- Édimbourg , Ecosse -

January 2014

Le Britannia, Yacht royal

Bien calée sur la première rangée de sièges d’un bus à impériale, je regarde défiler les rues de Leith. Leith, c’est le port d’Édimbourg, depuis le XIVe siècle et les rangées de maisons de Leith Walk sont un indice du passé ouvrier et de docker de la ville pourtant, un vent de renouveau a soufflé sur ce quartier. Pubs, restaurants gastronomiques, nouveaux logements, nouveaux quartiers… Tout semble signaler que Leith est un peu “the place-to-be”. Lorsque l’on contemple le château d’Edimbourg, on oublie complètement que la capitale écossaise est à deux pas de la mer… pourtant, en traversant le pont qui va de New Town à Old Town, ont aperçoit les eaux bleues foncées du Firth of Forth, l’estuaire qui débouche dans la Mer du Nord et à Leith, on a les pieds dans l’eau. Un endroit parfait pour y regarder des bateaux… et l’un des plus mythique de Grande-Bretagne s’y trouve: le Britannia. Ou devrais-je dire “Her’ Majesty’s Yacht, the Britannia”. Yacht royal, construit pour la jeune Reine Elizabeth, le Britannia a sillonné les 7 mers, transportant le couple royal vers tous les pays du Commonwealth, et au delà. Il a aussi un petit côté “Croisière de l’amour”. C’est à son bords que Charles et Diana mais aussi Andrew et Sarah Ferguson ont passé leurs lunes de miel. En 1994, pour raison budgétaire, le gouvernement du Royaume-Uni décida qu’il était temps de mettre le yacht à la retraite. Raison budgétaire. La dernière mission du Britannia fut de ramener Chris Patten, ancien gouverneur de Hong Kong, en Angleterre juste après que l’île ait été rendue à la Chine. C’était en 1997.  Et depuis, Britannia coule une retraite paisible, mais néanmoins active, en Écosse, où il fut construit.

A la place du Capitaine

Nous arrivons enfin au terminus de la ligne de bus: l’Ocean Terminal. Un centre commercial qui a été construit autour de l’ancrage permanent du yacht. C’est un peu bizarre… et un peu triste… comme si une noble dame en était arrivée à se prostituer pour maintenir son train de vie… mais enfin… Après avoir fait patiemment la file (pas trop de monde en ce samedi matin, heureusement), un personnel en uniforme nous invite à monter à bords, comme si nous étions attendus! Munis de nos audio guides (qui servent également à gérer le flot de visiteurs), nous commençons la visite par le poste de commandement. Évidemment, on ne peut s’empêcher de s’asseoir sur la chaise du capitaine… Un court instant, pour se rêver maître à bords, avec ce sentiment de liberté que procure les mers et océans, mais aussi celui d’une grande responsabilité. Le capitaine a charge d’âmes, après tout!  Ici, c’est le point le plus haut, et évidemment le plus dégagé pour naviguer! Vous cherchez la timonerie (la fameuse “roue” pour manœuvrer le bateau? Eh bien elle est un pont en dessous. Les ordres venant du poste du commandement via des portes voix et cuivre.  Ce qui ne devait pas être évidemment pour les hommes en bas qui ne voyaient pas où ils allaient. Pas question de confondre son bâbord et son tribord!

C’est le pont principal que l’on commence à se sentir un peu en “vacances” avec la famille royale. La première chose que l’on voit, c’est une énorme cage en verre avec l’intérieur, une Rolls Royce Phantom… la Rolls qui voyageait avec la Reine. Si grande que l’on était obligé de lui enlever ses pare-chocs pour la faire monter à bords.

“Above” ane “Below”

Le reste, c’est une histoire d’ “above” and “below” (les amateurs de Gosford Park ou de Downtown Abbay comprendront) sauf qu’ici, il s’agit de “above deck” et “below deck”. “Above”, c’est le monde de la famille royale et des officiers. On entre dans les appartements royaux par la “sun lounge”, pièce préférée d’Elizabeth, toute en teck et fautails tendus de motifs tropicaux. On se croirait dans un bar colonial. Elle aimait y prendre le thé… et probablement son “gin o’clock” dans des bouteilles habillement rangées dans le bar encastré du lounge. Un peu plus loin, on entre dans la machine à remonter le temps! Construit dans les années 50, le Britannia n’a pas changé de style! On arrive à la chambre de la reine et on est surpris d’y retrouver un charme bourgeois! Pas vraiment d’extravagance dans cette pièce décorée de tissu à fleurs ou le meuble principal est un lit…d’une personne. Pas de panique, une porte mène sur la chambre beaucoup plus mâle de son mari, le Duc d’Édimbourg, mais tout de même… ces mœurs d’autrefois (je n’ai pas pu m’empêcher aux lits séparés d’Annie Girardot et de Louis de Funès dans “La zizanie”) surprennent.

Les amateurs de romantisme, eux, auront une pensée émue devant la “chambre nuptiale”, cadre des amours du Prince et de la Princesse de Galles… Personnellement, je ne préférais pas imaginer! En dessous des appartements royaux, on retrouvait les pièces d’apparat… une grande salle à manger, toute prête comme si les convives allaient arriver. Les têtes couronnées et divers chefs d’état ont posé leurs important séants sur ces chaises rembourrées, admirant sans doute tous les objets décorant la salle et venant des quatre coins du Commonwealth. Et on imagine que tout ce petit monde se retirait ensuite au salon pour un thé ou un whisky. Là, on a vraiment l’impression d’avoir devant soi un morceau d’histoire!

Le “below”, c’est le reste. N’oublions pas que les yachtmen faisaient partie de la Royal Navy. En plus d’un compartimentage “de classe”,on trouvait une hiérarchie militaire. Les officiers supérieurs avaient leur propre salon/salle à manger (ou être invité était un honneur), les sous-officiers de même, et ainsi de suite. Le contraste entre le mess des matelots et le confortable salon des officiers est saisissant! Mais détail amusant, on pouvait trouver un vrai petit pub! Il y avait aussi un magasin ou les marins pouvaient acheter des friandises, des magasines, du tabac… (un endroit très prisés des petits-enfants de la Reine quand ils étaient à bords). A présent, on peut y acheter des fudges de toutes sortes préparés sur place.

“Below”, c’est aussi les entrailles du navire:  les quartiers des matelots (et des musiciens de la marine), bien moins luxueux que ceux de sa Gracieuse Majesté ou des officiers, l’infirmerie, une énorme blanchisserie dont les statistiques de poudre à laver laissent songeurs et une salle des machines tellement nickel qu’il semblerait que le navire puisse quitter le port tout de suite, et sans aucun problème. Cette attention aux détails, on la retrouve partout. Il suffit de voir le nombre d’employés en train de nettoyer, de remettre une couche de peinture ou de vernis.

Votre visite aura duré sans doute bien deux heures… vous pourrez prolonger la magie au Royal Deck Tea Room. Il n’existait pas avant, il s’agit d’une addition, une espèce de boîte en verre, un peu comme pour la Rolls royale, à première vue assez incongrue mais une fois à l’intérieur, on se laisse aller.  Outre le thé, vous pourrez y déguster de délicieux sandwiches ou des soupes dans de la porcelaine monogrammée aux armes du navire, avec un personnel aux petits soins. Traitement royal assuré et une vraie immersion dans une époque à présent révolue. Les amateurs pourront trouver la vaisselle du bateau dans le gift-shop mais prévoyez un gros budget!

Avec son look des fifties, son côté suranné et chargé d’histoire, le Britannia arrive à intéresser un large public: bien évidemment les fans de la monarchie britannique et de bateaux, les amateurs d’histoire mais aussi de design. Pas étonnant qu’il soit devenu une des attractions les plus visitées du Royaume-Uni! Un navire attachant où la vie devait être douce, même pour les matelots, et lorsque l’on quitte son bords, on comprend pourquoi, le jour où Britannia fut mis à la retraite forcée, la Reine Elizabeth, elle, ne put s’empêcher de verses quelques larmes.

Royal Yacht Britannia

Ocean Dr, Leith, Edinburgh EH6 6JJ, Royaume-Uni





  1. Lucie
    le 14.12.2017

    Question tres pratique: C’est combien l’entree? Ca a l’air interessant a visiter, je pense aller a Edimbourg cet ete 🙂

  2. Melissa
    le 14.12.2017

    Bien sûr! Ils sont à £12.75 (£11.50 pour les étudiants) et on peut les acheter à l’avance (ce qui est d’ailleurs recommandé) ici: http://www.royalyachtbritannia.co.uk/plan-your-visit/tickets/

  3. Melissa
    le 14.12.2017

    Et j’ajoute qu’Édimbourg est quand même une ville terrible! Tu y es déjà allée, Lucie?

  4. Lucile
    le 14.12.2017

    Pour y être allée je peux vous assurer que la visite vaut la peine, en revanche au niveau des tarifs il y a parfois des réductions plus avantageuses sur le site de l’office du tourisme d’Ecosse VisitScotland 😉

  5. Melissa
    le 14.12.2017

    Merci pour le conseil, Lucile! J’imagine qu’en tant qu’amoureuse des meubles, tu as du te régaler!

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