- Calibishie , Dominique -

April 2017

La Dominique côté plage à Calibishie et le Territoire kalinago

Après une journée intense de randonnée et de découverte du centre de la Dominique, nous embarquons dans la voiture de Sandra pour la longue route qui va nous emmener vers l’extrême nord de l’île, où nous poserons nos valises à Calibishie. Sandra nous prévient :”Lles gens du nord conduisent comme des fous, soyez prudentes !”

Douceur de vivre à Calibishie

Il semble bien que « les gens du nord » soient un peu différents des autres… A la fois encore plus relax que les autres Dominiquais, mais en même temps tout feu tout flamme quand on met le moteur en route. Sandra nous expliquera tout çà pendant que la voiture trace sur les routes à travers une immensité vert qui ne semble plus finir… jusqu’à ce qu’on arrive vers la côte. Là, le parcours devient encore plus joyeux, avec des brides de mer bleu foncé entre les arbres. Les villages se font plus nombreux, plus mignons aussi. L’ambiance y est… différente du reste de la Dominique. Plus caribéenne. C’est pourtant toujours l’Atlantique qui fait face à cette côte, avec ses eaux plus violentes et tourmentées. Et finalement, nous y voilà : Calibishie, la principale « ville » de la côte nord. En fait de ville, c’est plutôt une espèce d’agglomération de maison disposées le long de la plage et de la route de la côte. Dès que nous sommes arrivées, je m’y suis sentie à mon aise. En terrain étrangement familier. C’est au Sandbar, une guesthouse de juste 4 chambres que nous avons choisi de loger Sad et moi. Un peu beaucoup parce qu’en bas, il y a un bar dont les photos nous promettaient de belles soirées. Nous ne serons pas déçues!Après avoir été accueillies chaleureusement par Christine et Garnet, on descend directement pour admirer le coucher du soleil… ça sent déjà un peu la fin des vacances. Le moment où le voyageur est fatigué et a envie de se laisser aller. Et sur la côte nord, c’est le cas ! Pas de grand randonnée (à part la fin du Waitikubuku National Trail, le sentier de randonnée qui traverse l’île du nord au sud) mais des plages, parmi les plus belles de la Dominique, que nous allons explorer le lendemain.

Les pieds dans le sable, je soupire… nous sommes ici depuis plus d’une semaine, et c’est la première fois que nous voyons le soleil se coucher dans la mer. Un comble pour une île.

Au crépuscule, nous allons nous promener et découvrir un peu notre nouveau chez nous. Calibishie a tout ce qu’il faut : quelques boutiques, un distributeur de billets, des restaurants et quelques bars, une pharmacie, des supérettes… Le temps semble s’y couler plus que paisiblement, les habitants montant et descendant la rue d’un sens à l’autre, pour se promener ou papoter.La seule agitation semble se trouver dans le coin des pêcheurs (on ne peut pas dire “port”, il s’agit de quelques bateaux amarrés sur la plage où quelques pêcheurs débitent leur prise du jour ‘(ce jour là, la plus belle pièce était un “petit” requin). On négocie, on se crie dessus aussi parfois tandis que le préposé à la découpe des poissons continue imperturbablement son job. 

Bien fatiguées, nous nous contenterons de manger au café de notre guesthouse et à partager des bières et des histoires les pieds dans le sable avec Christine, une expat anglaise qui a bien des histoires à vous raconter si vous lui demander.

Batibou Beach, un goût de paradis

Surprise le lendemain matin ! Alors que je pensais que le café serait ouvert pour le petit-déjeuner, il n’en est rien. Le bar est complètement vide et complètement à notre disposition. Nous nous dépêchons d’aller acheter quelques provisions à la supérette d’à côté et nous installons sur le grand banc qui fait face à la mer. Que c’est paisible! Paisible mais stimulant à la fois… j’ai une folle envie d’aller nager et Sad n’est pas en reste, on embarque donc nos sacs de plage et en route pour Batibou Beach, qui est à quelques kilomètres ! L’un des intérêts de la côte nord, ce sont d’impressionnantes falaises de roche rouge qui plongent de manière abrupte dans la mer. Avec le soleil du matin, le contraste est saisissant entre le rouge brique des falaises, le bleu de la mer et celui plus pâle du ciel et le vert de la végétation, présente partout ! On marche, on admire… et on a déjà chaud ! Quand approche un mini-bus, Ad et moi échangeons un regard qui en dit long : tant pis, on le prend ! La matinée est déjà bien assez avancée ! Nous montons donc dans un mini-bus rempli jusqu’aux essieux. Toujours une sacrée expérience et c’est là que je vais réaliser qu’une fait, se déplacer à la Dominique en transport en commun, n’est pas la sinécure que je pensais, finalement. C’est même assez facile. Il suffit de savoir où on va et d’attendre. Pas d’horaire établi, le mini-bus passe quand il passe, une fois plein ou presque à son point de départ. Dix minutes plus tard, grâce à l’aide des passagers qui signale l’arrêt au chauffeur, nous voilà arrivée devant le sentier qui mène à la plage. Il faut encore marcher un petit quart d’heure dans la forêt (n’oublier pas votre anti-moustique) pour arriver à la plage. En attendant, la promenade qui descend vers la baie nous donne une vision panoramique du lieu… qui est superbe : au fond d’une baie, en presque ligne droite, on trouve une grande plage de sable gris, cernées de tous côté de vert. Partout ! Du coup, nos pas se pressent pour y arriver au plus vite.

Enfin, la forêt s’ouvre pour laisser place à la mer et le sable dans toute sa splendeur. Batibou Beach, c’est encore plus beau que vu d’en haut ! Et on dit que la Dominique n’a pas de plage ? C’est une des plus jolies que j’aie vu dans les Caraïbes ! Et à part le gardien de la plage qui vient nous saluer (et prélever les 5 dollars de droit d’entrée), nous sommes seules ! Pendant un quart d’heure, nous aurons une grande plage qui incarne tous les fantasmes tropicaux rien que pour nous. Et franchement, le sable gris, c’est quand même plus original que le sable blanc. Il est fin, doux au pied, on essaie de se trouver un endroit tranquille, ma seule exigence est d’être à l’ombre d’un cocotier (j’aime vivre dangereusement). Nous nous installons et filons nous jeter à l’eau, enfin ! Là, j’ai atteint mon point de félicité de

Cette béatitude ne durera donc pas longtemps. Nous serons rejointes par d’autre visiteurs mais on ne peut pas dire qu’il y ait foule non plus :10 personnes au maximum ! Ca laisse pas mal de place pour s’ébattre et profiter… sauf que la météo s’en mêle ! Alors que nous sommes en train de manger à l’excellent petit snack que possède la plage, le ciel s’encombre doucement, puis plus vite. Etant donné que nous avons une autre plage à voir, nous décidons de remonter pour rejoindre la route et trouver l’entrée de Number One Beach, la plage de « Pirates des Caraïbes ».

Number One Beach, désolation

C’est sous un ciel déjà bien tourmenté que nous arrivons à  Number One Beach. Elle fut la star d’une des grandes scènes du deuxième opus de « Pirates des Caraïbes », celle où le Capitaine Jack Sparrow se fait pourchasser sur une plage de sable noir par une ordre de cannibales. Ce n’est d’ailleurs pas le seul endroit de la Dominique où vivent encore les souvenirs du film… entre autre, il y a aussi l’Indian River que nous avons malheureusement manqué mais il semble que le souvenir de Johnny Depp et du tournage fasse maintenant partie de la légende chez les Dominiquais ! Pensez-donc… voire débarquer l’équipe d’un blockbuster dans une île si eu connue qu’on arrête pas de la confondre avec la République dominicaine !

Pourtant, la plage est une déception… d’habitude, j’aime beaucoup les plages de sable noir… elles ont un petit air de mystère et au soleil, ls grains brillent comme de minuscules diamants sombres. Sauf que la plage est à présent très érodée et mal en point, du moins sur un de ses côté. Et plutôt que fascinante, elle a juste l’air d’avoir été maltraitée par les assauts des éléments. Couplez à cela la météo qui se gâte de plus en plus, nous ne nous sommes pas attardées à Number One et c’est sous une pluie battante que nous allons attendre le mini-bus pour rentrer à Calibishie.

Les soirées de Calibishie

Il est des averses tropicales comme les grosses colères des enfants. Ca peut être violent, mais ça passe aussi rapidement. Pendant que Sad fait la sieste, je descends au bar, qui n’a toujours pas ouvert, pour écrire, face au déluge. Vingt minutes plus tard, la pluie cesse, le ciel s’éclaircit… et je suis sûre que nous verrons plein d’étoiles ce soir !

En attendant, la star de la soirée, c’est Garnet qui nous joue de la guitare au bar… Nous nous fendrons même d’un petit duo sur « Belle-île en mer », chanson de circonstance.;) L’occasion de vérifier la flexibilité, et la débrouillardise de Dominiquais. Nous aimerions visiter le territoire kalinago. C’est possible ? Garnet nous demande 5 minute pour passer un coup de fil, 10 minutes plus tard, un grand gars qui pourrait être le sosie de Snoop Dogg vient nous serrer la main : c’est Rabbat, notre taxi mélomane dont j’avais parlé lors d’un épisode précédent de ma « Musique du Départ ». On explique, on discute, on convient du prix : emballé, c’est pesé : rendez-vous demain à 9 heures pour le départ.

Le Territoire kalinago, unique en son genre

Il est 9h02 heures et je ravalé le cliché qui viens de sortir de ma bouche… « On est dans les Caraïbes, Rabbat ne sera sûrement pas à l’heure » ! Ce n’est certes pas la ponctualité d’un coucou suisse mais qui va pinailler pour deux minutes de retard ? Notre chauffeur arrive, aussi cool que quand il est arrivée à la soirée d’hier soir, et nous invite à grimper dans son carrosse. Aujourd’hui, nous allons découvrir le territoire des Kalinagos ! 

Le peuple kalinago

Les Kalinagos, c’est le nom original que portent ceux que les Européens ont appelé les « Indiens caraïbes ». Caraïbe étant lui-même un mot tiré de « Carib » qui dans la langue des Arawaks (ceux qui précédaient les Kalinagos dans les Antilles), désignaient ce peuple nouvellement arrivé sur les îles. Ce peuple guerrier, réparti dans les Antilles, aura bien tenté de résister à la colonisation. Malheureusement, vaincu par la puissance des armes européennes, et aussi par les maladies face auxquelles ils n’étaient pas immunisé, les Kalinagos disparurent. Sauf à la Dominique. Grâce à son relief montagneux (le nom donné par les Kalinago à l’île, « Waiti’kubuli » signifie « grand est son corps), ils purent tenir face aux pressions expansionnistes de colons. Ce qui n’empêchât pas les maladies de les décimer en grande partie.

En 1903, après de longues années de lutte farouche entre les forces coloniales britanniques et les Kalinagos, la Couronne exceptât de leur octroyer des terres où ils seraient maîtres.  Le Territoire kalinago a un status spécial au sein de la Dominique, avec un régime, notamment foncier, communautaire. Environ 3000 Kalinagos résident dans le territoire.

La première chose que l’on remarque quand on entre dans le territoire kalinago, c’est que les visages des habitants changent pour prendre les traits des Amérindiens. Mais il y a aussi beaucoup de mélange avec les Dominiquais descendant d’esclaves, surtout avec les « maroons », les esclaves échappés qui s’étaient réfugiés dans l’intérieur de l’île. Après avoir traversé plusieurs villages, nous arrivons au Kalinago Barana Autê. A la fois village culturel, centre d’interprétation et musée vivant de la culture kalinago. Il se parcourt avec un guide qui vous donnera des clés pour comprendre ce peuple, même si celui-ci est en grande partie acculturé (à part quelques mots, la langue des kalinagos n’est plus parlée) et créolisée (il n’existe plus d’habitants « 100 % kalinago »). C’est donc un peuple menacé, mais fier, que nous rencontrons là-bas.

Ce qui frappe d’emblée lors de note balade avec le guide, c’est la grande proximité avec la nature. A quasi chaque plante que rencontrerons, notre guide nous expliquera son nom et ses vertus, c’est assez impressionnant ! Pendant le parcours, nous rencontrerons des artisans (comme un ancien chef qui sculpte maintenant des écorces de calebasses, où des artisans en vannerie, probablement le souvenir que tu dois ramener de là, Lectrice, Lecteur), mais aussi des constructions communautaires comme le carbet, un bâtiment au toit haut et destiné à l’usage de tous. La sculpture est également très importante pour les Kalinagos. On trouvera souvent des visages sculptés sur de longs piquets de bois.

Reste également le paysage autour de Banana Auté… Un des plus sauvages de la Dominique, probablement ! Comme si on avait voulu absolument isoler les Kalinagos a une portion qui n’avait pas d’intérêt économique. Cela reste un régal pour les yeux !

Pourtant, il reste un goût de trop peu à la suite de la visite et un peu de tristesse… on sent bien que les Kalinagos sont fiers. Fiers d’être toujours là, en Dominique et fiers de ce qu’ils représentent mais à la recherche d’une culture qui leur est presque inaccessible, puisque ravagée et quasi-disparue.

Histoire de prendre un peu de hauteur, Rabbat nous emmène dans un endroit connu de lui : une boite de nuit situé sur un promontoire surplombant la mer.  L’endroit est en béton brut,  quelques fresques sur les mur égaient un peu le tout quand à la vue à presque 360 degrés? J’essaie d’imagier ce que ce doit être au coucher du soleil, avec les décibels poussé à fond ! Calypso, socca, reggae, dancehall et reggaeton au programme ! Ne me demandez pas où se trouve exactement le ‘Highlife’. Il faudra aller à Calibishie et le demander à Rabbat ! C’est un petit secret que Sad et moi emporterons sur le chemin du retour et Lectrice, Lecteur, je ne te cacherai pas que quelques larmes ont coulé au moment de dire au revoir 





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