- Tongariro , Nouvelle-Zélande -

March 2017

Le jour où j’ai vaincu le Tongariro Alpine Crossing

Ca me fait bizarre... depuis mon étape dans les Andes, je n'avais plus eu à mettre ma polaire sur le dos. Pire encore, je dois mettre un bonnet et des gants ! C'est que sur les hauteurs du Tongariro Alpine Crossing, il risque de faire un peu frisquet !

Tongariro, l'étape tant redoutée. La promesse de paysage époustouflant mais au prix d'une randonnée de 7-8 heures pour traverser un volcan. Un vrai défi pour votre blogueuse : ça fait à peine deux ans que je suis remise de mon accident et même si ces derniers mois ont amélioré ma condition physique, j'ai encore le souvenir cuisant de mes muscles fatigué et de ma suffocation lors de randonnées sous les tropiques.  Mais j'étais là ? Allais-je reculer devant une des "grande randonnées" de Nouvelle-Zélande ? Non !

 

Tongariro, c'est près de 20 kilomètres entre les volcans à naviguer différents terrains et paysages, le but étant d'arrivant pour attraper la dernière navette de retour, soit vers Tongariro Village (le plus proche) soit vers la petite ville de Ohakune (ce qui est mon cas). Ce matin là, l'air pétille, le soleil brille sans partage, les marcheurs, nombreux et je vois même des gamins de 12 ans qui entament la route  joyeusement. De quoi me rassurer sur ma capacité à arriver au bout ! Et puis, c'est gai de prendre part à une des activités les plus emblématique de Nouvelle-Zélande : le "tramping" (traduction kiwi de "faire de la rando").  ou plus précisément, de "vaganbonder"

La première est tout en douceur, on monte gentiment le long d'un sentier qui longe "Soda Spring", une source d'eau chaude. C'est une terre de bruyère, champêtre, l'idéal pour commencer une randonnée. Au plus le sentier monte, au plus la végétation change : fini les fleurs et petits buissons, on arrive à la mousse et au lichen ! Profitez de l'arrêt à Soda Spring : ce sera les dernières toilettes avant de redescendre de l'autre côté !

C'est ici que la difficulté commence avec le terrible "Devil's staircase" une ascension par escaliers quasi-ininterrompue qui couvrent 200 mètres de dénivellation.  Ce sera la première à affronter, mais pas dernière ! Comme je suis encore assez pleine d'énergie, j'y vais allègrement... du moins au début. les 20 premières minutes ne sont pas trop dures. J'essaie de copier mon rythme sur celui des autres marcheurs et je prends de petites pauses, surtout pour admirer le paysage qui devient de plus e plus fantastique au fur et à mesure de l'ascension. En bas, les derniers arrivés des randonneurs sont étalés sur le sentier comme une file de fourmis et en regardant derrière moi, je peux voir le joli cône de Mount Ngauruhoe. Et s'il m'est familier, c'est parce le volcan a servi de doublure au Mount Doom : le lieu que Frodo et Sam doivent rejoindre pour détruire l'Anneau unique dans le "Seigneurs des Anneaux". Ce n'est pas seulement le volcan que je reconnais mais même le terrain... cette couleur grise et le nombre de cailloux qui parsèment les pentes : c'est ici aussi qu'on a figuré les portes du Mordor ! Dans ma tête, l'air de la marche des forces du vil Sauron résonnent. Une marche dure et implacable qui va me pousser jusqu'en haut de ces maudis escaliers quand je fatiguerai. Le premier obstacle est vaincu et il ne me reste plus qu'à savourer cette victoire temporaire ! Et quel régal, Lectrice, Lecteur, quel régal : le Mont Ngauruhoe se révèle dans toutes ses couleurs avec son cône marron, sa coulée rouge brique sur le côté et son sommet blanc et gris de cendre.

 

A partir de là, on profite d'un peu de repos en traversant "South Crater", un immense cratère où se mélange des couleurs de beige, jaune et de caramel. J'ai l'impression de voir la surface de Lune  telle que les images des missions Apollo nous l'a montrée ! Le paysage est ici d'une beauté complètement exotique : pas un brin d'herbe, pas un oiseau juste du minéral partout. L'impression d'être ailleurs que sur Terre durera jusqu'à ce qu'à la deuxième grimpette qui nous amène au bords de "Red Crater". Ici, on change à nouveau drastiquement d'environnement : "Red Crater" est la plus jeune formation géologique de l'ensemble.  Sa dernière activité volcanique a été enregistrée en 1890.  C'est en fait un gros trou aux bords complètement tourmentés, aux tons entre le brun foncé et le rouge orangé surplombé par une énorme formation qui rappelle franchement un vagin (une fois que l'image vous vient, vous ne voyez plus autre chose). Il commence ici à faire de plus en plus frais et c'est le moment de sortir la polaire.  

Une fois dépassé Red Crater, vous avez sans doute la vue la plus photographiée de tout le parcours: celle sur les trois "Emerald Lakes" : trois petits lacs de montagnes aux ton qui varient entre le vert pale et le turquoise. La vision est tout simplement sublime !!! (oui, trois points d'exclamation). Après çà, tu n'as plus qu'a te rhabiller en te disant que la Nature est  la plus grande des artistes qui ait jamais existé et que toute tentative de l'égaler est vaine !  Si on regarde encore plus au loin, on peut voir une grande tache bleue profonde : c'est Blue Lake", qui se trouve sur le parcours. Mais d'abords, il faut atteindre les Emerald Lakes qui sont tout en bas et là, c'est sans doute la partie la plus difficile de tout le parcours. Pire encore que les escaliers : on se trouve devant une pente abrupte recouverte de scories volcanique aussi glissantes qu'une planche à savon ! La plus extrême des prudences est recommandée (je me demande même si se laisser glisser sur son derrière ne serait pas la meilleure des solutions.  La distance a parcourir n'est pas très grande mais c'est tellement dangereux que çà prend pas mal de temps pour la parcourir. Arrivée en un seul morceau sur terrain plus ferme, il ne reste plus qu'à rejoindre le plus grand des lacs, celui aux eaux vertes foncées. C'est le moment d'y tremper les pieds, de faire une pause et de grignoter son lunch en s'en mettant plein la vue !

 

Courage, on est presque... j'essaie de me motiver ! Selon le plan qui est dans ma poche, c'est la dernière grande ascension avant la longue descente. C'est exténuée mais heureuse que j'atteins Blue Lake, un petit lac couleur saphir qui n'est pas moins joli à regarder que les Emerald Lakes.  Attention, le lac est "tapu" (oui, oui, ça veut dire "tabou") pour les Maoris, il faudra donc respecter la consigne de ne pas y manger ou s'y tremper les pieds. Le regarder et le photographier est déjà bien assez ! Sur le chemin, tu ne manqueras pas, Lectrice, Lecteur, de remarquer les fumerolles qui sortent littéralement du sol, témoin de l'activité géologique et volcanique bien présente de Tongariro.

Vous voilà arrivé sur les bords de North Crater. D'ici, la vue est plongeante sur la vallée, les lacs et le Mont Pihanga. C'est aussi ici qu'on réalise combien on est haut... et on se sent un peu les rois du monde ! Le début de la descente va vite me remettre les idées en place : j'arrive à la Ketetahi Hut qui est une étape et un refuge à la fois. C'est évidemment ici que tout le monde s'arrêt pour aller aux toilettes. Et probablement le lieu où une fille perdra le plus de temps inutilement : presque une demi-heure pour faire la file au pipi-room. Misère !

Cette dernière petite pause terminée (n'oubliez pas de vérifier l'heure, cette randonnée est aussi une course contre la montre), il ne vous reste plus qu'à vous auto-congratulez et à descendre le track qui zigzague à flanc de volcan.   C'est la partie qui semble la plus longue (je pense avoir mis près de deux heures) et la moins satisfaisante de toute la randonnée. Néanmoins, on commence à retrouver les plantes et les fleurs et la randonnée se termine même par un passage à travers une forêt, de quoi un peu rafraîchir les corps surmenés par l'effort.

Et au bout du sentier, la forêt se dissipe.. on aperçoit, à regret l'asphalte du parking.

Je peux bomber le torse : j'ai vaincu le Tongariro Alpine Crossing.

(et la minute d'après, je me suis écroulée sur un trottoir)

Pour aller plus loin
Se préparer à la randonnée et équipement

  • Evidemment la première des choses est d'être dans une bonne forme physique. Il ne faut pas nécessairement être un grand sportif mais il faut s'attendre a vraiment grimper et à rencontrer des terrains difficiles (cailloux, scories, boue si il pleut).
  • Surveiller la météo, se préparer en conséquence et envisager le pire : comme vous serez en altitude, munissez vous d'une polaire ou d'un sous-pull thermal, de gants et d'un bonnet (ou capuche) et d'un coupe-vent.
  • Une bonne paire de chaussure de randonnée, si possible waterproof et d'excellente chaussettes et si elles préviennent les cloches, c'est encore mieux. J'ai passé toute la descente dans la souffrance avec une cloche qui se formait sur mon gros orteil. OUCH!!! 
  • Un baton de randonnée peut-être utile
  • Votre sac à dos (waterproof ou avec housse de protection) mais allègez-vous au possible avec un petit lunch, une paire de bananes, quelques biscuits et un litre d'eau. 
  • Plus d'info sur : http://www.tongarirocrossing.org.nz/national-park/tongiriro-alpine-crossing-must-haves?seacat=2052

Accéder à Tongariro 

Si vous venez en voiture, à moins de ne pas compléter la randonnée et de faire demi-tour, il n'est pas possible de laisser sa voiture et d'y retourner puisque la randonnée traverse le volcan Tongariro d'un bout à l'autre. Vous devrez donc laisser votre véhicule a Whakapapa Village et rendre une navette qui vous amènera au Parking de Mangatepopo et viendra vous chercher à l'autre bout du trek, à Ketatahi. 

Si vous n'avez pas de véhicules, des navettes sont organisées à partir des National Park Villages et Ohakune. Un des avantages est que votre chauffeur prend votre nom et l'heure à laquelle vous êtes partis et pourra alerter les secours si jamais vous n'étiez pas de retour.  La navette est évidemment payante mais l'entrée à Tongariro est gratuite. 

Où loger pour faire le Tongariro Alpine Crossing

Le plus simple est de loger au National Park Village (il y un Hostel et YMCA). Attention, le lieu est TRES populaire, surtout en été et pendant la saison de ski, il faut donc réserver à l'avance. D'autres logements sont aussi disponible à la station de ski de Whakapapa

J'ai préféré séjourner à Ohakune, une chouette petite ville, capitale de la carotte de Nouvelle-Zélande. C'est ici que j'ai découvert l'amour légendaire des Kiwis pour les roadsigns loufoques et géants: une énorme carotte trône à un rond-point sur la route qui traverse la ville ! 

Je te recommande grandement, Lectrice, Lecteur, le LKNZ Lodge. Un chouette auberghôtel avec des proprios adorables ! Pas cher du tout (18 Euros en dortoir de 4, 52 Euros pour une chambre privative avec salle de bain commune). Ils organiseront la navette pour Tongariro et vous préparerons un bon petit-déjeuner à emporter Immense bonus : le jacuzzi !!! Certes, il est payant mais franchement, après la journée en montagne, j'ai savouré le moment avec volupté ! On y trouve aussi pas de sentiers dont le Mangawhero Forest Trail, que j'ai parcouru la veille de Tongariro pour me mettre un peu en condition. Cette marche sous toutes les sortes de fougères possible et imaginable à un petit côté magique et le souvenir du parfum de cette forêt (une odeur fleurie, tenace... alors que j'ai eu beau regarder, je n'en ai pas vues!) reste encore dans mes rêves. 

Le cœur vert de la Dominique : de cascades en randonnées entre Trafalgar et Laudat
La fois où j'ai travaillé dans une ferme à la Dominique : D-SmartFarm




  1. Lauriane
    le 23.10.2017

    Aahah épuisant, mais au final combien de kilomètres ?
    Je ne connaissais pas la fameuse vue sur les trois lacs mais c’est vraie qu’elle est fichtrement belle avec toute cette rocaille volcanique rouge/noire qui contraste 🙂

  2. Melissa
    le 23.10.2017

    Piotr m’a précédé sur la longueur de la randonnée. ???? Un peu plus de 19 kilomètres avec 3 ascension (si on ne compte pas les randonnées secondaires qui parte du sentier principal.
    Franchement, c’est un des endroits les plus beaux que je connaisse.

  3. Piotr
    le 23.10.2017

    Un trek qui m’a donné de supers bons souvenirs. Une vingtaine Lauriane.
    Bravo Mel 🙂

  4. Melissa
    le 23.10.2017

    Merci, Piotr ! Quelle satisfaction quand on l’a fini… un vrai moment de bonheur sur lequel on revient encore et encore quand on doute.

  5. Jeune Affamée
    le 23.10.2017

    J’aimerais aller en Nouvelle-Zélande (bientôt, je tâte le terrain), je sens qu’il va falloir que je visite cette ville de la carotte !

  6. Melissa
    le 23.10.2017

    Vas-y, vas-y, chère Jeune affamée ! Tu en es où dans ton tâtement de terrain ? (et Ohakune, c’est vraiment sympa ! tout petit mais bien situé pour explorer la région).

En continuant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies Plus d'informations

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier ou cliquez sur "Accepter", nous considérerons que vous acceptez l'utilisation de ces cookies.

Fermer