Crois-moi, Lectrice, Lecteur, lorsque que tu as décidé de faire du couchsurfing et tu t’apprêtes à rencontrer des gens qui t’accueillent dans leur espace vital, tu as un peu d’appréhension.

Même si tu as pas mal échangé avant ton arrivée,  même si tu sais que tu es attendu(e), envahir le chez soi d’un(e) parfait(e) inconnu(e) est toujours un moment délicat. C’est donc un peu nerveuse que je tire ma valise vers les hauteurs de Tórshavn. Rakúl, mon hôtesse, m’a envoyé une photo de sa maison… Bleue avec un toit vert. Je la vois au but de l’allée. Elle est énorme!!! Et voilà mon hôtesse qui vient à ma rencontre. Petite, souriante, lunettes sur le nez, la voilà qui s’avance pour prendre ma valise. Devant la volubilité de mon hôtesse, j’oublie d’être timorée et commence à me détendre. Pour Rakùl et sa famille, c’est une première: eux aussi se lancent dans le couchsurfing et sont soucieux de bien faire. Me voilà introduite au reste de la famille, Ásmundur, son mari. Un grand homme à l’air sérieux et qui deviendra mon maître en gastronomie féringienne et  leurs filles, Sigrið et Guðrið, des jumelles blondes aux traits fins qui semblent tenir des elfes… Rakúl a également deux fils adultes mais qui ne sont plus à la maison. Elle m’emmène à l’étage vers mon domaine temporaire… J’ai droit à un deux pièces: une chambre et un super salon qui surplombe toute la ville. C’est juste superbe! Quand tombera enfin la nuit et que les lumières s’allumeront, Tórshavn, qui a une forme d’amphithéâtre, apparaîtra beaucoup plus grande qu’elle ne l’est.

 

 

Ásmundur apporte de l’eau aromatisée au citron et de la Föroya Bjór, LA bière nationale et nous trinquons face à Tórshavn. Grâce à eux, j’apprendrais beaucoup plus que ce qu’un simple séjour dans un hôtel ne me l’aurait permis. Que les Férigiens ne ferment jamais les portes à clé la journée,  que le saumon des îles préparé à la maison est le meilleur jamais goûté, l’isolation réelle des Féroés (voyager n’est pas donné à tout le monde, avec un quasi monopole de la compagnie aérienne “nationale”, partir coûte cher), leur ambivalence face au Danemark, qui peut se montrer méprisant mais les aide financièrement, la fierté d’une culture anciennement brimée, la peur de voir le pays se vider et quelques autres secrets partagés lors de nos longues soirées et autour de la tasse de café matinale.

Le lendemain de mon arrivée, Rakúl et Ásmundur ont préparé une soirée rien que pour moi. Une soirée tapas féringiennes/bières et chocolats belges. Pour couronner le tout, mes hôtes ont invité un ancien attaché de la mission des Féroé auprès de l’Union européenne et son épouse, fraîchement revenus de Bruxelles. Ils seront le lien entre nos deux terres.

Pour faire honneur à mes hôtes, j’ai revêtu mon beau pull 100% laine de mouton et Ásmundur s’installe à ma gauche pour me coacher. Devant moi, des pommes de terre, des tranches de charcuterie: de la saucisse danoise, du saucisson de mouton, de la morue séchée, une cuisse d’agneau faisandé et dans une petite assiette, de fines tranches de viande séchée presque noires accompagnées de deux autres assiettes de tranches blanches-roses: de la viande de baleine-pilotes (qui sont en fait des dauphins) servie avec son gras. GLOUPS! Comme la Norvège et l’Islande, les Féroé ont la tradition de la chasse à la baleine. Dans un environnement rude, avec peu de terres disponibles pour la culture, l’essentiel du menu des habitants, c’était la viande… et la viande de baleine a de quoi sustenter une famille pendant un long moment. La chasse à la baleine, le grindadráp est une activité collective et un moment social important… Dans un petit pays jaloux de conserver son identité, le grindadráp est un moment d’affirmation.  Comme je suis prête à (presque) tout essayer, je me lance. La morue séchée ne m’est pas inconnue.. J’essaie. C’est filandreux, dur, fort en goût. Je me dépêche de prendre une pomme de terre pour en cacher le goût et je vois mes hôtes sourire. Deuxième étape, le jambon d’agneau sêché… Je me fais expliquer le processus: la cuisse sèche à l’air et au vent pendant 5 à 9 mois… Je me sers un morceau sur une tranche de pain de seigle. Je renifle d’abords… Ca sent moins que ce à quoi je m’attendais mais l’odeur est clairement là… enfin, je mors dedans… C’est un peu sûr, un peu difficile à mâcher mais loin d’être mauvais. J’en reprends même une deuxième tranchette et pose fièrement avec mon jambonneau, à la grande hilarité de mes hôtes.

Enfin, arrive le moment clé: la viande de baleine. Est-ce que la continentale osera essayer? Ásmundur me guide… d’abords, on essaie avec le gras séché. On prend une tranche de gras sur lequel on dispose la tranche de viande, on referme le gras dessus comme un sandwich et on dispose sur une petite tranche de pain et HOP! “Can you feel the omega 3 ?” me dit mon hôte en rigolant ? Ah ben oui! La première chose que je goûte, c’est l’irruption de gras dans la bouche. Et enfin, le goût même du cétacé. Une viande à la fois fine et forte, salée, sans gras, un peu comme un beef jerky, ce bœuf séché que mange les cow-boys. Et plutôt bon… Je me reprends une tranche avec le gras préparé dans l’eau salée puis une tranche nature pour juger du goût seul. Regard approbateur de l’assistance… J’ai osé le plus terrible. Je suis donc adoptée! Avant d’avaler une gorgée de Chimay bleue, je teste la dernière viande: le saucisson d’agneau. Celui-ci sera mon préféré: une viande rose et marbrée préparée avec des herbes. Tellement bon que j’en au ramené à la maison.

 

Et comme Couchsurfing, c’est une affaire d’échange, j’avais prévu le dessert… évidemment, une grosse boîte de pralines et plein de sortes de tablettes de chocolat…  Résultat: je crois que  Sigrið et Guðriðn sont prêtes à lancer un business d’import/export de chocolat au spéculoos…  En attendant, je me retrouve pourvoyeuse officielle. Mais plus encore que la nourriture, ce seront nos longues soirées à discuter, à échanger nos expériences de vie, à parler de nos pays respectifs et s’écouter qui fait du Couchsurfing une expérience vraiment unique.

Takk, Rakúl et les tiens, qui m’ont donné les clés de vos îles!