- Chengdu , Chine -

November 2016

Chengdu, extrait de Chine

Il semble que le hasard veuille que je prenne conscience qu’il se passe quelque chose en Chine. Ou alors qu’on veuille nous faire passer un certain message. Enfin, la conférence que j’ai aidé à organiser se termine et notre liberté nous est rendue ! Après six jours de confinement dans l’enceinte du grand centre de congrès, nous allons pouvoir voir la ville de Chengdu et je suis aussi excitée qu’une puce ! Un coin du voile avait été levé en tout début de séjour dans un des plus grand malls d’Asie : la Chine consomme. Comme tout le monde.

Je ne sais pas encore à quoi je vais assister alors que nous sommes entassés dans un taxi qui file dans la nuit déjà tombée. Mes collègues en ayant déjà un peu marre de la cuisine chinoise (c’est pas facile pour tout le monde), le concierge de notre hôtel nous dirige vers un endroit où “Il y a beaucoup de restaurants de toutes sortes”. Je n’en saurai pas plus. Pendant que j’ouvre des yeux grands comme des soucoupes pour absorber le paysage nocturne, le taxi trace en zigzaguant sur les larges routes de la ville.

Nous voilà arrivé soudainement “en ville”. Complètement sans repères, nous sommes débarqués à côté d’une immense place toute éclairée : Tianyi Square, la plus grande place multi-fonction de Chine. De loin, ça brille comme un mélange de Times Square et de Las Vegas et là où sont situés les restaurants recommandés, nous nous trouvons face une suite de magasins de très grand luxe tous plus démesurés les uns que les autres : Gucci, Versace, Tiffany’s, Kenzo, Vuitton… tous les grands noms sont là mais à une échelle à la taille de la Chine elle-même. Et dire que Chengdu est une ville “de province”. Je n’ose m’imaginer comment ce doit être à Shanghaï !  Voilà donc la nouvelle Chine, qui avance à pas de géant, qui se jette dans les bras d’un luxe qui vient de l’autre côté du monde. La visiteuse que je suis oscille entre la fascination et la tristesse.

Mais cette vision de Chengdu restera fugace… la capitale du Sichuan est plus que çà ! Alors qu’y a t’il à voir ?

Wenshuyuan, la sérénité en pleine ville

Pour une fois, ce n’est pas en solo que je vais partir à la découverte des bijoux du Sichuan mais bien accompagnée par mes deux collègues: Gardienne-des-cordons-de-la-bourse et Grande-blonde. Même Jeune-Loup, mon complice de roadtrip en Afrique du sud sera de la partie pour le premier après-midi ! Histoire d’avoir une idée de “la Chine comme les Occidentaux l’imaginent”, nous prenons le chemin de Wenshuyuan, le Monastère Wenshu.

Le complexe de Wenshu est une véritable oasis de calme ! Ce complexe bouddhiste construit initialement entre 600 et 700 est très populaire, chez les touristes comme pour les croyants, mais est d’un calme bienfaisant. A travers les cours, on verra différents autels, peintures, sculptures, reliques et pas moins de 300 représentations du Bouddha dans différents types de matériaux ! Les toits vernissés, qui figurent des toits de bambous, sont particulièrement jolis ! Et on trouve aussi tout un bestiaire : bien sûr des dragons, mais aussi des poissons, des tortues…

Au milieu des visiteurs, les moines traversent comme des ombres. C’est un vrai monastère qui fonctionne et on peut même y séjourner.  Et comme la sérénité n’est jamais mieux trouvée que dans un jardin, le complexe en a un fort joli, rempli de plans d’eaux, de plantes aquatiques et de sculptures mais ce qui m’a sans doute le plus séduite, c’est sa “tea house”. Dans une cour ombragée, elle est adossée à un petit restaurant végétarien et après avoir testé une dizaine de thé, celui au jasmin de la maison de thé de Wenshu est assurément le meilleur ! Une magnifique introduction au style de vie relax des habitants de Chengdu, qui préfère de loin savourer un thé que de se presser.

 Wide and Narrow Alley et Shao City

Le nom poétique de ce quartier (Kuangzhai Xiangzi “Allée large et étroite”) cache un petit quartier que les plans de modernisation de Chengdu ont laissé à peu près intact. Ancien lieu de baraquement de bataillons mongols et Mandchou l’armée de la dynastie Qin (la dernière à avoir régné sur la Chine), c’est un petit morceau de Chine d’autrefois dont les touristes, chinois ou étrangers, raffolent. Ca rend donc ces quelques blocs TRES fréquentés (mais moins que “Jinli Old Street” dont je parlerai plus bas). Ces jolies rues pavées et piétonnes ont un certain charme et on y trouve une foule de boutiques, maisons de thé et restaurants souvent cachés dans des jardins et des cours isolés de la rue. C’est aussi un des seuls endroits où nous avons trouvé un menu en anglais (au grand soulagement de mes collègues). La zone au sens large de Shao City ne manque pas d’intérêt non plus puisqu’on y trouve pas mal de bâtiments datant du début du XXème siècle, une époque où l’influence occidentale s’est faite de plus en plus forte au sein de l’empire chinois. On y trouve la plus vieille école de Chengdu, Shishi Middle School, qui date quand même du IIème siècle (on vous rassure, ses bâtiments sont un peu plus récents), de nombreuses demeures bourgeoises, mélangeant allègrement style européen et toits traditionnellement chinois et plus proche de nous, les anciens bureaux de Xinhua, Chine nouvelle, l’organe de propagande (c’est maintenant l’agence de presse d’Etat) du parti communiste à ses débuts. Caché dans une petite arrière cour, le lieu témoigne de la clandestinité de ses débuts.

Renmin Park, le Parc du Peuple

“Renmin”, tu entendras (et liras sur les panneaux de circulation) souvent ce mot quand tu voyageras en Chine, Lectrice, Lecteur. Pas étonnant : ce mot signifie “peuple”. Il est donc bien logique pour une république populaire d’utiliser ce mot pour désigner rues, avenues ou autres lieux publics et si tu ne devais voir qu’une seule chose à Chengdu, c’est bien le Parc du Peuple : Renmin Park (ou People’s Park).

Cet immense espace est l’oasis de détente de Chengdu. Il n’est pas très récent puisque c’est le dernier général à servir sous les Qing qui convertit cette partie de Shao City (ou Shaocheng) en parc. Le premier que la ville ait connu. En 1911, la révolution éclate et en hommage au révolutionnaires du Mouvement de protection des voies ferrées dont les manifestations allumèrent le feu qui allait détruire l’Empire et en faire une république, un monument en forme d’obélisque ornée de rail est érigé en leur mémoire. Pour le reste, on s’enfonce dans des chemins replis d’une végétation luxuriante et on s’adonne au plaisir de la promenade ! Dans les endroits les plus discrets se déroule un drôle de manège. Alignées sur des murs de pierre, des espèces de lettre, quelques fois des photos, surveillées par des dames à l’air respectable mais pas très commode. Certaines d’entre elles sont engagées avec des femmes un peu plus jeunes, ou du même âge. La scène est plutôt jolie mais si en tentant de prendre une photo, je me fait rabrouer sans ménagement. Mais qu’est-ce qui se trame dans ces coins ombragés : ce sont en fait des marieuses que des mères et grands-mères viennent consulter, inquiète sur les célibats prolongés de leurs enfants ou petits-enfants. C’est que la jeune génération n’a pas le temps de sortir, parait-il. Trop occupée par le travail et de s’occuper de la famille, semble t’il. Alors les marieuses, qui étaient utilisées par tradition en Chine sont pour certains devenues une nécessité. Les feuilles décrivent les candidats et les mères et grands-mères viennent y faire leur shopping.

Ce n’est pas le seul truc qui m’aura étonnée à Renmin Park, sur les petits squares qui parsèment le parc et aux détours des fourrés, on tombe sur d’étrange scènes : des personnes, souvent âgées, faisant de la danse en groupe, en costume et souvent avec des accessoires : qui avec un éventail, qui avec des rubans… dans d’autres coins du parc, ce sont des musiciens ou des choristes qui font le show.

Au fur et à mesure de nos déambulations, nous arrivons au cœur du parc : la maison de thé Hemin, une des plus célèbres de la ville. Nous prenons place sur des grands sièges de bambous et pendant que nous dégustons notre thé vert, un drôle de personnage se faufile entre les clients : habillé de bleu, muni d’une lampe fichée sur la tête et la ceinture bardée d’instrument, on dirait un ouvrier en construction mais en fait, non : c’est un nettoyeur d’oreille ! Fonction essentielle en médecine chinoise (et attraction touristique), le curetage d’oreille vous est proposé pour quelques yuans. L’oreille interne éclairée par sa lampe, le nettoyeur va délicatement enfoncer une longue tige dans votre conduit auditif et doucement le nettoyer. C’est un peu désagréable et surtout impressionnant mais il parait qu’on sent la différence ! Votre blogueuse aura préféré prendre en photo les courageux qui ont tenté l’expérience.

Tianfu Square, le coeur de Chengdu

Quand on regarde la carte de la ville, c’est évident ; il y a un grand espace blanc, presqu’au milieu de plusieurs cercles concentriques : Tianfu Square, le centre de Chengdu. Vaste espace public sur lequel veille une énorme statue de Mao Tsé-Toung, c’est un ballet infernal de voitures, de bus et de passants que voit défiler cette place. Bras tendu vers le haut, on dirait que Mao dirige le trafic ! Il faut bien l’avouer, elle est un peu austère. Très « architecture communiste » finalement. Ce qui l’est beaucoup moins par contre, c’est l’esplanade à deux niveaux à ola sortie du métro. Tu ne manqueras certainement pas d’y passer, Lectrice, Lecteur, puisque c’est là que se croise la ligne 1 et 2 du métro. L’espace consiste en un énorme « cratère » sur le côté sud de la place où autour d’une fontaine colorée, des magasins, snacks et stands de vente d’objets de toutes sortes ont pris place. Starbucks, McDonald’s, H&M… sauf les visages des Chinois, on ne saurait dire que l’on est en Chine !

Temple Wuhou et Jinli Old Street

Situé l’un à côté de l’autre, ces deux lieux sont parmi les plus visités de Chengdu… et crois-moi, Lectrice, Lecteur, si comme nous tu tombes dans le coin le premier jour de la « Golden Week » (la semaine de congé de la Fête Nationale), tu vas prendre un bain de foule dont tu te souviendras toute ta vie !

Mais j’y reviendrai… En attendant, tournons-nous vers Wuhou Temple. L’histoire chinoise est longue et plutôt compliquée. Pour faire simple, avant que la Chine ne soit un empire unifié, elle était composée de différents états, plus petits. Conquis par les Qins, puis dominés par les Hans, la région n’en est pas moins restée rebelle et quand l’emprise de la dynastie Han faiblit sur la région, des généraux se rebellèrent et firent sécession, partitionnant le tout en trois : c’est la période des Trois Royaume et bientôt, Chengdu fut la capitale de l’Etat de Shu-Han. C’est en l’honneur de Zhuge Liang, ministre de Liu Bei, qu’à été érigé ce temple mémorial. Ce somptueux complexe comprend plusieurs pavillons, des tas de statues des rois Shu-Hans mais aussi un très joli jardin. Mais ce que la plupart des Chinois viennent voir à Wuhou est sans doute le moins spectaculaire. Au centre du temple, se trouve un tumulus qui est sensé être la tombe de Liu Bei lui-même.

Jinli Old Street est un peu le même concept que Wide and Narrow Alley. Il s’agit d’une petite et étroite rue préservée/reconstruite, faite pour donner l’idée du Chengdu d’antan. Mais autant te le dire tout de suite, Lectrice, Lecteur, je n’ai pas pu admirer à loisir l’architecture, portée par une foule compacte, voire serrée en ce jour de congé. Et même si une bonne partie de Chinois ne sont spécialement grands, ils le sont quand même plus que moi ! Les plus d’un milliard de Chinois, ont les sent bien !!!

Avec ses tonnes de boutiques (souvenirs, cosmétiques, artisanat, bijouteries…), ses restaurants et ses bars à prix premium, ça sent un peu le piège à touristes… mais force est de constater que ça marche, vu qu’il s’agit d’un des rares endroits où trouver un peu de vieux Chengdu. En tout cas, l’animation ne manque pas !

Où dormir à Chengdu ?

Travelling with Hotel Chengdu

Cet auberghôtel (c’est une chaîne) relativement récent est situé pas très loin de Wide and Narrow Alley et à dix bonnes minutes de marche de l’arrêt de métro « Wenshu Temple » (des bus passent dans la rue également). Il est de petite taille et très agréable avec son design contemporain de bois blond. On y trouve donc des dortoirs et des lits. Nous avons essayé deux types de chambres : une de trois personnes et une de deux. Ma préférence va clairement pour celle de deux. Situées sous le toit, elles ont l’apparence de mini-lofts. Seules ombres au tableau, le manque de finition (câbles électriques apparents, joints mal faits dans les salles bains…) et l’insonorisation qui laisse un peu à désirer, surtout sur les chambres qui donnent sur l’espace commun.
Les espaces communs sont d’ailleurs leurs fort : le bar/resto est très chaleureux et la terrasse est une vraie petite oasis. Le soir, on peut y déguster une bonne tsing-tao en regardant un film projeté sur les murs blancs de l’immeuble et il y a même des barbecues de temps en temps ! De plus, l’auberge organise des visites guidées (à pied ou à vélo à Chengdu ou plus loin à Qinchengshan et Leshan). Le personnel, jeune et adorable, parle un peu anglais.

 

Se déplacer à Chengdu

Le moins compliqué, même s’il faut quelque fois bien marcher, est de se déplacer en métro. Malgré la taille de la ville, il n’y a que qautre lignes de métro. La une, qui traverse la ville du nord au sud, et la deux d’est en ouest. Les plans d’extension du réseau sont assez ambitieux mais ont du mal à se concrétiser (je vous avais parqué de la ligne « 7 » qui devait normalement être en service cette année et dont on essaie d’effacer les traces sur les plans). Malgré tout, c’est un métro très efficace, rapide, pratique et vraiment pas cher. Attention, passage de tous sacs à deux au détecteurs à l’entrée de la station et les agents sont assez suspicieux avec les bouteilles d’eau.
Pour compléter l’offre, Chengdu a un réseau de bus assez dense mais dans lesquels il est un peu difficile de s’y retrouver.

 





  1. Itinera Magica
    le 16.12.2017

    Je découvre ton blog grâce à un commentaire chez Laurent One Chaï et je me régale. Chengdu, j’avoue que je n’en avais jamais entendu parler (je suis allée à Pékin et Shanghai, mais c’est tout), et je me régale en découvrant tes photos et tes réflexions.
    La beauté des temples…
    L’incongruité (à nos yeux) de certaines traditions (le curetage !!! argh !)…
    Le contraste entre la vieille ville traditionnelle et le modernisme extrême des nouveaux quartiers…
    Et toutes tes réflexions passionnantes sur l’histoire et la culture chinoises. Je reviendrai ici !

  2. Melissa
    le 16.12.2017

    Tout à fait, c’est vraiment étonnant ce contraste. Mais ce qui frappe le plus, c’est de voir à quel point les autorités chinoises dont fi du passé et la vitesse à laquelle ça se fait. On dirait que ce qui est préservé l’est parce que c’est une attraction touristique, mais sans plus.

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