- Han-sur-Lesse , Belgique -

October 2016

Ranger d’un Jour au Domaine des Grottes de Han

Il fait froid dans les Ardennes belges. Ou peut-être est-ce moi ? Je n’arrive pas à me réchauffer depuis mon retour de Chine. Malgré les pulls d’hiver ressortis de leur armoire, je frissonne alors qu’il doit faire un bon cinq degré, ce qui est loin d’être vraiment froid. Sans doute la fatigue ? Il est après tout 8h30 du matin et je patente gentiment à l’acceuil du domaine des grottes de Han pour une expérience qui va surement me réchauffer le cœur et le corps. Ce matin, je serai « ranger d’un jour ».

Les Grottes de Han, chaque petit Belge a visité au moins une fois dans sa vie. Ces merveilles de la géologie ont enchanté des générations de visiteurs depuis le début du XXème siècle mais pour moi, c’est la première fois ! Autour des grottes, s’est développé un domaine transformé en parc animalier rassemblant des animaux de nos régions (comme des cervidés ou des cigognes) ou plus exotiques mais habitué au climat septentrional comme l’ours brun, le loup, le lynx boréal ou le glouton.

C’est Marie, toute jeune ranger, qui vient me chercher. J’embarque avec elle dans un pick-up qui en a vu des vertes et des pas mures, le coffre chargé de victuailles diverses pour les animaux. Formée spécifiquement au soin des animaux, Marie n’est pas là que pour les nourrir. C’est elle aussi qui veille à leurs bien-être, qui observe si quelque chose ne va pas, si un animal ne mange plus, si il est stressé. Un job gratifiant auprès des animaux mais aussi une énorme responsabilité.

Dors avec les ours

Et nous commençons la tournée par les ours. Juste à côté, se trouve une grand cabane en bois, la cabane du trappeur, où l’on peut séjourner, en plein coeur du domaine. Les installations sont sommaires mais se retrouver en pleine nature, tout seul, doit vraiment valoir l’expérience. Un petit groupe sort de la cabane. Il est tôt et les ours ne vont pas tarder à se réveiller. Marie me fait signe de la suivre dans l’abri de nuit. « On va juste regarder deux minutes, puis je vais te demander de sortir pour ta sécurité. » Dans la pénombre, une odeur puissante, pas complètement déplaisante, part à l’assaut de mes narines. Celle d’un gros animal. Puis ce sont mes oreilles qui sont sollicitées. Des souffles d’air réguliers rythment le silence de l’abri. Une respiration, non… deux respirations, semblables à des profonds ronflements. Enfin, mes yeux s’habituent à la pénombre et je distingue une grosse truffe, le début d’un museau mais surtout, de longues griffes blanches qui doivent bien faire 10-15 centimètres, qu’on ne peut pas louper, même dans le noir. Je suis à une trentaine de centimètres d’un ours brun !!! Et il y en a deux. Finalement, une tête se lève lentement. Des yeux s’ouvrent. Je me demande ce qu’ils pensent. Je me dis que si j’avais deux têtes d’ours se penchant sur moi au réveil, je serai dans une espèce de terreur panique… mais les humains sont si peu de choses pour un ours. Un coup de patte suffirait à nous arracher la tête. Alors pourquoi se presser ?

Je ressors pendant que Marie part dans l’enclos à l’extérieur. Sa mission : dissimuler des aliments pour que Willy et Marlene, les deux ours, partent en chasse et soient stimulés. Cinq minutes après, les voilà qui sortent de leur tunnel, l’air encore un peu groggy. Apparemment, il n’y a pas que pour les humains que les matins sont difficiles, d’autant plus que les deux (énormes) boules de poils sont très âgées. Ca se voir surtout sur Marlene, plus frêle… pas besoin des explications de Marie pour voir qu’elle un problème aux yeux : luxation du cristallin dans un œil, cataracte dans l’autre… Le vétérinaire pourra agir sur la cataracte, mais pour la luxation, c’est une autre histoire ! Néanmoins, elle part tout doucement à la recherche de sa nourriture, guidée par son odorat. Willy, à côté, est vraiment d’une taille impressionnante ! Il a l’air placide comme çà, à se frotter le côté du torse contre un tronc d’arbre mais les images de « The Revenant » ont vite fait de me rappeler à la réalité.

Volatiles et tous genres

Nous laissons les ours pour la volière des cigognes blanches. « Tu sais ce qu’elle mangent ? » me demande Marie.

  • Euh… des plantes ?
  • Non… aujourd’hui, elles ont des poussins.

Je jette un œil dans le sceau qu’elle porte et en effet, il est tapissé de cadavres de petits poussins. Eh oui, on a pas dit que nourrir les animaux c’était tout mignon tout le temps. Mais ces échassiers mangent aussi des batraciens. Marie balance allègrement son chargement dans la petite mare des cigognes. « Elles aiment bien quand ils sont un peu dans l’eau, ça les ramollit ». Je soulève les sourcils et pince les lèvres. Je pense que les cigognes et moi, c’est terminé.

Enfin pas tout de suite, puisque la prochaine étape est l’enclos des cigognes noires. C’est là que nous rejoignons Anthony, un autre ranger, qui a besoin d’aide pour une opération délicate : introduire une cigogne nouvellement arrivée dans l’enclos.

La cigogne qui y réside pour le moment est une survivante. Elle a connu pas moins de 5 propriétaires différents avant d’être recueillie par le domaine. On ne s’est pas trop ce qui s’est passé, mais le pauvre oiseau est arrivé complètement stressé, signe qu’il a du être maltraité ou traumatisé d’une façon ou d’une autre. Ca fait un mois que cette cigogne est là et elle commence seulement à se sentir à l’aise. C’est justement pour celà que l’on va introduire un peu de compagnie à cette cigogne. La petite nouvelle a passé la nuit en isolement et avant de la présenter à sa nouvelle copine, il va falloir la peser, prélever une plume pour déterminer son sexe et surtout, la rémiger. Une opération indolore, bien qu’un peu triste, qui consiste à couper certaines plumes afin que les oiseaux ne puissent s’envoler et donc s’enfuir, quand ils ne sont pas en volière, comme c’est le cas des cigognes. Je participe à l’opération en tenant l’aile de la nouvelle cigogne, qui se laisse faire sans trop broncher. On en profiter pour prélever une plume de son thorax et pour la peser et la voilà repartie, un peu déséquilibrée au début. Par contre, la première pensionnaire restre prostrée et effrayée. Nous avons profité de l’occasion pour la peser et je vois Marie froncer les sourcils. Elle est en sous-poids, il faudra la surveiller de près.

Par contre, du côté des chouettes et hiboux, tout va bien ! La chouette lapone nous regarde de loin d’un oeil placide, sa grande face ronde comme une pleine lune semble exprimer une étrange sagesse.

Le hibou Grand-Duc à lui plus l’air d’un prédateur avec sa petite touffe de plumes et ses grandes pates acérées. Il n’hésite pas d’ailleurs  s’attaquer à des animaux comme le char forestier !

Carnassiers en série

Prochaine étape : les lynx. Je me réjouis ! Lectrice, Lecteur, si tu me suis sur les réseaux sociaux, tu as déjà vu apparaître au moins un de mes deux chats. S’il y a bien une famille des mammifères que je préfère, c’est celle des félins et la perspective de rencontrer un très gros chat me met en joie. Mais les félins, malgré leur statut de prédateurs, sont en général un peu craintif. Le lynx, même avec la perspective d’un bon petit-déjeuner, restera sur ses gardes et viendra vite chercher son morceau de viande avant de le déguster dans un endroit tranquille.

Le chat forestier, un chat sauvage qui fait deux fois la taille d’un chat normal, va encore plus loin. A peine a t’il attrapé sa viande qu’il se dépêche de grimper dans un arbre, avec son morceau dans la gueule, avant de se cacher dans les branches pour savourer son repas.

Rendez-vous avec les loups

La timidité par contre, n’est pas de mise chez les loups. J’attendais avec impatience de les voir et les voilà… comme il sied à leur genre qui a besoin d’espace, ils ont un petit bois pour eux tous seuls, en hauteur, avec des rochers et depuis la plaine, on peut facilement les entendre. Ils se tiennent à une distance respectable de la grille mais nous observent, l’œil malin. Vu comme çà, on dirait des huskies… ils leur ressemblent tant et pourtant pas de doute, ce sont des animaux sauvages ! Difficile à croire quand l’un d’entre eux nous observe avec une expression qui semble un sourire. « Ah lui, c’est un peu la simplet de la meute. » me dit Marie. Cette meute a déjà dix ans, dirigé par un mâle dominant, ils ont été stérilisés et il a été décidé de les laisser vivre le cours de leur vie avant d’accueillir des loups ibériques, plus menacés. J’enfile un gant en latex pour la distribution de nourriture : ce matin, ce sera des cous de poulet. J’essaie de bien disperser les cous à la volée mais l’un des loups est particulièrement habile et arrive à chopper dans airs le cou que je destinais à un autre loup. Pas de chance !

Les assistants du Père Noël sont chauds !

Nous voilà arrivé du côté des rennes et des sangliers, dont les enclos sont côte à côte. Ces gros cochons sauvages sont une vision habituelle dans les Ardennes et avec l’aide d’un petit garçon qui passait se promener avec son papa, nous les nourrirons de quelques morceaux de pain. Une aubaine pour le petit qui avait des étoiles plein les yeux. Pour les rennes, c’est un peu plus compliqué. “D’habitude, les rennes sont doux comme des agneaux mais Sven, le seul mâle de la harde, est en plein rut. Il est dangereux et il va falloir l’isoler d’abords.”

En effet, dès que nous nous approchons, Sven s’avance à grands pas en bramant bruyamment. Il est assez âgé mais on ne veut pas se trouver en face de ses bois dans cet état là ! Sven s’en prend à tout et n’importe quoi : les barrières, l’abreuvoir… C’est d’ailleurs celui-là qu’il faudra remettre en état avant de servir leur déjeuner aux rennes mais d’abords, il faut isoler le mâle pour pouvoir faire les réparation. J’attire donc l’attention de l’animal pour qu’il se dirige vers un enclos séparé et Marie s’empresse de l’y enfermer et nois nous mettons au travail pour redresser et consolider l’abreuvoir. Comme l’avait dit Marie, les rennes sont loin d’être farouches et l’une des femelles, plus curieuse, n’hésite pas à s’approcher de moi, museau tendu. J’en profite pour la caresser mais Marie réagit tout de suite : afin de préserver les animaux, ce genre de contact est proscrit. Je me tiendrais donc à distance lors de la distribution du lichen, la nourriture principale des rennes. Un lichen venu tout droit de Suède que l’on réhydrate avant distribution.

Reste à passer voir les gloutons et chiens Viverrins (un drôle de canidé avec une queue de renard, un corps de blaireau et une tête de raton laveur) avant de retourner vers la plaine. Ici, les cervidés, les vaches Highlands, les aurochs et différents types de chevaux vivent en liberté. Mais ce ne sont pas des chevaux ordinaires… le plus intéressant est le cheval de Przewalski.

Réapprentissage de la vie sauvage

Le cheval de Przewalski est un véritable bijou. Son apparence est semblable aux chevaux que l’on peut voir sur les peintures rupestres datant de la préhistoire. Un cheval très ancien et très rare qui ne fut découvert qu’au milieu du XIXème siècle en Mongolie. Impossible à domestiquer, il fut chassé sans pitié, en partie pour alimenter les zoos, jusqu’à ce qu’il soit complètement éteint à l’état naturel. Finalement, ce seront les zoos qui lui permettront de revenir. Dès les années 1990, un programme de réintroduction se met en place et la Mongolie compte maintenant quelques centaines d’individus dans différents parcs nationaux. Les chevaux du domaine ont pour vocation de retrouver les steppes mongoles et la liberté totale. En attendant, c’est distribution de pommes pour tous que l’on lance à la volée. Les derniers à arriver pour se régaler sont une jument et sa petite pouliche, née quelques semaines auparavant. Un excellent signe pour la survie de la race qui souffre d’un problème de consanguinité.

Les derniers animaux à visiter sont aussi des rescapés : les bisons d’Europe ! Ces énormes bovidés, les plus grand mammifères terrestre du continent européen, ont eux aussi failli s’éteindre définitivement, et comme pour le cheval de Przewalski, c’est grâce aux animaux présents dans les zoos que la race a pu survivre. Et lui aussi, fait partie d’un programme de réintégration en milieu sauvage. C’est là que Marie me laisse pour continuer à vaquer à ses occupations. Les 3 heures et demie en sa compagnie ont passé comme un éclair, au plus près de la nature et surtout, des animaux.

Ranger d’un jour est une expérience unique puisqu’on commence avant même que le parc ne s’ouvre et que nous prenons des accès qui ne sont pas ouverts au public (et pour avoir fait le parcours classique dans l’après-midi, je peux vous dire qu’on est bien plus proches des animaux qu’un simple visiteur). Si vous avez des enfants ou êtes passionnés des animaux, ne vous privez pas d’une matinée dont vous risquez fort de vous en souvenir longtemps. Par contre, âmes sensibles, faîtes attention, surtout lors de la distribution de nourriture aux carnivores.

Tarif : 60 € pour les enfants, 100 € pour les adultes, à réserver impérativement sur internet: http://www.grotte-de-han.be/fr/ranger-dun-jour 

Cet article est écrit en collaboration avec le Domaine des Grottes de Han mais l’auteure ne se garde pas d’exprimer ses opinions, même après quelques Blondes de Han.
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