- Hanga Roa , Rapa Nui -

February 2016

Festival Tapati à l’Île de Pâques

Tapati… un nom qui sonne comme un cri lancé dans l’air du Pacifique. Un cri de rassemblement pour tous les Rapanui et les amoureux de la culture polynésienne et pourtant, jusqu’au moment d’entrer dans l’avion, je n’étais pas au courant de son existence. Sur chaque siège du vol Santiago-Île de Pâques, était disposé une brochure, avec de superbes portraits montrant tous les visages de Rapa Nui. J’allais arriver le jour de l’ouverture du festival. Pendant 10 jours, chaque année au début février, le Festival Tapati célèbre la culture de Rapa Nui dans tous ses aspects : la sculpture, le sport, la danse, la musique, le conte… une façon de se réapproprier une culture qui a bien failli disparaître pour de bon.

Étonnement, malgré les conversations avec Benjamin, le patron du camping/auberge, les années de souffrance qu’ont dû subir les Rapanui n’ont été que légèrement abordées et pourtant, il s’en est fallu de peu pour qu’ils ne soient tous exterminés.

Le calvaire de l'Île de Pâques
blahLorsque les Européens s’intéressent sérieusement à l’Île de Pâques, la population est déjà sur le déclin mais la grande catastrophe survient en 1862 lorsqu’une flotte venue du Pérou enlevât plus de 1500 hommes et femmes pour les envoyer travailler dans des exploitations de guano. Les raids durèrent plusieurs mois et la moitié de la population de l’île fut réduite en l’esclavage, dont les chefs et leurs descendants, les seuls à pouvoir lire le “rongorongo” (encore un mystère de Rapa Nui, on ne sait pas s’il s’agissait d’une vraie écriture, ce serait la seule de toute la Polynésie, ou un moyen mnémotechnique). La compréhension du rongorongo reste encore aujourd’hui perdue.

Quelques années plus tard, des survivants furent ramenés à l’Île de Pâques mais rapportèrent avec eux des maladies comme la vérole et la tuberculose. Une vague de mort se rependit alors sur Rapa Nui. En 1877, il ne restait plus que 111 habitants sur Rapa Nui, dont 36 avec une descendance. Les Rapanui d’aujourd’hui sont issus de ces 36 survivants.

Malheureusement, les ennuis des Rapanui n’allaient pas s’arrêter là. C’est deux jours après mon arrivée à Tahiti que j’allais le découvrir. J’étais arrivée en plein festival du film documentaire océanien et parmi eux, un documentaire français sur l’Île de Pâques : “Rapanui, l’histoire secrète de l’Île de Pâques“.

Ce qui m’avait mis la puce à l’oreille, c’est l’absence de villages autre qu’Hanga Roa sur l’île. Pourtant, le roi Hotu Matu’ra était arrivé avec 8 clans. On aurait bien pu imaginer que les clans se seraient dispersés au 4 coins de l’île ? Que s’était-il donc passé ?

En 1888, le Chili annexe l’Île de Pâques et quelques années plus tard, la laisse en concession à la Wiliamson-Balfour Company, une compagnie d’élevage de moutons pour la laine. Pour faire de la place au mouton, tout les habitants furent littéralement “parqués” à Hanga Roa, qui fut entourée d’un mur, sans possibilité d’en sortir et sans pouvoir s’aventurer dehors, hors la fête de la tonte des moutons. Bref, un camp de concentration. Les Rapanuis, qui avaient perdu l’art de la navigation, et même de la construction de canoë, tentèrent malgré tout leur chance dans le vaste océan, d’autres se cachèrent dans des cargos, certains moururent, d’autres arrivèrent à destination et enfin, le gouvernement chilien fut alerté et la concession à la compagnie lainière, non renouvelée.

Le Festival Tapati

Tapati, en plus d’être un festival, est une compétition entre les deux clans, représentés par une jeune femme à leurs têtes ainsi qu’un guerrier chacun (Aito). A chaque épreuve, que ce soit de la danse traditionnelle, une course de chevaux, de la couture, ou le fameux “haka pei” (descente de pente de volcan sur tronc de bananier), chaque équipe voit ses points additionnés et la candidate de l’équipe gagnante (et son aito) déclarée reine. Loin d’être une espèce de manifestation touristique, Tapati est l’occasion pour tous les Rapanui de se replonger dans la culture et les savoirs ancestraux, ce dont ils sont très fiers.

Et pour te mettre tout de suite dans l’ambiance, lectrice, Lecteur, je vais te demander de mettre un peu le son…

Imagine-toi sous un ciel mi-figue, mi-raisin. Il faut chaud mais pas TROP chaud et tu gravis les pentes d’un volcan éteint avec plein d’autres personnes qui vont dans la même direction que toi.

Tu dois bien avouer que tu es un peu jaloux/se de ne pas avoir ta couronne ou ton collier de fleurs, d’avoir le nez plongé dans les senteurs de l’île… Mais au plus tu montes, au plus l’atmosphère devient électrique… Les sons du tambour, la grande rumeur de milliers de voix… c’est un événement de taille qui va se dérouler ici : le triathlon rapanui.

Pour le moment, les spectateurs sont en train de s’installer, le derrière dans l’herbe, autour du cratère du volcan, devenu un lac. Il fera partie intégrante de la compétition. En attendant que la compétition commence, des groupes jouent un peu de musique, Miss Rapanui distribue des produits de beauté et un animateur dispense des informations en espagnol et en rapanui qui m’échappent complètement. Le triathlon, ce sont les hommes qui le font, en “habit” traditionnel… c’est à dire quasi rien, avec juste une espèce de string fait en végétaux. De vrais guerriers polynésiens, et oui, mes p’tits yeux s’allument… Pendant que l’on finit de se préparer pour la course, des enfants décident de faire un petit plongeon dans le cratère et sur l’autre rive, de drôles de tourbillons de poussières rouges dansent… Enfin, la compétition peut démarrer ! On commence par les jeunes hommes qui s’élancent à toutes vitesses sur le rythme de tambours, puis c’est au tour des adultes. Le triathlon, c’est un peu la compétition reine du Tapati et se déroule en 3 phases :

Première épreuve : la traversée de la lagune du volcan sur une barque de roseaux séchés.

Deuxième épreuve : la course à pied autour du lac en portant un régime de bananes sous chaque bras, puis sur le haut des flancs du cratère.

Troisième épreuve : une seconde traversée du lac sur une espèce de radeau en roseaux

Et chaque candidat est encouragé de toutes leurs forces par des amis ou de la famille qui donnent de la voix, courent avec eux quand ils peuvent… Au fur à mesure des passages, les athlètes fatiguent de plus en plus, mais ont l’air encore plus déterminés.

Finalement, le premier à compléter les 3 épreuves arrive à petite foulée… fatigué, mais heureux, il est enselveli dans les bras de ses supporteurs avant même qu’on lui décerne le collier de vainqueur. Le vaincu arrive quelques instants plus tard, il a perdu son cache-sexe dans la course mais on lui tend bien vite un paréo. Lui aussi sera accueilli à bras ouverts et avec des bisous.

Le soir, par contre, c’est plutôt le domaine de la danse. La danse, c’est LE domaine où la culture pascuane excelle. Les costumes sont flamboyants, avec plumes et coiffes, les rythmes endiablés et les prouesses physiques impressionnantes! Même si ce petit film leur rend bien mal justice.

Il y a plusieurs compétitions de danse mais ce soir là, outre les danses traditionnelles, je vais découvrir le tango Rapanui. Le tango, apporté par les marins, a été accommodé à la sauce locale, sans accordéon, mais avec ukulélé et quelques fois chanté en rapanui, sur un rythme langoureux et mélancolique. Les participants sont habillés à la mode européenne mais comparé au tango argentin, les danseurs gardent quand même une certaine distance…

Je me balade à travers les rangées, à observer les danseurs, le public et les juges: un panel composé d’officiels et de spécialistes de la culture de l’Île de Pâques officie le plus sérieusement du monde aux compétitions. Je vais me chercher une petite bière à un des stands mais la mélodie pleine de spleen du tango me poursuit… C’est ma dernière nuit à Rapa Nui et je suis dans l’incapacité presque physique de quitter l’endroit… Mes jambes refusent de rentrer vers le camping et j’ai envie de pleurer. Qui sait si c’est la dernière fois que je respirai l’air tiède de Rapa Nui, cet air qui apporte la mélodie du Dieu de la pluie ?

Avant de quitter l’île le lendemain, j’aurai encore l’occasion de dîner avec Benjamin et Jenny, un dernier ceviche à la rapanui fait maison, cadeau d’au revoir (je n’ose dire adieu) aux pensionnaires qui vont quitter l’auberge. Avant de partir, Benjamin me tend un collier orné d’un moaï avant de m’envelopper dans ses bras et de me souhaiter bon voyage. Il porte désormais son nom et m’a accompagné pendant le reste du voyage, veillant sur moi.

Iaorana, Rapa Nui !

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