- Moulins-sur-Allier , France -

September 2015

L’Auvergne dans tous ses états : Crème comme Moulins-sur-Allier

Les trains ont des humeurs, comme les gens… Selon l’heure, selon la météo… ce grand corps de métal habité par des centaines de petits esprits arrive à former une espèce de «  mood  » collective qui donne une certaine ambiance au trajet. Prenez ce Thalys du jeudi matin  : il est 6h07, et nous sommes à l’une de l’automne. Le soleil n’est pas encore levé et des passagers aux yeux fatigués se sont déjà bien installé dans leurs fauteuils. En étouffant un bâillement, je scrute mes compagnons de voyage. Les trois-quart sont en costard-cravates ou blazer-tailleur. Il y a aussi quelques touristes étrangers, qui ont l’air encore plus fatigués que les autres. Et moi, qui attend mon petit-déjeuner. L’ambiance est feutrée, silencieuse… si l’on parle, c’est à voix basse, comme si on avait peur de déranger son voisin dans ce grand dortoir. Ceux qui ne dorment pas sont plongés dans leur journal et leur smartphone. Même les accompagnateurs de train se font discrets en passant avec les plateaux de petit-déjeuner. Il est gargantuesque  : pain, viennoiserie, énorme cookie au chocolat, jus de fruit, café, yaourt, fruit…  Ce grand train endormis file à grande vitesse dans le matin qui se lève. Tout doucement, l’horizon commence à blanchir à l’approche de Paris. Les esprits s’éveillent, doucement, sortent de leur torpeur. Gare du Nord  : tout le monde descend  !

Deux métros plus tard, me voilà à la gare de Bercy, prête à embarquer dans un deuxième train, un Intercité direction Moulin, dans le Nord de l’Auvergne. Un trajet de deux bonnes heures seulement depuis Paris (je ne pensais pas que c’était si proche) et j’entre en gare de Moulins.

Moulins-sur-Allier

Moulins-sur-Allier est de ces villes dont on peut faire un cadre de roman… Une petite ville de province, entourée par la campagne, un peu bourgeoise, un peu paysanne, au riche passé. Ses belles maisons en témoignent. On y situerait bien un crime épouvantable secouant toute la ville ou un drame humain intimiste se passant entre quatre murs et un esprit.
Nous sommes en Auvergne, mais ça ne ressemble pas à l’idée que je m’en faisais. «  C’est un autre aspect de l’Auvergne  » me dit de Laurent, le représentant de l’office du tourisme, en riant.  «  C’est le bocage bourbonnais.

– Oui, je me demandais où étaient les montagnes  !

– Plus au sud… Ici, c’est la campagne, avec beaucoup d’élevage de boeuf.  »

Voilà pour sortir du cliché, le bourbonnais  ! La région historique de la famille Bourbon, famille des derniers rois de France. C’est à Moulin que leur château s’élevait. Avant de commencer la visite, Laurent m’invite à déjeuner au Grand Café. Et que dire du lieu  ? Qu’il ne ferait pas tache dans une capitale  ! Un café Art Nouveau, énorme, avec de hauts plafonds à moulures, de grands miroirs, un carrelage soigné mais aussi, d’immense fresque sur les plafonds du peintre en vogue à l’époque. Ici, c’est la viande bœuf qui est reine, surtout la viande d’Aubrac et du limousin. Je commande donc un pavé de bœuf. L’autre spécialité de la région semble être le pain perdu. Mais pas le simple pain perdu qu’on fait à la maison. Du pain perdu de compét’  : avec du pain spécial et des fruits, du coulis… Après cet excellent repas, en route pour explorer la ville  !

Que voir et que faire à Moulins-sur-Allier  ?

La particularité de Moulins, c’est que malgré sa petite taille, il y a plein de musée  !

  • Musée Anne de Beaujeu qui regroupe des collections archéologiques, d’art et de sculpture, et un espace d’exposition provisoire (où se tenait une exposition sur la sorcellerie)
  • Un musée de l’illustration jeunesse, installé dans un hôtel particulier des 15ème et 17ème siècles, avec une expo en cours de montage pour les dix ans du musée, ce qui m’a parmi de jeter un oeil sur le fonctionnement d’un musée entre exposition… et de revoir “Martine”.
  • Le Musée de la Visitation : sans doute un musée moins accessible que les autres. Installé dans le couvent des sœurs visitandines, cet espace regroupe une très belle collection d’art sacré dans un espace tout neuf. Calices, broderies, orfèvrerie… des tas d’objets minutieux ou on peut apprécier au plus près l’attention portée aux détails … mais je vous l’accorde, il faut aimer.
  • La cathédrale de Moulins et le superbe Triptyque du Maître de Moulins ; triptyque de la fin du XVème siècle, exquis par ses couleurs et la délicatesse des traits mais dont l’identité de l’artiste reste encore un mystère (pas de photos possible) !

Fantastique maison Mantin

Nous avons passé plus de temps dans la Maison Mantin, une splendide demeure du XIXe, née de l’envie de Louis Mantin, un riche ébéniste qui s’est fait construire un véritable petit palais, pourvu de tout le confort moderne de l’époque  : chauffage central, douche, et même le téléphone  ! Dès que l’on entre dans la maison, le hall d’accueil vous donne quelques indices sur le propriétaire  : une foule de fusil et un loup empaillé  ! Notre homme est un chasseur, et un chasseur passionné. Comme pas mal d’hommes relativement riches de la 2e moitié du XIXe siècle, il est aussi atteint de la maladie de la collectionnite. Il n’y a quasi pas d’espace vide dans cette maison, et il ne faudra pas attendre la visite de son cabinet de curiosités pour découvrir une foules d’objets venant d’un peu partout  : casque espagnol, poignards indiens, Bouddha thaïlandais, porcelaine de Delft… tous les signes de l’homme du monde qui a voulu faire de sa maison un recueil de lui-même au moment de la retraite (il fut député et reviens à Moulins au moment de quitter son poste). A chaque pièce son ambiance aussi… Si le salon d’accueil est typique de son époque, son bureau à plutôt l’air de date du début de la Renaissance. La chambre de sa compagne (mariée, scandale pour l’époque) est toute rose et franchement Pompadour tandis que la chambre de Monsieur est presque médiévale. La salle de bain, elle, est ultra-moderne pour l’époque… avec un système de chauffage, un pommeau de douche qui ressemble à nos «  rainshower  » et du caillebotis sur le sol pour récupérer et évacuer l’eau. Au fur et à mesure des tapisseries qui ornent les couloirs et escaliers de la maison, nous arrivons «  au grenier  ». C’est là que Monsieur Mantin avait installé son cabinet de curiosité. Et que dire  ? Qu’il y a vraiment de tout  ! Depuis des bijoux romains en passant par des serrures, les oiseaux naturalisés et d’autres choses plus insolites comme une mise en scène de duel entre deux grenouilles empaillées (ouais… je sais…). Il a même son «  petit donjon  », attenant au corps de logis et depuis la passerelle, on peut y admirer Moulins. Mais malgré ce foisonnement d’objets qui nous parle du propriétaire de la maison (ou qui noierait le poisson sur son sujet ?), Monsieur Mantin reste un mystère insondable. On sait bien peu de choses sur lui, sauf son parcours professionnel. Il n’existe même pas de tableau de lui. L’unique portrait de famille de la maison est celle de la famille de son père et de lui, nous n’avons qu’une seule photographie. Son legs, c’est cette fantastique maison. Mort sans héritier, il l’a donnée à Moulins à condition que l’on n’y touche, «  pour montrer aux générations futures comment vivait un bourgeois du XIXème siècle.  » Et pour çà, je pense qu’on peut le remercier.

Le Centre national du costume de scène et de la scénographie

Si tu me suis depuis un moment, lectrice, Lecteur, tu sais que les costumes, j’aime  ! J’adore même. Depuis que je suis en age de m’inventer des histoires, j’ai toujours eu une pièce de tissu que j’enroulais autour de moi pour endosser le rôle de romaine, de princesse ou d’astronaute. Car si l’habit ne fait pas le moine, il aide quand même à se sentir dans la peau du moine  !
Aussi, mes yeux ont pétillé lorsque j’ai vu que nous allions visiter ce véritable «  Musée du costume  » : le Centre national du costume de scène et de la scénographie.

Ce n’est pas la première fois que je visite un endroit pareil, mais au contraire d’Angel, le costumier londonien qui a une approche purement artistico-commerciale, nous sommes ici dans la conservation du patrimoine. C’est là que sont envoyés les fonds de costumes de l’Opéra de Paris, de la Comédie française, et de la Bibliothèque nationale de France (ben oui!), entre autres.  Installé dans une ancienne caserne de cavalerie dont il ne reste plus que le corps principal, l’espace (immense) est divisé en trois  : l’aile de conservation (inaccessible au commun des mortels), l’espace d’exposition temporaire et l’espace d’exposition permanent, dédié à Rudolf Noureev. C’est en effet, le Centre qui est dépositaire des costumes du célèbre danseur. Mais avant de voir tout çà, nous voilà guidés à travers l’espace conservation. C’est un travail de titan à effectuer  ! Il y a des MILLIERS de costumes qui ont été remis au Centre et qui sont encore en cours de tri. Outre le travail de conservation et de raccommodage des costumes et accessoires, il y a un travail d’archivage à effectuer (retrouver les renseignements sur la pièce, le concepteur du costume, l’artiste qui l’a porté, etc..). L’espace est impressionnant  : plusieurs étages remplis d’armoires géantes qu’on peut compacter, lumière noire, filtre pour l’air et traitements réguliers contre les insectes, rien n’est laissé au hasard pour que les costumes restent en parfait état. Et on en découvre des personnages  : Ruy Blas, la Princess Odette du Lac des Cygnes, des Dryades de Don Quichotte… Plus de 100 ans de costumes nous contemplent  ! Je vais même avoir l’honneur de contempler une pièce qui risque de ne pas être exposée  : un costume porté par Sarah Bernhardt, l’une des plus grandes actrice du XIXème siècle. Malgré les apparences, ce lourd costume est plus fragile qu’on ne pense  : manches effilées par l’usage, elle a été reprise et réparée plusieurs fois… tellement mal en point qu’elle doit être posée à plat dans un grand tiroir, recouverte de papier de soie. Cela a quelque chose d’émouvant  : un vêtement, c’est ce qu’il y a de plus proche d’une personne, une seconde peau…

Nous laissons là les stocks et descendons dans l’espace d’exposition. Ici aussi, une nouvelle expo se monte dans quelques jours. Même si le montage n’est pas encore fini, c’est tout une scénographie à installer et pour le Centre, c’est une première  : la prochaine expo est consacrée à un chorégraphe contemporain. Et l’image que l’on a de la danse contemporaine, ce sont des danseurs en liquette et t-shirt plutôt qu’en tutus et justaucorps à paillettes  ! Avant d’aller voir ce que çà va donner, nous passons par les ateliers où les vêtements qui seront exposés sont préparés pour leurs mises-en-scène. C’est qu’il s’agit aussi de créer des mannequins adaptés au vêtement et là, ça dépend entre autres des époques… chaque époque a une silhouette caractéristique, sans compter les particularités physiques de la personne pour lequel le costume a été cousu.

Côté exposition  : tout est plongé dans le noir  : le noir, c’est la couleur d’Angelin Preljocaj, grand chorégraphe contemporain basé à Aix-en-Provence.  C’est aussi très souvent la couleur utilisée pour les spectacles de danse contemporaine. C’est l’effervescence ici comme les ouvriers sont en train de mettre les dernières touches. Le tout est plongé dans une ambiance très «  lounge  », plutôt inattendu pour un musée.  Je regrette de ne pas être là à l’ouverture  !

Reste encore à découvrir l’espace d’exposition permanente, consacrée à un monstre sacré de la danse  : Rudolf Noureev dont la vie tient un peu du conte de fée et de la tragédie moderne. L’histoire de Rudolf, c’est celle d’une ascension. Celle d’un petit garçon né dans un train, devenu prince de la danse. Adulé, célébré partout dans le monde mais au prix de la solitude.

Souvigny

Souvigny, c’est le fief des Bourbons, la famille des derniers rois de France et la ville est leur berceau. Ce gros village aux airs tranquilles possède un patrimoine important de l’histoire de France puisque la Prieurale Saints-Pierre-et-Paul est le lieu de sépulture de deux saints (Mayol et Odilon) et de deux ducs de Bourbon ainsi que leur femme. C’est donc ici qu’est née la famille qui a règne sur la France de Henri IV à Charles X.  D’ailleurs toute la région est un peu sans dessus-dessous  : ce week-end, la famille fête son 1100ème anniversaire et des centaines de descendants de cette illustre famille sont attendus (mon hôtel à Moulins est d’ailleurs sans-dessous-dessous, car c’est là que se tient le grand dîner de famille le jour de mon départ) ! Collé à l’église, on trouve le reste de l’ensemble prieural. Liée à l’abbaye de Cluny (c’est même la première de “ses filles”), l’ensemble a été malgré tout grandement endommagé, notamment par la Révolution. Et que ce soit au musée du Pays de Souvigny ou à l’église, on ne peut que remarquer les statues sans têtes… C’est que les Révolutionnaires se sont particulièrement acharnés sur cette région natale des Bourbons. Même la statue du chien  d’Agnès de Bourgogne a la gueule cassée!

Pour aller plus loin
Pour aller plus loinInsolite

La colonne du Zodiaque, au musée de Souvigny, est une drôle de colonne qui représente les mois de l’année, les signe du Zodiaque mais également, une face remplie d’animaux fantastiques comme le griffon et l’animal préféré de tous les geeks : la licorne ! Sauf qu’elle ne ressemble pas trop à l’image qu’on s’en fait aujourd’hui. Et sur la 4e face,

Maux de tête ? Maux d’esprit ? Si vous passez par le village de Saint-Menoux, faîtes un saut dans l’église, dans le déambulatoire, vous trouverez un sarcophage percé d’un trou : c’est le sarcophage qui contient une partie des restes de Saint-Menoux, dont on attribue comme miracle de guérir les esprits faibles ou troublés. Passez votre tête à travers la “débredinnoire”, mais attention, sans jamais toucher les bords, sous peine d’emporter avec soi les maux que les autres plus prudents que vous y auraient laissé!

Se rendre en Auvergne

Pas envie de prendre la voiture pour se rendre en Auvergne ? Facile !

La première option, c’est le train! En environ 6 heures, vous arriverez à Clermont-Ferrant. Prenez un Thalys très tôt le matin, vous aurez une bonne heure et quart pour vous rendre à la Gare de Bercy d’où part le train Intercité pour Clermont (Métro 4 ou RER B jusque Châtelet puis Métro 14). Deux heures de trajets plus tard, vous serez à Moulins-sur-Allier à l’heure de l’apéritif. Le train poursuit pour Clermont-Ferrand via Vichy.

Il y a également les bus (comme Eurolines. Ouibus ouvrira sa ligne Paris-Clermont-Ferrand le 4 janvier), malheureusement, aucune liaison directe avec les bus.

Plus d’information sur le site de l’Office du tourisme de Moulins-sur-Allier.

Cette escapade auvergnate était organisée avec la complicité d’Atout France et de l’Office de Tourisme de la Région Auvergne. Néanmoins, l’auteure se garde toute son indépendance, malgré les saucissons.
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