- Corona , Dominique -

March 2017

La fois où j’ai travaillé dans une ferme à la Dominique : D-SmartFarm

D’habitude, je ne prépare pas trop mes voyages. Je ne m’embarrasse pas d’acheter des guides et les Internets me suffisent à me donner une idée de ce que je peux voir et faire mais voyager avec quelqu’un d’autre, c’est bien différent. Sad étant plutôt du genre prévoyante, je n’avais pas hésité à investir dans l’achat d’un guide (Bradt Guides, pour ne pas les nommer, qui sont pour moi parmi les meilleurs qu’on puisse avoir sur soi, surtout pour les destinations les moins fréquentées). Prévoir ne veut pas dire manque de spontanéité (surtout que les événements imprévus ne manquent pas) mais grâce à çà, nous avons trouvé une activité qui, je pense, ne nous serait pas venue directement à l’esprit si nous ne l’avions pas trouvée noir sur blanc : travailler dans une ferme ! Alors que je me renseignai sur des activités à faire autour de Trafalgar, mes yeux sont attiré sur un paragraphe : pourquoi ne pas visiter une ferme bio ? OK… intéressant… et pas courant. Deux trois phrases plus tard: la ferme peut vous loger ! Je regarde Sad : “On le fait? “. Elle n’a même pas réfléchi avant de répondre et c’est ainsi que nous avons pris la route pour le district de Corona, en plein intérieur de la Dominique chez D-SmartFarm.

Loger à la ferme, à la Dominique

D-SmartFarm est la ferme de Dawn Francis et de sa famille. En plus d’être une activiste de la culture biologique, Dawn loge des voyageurs soit dans un cottage privé sur AirBnB, soit dans un cottage dortoir mais la propriété possède aussi un terrain de camping. On peut aussi y loger gratuitement en faisant du WWoofing. Bref, voilà une ferme qui sait diversifier ses activités.  Il faut une bonne quarantaine de minute pour arriver jusque là, via une route qui n’arrête pas de monter : nous sommes aux portes d’un des parcs nationaux de la Dominique: Morne Trois Pitons, dans une région très protégée et nous voilà débarquées au bords de la route, reste plus qu’à descendre à travers un chemin pentu pour trouver la ferme ! C’est Adrien, le fils aîné de Dawn, qui nous accueille avec un grand sourire. Nous avons loué le cottage et il nous fait faire le tour de notre petit domaine : une grande cuisine-salle-à-manger où il ne manque aucun ustensile, une grande chambre, une salle de bain, un petit patio…. après notre petite chambre à Roseau, le cottage nous semble un véritable palace !  Adrien nous laisse pour que nous finissions de nous installer… Mes affaires déballées, je vais m’asseoir sur le patio. et je détaille un peu le paysage à l’extérieur du cottage… nous sommes dans un univers vert émeraude, avec un ciel bleu et blanc par dessus et le monde et ses turpitudes semblent loin, bien loin ! Adrien nous aperçoit et nous conduit vers le terrain cultivé. C’est là que nous rencontrons la maîtresse de maison : Dawn. Elle enlève ses gants pour nous serrer la main avec un grand sourire et nous souhaite la bienvenue. « Vous m’excuserez, nous sommes en plein travail, on est en train de construire une deuxième serre, plus grande. Je vous ferais visiter les cultures tout à l’heure mais maintenant, c’est mon fils qui va vous faire visiter le terrain. » Et c’est le plus jeune, un petit garçon qui doit avoir à peine 10 ans et qui était resté muet à notre arrivée qui va nous promener à travers tous les recoins de la propriété. La langue déliée par la charge que vient de lui donner sa maman, il déclare gravement : « C’est la première fois que je fais visiter tout seul ! ». Et notre petit guide prend son rôle très à cœur ! Nous passons l’enclos aux lapins et le poulailler avant de s’enfoncer dans la forêt. Un petit panneau nous indique le chemin soit vers le camping, soit vers la rivière : « Oui, vous pouvez aller vous baigner après la journée de travail et vous rafraîchir ! ». « Et on peut y aller ? ». On voit le conflit s’installer comme un voile sur le visage du gamin. Il aurait bien envie d’y aller, mais quelque chose le contrarie. Il prend finalement un air gêné : « Je peux pas y aller sans mes parents. » soupire t’il. « Pas de soucis, on ira plus tard ! » Nous arrivons enfin au camping. Outre le terrain pour y planter sa tente, on trouve une cabane en bois, un grand patio pour se mettre à l’abri de la pluie, avec un hamac… Et il y a du monde : un jeune allemand qui reste ici en WWoofing et un Français qui fait étape à la ferme le long du Waitukubuli Trail, le sentier de randonnée qui traverse l’île du nord au sud.

« Et voilà, vous avez tout vu ! » affirme notre guide. Pour la rivière, on ira voir plus tard !

Cultiver bio à la Dominique

Nous rejoignons Dawn qui est prête à nous faire le tour de son domaine. En fait de ferme, c’est plutôt un très grand potager que nous trouvons. L’agriculture extensive, à part la culture de coco ou de canne à sucre, n’existe pas vraiment à la Dominique. Le terrain est trop accidenté pour çà. Dawn, experte en permaculture et en agriculture biologique, a pensé ses terrains de manière holistique, mettant des plantes qui fonctionne en symbiose. Par exemple, en cultivant des plantes qui ont besoin d’ombre en dessous d’arbres qui les protègent de la lumière mais peuvent aussi leur apporter des nutriments, et inversement. C’est un tout un art que de créer ces combinaisons. Il faut connaître intimement les besoins et propriétés des plantes. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ici, tout pousse en abondance, à commencer par les tubercules de toutes sortes. Historiquement, les tubercules (pomme de terre, patate douce, ignames…) sont un ingrédient de base de la cuisine des Caraïbes. Ce qu’on appelle ici les « provisions » date de l’époque des plantations, où les esclaves avaient besoin d’une nourriture forte en glucide pour soutenir de longues heures de labeur acharné. Quand tu mangeras créole, Lectrice, Lecteur, ne t’étonne pas de trouver 3 voire 4 sortes de tubercules sur ton plat, c’est tout à fait normal ! A côté de çà, il y a du gingembre et du curcuma, les haricots, les courges, les oignons, salades et laitue, toute sorte d’herbes, des arbres fruitier comme un goyavier et un manguier… L’autre aspect, c’est aussi d’utiliser les propriétés des plantes ou d’en cultiver d’autres qui ne sont pas comestibles et de s’en servir par exemple, comme insecticides naturels. On pourrait écouter Dawn pendant des heures à nous énumérer toutes les propriétés des plantes et des fruits ! Ou même celles des feuilles d’arbres fruitiers. Une connaissance que Dawn met au service de la communauté puisqu’elle accueille les élèves des écoles environnantes pour les sensibiliser à la culture bio et particulièrement avec une école du coin où elle un crée un potager avec l’appui d’une enseignante. Bref, c’est une femme passionnée et passionnante et quand je vois Sad, qui s’y connait un peu en jardinage, fascinée et en plein échange de bonnes pratiques avec notre hôtesse, j’ai un sourire jusqu’aux oreilles ! Demain, nous allons pouvoir participer à la journée de la ferme lais en attendant, le soleil décline, Dawn nous offre quelques œufs et nous invite à aller se servir en légumes et herbes dans le jardin. C’est génial ! Sad s’empare d’un saladier et va faire son marché dans le jardin, y’a qu’à se servir ! Un vrai bonheur. Alors que le soir tombe, et que monte le chant des grenouilles, nous nous affairons dans la cuisine. Je suis en charge de l’ambiance musicale et de la découpe des légumes pendant que Sad cuisine. On papote, on rit comme des folles… Et une petite heure le plus tard, le repas est servi ! Avec les petits chaussons de poissons et de fromages que nous avions acheté au supermarché le matin même , des œufs sur le plat, des haricots tièdes aux oignons et au curcuma frais accompagné d’une petite salade, c’est un vrai festin que nous allons faire, un des plus chouettes moment du voyage quand j’y repense, finalement !

Mes premiers pas de fermière bio

Une récolte odorante !

Le lendemain, Dawn nous attend de pied ferme pour commencer à travailler et elle a une tâche importante à nous confier : la plantation de ses premiers ananas ! Elle nous a assigné un coin de la ferme : un petit monticule bien exposé et surplombé par un petit arbre. La première étape, c’est d’aller récolter un plein saut de fumier de lapin. Elle nous confie des gants et allez, HOP : direction les clapiers ! A mains nues, nous commençons donc à récolter le plus possible de crottes. Il en faut assez pour nourrir une grosse vingtaine de plans. Deuxième étape, creuser des trous, remplir de fumier, placer le plan dans le trou, recouvrir, tasser, et voilà ! Mais attention, Dawn nous précise qu’il faut au moins 20 centimètres entre chaque plants « Et aussi, je voudrais une disposition qui fasse joli ». Bref, en plus de la mission de fermière, nous sommes désignées paysagistes ! Sous un bon soleil, on se met donc au travail ! Pour moi qui n’ait même pas une terrasse pour faire pousser un bac à fleurs et qui ai mis fin aux jours de nombreuses plantes, c’est un challenge ! Je me laisse guider par Sad puis m’applique de mon mieux dans mon côté. On creuse les trous à la main, comme çà ! La terre est meuble, elle vient à peine d’être retournée, ce n’est donc pas trop compliqué et finalement, nous avons décidé de disposer nos ananas « en spirale ». Nous en profitons également pour dégager la terre et nettoyer de toutes les herbes et cailloux qui traînent et voilà : notre mini-plantation est prête ! Nous n’avons pas le temps de la montrer tout de suite à Dawn puisque nous sommes attendues pour la deuxième mission du jour : récolter les pamplemousses.

Nous allons donc retrouver Adrien qui va nous conduire chez ses grands-parents, juste à côté. Ce sont les parents de Dawn qui cultivent les agrumes : pamplemoussiers, orangers et citronniers poussent bien alignés dans un joli verger. Nous nous retrouvons devant la porte et c’est un vieux monsieur droit comme « i » qui nous ouvre la porte, avec un large sourire, il enveloppe longuement la main que je lui tends dans les siennes en nous remerciant d’être là. J’ai un nœud dans la gorge. A côté de lui, plus timide, sa femme nous sourit et nous serre chaleureusement les mains. « On est en train d’attendre le discours de Trump. On a regardé celui d’adieu d’Obama. Quel grand homme !  ». J’ai un autre coup au cœur : je me revois encore il y a 9 ans : Barack Obama venait d’être élu. C’était le début de la croisière qui m’avait fait découvrir la Dominique pour la première fois et sur le petit kiosque qui servait des snacks sur Morne Bruce, il y avait des autocollants et des posters du président-élu partout. Dans toutes les Caraïbes, on célébrait cette victoire comme si c’était la leur ! Et dans un jour ou deux, toute cette joie, tout cet espoir, balayé ! Comme si les huit dernières années n’avaient pas existé.

Mais fataliste, Monsieur-le-Papa-de-Dawn fait un signe de la main, fataliste. On ne sait pas lire l’avenir, n’est-ce pas ? Pour le moment, la tâche à remplir, c’est de s’occuper des pamplemousses et en parlant de remplir : voilà un grand sac de jute qui n’attend que nous ! On nous indique dans quelle portion du verger nous devons regarder et c’est parti. Comme il s’agit d’une « petite » récolte, nous n’allons pas user de tout le matériel nécessaire pour décrocher les fruits… mais il va falloir grimper aux arbres et détecter les pamplemousses à point ! Alors je ne sais pas toi, Lectrice, Lecteur, mais moi, il n’y a rien qui me met plus en joie que de voir un bel arbre bien de fruits murs prêts à ce que ma main les cueille. C’est sans doute un des actes les plus satisfaisant que l’on puisse faire, et une des plus grandes générosités de Mère Nature ! Et un pamplemousse, même bio, ce n’est pas un petit fruit ! Certaines branches croulent sous le poids de beau globes jaunes dorés. Evidemment, ce sont les branches les plus inaccessibles qui portent le plus de fruits ! Adrien nous montre d’abords à quoi ressemble un pamplemousse mûr puis, c’est à nous de grimper aux arbres ! Ce n’est pas la première récolte, les branches les plus basses sont donc déjà nues. Il faut donc grimper et lancer les fruits à son partenaire qui doit le rattraper. Gare à ne pas le laisser tomber, cela abîmerait l’intérieur du fruit ! Après la démonstration d’Adrien, c’est Sad qui grimpe aux arbres et moi qui doit rattraper. Je ne peux pas m’empêcher de sourire en voyant le visage à la fois étonné et inquiet d’Adrien. Les deux demi-portions de la ville ne se casseraient-elles pas le cou ?

C’est enfin mon tour, je vais essayer d’atteindre des fruits un peu plus loin. J’escalade donc l’arbre, m’accroche à lui intimement, m’étire le plus que je peux pour toucher des pamplemousse du bout des doigts, assez pour arriver à les saisir et à les décrocher de l’arbre. Je retrouve les sensations d’enfance, celle du temps où je grimpais bien haut dans le cerisier du jardin pour récolter les fruits qui n’avaient pas été mangés par les merles du coin. Finalement, avec nos efforts, le sac est enfin rempli. Nous prenons congé des parents de Dawn et allons rapporter notre récolte. Sur le chemin, nous papotons avec Adrien. C’est un peu le geek de la famille et c’est lui qui s’occupe de tout l’aspect web du projet du coup, on en profite aussi pour échanger des conseils, l’aider à monter à une stratégie. Et si Dawn offrait également des cours de cuisine ? Ce serait un excellent complément ! Visite de la ferme, on récolte les légumes et HOP, on passe à la cuisine pour confectionner le repas. Pas mal de croisiéristes (qui forme sans doute la majorité des touristes à la Dominique) sont des foodies, peut-être pas super actifs et seraient sans doute intéressés, sans compter sur l’intérêt accru pour le bio, la nourriture saine et le bien cuisiner. Les idées foisonnent, il faudra en parler à Dawn ! C’est déjà l’heure du dîner et nous la trouvons affairée dans la cuisine. « J’ai été voir le plan d’ananas, les filles, bravo ! Je suis très contente, vous avez vraiment bien travaillé. J’aimerai bien en avoir plus des comme vous ! Vous revenez dans 6 mois pour voir le résultat ? En attendant, on va mettre un écriteau et vous signerez vos noms avec de la peinture comme çà, tout le monde saura que c’est vous qui l’avez fait ! » Quelques instants plus tard, nous posons fièrement avec Dawn et Adrien devant nos ananas si amoureusement plantés. Soulagement ! Notre carrière de fermière semble donc bien partie mais en attendant, les estomacs grognent ! « Vous avez quartier libre ! Vous êtes en vacances et je ne veux pas abuser » déclare Dawn. Notre journée de travail s’arrête donc là !

Après l’effort !

Le frigo étant plus ou moins vide et comme nous avions envie d’explorer les environ, on se décide à rejoindre la route principale et à chercher un petit restaurant dont Adrien nous avait parlé. Il devrait être à 20 minutes de marche. Le soleil brille, l’air de la montagne est doux, les arbres font de l’ombre… c’est parti pour la promenade. Et ça monte, et ça descend ! On tient notre droite (les Dominiquais roulent à gauche, à l’anglaise) en essayant d’éviter de se faire écraser par les voitures et mini-vans, surtout dans les tournants et finalement, nous arrivons au restaurant. C’est déjà le début de l’après-midi, est-ce qu’on pourra se faire servir ? « Sans problèmes ! » nous répond la patronne ! Il y a un groupe qui doit arriver en bus mais en attendant que je prépare, allez voir ma petite échoppe. » Vingt minutes plus tard, nous voilà confortablement assises devant nos plats de poulets, riz, provisions et salade. Autant s’y habituer, on va en manger plein de ces trucs là pendant les prochains jours ! Pendant que nous dégustons, un groupe arrive. Des croisiéristes. Le tout est minuté : pas plus d’un quart d’heure, juste le temps d’aller voir l’échoppe et la vue depuis le patio. Pendant ce temps, on profite doucement du repas et de nos jus de fruit.

Nous aurions bien fait la promenade un peu plus loin jusqu’au bar mais l’heure tourne. Sous les tropiques, le soleil se couche tôt et la rivière de chez Dawn nous appelle !

Pour y arriver, il faut quand même être prudent, le chemin est glissant et il faut faire même un tout petit peu d’escalade mais la récompense est immense : une rivière cristalline au fond d d’une ravine entouré d’une végétation luxuriante. Une petite cascade et des piscines naturelles viennent agrémenter le tout. Et crois-moi Lectrice, Lecteur, on galvaude pas mal le mot de paradis mais je peux te jurer que le paradis, c’est un peu ici !

Pour aller plus loin

Y loger: Quitter D-SmartFarm sera un vrai crève-coeur. Si vous aussi, vous voulez profiter de l’hospitalité de Dawn et sa famille, vous pouvez louer son cottage sur Air BnB à 29 Euros/nuit  (excellent wi-fi inclus par contre, amenez vos serviettes). Une cabane (avec un lit et sanitaires en commun) est également dispo pour 24 Euros.  Vous pouvez également y planter votre tente (cuisine commune et sanitaire disponible) ou , si vous restez au moins deux semaines, tenter le WWoofing.

Rejoindre D-SmartFarm

Depuis Roseau, trouver le mini-bus qui se rend à Pont-Cassé. Arrivés à Corona Estate, regardez bien sur la route pour un signe en vert avec le nom de la ferme, il suffit de demander au chauffeur de s’arrêter.

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