- Epernay , France -

April 2015

Champagne pour les nuls

Déjà arrivée ? En 45 minutes, le TGV a avalé les kilomètres entre Paris Charles de Gaulle et la Gare de Champagne Ardenne. Au total, en moins de 4 heures de train, me voilà transportée de Bruxelles vers le berceau du divin breuvage à bulles, et c’est une grande première pour moi : je suis ici pour un week-end spécial œnologie.

Lectrice, lecteur, si tu me suis aussi sur le réseau sociaux, tu sais que je ne crache pas sur un petit verre. Élevée au pays de la bière, c’est évidemment par là que j’ai commencé mon apprentissage et l’âge venant, l’intérêt s’est également porté vers le vin et si il y a un vin (car oui, le champagne est un vin, juste effervescent) pour qui j’ai une affection particulière, c’est le champagne, je n’ai donc pas hésité lorsque Rendez-vous en France m’a proposé de découvrir cette région.

On démarre d’ailleurs sur les chapeaux de roues ! Caroline de l’office du tourisme de la région Champagne Ardenne, qui m’accompagnera toute la journée, m’emmène directement au coeur des choses : à Epernay, capitale du champagne !

Epernay, coeur de Champagne

La première chose qui frappe quand on arrive en ville, c’est la couleur de la pierre locale : jaune clair, comme le vin, une couleur qui attire la lumière. Pour commencer directement mon apprentissage, nous avons rendez-vous au Comité interprofessionel du vin de champagne, qui est l’organisation qui sert un peu de “gardienne du temple” du Champagne (veille à la qualité du vin, au respect de l’appellation, etc.).  Et comme nous sommes en France et qu’il est l’heure de déjeuner, nous sommes directement emmenées au restaurant et le temps de m’asseoir, je fais connaissance avec mon premier champagne, pas du tout représentatif d’un champagne classique : un 100% chardonnay et c’est Philippe Wibrotte, du CIVC qui me donnera mes premières leçons, autour de la table. 

Les vins de Champagne
P1320691Le champagne est une appellation strictement contrôlée. C’est un mélange de géographie, de cépage et de méthode de fabrication. Le territoire où se cultive les vignes et strictement limité, la méthode (double fermentation) strictement décrite et les cépages utilisés, eux aussi strictement définis.

Pour faire un vin de champagne, on ne peut utiliser que 3 cépages : le chardonnay, qui est blanc ainsi qui le pinot meunier et le pinot noir qui sont des raisins noirs à chair blanche. Comment le champagne est-il blanc alors ? C’est que les raisins sont cueillis à la main uniquement et pressés directement, de manière à éviter que la peau des grains de pinot ne se mélange au jus. En général, un champagne est un « assemblage » des trois cépages et c’est tout l’art d’un œnologue de déterminer le mélange qui deviendra la « signature » d’un champagne.

C’est pendant ce déjeuner que je vais découvrir le fil rouge de ce séjour, la passion et le sérieux avec lequel le champagne est fabriqué, au service du plaisir qu’en tireront ceux qui le boiront. Lorsque j’avoue mon inexpérience, Caroline et Philippe sourient. Certes, il y a des champagnes meilleurs que les autres mais pas de diktats sur les goûts, malgré l’image exclusive que porte ce vin. Le plus important, c’est de trouver celui qui plaira et le reste viendra au fur et à mesure des essais. Bref, c’est plus une question de feeling qu’autre chose. Me voilà donc rassurée, moi qui avais peur de ne pas être dans mon élément. Et c’est aussi un premier préjugé qui saute.

Le deuxième sautera au cours du déjeuner. Oui, on peut prendre du champagne avec un plat de viande. Les rosés, plus fruités, sont là pour çà (et la plupart s’accordent bien avec le canard).

Et troisième préjugé : non, on ne boit pas du champagne dans une flûte, ni une coupe d’ailleurs (je n’en verrai d’ailleurs pas une seule de tout ce long week-end) mais dans un verre tulipe… et pas trop froid.

Le temps de terminer mon veau et de prendre un café et nous rejoignons la salle de dégustation du Comité. Une grande salle toute blanche, où chaque poste est équipée d’un petit robinet et d’un lavabo. On jurerait être chez le dentiste ! J’imagine que la couleur blanche a été utilisée pour que les robes des vins puissent se détacher et les robinets et lavabos, pour cracher et se rincer la bouche après chaque essai. C’est une jeune œnologue qui guidera notre dégustation : un champagne brut sans année (qui sert de maître-étalon), un brut millésimé de 2006 et un rosé. Je vais découvrir que mon nez ne se débrouille pas mal (ah oui… ça sent la poire et les agrumes) tandis que mes papilles sont complètement à la ramasse (hein, quoi, un goût de café?).  

Brut ? Sec ? Millésimé ?
Un champagne est donc construit généralement autour de trois cépages (quelques fois deux, ou quelque fois même un seul, en général soit le chardonnay, soit le pinot noir). Le taux de sucre présent en bouteille déterminera si un champagne est brut nature, extra brut (avec très peu sucre), brut, extra dry, sec, demi-sec ou plus rarement, doux (le plus sucré). Le taux de sucre est déterminé par le sucre naturel présent dans le champagne et l’ajout (ou pas dans le cas du brut nature) de sucre de canne. 

Un champagne millésimé est tiré d’une récolte de la même année estimée comme exceptionnelle. C’est l’œnologue qui détermine si une année est digne d’être qualifiée de millésime ou pas. Chaque millésime a,n sa “personnalité” et écouter un oenologue décrire le caractère des millésime aussi bien que celui d’une personne est vraiment, vraiment fascinant.

Dom Pérignon existe, je l’ai rencontré à Hautvilliers !

L’esprit aussi léger qu’un train de bulles, nous prenons la route, direction Hautvillers, village emblématique de la champagne. Situé sur la montagne de Reims, avec la vue sur les méandres de la Marne et entourées de vignes, c’est un passage obligatoire pour tous les amateurs du champagne et pour cause : Dom Pérignon repose dans l’église abbatiale Saint-Sindulphe (vous n’avez jamais entendu parlez de ce saint ? Moi non plus).  Par contre, découvrir que Dom Perignon est autre chose qu’une marque que les rappeurs bling-bling s’amuse à name-dropper, ce fut une surprise! Ce moine a donc bel-et-bien existé et pendant bien longtemps, il fut le “procureur” (moine en charge de la nourriture et des boissons, heureux homme!) de l’Abbaye de Saint-Pierre d’Hautvillers. La légende lui prête la découverte de la méthode champenoise mais en réalité, c’est l’assemblage des vins qu’il perfectionne et affine et c’est dans cette petite église un peu austère que l’on peut présenter ses hommages.

Pour le reste, Hauvillers est un village charmant. Lui aussi a la couleur du champagne mais sa particularité, ce sont les enseignes de fer forgé! Quasi chaque maison et chaque commerce, même la Poste, possède la sienne. C’est une suite d’images naïves ou stylisées suspendues au dessus des portes ou sur les murs et d’après Caroline, il n’y a plus que deux ferronniers dans le village qui sachent les faire. J’ai juste le temps d’admirer un peu avant de rejoindre la voiture, car nous avons rendez-vous avec Valérie, qui est à la tête de champagnes G. Tribaut, producteurs indépendants. La maison est ouverte pour les dégustations mais on peut également en visiter les caves. Comme nous sommes un peu en retard, nous passons directement à la dégustation. Caroline, qui adore les rosés, opte pour une coupette quand à moi, je choisis une des spécialités de la maison : le blanc de noir, c’est à dire un champagne 100% pinot noir,qui restera le meilleur que j’ai goûté de tout ce séjour.  Nous nous installons dans le jardin pour déguster et discuter. L’air est doux, devant nous, les vignobles se déroulent comme un tapis. Les premières feuilles sont prêtes à sortir et j’imagine comme il doit être agréable de siroter ce vin en été, à l’ombre d’un parasol, avec les vignes toutes vertes et les raisons qui commencent à mûrir  Comme beaucoup de ses semblables vignerons producteurs, Valérie arrive à un moment où elle est autant viticultrice qu’hôtesse, un équilibre qui n’est pas facile à atteindre quand on veut bien faire son travail, d’autant plus qu’une séance de dégustation ne débouche pas nécessairement sur un achat. Accueillir les visiteurs prend du temps, la vigne aussi et le succès des dégustations la fait réfléchir.

Quand à moi, je suis déjà convaincue et je repars avec une bouteille de blanc de noir et la tête un peu légère!

Pour aller plus loin

Se rendre en Champagne

L’avantage de la Champagne, c’est que c’est très proche de notre plat pays. Il y a évidemment la route mais le train est également un moyen facile d’y arriver. En moins de 4 heures et deux TGV, on y est! Deux routes sont possibles depuis Bruxelles :

Vers Reims : avec un changement à Paris (et un transfert de la Gare du Nord à la gare de l’Est, à peine 10 minutes à pied l’une de l’autre.

Vers la Gare TGV de Champagne-Ardennes via Roissy Charles de Gaulle (avec l’avantage de ne pas courir d’une gare à une autre. A votre arrivée à la gare, des trains locaux vous emmèneront vers Reims ou d’autres gares.

En bus, avec Eurolines (plusieurs départs par jour)

Où manger à Epernay

Le 7 : la version bistro du restaurant gastronomique Les Berceaux, juste à côté. Plus moderne, moins intimidant et abordable que son grand frère, avec une cuisine plus légère et un peu plus affranchie des traditions.

La Table Kobus : Sans doute le restaurant avec la cuisine la plus inventive testée pendant le séjour ! Pas de spécialités réellement champenoise mais des classiques revisités avec une touche de fantaisie (veau avec une croûte de nougat et une purée parfumée au pomelo et à la pistache, une mousse au chocolat avec chantilly au café parfumée à l’anis). Le genre d’endroit où on regrette de ne pas avoir un gros estomac.

Où dormir

A Ay :

Pour découvrir la Champagne et ses vignobles, il faut une voiture. Sans doute ferrez-vous étape dans un des charmants villages des environs de la Montagne de Reims, comme Ay ?   J’ai logé dans l’hôtel Castel Jeanson, Comme l’indique le nom, c’est quasi un vrai petit palais! Le bâtiment est immense, avec une verrière et des fenêtre art-nouveau, une jolie cour intérieure et surtout, une piscine, toute mignonne. Les chambres sont spacieuses, confortables… mais avec une déco un peu vieillotte qui ne m’a pas convaincu.  A recommander quand même pour des escapades à deux !

 

 Cette balade champenoise est organisée en collaboration avec Rendez-vous en France et l’Office du Tourisme de Champagne-Ardenne mais les opinions (claires, car elle boit avec modération) de l’auteure lui restent propres.

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  1. Mike
    le 24.06.2017

    Champagne, cours avancées, ce sera au département de l’Aube (Colombey, Celles-sur-Ource, Bar-sur-Seine, etc…)
    😉 http://2015.routeduchampagne.com/

  2. Melissa
    le 24.06.2017

    C’est là que je regrette l’ancien Foursquare. Au fur et à mesure de s visites, j’aurai atteins “Bubble Girl” Level 2. 😉

  3. malingrey monique
    le 24.06.2017

    me promenant sur ce site j’ai une grande émotion, étant Champenoise de Mancy juste à côté de Epernay, expatriée à Nîmes depuis de nombreuses années. Oui c’est une très belle promenade la Champagne. Son vignoble, sa fôrets, ma magnifique ville de Reims et j’en passe et j’en passe. Merci pour ces si jolies photos.

  4. Melissa
    le 24.06.2017

    Merci Monique! Une région bien agréable, en effet… avec un certain art de vivre. Je serai curieuse d’y revenir avec les vignes couvertes de feuilles, en tout cas. Pour ceux qui ne connaissent pas la Champagne, quelle recommandations ferais-tu ?
    (Je parlerai de Reims dans mon prochain article).