélange fromages et jambon de Reims. Pour le fromage, je ne peux pas juger, malheureusement, j’ai horreur du fromage (promptement remplacé par de la charcuterie). On sert tout cela avec de la salade et des pommes de terres nouvelles au sel et herbes et c’est un délice. A première vue, le jambon a l’air très consistant mais en fait, non. Cuit dans le bouillon, il est plutôt moelleux… et le décor du Café du Palais qui semble ne pas avoir bougé depuis les années folles vous met tout de suite dans une ambiance de fête. J’ai pu y goûter un vin tranquille, un pinot noir de la région (un Bouzy rouge, pour être précise), pour accompagner mon assiette, histoire de découvrir autre chose que le champagne.

Un lieu plutôt élégant, Côté Cuisine ! Malheureusement, nous étions installés dans une partie du restaurant où nous ne pouvions pas vraiment voir l’équipe au travail (la cuisine est ouverte) mais ce fut l’occasion de tester une nouvelle spécialité de la région : la lentille rose de champagne, sous forme de velouté, en entrée (avec un peu de foie gras, parce qu’on était dimanche). Le poulet façon tajine était délicieux… mais je me demandais où était le citron mentionné dans le menu. Mention spéciale pour le dessert à la pomme, servi dans son petit bocal !

Où dormir à Reims

Hôtel Azur : Il mériterait une troisième étoile ! Un chouette petit hôtel situé près du marché, dans une petite rue tranquille. Les dimensions des chambres sont modestes, et les salles de bains exiguës mais il ne manque rien (même un sèche-cheveux) et la literie est excellente. Par contre, le fait de mentionner que j’avais une chambre sans voisin du dessus et que je serai au calme m’a un peu la puce la à l’oreille sur l’insonorisation des étages inférieurs. Le matin, le petit-déjeuner est servi à table (ça change des buffets!) mais ce qui fait le plus de l’Azur, c’est sans doute la gentillesse et les sourires de David et Véronique, le couple de propriétaires, qui font qu’on se sent plus en chambre d’hôtes que dans un hôtel. Une bien jolie adresse en tout cas.

Le dimanche, alors que je finis de déguster “la pomme dans tous ses états” avec Pascal en pensant au train à prendre pour rentrer à Bruxelles, je réfléchis à mon expérience rémoise… une ville un peu mystérieuse et altière, à la carapace un peu dure à percer… mais quand on perce ses galeries, il y a des trésors à découvrir!

Cette balade champenoise est organisée en collaboration avec Rendez-vous en France et l’Office du Tourisme de Champagne-Ardenne mais les opinions (claires, car elle boit avec modération) de l’auteure lui restent propres.

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