- Christchurch , Nouvelle-Zélande -

May 2017

  Christchurch, la ville phoenix

"Je ne m'y attendais pas. Cette rencontre, qui fut presque une communion, avec la ville de Christchurch, je ne m'y attendais pas. Comment imaginer ce que j'allais y trouver 4 ans après ce tremblement de terre de 2011 ?

Mais avant de toucher au vif du sujet, laisse-moi, Lectrice, Lecteur, te replacer au temps de mon innocence, à un petit matin gris au port de Wellington. Mes sentiments sont aussi mitigés que le ciel, triste de quitter une ville qui, si le temps m'était moins compté, m'aurait retenue et en même temps excitée de passer sur l'Île du Sud et de prendre la mer encore une fois. Le ferry, le Kaitaki de la compagnie Interislander est énorme, c'est presque un bateau de croisière ! Des dizaines de voiture, camions et motorhomes sont garés dans le ventre dans la bête ! Au dessus de tout çà, il y a deux étages d'espaces publics et un large pont pour pouvoir observer à loisir le paysage qui promet d'être superbe tous le long de la traversée du détroit de Malborough. Malgré la taille du navire, on sent tout de suite quand les moteurs se mettent VRAIMENT en route et que l'on large les amarres. Même pas besoin de regarder ! Pendant une grosse demi-heure, je regarderai Wellington s'éloigner. Finalement, chassée par le vent du large qui commence à fouetter le pont, je rentre et décide d'un peu explorer le bateau. Rien de moins qu'un bar/snack, un resto et un cinéma se partage les deux pont, ainsi que plein de places assises. Malheureusement, les meilleures places, celles derrière les grandes baies vitrées, sont déjà prises mais j'arrive à me dégoter un siège près d'une fenêtre. Reste plus qu'à passer le temps agréablement à lire en sirotant un coca et grignoter des crasses, jusqu'à ce que, surprise, un petite clochette annonce le passage d'un chariot rempli de scones ! C'est le « special of the day » : scones et crème épaisses. Je me précipite dessus comme si je ne venais pas d'engloutir un paquet de chips. Pendant que je déguste chaque bouchée avec bonheur, les côtes de l'île du Sud se font plus proches : vertes et sauvage, c'est ainsi qu'elle m'apparaît. Finalement, après une heure à longer la côte, nous voilà arrivé à Picton, notre port d'attache. Je n'ai plus qu'à trouver mon bus pour Christchurch et à sauter dedans !

C'est donc parti pour quelques heures de route le long de la côte nord de l'Île du Sud, où une eau bleue turquoise baigne des criques sans personnes ou des plages de sable gris abandonnée. Quelques fois, sur les rochers, un phoque et son harem se dorent la pilule au soleil. On a envie de s'arrêter toutes les dix minutes, mais le bus n'en a cure et file vers sa destination. C'est en soirée qu'enfin, le bus nous dépose. Mob logement est une guesthouse en dehors de la ville, seul logement disponible en ville une semaine à l'avance. Cela aurait déjà dû être un signe de ce que j'allais découvrir. Quand je suis enfin installée, la nuit est déjà bien tombée et je suis exténuée par toute une journée dans les transports. Je m'endors donc bien vite, attendant avec impatience que le jour se lève : j'ai une journée seulement à consacrer à Christchurch et je compte ne pas en perdre une minute.

Après une petit-déjeuner vite avalé dans ma chambre, je me dirige vers l'arrêt de bus et en route pour le centre-ville. Jusqu'à ce qui j'y arrive, rien ne semble distinguer Christchurch d'une autre ville de bonne taille classique, jusqu'à ce que je descende de mon bus et contemple éberluée une ville encore partiellement en ruine : les séquelles du tremblement terre de 2011.

Le tremblement de terre de Christchurch de 2011
Le 22 février 2011, à 12h51 un tremblement de terre de magnitude 6,3 secoue Christchurch et sa région. 6,3, ce n'est pas si fort que çà mais l'épicentre se situe seulement à deux kilomètres de là, à Lyttleton, sur la côte, et le tremblement de terre n'est pas très profond. Déjà fragilisée par le tremblement de terre de Canterburry un an auparavant, de nombreux bâtiments de Christchurch vont s'écrouler, alors que de nombreux habitants étaient dehors, profitant du soleil d'été à l'heure du déjeuner. La moitié de la cathédrale va tomber en ruines mais le gros des victimes, ce sera dans l'effondrement puis l’incendie de la tour de la Télévision de Canterbury. Suite à cette catastrophe, 185 victimes seront à déplorer, sans compter les centaines de blessés. Les conséquences seront importantes : pas moins de 45 % des bâtiments du centre ville seront à démolir où trop instables pour s'y réinstaller : des lieux de cultes, des bureaux, des bâtiment historiques, des commerces, des appartements... Christchurch va perdre plus de 10.000 habitants. De deuxième ville du pays, elle devient la troisième.

Le premier signe que quelque chose s'est passé, c'est quand j'arrive dans la zone de Re:Start. Re:Start est un drôle d'endroit. C'est en fait un centre commercial à ciel ouvert où les boutiques sont logées... dans des containers ! A la fois signe de la catastrophe et démonstration de résilience des habitants de Christchurch, ces containers (64!) ont été placés là pour remplacer le quartier commerçant de Cashell Street, trop endommagé. Ces gros parallélépipèdes colorés sont bien vite devenus les chouchous des habitants, et aussi des touristes et on comprend pourquoi : c'est comme se balader à travers un assemblage de légos géants : boutiques, cafés, restaurants, librairie.. c'est un vrai petit monde logé dans les mêmes boites, mais chacun avec son caractère ! Cette initiative publique vient tout juste de passer dans le secteur privé (le 30 avril). Dépêchez-vous d'aller les voir car dans 8 mois, les containers disparaîtront pour faire place à un marché couvert et un nouveau quartier commercial. Certain y verront une page qui se tourne, d'autres comme moi auront un petit pincement au cœur en pensant que cet endroits unique au monde va disparaître.

Ma prochaine étape, c'est Cathedral Square. C'est là que je vais vraiment réalisé l'étendue des dommages. C'est une grande place qui y est maintenant aménagée, avec des bancs, des œuvres d'art publics , un jeu d'échec géants mais au dessus de tout çà, et de la vie qui semble suivre son court, il y a la grande masse éventrée de la cathédrale de Christchurch, à moitié écroulée. On ne peut s'en approcher et ce qui reste tient debout grâce à des pilons et des renforcement structurel. On dirait qu'elle a été bombardée, ni plus, ni moins. Sera t-elle reconstruite ? Démolie ? Nous n'en savons encore rien... 6 ans plus tard, il semble que l'issue soit proche dans le conflit qui opposait l'église anglicane (qui aurait bien vu une toute nouvelle cathédrale construite à la place) à divers acteurs (dont l'UNESCO). Il semble qu'on aille vert la solution de la reconstruction/restauration à l'identique.

Signe des temps qui changent, un antique tram emmène les visiteurs à travers un tunnel de verre à Cathedral Junction le long d'une rue où les maisons ont miraculeusement survécu.

Mais où vous donc les Anglicans alors ? Un peu plus loin... à la cathédrale transitionnelle, que l'on contait plus sous les surnom de « Cathédrale de carton ». La Cathédrale de carton est tout simplement étonnante ! Elle est réellement faite de carton traité, renforcé par une structure en métal et en bois. Œuvre de l'architecte japonais Shingeru Ban spécialisé dans « l'architecture de désastre » (si, si, cette discipline existe), elle st construite pour durer 50 ans. Toute blanche et avec un immense vitrail coloré à l'extérieur, l'intérieur ressemble à ce que pourrait faire faire un enfant de génie avec des tubes en carton. Pas moins de 700 personnes peuvent y prendre place, plutôt impressionnant !

Pas très loin de là, au croisement de Cashell et Madras streets, se trouve un des hommages les plus émouvant aux victime du tremblement de terre. Sur un carré de pelouse pelée, 185 « chaises » ont été disposée. En fait de chaises, il y a un peu de tout, chacune est différente : celle de salle à manger, des fauteuils de bureau, des tabourets, chaises de bébés, couffin, fauteuil une place... chacune symbolisant l’absence des disparus. Plus émouvant encore, certaines des chaises ont été donnée par les familles, amis u collègues des victimes. Les « 185 White Chairs » de Peter Magendie sont un souvenir poignant (votre blogueuse a eu les larmes aux yeux) mais un souvenir en danger. Située sur un terrain appartement au gouvernement, il a été promis à la construction d'un stade de sport. Il y a de fortes chances pour que l’œuvre reste permanente mais elle devra changer d'emplacement. En attendant, elle ont été fraîchement repeintes en début d'année et c'est un lieu à visiter absolument.

Derrière l'église, c'est plutôt (ou c'était, difficile à s voir) un No man's land. Certains terrains sont complètement rasés, d'autres portent des bâtiment qui tiennent à moitié debout, il y a des grues partout et beaucoup, beaucoup de streetart ! Dans cette désolation, je marche seule ! J'ai l'impression de déambuler dans une ville sortie de guerre. C'est à la fois sinistre et poétique. Et soudain, à un coin de rue, un café. Et même un café plutôt branchouille qu'on verrait bien transposé à Brooklyn ou à Londres. Depuis sa terrasse improvisée, ce sont des grands grillages protégeant un futur site de construction mais C1 est là ! C1 Espresso est un peu le « parrain » des coffee bars à Christchurch puisqu'il existe depuis 1996 ! Son emplacement détruit par le tremblement de terre, il est établi depuis 2012 dans l'ancien bâtiment de la Poste. Et le contraste avec l'extérieur est violent. L'intérieur du café est lâché, soigné avec ses gros lustres en formes de bulles de savon... les cakes et cookies en vitrine font venir la bave aux lèvres et la liste de café et de boissons dérivées du café est énorme. Qui plus est, C1 a sa propre marque de thé et de jus de fruit issu d'un projet commun avec des familles des Samoa.

 

Le temps de reprendre un peu de force et me voilà de nouveau dans la rue pour retrouver un des plus beaux atouts de Christchurch : son jardin botanique. Lorsque j'y arrive, lorsque je vois une barque à fond plat sur les bords de la rivière Avon, j'ai un flash. C'est comme si vous retrouviez sans le vouloir un objet perdu au fond d'un tiroir. Une image de l'enfance : une illustration. Était-ce un livre ? Un atlas ? Je ne sais plus mais l'image représentait une barque comme celle-là avec à son bords un couple d'amoureux et debout derrière eux, un homme aux cheveux noirs, à chapeau de paille et à gilet blanc rayé de rouge. Une espèce de gondolier, mais à la mode anglaise victorienne!Autour d'eux, tout est vert et un pont de pierre est en arrière plan. Une bride de phrase lue me revient même : Christchurch, la plus anglaise des villes néo-zélandaises. Mais c'est bien sûr ! Sinon, pourquoi porter le nom du plus célèbre collège d'Oxford ? Pourquoi sa région s'appellerait-elle Canterbury et sa rivière porterait-elle le nom de celle qui traverse la ville natale de Shakespeare ?

Je me sens toute drôle... transporté dans une espèce de rêve lointain.

Mais avant d'aller prendre le vert, je m'en vais visiter le Canterbury Museum avant qu'il ne ferme. Ce bâtiment historique à l'entrée du jardin à une superbe collection qui couvre pas mal de domaines mais surtout l'histoire de la région de Canterbury. Il y a même toute une ancienne rue reconstruite dans le musée. La section qui m'a particulièrement fascinée et qui fait partie de la collection permanente est « Selling the Dream », une exposition qui présente des affiches de promotion touristique de la Nouvelle-Zélande et plus particulièrement de la région de Christchurch et l'Île du Sud. Une fascinante plongée dans l'art publicitaire depuis les années 30 jusqu'au début des années 60 et sur la fabrique des rêves à l'aube du tourisme de masse.

Le Jardin botanique de Christchurch est celui qui a donné son surnom à la ville : « The Garden City ». C'est bien simple, quand on regarde sur une carte, il fait le tiers du rectangle qui englobe le centre-ville. Il est tellement grand que je n'aurai l'occasion que de visiter une petite partie. Ce qu'il y a de plus étrange dans le Jardin, c'est qu'il semble ne pas avoir été affecté par le tremblement de terre. Des arbres centenaires et majestueux commencent doucement à changer de couleur avec l'automne qui approche, la serre est encore sur pied et la magnifique roseraie, fleuron du jardin, est dans un état impeccable. C'est finalement chassée par l'heure de fermeture du parc (18h30... c'est tôt) que je vide les lieux, direction Victoria Street.

Victoria Street, c'est la rue qui monte avec ses boutiques et ses restaurants. Lorsque j'y étais, comme le reste de la ville, elle se remettait sur pied. Quelques restaurants s'étaient déjà installés vers le milieu de la rue... conseillée par mon hôte,je me suis dirigée vers Revival, le premier café qui avait rouvert dans le quartier après le tremblement de terre. Installé lui aussi dans des containers, meublé avec de la brocante et de le récup', centré autour d'une cours où toute une bande d'amis s'est retrouvé pour un after-work... Finalement, alors que le soleil se couche et que ma journée à Christchurch se termine, je me demande si cette dernière image de gens qui boivent, mangent et rient dans un bar improvisée pas loin des ruines de leur ville ne résume pas l'esprit qui y règne. Une volonté d'aller de l'avant, par ses propres moyens, en faisant avec. Et c'est ainsi que je me suis attachée à Christchurch en n'y passant que deux nuits.

En écrivant cet article, j'ai appris que Revival n'existait plus, en tout cas pas sous cette forme. Il a changé de nom pour devenir « The Little Neighbourhood » mais semble avoir gardé sa vocation du « bar d'à côté ». J'imagine qu'il y a bien des choses qui ont dû changé depuis mon passage et que la Christchurch que je vous raconte, n'est sans doute pas la même que tu découvriras Lectrice, Lecteur. Mais une ville en mutation, c'est fascinant ! Et je dois te dire un truc... J'ai hâte d'y revenir pour la redécouvrir.

Pour aller plus loin

Logement : De nombreux voyageurs aiment bien réserver à la dernière minute leurs auberges et hôtels en voyage mais attention à Christchurch : même à l'heure actuelle, le parc hôtelier reste insuffisant. En cherchant une semaine à l'avance, la ville et sa région étaient à 96 % occupée, y compris dans les ville côtières comme Lyttleton. Soyez donc prévoyants, surtout en été !

Circuler à Christchurch : Il est très facile de se déplacer à Christchurch, une ville sur terrain plat et à plan orthogonal font qu'on peut facilement y circuler à pied où à vélo sans trop se perdre. La compagnie de transport public local Metro couvre également la ville et la région de Canterbury. Attention, ce n'est pas comme dans les grandes villes européennes où les bus circulent très souvent. Ici, c'est plutôt tous les 15-20 minutes (et moins le week-end).

 

 

 

Ma musique du départ #40 : "Mata Ke Ati" - HIVI!
Bons plans à Bruges : l'Hôtel Martin's Relais et la Brasserie Bourgogne des Flandres




  1. Sarah
    le 20.11.2017

    Merci pour cet article très bien détaillé qui tombe à pic!
    Je suis en plein préparatifs de notre voyage en NZ en janvier prochain , malheureusement du j’ai bien compris on ne verra plus les ‘legos’ ???? Zut je trouvais ça hyper design.
    Question: 1 jour c’est suffisant ou tu conseillerais plus longtemps?
    Merci

  2. Melissa
    le 20.11.2017

    Hello Sarah,
    Ils viendront à peine de fermer. Normalement car avec ce genre de projet, il y a toujours du retard. Maintenant, le management à changé de main (c’était public, c’est devenu privé). C’est bien dommage que tout soit démonté mais en faisant mes petites recherches sur le sujet, c’est une raison essentiellement économique. Ils veulent plus de commerce dans le même espace et avec les containers, ce n’était pas possible. ????
    Maintenant, pour répondre à ta question, je dirai su’un jour est possible (c’est ce que j’ai fait) mais ce fut une looooooongue journée. J’ai du visiter le musée de Canterbury très rapidement et pas eu beaucoup de temps au jardin botanique. Il parait que l’Art Gallery est super aussi.

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