Nous sommes au XXIème siècle et pourtant, une femme qui voyage seule reste toujours un objet de curiosité, d’incompréhension, et quelques fois d’admiration. Pour la plupart d’entre nous, les filles, cette envie de partir seule coule de source. On ne s’est jamais vraiment posé la question de le faire. Il fallait juste trouver le bon moment et le budget. Pour d’autres, c’est une question de circonstance ou de défi et même si, comme je le racontais lors de mon retour, ce n’est pas tous les jours tout rose, elles sont bien rares celles qui ont regretté leur expérience.

Néanmoins, pendant mon voyage et à mon retour, quelques questions amusantes ou irritantes sont venues s’immiscer dans la conversation. Petit florilège

1. Tu n’as pas (eu) peur ?

C’est LA question qui revient le plus souvent. Et celle qui m’ennuie le plus. Nous serions sensées avoir peur parce que nous sommes des femmes ? Et non. Je n’ai pas eu peur. Pas de partir seule en tout cas. Il y a bien des moments de doutes, particulièrement lorsque j’arrive dans un nouveau pays au milieu de la nuit. Tout semble à faire et quand je pose mes bagages dans ma chambre, j’ai un moment d’anxiété et de questionnement :  » Mais qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi je suis venue en fait ?  » Rien qu’une nuit de sommeil ne puisse effacer. En général, c’est là que l’on félicite sur le courage de la voyageuse d’affronter le monde seule. Pourtant, le vrai courage, c’est quand on arrive à surmonter sa peur. Et je n’en avais pas. Je ne suis donc pas plus courageuse qu’une autre.

2. Et la sécurité ?

Corollaire de la première question, c’est celle qui taraude le plus ceux qui vous interroge. Non, le monde n’est pas une espèce de monstre qui serait prêt à fondre sur la voyageuse solitaire. Évidemment, il y a des pays où j’éviterai de mettre les pieds (sauf pour des raisons humanitaire, si jamais celà se présentait), pas en tant que femme, mais en tant qu’être humain. Des pays en plein conflit militaire par exemple. Que je me promène à Bruxelles ou à Rio (réputée dangereuse), je ne me laisse pas démonter, ni envahir par la méfiance. Comme cette vieille dame quelques jours avant mon départ, je peux me faire dépouiller dans ma rue, presque devant ma porte tout comme je peux être victime d’un vol dans n’importe quelle ville du monde . Finalement, les règles pour affronter les jungles urbaines sont les mêmes sous toutes les latitudes : on exhibe pas à outrance ce qui pourrait attirer les personnes mal intentionnées. Certaines nécessitent plus de vigilance (j’hésiterai moins à renter en taxi le soir à Rio ou à Johannesburg qu’à Bruxelles ou à Auckland) mais je ne me suis jamais vraiment sentie en situation d’insécurité. Même si je me suis faite piquer mon appareil-photo à Cordoba, en Argentine mais j’aurai du le remettre dans mon sac tout de suite. Question de simple vigilance, j’ai contribué à mon propre dépouillement. Même si celà m’a aussi montré que le voleur pouvait se faire courser dans la minute d’après par un inconnu pour récupérer mon bien.

3. Et tu n’avais vraiment personne pour t’accompagner ?

La question est suivie par : Pas de mec ? Pas de copine pour venir avec toi ? Comme si partir seule ne pouvait pas être un choix pris en pleine conscience. Pour certaines d’entre nous, le voyage en solo n’a peut-être pas été le premier choix. Certaines sont parties suite à une rupture, d’autres s’y sont résignées parce que leur meilleure amie ne pouvait pas partir et que l’envie de départ était plus forte, ou que sais-je ? On a tous besoin d’une petite tape dans le dos. Mais je suis certaine que la majorité des voyageuses en solitaire ont fait ce choix de partir sans personne. Par défi, pour se retrouver, se reconstruire… Forcément, il y a eu des moments où j’ai pensé à certains amis, en voyant des choses que je sais qu’ils auraient aimés, ou goûté un plat qu’ils auraient adoré. Mais ces moments, j’ai quand même pu les partager finalement. C’est le côté lumineux des réseaux sociaux.

4. T’es une fille, tu arrives à voyager léger ?

Ahlàlà… le gros cliché… que j’ai essayé de démonter. En partie! Si vous aviez vu mon sac avant de partir quelques jours dans ma famille avant le grand départ. Après avoir fait trois passages supplémentaires (en ressortant tous mes vêtements, accessoires, trousses et chaussures), un pull, trois t-shirts et quelques sous-vêtement sont passés à la trappe. J’ai réduit le nombre de câbles (une geek ne se refait pas) et je me rends compte que j’aurai pu éliminer un t-shirt (j’en ai perdu un d’ailleurs et n’en ai pas racheté d’autre) ainsi que ma tablette (finalement, mon smartphone était suffisant pour lire). On devient de plus en pratique… et ascétique. Par contre, minimiser la place que prennent les chaussures reste toujours aussi galère.

 5. Tu dormais et tu mangeais seule ? C’est pas un peu triste ?

Parfois oui, parfois non. Mais c’est une question de budget pour l’un et de rencontres que l’on peut faire pour l’autre.  On m’a souvent demandé avec un peu d’inquiétude si je dormais dans des dortoirs. Ça m’est arrivé mais voilà… je suis le genre de fille qui a besoin de son intimité et surtout de sommeil. Je deviens folle quand j’entends des ronflements ou quand des inconnus  vont et viennent alors qu’on essaie de dormir. J’ai donc passé 90% de mon temps dans des chambres individuelles d’auberge. A ma grande surprise, lorsque j’ai dormi dans des dortoirs, moi qui pensais que ce serait plus facile de sympathiser avec les voyageurs de ma chambrée, ce ne fut pas spécialement le cas. Ils avaient plutôt envie de s’isoler. Les salles communes sont là pour la socialisation apparemment pas les dortoirs.

Et quand à manger, bien que j’ai aussi assez souvent fait ma petite tambouille dans les cuisines de l’auberge, pourquoi hésiter à s’asseoir à la terrasse d’un café pour manger un morceau ou boire un verre ? Regarder la vie défiler sans distraction, en profiter pour se poser et lire… Pour beaucoup, être seule pour mange est un tabou, une offense même. Même si les choses changent, manger seule est un pas difficile et met mal à l’aise celle qui va se mettre à table et les autres.  Celà commence généralement par la mine un peu interloqué du membre du personnel qui va vous placer (généralement dans un coin discret). jusqu’au regards en coin des convives qui se demande sans doute ce que vous avez bien pu faire pur mériter çà.

Une fois ce moment de gène passer, on s’y fait vite. Je lance mes plus beaux sourires pour bien signifier que je ne suis pas au bords de la dépression, je me permets de discuter un peu avec le personnel de salle, je lis, je consulte mon smartphone… Et je déguste en regardant ce qui se passe.

Vous trouvez çà triste, vous ?

Et pour nourrir votre réflexion,