- Valparaiso , Chili -

November 2015

#MelDoestheWorld : Valparaiso, paradis chilien

J’ai le cœur qui pèse lourd en quittant Vicuña… tout comme mon sac qui traîne à présent une bouteille de Pisco.  Les deux sont un peu plus difficiles à porter. Heureusement, l’étape qui m’attend est pleine de promesse. Une étape dont rien que le nom ferait saliver n’importe quel voyageur. Vous savez lorsque vous avez entendu parler d’un plat qui vous fait envie depuis longtemps mais que vous n’avez jamais eu l’occasion de goûter? Vous en connaissez les ingrédients, vous avez vu des photos du mets, ceux qui ont les même goûts que vous, vous en en ont vanté les saveurs… Vous pourriez presque le goûter rien qu’en y pensant. Mais rien ne vaut d’y planter sa fourchette et d’y poser ses papilles.  Valparaiso. Ça a le nom d’un dessert. Sucré et exotique, avec une pointe acidulée.

Un nom doux et caressant pour une ville bouillonnante, j’en avais déjà un peu parlé précédemment. ! Je loge dans le Plan, la partie basse de la ville, tout près du Pacifique. Le Plan comme son nom l’indique, a été planifié, dirigé. C’est un peu le Manhattan de Valparaiso. Sauf qu’au lieu des gratte-ciels, ce sont des grands et beaux bâtiments néo-classqiues. Banques, administrations et bureaux se partagent cette étroite bande plate.

Le reste de la ville, c’est aux collines qu’il appartient. Et justement, je suis au pied du Cerro Concepción, la plus emblématique de ces collines. Plutôt que prendre les fameux funiculaires, je vais gravir les escaliers et découvrir graduellement le paysage. D’abords le port et ses portes containers, puis les autres colonnes depuis le mirador du Passeo Atkinson. Sur fond de soleil déclinant, je découvre un paysage qui se décline comme un live pop-up, vous savez, ces livres de notre enfance avec plusieurs couches de cartons pour créer un effet 3D ? Eh bien c’est la même chose! Valparaiso est faite de plusieurs couches qui se superposent, jusqu’à l’horizon.

C’est aussi une ville d’escaliers, des marches… je me demande si quelqu’un ne s’est jamais essayé à les compter ? On monte, on descend. Il y en a des larges, des monumentaux, des cachés, des colorés, des amochés… ils sont partout. La nuit tombée, je vais me laisser porter par eux entre le Cerro Concepción et son voisin, le Cerro Allegre, jusqu’à un petit restaurant : Cafe del Pintor. J’ai l’impression d’entrer dans l’atelier qu’un artiste aurait transformé en restaurant le soir…. même les dessins de la réduction de merlot qui accompagne mon plat semble de l’action painting.

Car l’art est partout à Valparaiso. Il est l’affaire de tous : si il y a une ville où le street-art est roi, c’est bien celle-ci ! Il aura suffit d’à peine une soirée pour en prendre plein les yeux : maisons colorées, fresques, graphs, sculptures… à chaque coin de rue, on trouve des petits trésors.

En dégustant ma viande, je me sens en paix, légère… entourée par l’ambiance enjouée de Valparaiso. Car c’est aussi une ville de caractère : rebelle, prompte à rire, à danser, à se fâcher… ses habitants sont connus pour être de sacrés personnages qui n’hésitent pas à faire la fête, ni à exprimer leur mécontentement. Le côté festif, c’est tous les soirs… redescendue dans le Plan, le spectacle est dans la rue : musique, jonglerie… je me ferai tirer de mon tabouret de terrasse pour venir danser un moment. Pendant quelques minutes, j’ai fait partie du grand spectacle de Valparaiso.

A voir, à Valpo

Paseo Gervasoni : les “terrasses” à jolies vues ne manquent pas sur ces deux cerros mais le Paseo Gervasoni offre sans doute la vue la plus dégagée.

Palacio Baburizza : Cette belle demeure art-nouveau est à présent le musée municipal des beaux arts. Pascual Baburizza l’avait remplie de peintures venant tout droit d’Europe et complété sa collection avec des œuvres de peintres locaux. En plus des collections, certaines des pièces ont été conservées en l’état. Une vrai plongée dans la vie bourgeoise du début XXe. Et pour se mettre parfaitement en condition, on peut prendre le thé sur le terrasse du musée.

Eglise anglicane Saint-Paul’s : Ville de marins, ville ouverte, Valparaiso en voit des gens de passage, de cultures et religion différentes. Pas étonnant donc de trouver une église anglicane sur ses collines : c’est St-Paul’s et son concert d’orgue qui se tient tous les dimanches.

Le street-art : Il y en a de partout, il suffit de tourner la tête pour découvrir une nouvelle fresque. Naïve, abstraite, provocante, poétique… il y en a pour tous les styles… mais les plus significatives sont quand même celle de Lukas. Immigré italien, il devient vite une grande figure de la caricature au Chili et son “Bestiario del Reyno de Chile” est un classique de l’illustration. Il a crée un véritable bestiaire grâce aux “chilenismos” (variante locale sur l’espagnol) pour décrire ses contemporains. Par exemple, un gallo-choro, c’est littéralement un coq-moule… mais en espagnol du Chili, un “Gallo” est un fier à bras et un “chorro”, un voleur. Résultat: le gallo-choro n’est pas un type que l’on aimerait rencontrer la nuit!

L’autre maison de Pablo Neruda au Cerro Lecheros : Pablo Neruda, le célèbre poète, adorait la ville de Valparaiso. Outre la Sebastiana, sa maison en ville et sa maison de vacance à Isla Negra, Neruda a vécu dans une maison sur le Cerro Lecheros, au N*14 de Calle Cervantes (à côté du funiculaire désaffecté )… dans la cave! Maria-Teresa, la propriétaire, est la gardienne de ce refuge et vous racontera comment ‘Don Pablo” y est venu se cacher de la dictature et y a écrit une de ses œuvres majeures : “Et Canto General”.

Promenade pour rejoindre la Sebastiana, la maison de Pablo Neruda

Pour se donner une bonne idée de ce qu’est Valparaiso, pourquoi ne pas faire une promenade depuis le Cerro Concepçion vers le Cerro La Florida pour retrouver l’esprit de Pablo Neruda ?

Pour les plus rapides (et les plus pressés), on monte tout d’abords la Calle Templeman, bordée de jolies maisons et d’escaliers colorés (ça monte fort, attention). Profitez-en pour faire le plein de photos et reposez vos mollets. Au bout de la rue, on débouche sur le Paseo Alemania, une rue sinueuse et longue, qui monte et monte encore et vous mènera directement à la Sebastiana. Ici, le quartier se fait plus résidentiel, plus calme.  Tu y seras certainement en début d’après-midi, Lectrice, Lecteur, où le soleil tapera… J’ai continué mon ascension en cherchant l’ombre, jusqu’à arriver à la Plaza Bismarck, un mirador en demi-lune qui offre parait-il le plus beau point de vue de toute la ville. Et c’est difficile de ne pas être d’accords. Sous un ciel tout bleu et un Océan Pacifique couleur saphir, toute la ville se déploie devant nos yeux. Des milliers de toits, de petites taches colorées (les murs des maisons) et au loin, les bateaux qui naviguent paresseusement au large. Sur les bancs de Plaza, à l’ombre, un groupe de jeunes adultes papotent paisiblement. C’est un après-midi des plus calme sur le Cerro Bellavista, loin de l’agitation des quartiers plus touristiques.

Sur le chemin, vous croiserez quelques stèles, et des médaillons soudés dans le trottoir, témoignage à la mémoire de l’immigration italienne, qui fut massive. Ce sont surtout des Gènois qui sont venus s’y installer… Bien loin d’ici, Gênes aussi est un grand port, une ville jumelle de Valpo en quelques sortes. Ce n’est donc pas si étonnant que bien des habitants de la région aient pris la mer pour le long voyage qui allait les amener vers un avenir qu’ils voulaient meilleur (mon propre grand-père, lui, avait plutôt voulu immigrer en Argentine, finalement, la Belgique l’aura retenu ).

Enfin, nous y voilà… un grand batiment orange se détache en haut du Cerro Bellavista : La Sebastiana, une des maisons préférée de Pablo Neruda.

Pour aller plus loin
Je ressens la fatigue de Santiago. Je voudrais trouver à Valparaiso une petite maison pour y vivre et  écrire tranquillement. Elle doit répondre à quelques conditions. Elle ne peut pas être placée ni trop haut, ni trop bas. Elle doit être isolée, mais pas trop. Des voisins, je l’espère, invisibles. On ne doit les voir ni même les entendre. Originale, mais pas incommode, légère et solide à fois. Ni trop grande, ni trop petite. Loin de tout, mais avec un commerce tout près. De plus, elle doit être bon marché. Crois-tu que je pourrais trouver une maison correspondant à cette description à Valparaiso?

C’est avec ces quelques phrases adressées à ses amies Sara Vial et Marie Martner que Pablo Neruda, l’un des plus grands poète du XXe siècle, les chargeât de la tâche de lui trouver une perle rare.. Et elles réussirent. Sur le Cerro Florida, elles trouvèrent une maison abandonnée, celle d’un Espagnol, Sebastian Collao, qui mourut en 1949 avant que la maison ne soit finie. Une drôle de maison à grande fenêtre, dans un style résolument Art déco et qui tranche avec le reste du quartier. Jugée trop grande par Don Pablo, elle sera achetée en commun avec Marie et son époux, Francisoc Velasco.

La maison a été restaurée il n’y a pas très longtemps et on peut la visiter tranquillement (bien qu’on ne puisse pas y prendre de photo). Neruda (qui avait deux autres maisons) aimait venir à la Sebastiana surtout au Nouvel An, où il organisait des petites fêtes et ou on pouvait voir les feux d’artifices depuis la terrasse. Rénovée récemment, on dirait que les deux couples qui y habitaient l’ont quittée de la veille. A l’intérieur, on y trouve des signes de l’esprit frondeur de Don Pablo, de son goût pour la mer et les voyages et pour les objets insolites. La pièce la plus comique, c’est le bar… où Don Pablo aimait à se déguiser et à concocter des cocktails pour ses invités. Presque au sommet de la maison, au calme, on trouve le bureau du poète. J’essaie de l’imaginer, fenêtre ouverte, humant l’air de Valparaiso, des phrases plein la tête, derrière sa machine à écrire…

La tête pleine de poésie, redescendez le long de l’Avenida Calvo (ca va tout de suite plus vite) pour rejoindre les portes du Museo a Cielo Abierto. Entre 1969 et 1973 (l’année du coup d’état mené par Pinochet), des étudiants de la Pontificia Universidad Católica de Valparaíso (PUCV, une des universités de Valpararaiso, auront peint des fresques dans le bas du Cerro Bellavista. Vingt oeuvres sont présentes, et que l’on peut visiter comme si on était dans un vrai musée… mais je dois dire que je n’en ai vu qu’une infime partie. L’attrait des petits escaliers et détours pour rejoindre le Plan me détourneront du chemin. j’emprunte des escaliers étroit, à l’arrière de maison… avec une vue jusqu’ici inconnue, celle de l’envers de la façade. En cette fin d’après-midi, ça sent l’asado… et en effet, je croiserai quelques maîtres du barbecue (l’asado, c’est toujours une affaire d’homme au Chili), torse nu, et surveillant amoureusement leurs morceaux de viande.

Voilà… Valparaiso, c’est un peu çà, une ville épicurienne, à la fois raffinée et brute de décoffrage, violente et douce. Et comme je n’en ai pas eu assez, le soir, je remonte  sur le Cerro pour enfin déguster un bon plat chez Almacen Nacional accompagné d’un verre de carménère, cépage du Médoc qui n’existe quasi plus qu’au Chili. Comme Valpo, le vin qui coule sur ma longue est rond, mais épicé… Généreux, mais fort… Valpo aussi est longue en bouche. tellement longue que je ne résisterai pas au plaisir de prolonger encore son goût par un dernier pisco sour sur la terrasse du Café de l’hôtel Brighton… avec les lumières de la ville pour m’entourer, comme une pluie d’étoiles.

Une partie de trois jours à Vaparaiso a été organisée avec l’aide de Plan V Viajes est un tour-opérateur local situé à Valparaiso, avec différent programmes, que ce soit une visite de la ville, de la région mais ils organisent également des séjours “sur-mesure” dans d’autres régions du Chili. Malgré les quelques Australes consommées, l’auteure garde son indépendance.
Anvers, comme un petit goût du large
#MelDoestheWorld : Mystiques Vicuña et Vallée de l'Elqui !