La quête du sommeil fut vaine! Quand le soleil se lève, j’en suis encore a essayer de trouver ne fut-ce qu’une demi-heure de repos. Le gardien de notre wagon fait le tour des compartiments pour réveiller les dormeurs: dans moins d’une heure, nous arrivons à Batoumi.

En fait, la gare où le train arrive ne se situe pas en ville mais bien dans une ville voisine à 10-15 minutes de là. Il faut prendre soit un bus, soit un taxi. Fatiguée par une nuit sans sommeil, j’opte pour le taxi. Dans un petit matin gris, j’aperçois des palmiers et des eucalyptus… Et dire qu’hier, j’étais en montagne! Mon taximan s’inquiète de savoir si j’ai un logement. J’ai en effet réservé dans une guesthouse mais il tient absolument à me convaincre d’aller à l’Hôtel Ritsa. Le destin va l’aider! Arrivée à la guesthouse, je vois le patron en grande conversation avec mon chauffeur. Ma chambre semble ne pas être disponible mais je serai relogée… à l’hôtel Ritsa, sans changement de prix. Malheureusement, pas de check-in possible avant 12h… Il va donc falloir tuer 3 heures.  Dans un brouillard de fatigue aussi épais que la couche de nuages, je pars donc péniblement à l’assaut de Batoumi. Tout comme Tbilissi, c’est une ville en plein travaux! Peut-être même encore plus qu’à Tbilissi! La deuxième ville de Géorgie semble avoir le vent en poupe!

Batumi

Sur la place de l’hôtel de ville, la statue de Médée brandissant la toison d’or semble avoir été redorée de frais et un énorme bâtiment est en cours de rénovation. Son avenir sera celui d’un casino-hôtel! Je vais bien vite réaliser que des tonnes d’argent sont brassées par ici. Batoumi et sa région, l’Adjarie, ont un statut particuliers… L’Adjarie est une république autonome et même si récemment, Tbilissi a repris un peu de contrôle sur la République, celle-ci a des pouvoirs assez larges. Des compagnies turques ou kazakhe ont largement investi dans l’immobilier et l’hôtellerie et ont bien l’intention, avec le soutien du gouvernement géorgien, de faire de Batoumi une espèce de Las Vegas ou de Miami sur Mer Noire ! Dans cette partie de Batoumi, on a l’impression de faire un plongeon dans le temps. Comme pas mal de station balnéaire et de port de mer, Batoumi s’est beaucoup développée pendant la Belle-Epoque. Le pétrole de l’Azerbaïdjan, qui joue encore un grand rôle pour la Géorgie, y transitait déjà à la fin du XIXe siècle.  De la Place de l’hôtel de ville à celle du Théâtre. c’est une belle unité architecturale. On ne serait pas surpris de voir débarquer une calèche au coin d’une rue ou une dame en crinoline. Même les nouveaux bâtiments en construction respectent le style de l’époque… Mais plus on approche de la plage, plus cela change!

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BatumiCar aujourd’hui, outre les activités du port, c’est le tourisme qui fait la réputation de Batoumi. Déjà à l’époque soviétique, on venait profiter de son climat subtropical, de cette petite mer chaude et de la cuisine géorgienne. Aujourd’hui, c’est toujours le cas. Arméniens, Azéris, Russes, Turcs voulant des vacances à bas prix… tous arrivent ici pour célébrer le Dieu Soleil. Et quand le Dieu disparaît, Batoumi, parait-il, devient une ville où l’on ne dort jamais, le temps d’un été. Un nouveau parc vous guide vers le Bulvard, une promenade de bords de mer qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Du côté du port, s’élève une tour à double hélice surmontée d’un globe brillant malgré l’absence de soleil: l’Alphabetic Tower. Hommage à l”élégant (et ancien) alphabet géorgien, cette tour était à peine inaugurée lorsque je suis arrivée! En fait, elle est si neuve que l’avant-veille à Kazbegi, j’avais vu un reportage sur les journalistes locaux prenant l’ascenseur pour rejoindre le sommet de la boule et étrenner leur nouveaux studios! Mais pour le moment, je n’en ai trop cure. Je vais enfin découvrir une nouvelle mer: la Mer Noire.

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La plage est couverte de galets. Une harmonie de couleurs comme seule sait en faire la nature: blancs, mouchetés de noir étincelant, gris, gris bleu, mauves, verts,  roses avec quelques cailloux couleur brique, histoire d’épicer ce patchwork… A part moi, un vieil homme se promène et à deux pas, un jeune homme en bonnet est assis par terre, les bras enserrant ses genoux. On pourrait presque croire qu’il a dormi là! Les yeux dans le vague, il fixe l’horizon. Je décide faire de même… sauf que je ne le vois pas! La mer et le ciel sont unis dans une espèce de dégradé dont on ne saurait trouver un début ou une fin de quoi que ce soit. C’est tout à fait en adéquation avec l’état de mon cerveau! Fatiguée, je m’allonge et pose la tête doucement sur les galets. Un petit courant frais me caresse la nuque. Je regarde le ciel, fait d’un seul bloc lui aussi. Et là, dans mon esprit, une pensée me fait rire. En fait de Noire, cette mer, elle est plutôt grise!

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Je crois que c’est la faim qui me fait divaguer après un petit café sur la plage, j’atterris donc à Privet iz Batuma, un bar-pâtisserie qui lui aussi semble sorti d’un roman fin de siècle… agrémenté par des serveurs habillés en moussaillons de la Marine soviétique. Heureusement, les desserts, eux, sont loin d’être d’époques! Je regarde la vieille horloge… Il est près de midi, je peux retourner à l’hôtel et me reposer… Et laisser décanter ces premières impressions plutôt brumeuses de Batoumi.