Nous n’aurons rien vu de Kampala, la capitale de l’Ouganda. A l’heure de pointe, nous essayons de nous frayer un chemin pour sortir de la ville et entamer la longue route vers Murchinson Falls National Park.

En fait, nous sommes arrivés il y a peine 9 heures. Dans la nuit ougandaise, nous avions parcouru ses rues encore pleines de monde malgré l’heure, fatigués, sans vraiment prendre le temps d’apprendre à se connaître. Nous aurons le temps. Je suis déjà un peu en pays de connaissance puisqu’au Au Gout d’Emma fait partie du voyage, ainsi qu’Alex de Voyager Loin. Il y a aussi Florian, réalisateur, en mission pour filmer l’Ouganda et en faire des films de réalité virtuelle. Le reste du groupe est composé d’agents de voyage, dont certains sont des spécialistes de l’Afrique. Une configuration un peu inédite et qui nous apprendra finalement beaucoup. Pour le moment, nous sommes en train de : petit un, absorber le fait que nous sommes en Ouganda et deux, observer les scènes de vie de la capitale.

Notre nuit à l’Hotel Emin Pacha aura été courte ! Pourtant, on y serait bien restés un peu plus longtemps ! Bien qu’en plein centre de Kampala, ce boutique hôtel possède un énorme jardin et il est presque impossible de deviner que nous sommes dans une ville de plusieurs millions d’habitants ! Malgré çà, l’adrénaline et l’attrait de la nouveauté gardent mes yeux ouverts. Bientôt, nous voilà hors de la ville et en train de filer sur une route goudronnée à travers villes et villages; le tout sous la vigilance de Michael de Venture Uganda, qui veillera sur nous pendant les 9 prochains jours.

Le Posho
Sur la route, nous avons fait connaissance avec le « posho », une des bases de la cuisine ougandaise. Une cuisine faite de beaucoup de légumes, d’un peu de viande, souvent de la banane plantain ou de la banane verte (matooke) et d’une bonne base de féculent, que ce soit les pommes de terre, le riz, les racines comme le manioc ou l’igname et… le posho, une espèce de bouillie à base de maïs. Saucer bien, sans çà, c’est un peu difficile à manger !

En arrivant au Parc

Après de longues heures de route, nous voilà à l’entrée du Parc National de Murchinson Falls, un des joyaux de l’Ouganda. Gardé par des rangers armés, une ancienne haie de défenses d’éléphants (soigneusement emballées pour éviter d’être volées) et une famille de babouins, il faut encore conduire un petit moment sur une piste avant d’arriver à Paraa, le secteur où nous séjournerons et pour y arriver, surprise : il faudra traverser une rivière et pas n’importe laquelle : le Nil (à vrai dire, le Nil Victoria, l’un des noms que prend le Nil Blanc à ce niveau de son cours) ! Le soir tombe doucement et on attend le dernier bac pour embarquer avec les camions. Je n’arrive pas à y croire : le Nil… Un des fleuves les plus mythiques au monde. Et je suis en train de naviguer dessus à guetter les hippopotames qu’on peut reconnaître à leurs cris sourds ou aux petites bulles qu’on peut apercevoir à la surface quand ils sont immergés. Sur le bac, à part le bruit des moteurs, tout est calme, à peine entend-on vaguement le bruit des discussions. Je regarde Emma avec incrédulité : « On est sur un petit bac, en plein milieu du Nil, en Ouganda ! ». J’ai un peu l’impression de vivre Noël et Saint-Nicolas tous les jours ! Et encore, on ne sait pas encore ce qui nous attend le lendemain !

Safari à Murchinson Falls

Enfin, voilà le premier VRAI jour de visite et pas des moindres puisqu’il commence par un safari ! Nous sommes levés bien avant le soleil pour en profiter le plus possible : au petit matin, les animaux sont plus visibles et cela nous donne le temps d’arriver à la partie la plus « peuplée » du parc . Pourtant, nous n’aurons pas longtemps à attendre pour voir notre premier gros mammifère de la journée. A peine avions-nous quitté le Lodge que nous tombons nez-à-nez avec une maman léopard et son bébé, surpris par nos phares. C’est une sacrée aubaine ! Le léopard est un animal plutôt timide et le trouver à telle proximité des humains n’arrive pas souvent. En tout cas, ça augure bien du reste de la matinée !

Murchinson Falls National Park est le plus ancien parc national d’Ouganda, et sans doute le plus riche. Si vous êtes à la recherche des fameux « Big 5 », les cinq animaux les plus « dangereux d’Afrique » (le lion, le léopard, l’éléphant, le buffle et le rhinocéros), vous trouverez les 4 premiers (le dernier rhino sauvage d’Ouganda a disparu dans les années 90 mais il existe à quelques kilomètres du parc un centre de conservation – et éventuellement de réintroduction – du rhinocéros : Ziwa Rhino Sanctuary) mais aussi des tas d’autres mammifères, près de 500 espèces d’oiseau, de nombreux reptiles… le tout grâce à la grande diversité du parc qui combine savane, rivières et forêts. Différent écosystèmes permettant à une foule d’animaux aux besoins différents de s’épanouir. Paraa en est l’épicentre. C’est ici que se trouvent la plupart des logements et le point de départ des safaris.

Le jour se lève enfin, colorant la savane de bleu puis de vert et jaune. Je ne m’attendais pas à çà : devant nous, c’est un immense paysage de plaine doucement vallonnée, couverte de buissons, d’herbes et plantée de ci de là de quelques acacias et même des palmiers, le tout sous un grand ciel et avec le fleuve en arrière plan, dépendant de la zone où nous sommes.

Et déjà, le deuxième « Big Five » se montre : le buffle ! De tous ces cinq animaux, c’est sans doute lui le plus dangereux. Cette grosse vache aux apparences paisibles a un très, très mauvais caractère. Surtout si vous croisez un mâle tout seul (ce qui voudra dire qu’il a récemment été jeté dehors de son troupeau après un combat avec le mâle dominant, ce qui le rend perturbé et dangereux). Et pour compléter ce mauvais caractère, un buffle, ça court vite. Très vite. Et ça charge. Mais en troupeau, les buffles sont impressionnants à regarder. Comme la plupart des gros mammifères herbivores (comme les rhinos et les éléphants), on trouvera souvent sur leurs dos un ou plusieurs oiseaux. C’est un deal entre eux, les oiseaux se nourrissant des insectes et parasites qui peuvent rendre la vie impossible au mammifères. Un vrai garde-manger sur pattes !

Un peu plus loin, nous voyons une grosse forme bouger. Un autre buffle ? Les voitures s’arrêtent, il n’y a pas de doute : c’est un éléphant ! Il est encore loin mais un animal de cette taille, ça se rapproche rapidement et à moins que ce ne soit un mâle solitaire, les autres ne devraient pas être loin ! J’ai beau avoir déjà vu des éléphants à Addo Elephant National Park en Afrique du Sud, cet éléphant, même de loin, procure une réelle émotion. Une émotion qui est nourrie par celle des autres dans la voiture. Emma qui adore les animaux a les yeux qui pétillent et une large sourire sur les lèvres. Les animaux ont beau être loin, on parle bas, on ne fait pas trop de bruit. En fait, nous sommes royalement seuls sur la route. Un véritable luxe pour ceux qui connaissent les routes encombrées de Kruger National Park !

Les prochains animaux que nous rencontrons sont les antilopes, alias « le garde-manger de la savane » comme nous allons le découvrir. Et des antilopes, il y en a beaucoup, de plusieurs tailles, de plusieurs races… depuis l’élégant cobe de Buffon et ses jolies bois (emblème national ougandais) jusqu’à l’étrange bubale de Jackson et sa drôle de tête toute plate, il y en a partout…

Nous continuons encore un peu plus loin et soudain, la voiture de devant s’arrête, on ouvre le toit pour permettre de mieux voir et il semble que l’excitation est à son comble. Qu’est-ce qu’ils ont vu ??? Bientôt, nous le voyons aussi : en direction du fleuve, deux lionnes et deux paires de très jeunes lionceaux. Et là, c’est moi qui suis au comble de la joie. Si tu m’es fidèle, Lectrice, Lecteur, tu sais que je suis une grosse fan des félins en tous genres. De tout le règne animal, ce sont eux qui me fascinent le plus et pour la première fois, je vois des lions en liberté ! Avec des lionceaux en plus. Quatre petits Simbas tous neufs ! Nous avons la permission de faire du hors-piste et suivons à bonne distance les femelles puis nous arrêtons. On a compris, à notre droite, une carcasse d’antilope est en train d’être nettoyée par un marabout et une bande de vautours. Et là, sur cette savane, tout à coup, c’est une scène digne du roi-lion qui va se jouer : une lionne derrière un buisson semble lécher quelque chose. Est-ce un lionceau ? La léchouille a l’air un peu rude. Mais non… en y regardant bien, c’est une petite antilope à peine chassée qu’elle va dévorer ! Je crois que je n’oublierai jamais le bruit des os de la pauvre bête craquant sous la mâchoire du fauve et son regard comblé quand coule enfin le sang. Le museau rougit, elle fouille et refouille dans les entrailles de l’antilope. Autour de nous, des girafes se promènent, altières. Des antilopes, sachant qu’elle n’ont plus rien à craindre pour le moment, sont encore là et les charognards continuent de dépecer ce qu’il reste de l’autre carcasse. Je sais que je ne suis pas la seule à avoir voulu chanter « It’s the circle of liiiiiiiiiiife… » !

Nous allons même assister à une véritable « cat fight ». La deuxième femelle, pensant que la première avait terminé de se régaler, a voulu également prendre une bouchée de l’antilope. Mais non, un gros grognement et un violent coup de patte qui nous a tous fait battre en retraite dans les camions ont vite remis la gourmande à sa place. TRES impressionnant ! Et un peu plus loin, c’est carrément un lion (à la maigre crinière, mais un lion quand même) que nous allons entendre rugir !

Parmi les animaux préférés de la savane, il y a les girafes et dans un endroit un peu plus boisé de la savane, nous croisons tout un énorme troupeau. Les girafes se nourrissant principalement d’acacias, pas étonnant de les trouver là ! Leurs long cils, leurs grands cous, leurs fines jambes leurs donnent l’apparence de demoiselles timides, ce qu’elle sont en fait. Elles n’aiment pas trop qu’on les approche mais elles sont tellement grande qu’elles sont faciles à observer ! Le plus comique étant de voir une tête dépasser des arbres !

Nous croiserons également toute une troupe d’éléphants de plus près, des hyènes, des chacals, des phacochères (toujours aussi drôle à regarder) et c’est aux anges qu’en fin de matinée, nous retournons au lodge pour manger un morceau.

Les chutes de Murchinson

Le parc porte le nom de « Cascade de Murchinson » et c’est précisément elles que nous allons voir. Pour cela, il faut d’abords embarquer sur un bateau pour rejoindre un sentier de randonnée qui vous emmènera sur le sommet de la cascade. Ça fait partie de la beauté du lieu. Au début, le Nil semble tranquille. Les fleuves, chenaux et lacs sont les lieux idéaux pour observer la faune, notamment les oiseaux, qui sont très, très nombreux : hérons, martin-pêcheurs de toute sortes… Tous très difficile à capturer en photo, je dois dire ! Evidemment, il y a une foule d’hippopotames dans l’eau. Nous sommes en plein après-midi et aux heures chaudes, ils préfèrent être au frais. Quelques antilopes se promènent également, des éléphants, dont un (ou une, les femelles d’éléphants d’Afrique portent également des défenses) qui n’a pas l’air très content de nous voir et semble s’agiter un peu mais l’animal emblématique du bords du Nil, c’est le crocodile. Et on en croisera quelques uns ! Murchinson a la plus grosse concentration de crocos d’Ouganda et pour les voir, il faut quand même être observateur/trice puisque la couleur de leur peau brun-jeune-vert se confond avec celles de la rive ! Je comprends mieux les conseils de Michael, notre guide, de ne pas nous approcher des bords de l’eau (sans compter que les hippopotames sont également très dangereux). Lorsque nous croisons un grand reptile la gueule ouverte, on se dit qu’on est bien peu de choses et qu’en fait, à l’état de nature, l’homme vit entouré de danger !

Parlant de danger, c’est plutôt aux serpents qu’il faut faire attention lors de la randonnée mais en faisant du bruit (les serpents sentent les vibrations du sol), cela suffit à les éloigner. La fin de la navigation nous a permis de voir enfin la cascade. C’est le Nil qui se jette dans une crevasse causée par un rift dans un tonnerre d’eau bouillonnante. Si la hauteur de la cascade n’est pas très importante, c’est le débit de l’eau qui coupe le souffle ! Et au fur et à mesure de l’ascension, nous allons découvrir qu’il y en a une cascade jumelle, qu’on ne peut voir qu’une fois que l’on surplombe la première. Une fois au bout de la randonnée, on peut s’approcher assez près de la cataractes et se rafraîchir un peu avec les gerbes d’eau. Un petit plaisir bienvenu après une bonne balade en partie sous le soleil !

Le soir, nous sommes conviés à un « bush dinner » sur le camp de l’hôtel… A la lueur de grand feu et au son de chants et de danses de bienvenue, alors que nous n’en sommes qu’au deuxième jour, l’Ouganda a déjà fini de nous envoûter !

Pour aller plus loin
Comment se rendre à Murchinson Falls National Park

Il n’y a pas plusieurs d’options pour rejoindre le parc : soit en excursion organisée, soit en louant votre propre véhicule ou en engageant un chauffeur ou en prenant le bus et taxis-brousse. Sachez qu’il n’existe pas de transport « public » au sein du parc.

  1. Excursion organisée peut se faire bien entendu bien à l’avance ou à votre arrivée à Kampala
  2. Location de véhicule : vous pouvez louer un véhicule et conduire depuis Kampala (la route n’est pas trop mauvaise et goudronnée sur deux-tiers environ du parcours) ou a Masindi ; la ville la plus proche
  3. Prendre le bus très tôt à Kampala depuis la gare des bus jusque Masindi et soit poursuivre en microbus jusqu’au plus près du parc jusqu’à Wanseko et trouver un boda-boda qui vous conduirait jusqu’à votre logement ou alors, séjourner à Masindi et engager un guide ou un chauffeur pour visiter le parc.

Dernière possibilité ; prendre l’avion (mais ils doivent être charterisés)

Plus d’information ici : https://wikitravel.org/en/Murchison_Falls_National_Park#Get_in

Frais d’entrée

Les non-résidents doivent s’acquitter de frais d’entrée au parc de 40 dollars US pour un adulte, 10 pour les enfants plus des frais d’entrée si vous avez votre propre véhicule. Compter 5000 shillings par passagers plus des frais supplémentaires si vous traversez avec un véhicule.

Plus d’information ici : http://murchisonfallsparkuganda.com/information/park-entrance-fees/

Où dormir à Murchinson Falls National Park ?

Nous avons séjourné au Paraa Safari Lodge, juste à l’entrée du circuit du safari. Plutôt que les logements à cases que nous verrons à la suite du voyage, il s’agit d’un hôtel classique mais hyper-confortable. Les chambres sont décorées dans un style africo-colonial, chacune pourvue d’un immense porche ou balcon avec vue sur le Nil (malheureusement, nous n’aurons pas vraiment pu en profiter). L’hôtel possède un grand restaurant et un très joli ainsi qu’une grande piscine. Autre point positif, vous pouvez louer une voiture ou réserver vos excursions directement depuis l’hôtel.

Tarif : A partir de 270 Euros/nuit pour deux en pension complète.

Il existe aussi des campings et lodges pour petits budgets, je vous recommande de jeter un coup d’oeil sur le site d’Uganda Wildlife Authority et ce site d’information sur le parc.

Murchinson Falls : un paradis en danger ?

Cela fait longtemps que l’on sait que du pétrole existe en Ouganda mais il était estimé comme étant trop coûteux à exploiter et de mauvaise qualité. La technologie aidant, les gisements considérés comme « non-rentables » le sont à présent et il se trouve que le Parc de Murchinson contient d’importants gisements. Des tests ont déjà été effectués dès le début des années 2010 et l’exploitation sur le site de Murchinson a été confié à une grande compagnie pétrolière française et devrait débuter fin 2018. Si on peut se « réjouir » du fait que ce soit une compagnie française (qui essaie au moins de montrer qu’elle a de l’intérêt pour la conservation de l’environnement) plutôt que chinoise, les conséquences sont immenses : pour la faune (surtout pour les girafes de Rothschild, espèces en danger), la flore et le tourisme puisque Murchinson Falls est un des parcs les plus visités du pays.

Je vous recommande la lecture de cet article plutôt éclairant; https://regisseedinstitute.com/2017/05/02/how-the-curse-of-oil-could-spill-into-uganda-what-that-would-mean-for-conservation-the-economy-community/

Quel sera l’avenir du parc ? Serons-nous parmi les derniers à avoir vu ke parc comme il l’est ? L’avenir nous le dira.

Ce voyage en Ouganda a été organisé en collaboration avec l’Uganda Tourism Board, l’Association of Uganda Tour Operators, l’Ambassade de France en Ouganda, l’Ambassade de Belgique en Ouganda et Brussels Airlines. Les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré le nombre de Nile Beers ingurgitées.