Ah Gand ! Gand, la magnifique, la dynamique, de toutes les villes de Flandre que je connaisse, tu es ma préférée et pourtant, j’en ai mis du temps pour apprendre à te connaître. Tout s’est passé un matin d’hiver. J’avais envie de changer, pas loin, pour pas trop cher. Mon premier réflexe aurait été d’aller à la mer, ça me met toujours en joie. Après réflexion, je me suis dit : « Mais… pourquoi ne pas aller à Gand ? Tu n’as fait qu’y passer jusqu’à présent. » L’affaire était entendue. J’ai donc sauté dans un train (40 minutes depuis Bruxelles) pour te rejoindre.

Les reflets de Korenlei et Graslei

C’était janvier, le ciel de Flandre était lourd mais pas du blanc-gris uniforme, plutôt ce ciel avec des gros nuages gris qui sont à la fois menaçants, à la fois photogéniques. J’arrivais en milieu d’après-midi et avec les journée courtes du cœur de l’hiver, la lumière déclinait déjà sur le Korenlei et le Graslei, les quais le plus photogénique de la ville. Sa position a la confluence de la Lys et de l’Escaut, c’est ce qui a permis de rendre Gand riche et puissante. C’est sur le drap et les tissus que la capitale des Comtes de Flandre a construit sa réputation. La Lys, affluent de l’Escaut, permettait d’emmener les marchandises jusqu’à Anvers et de là, vers de plus lointaines destinations. Contrairement à Bruges qui s’est vue privée, lentement mais surement, de son front de mer et s’est retrouvée comme figée dans le temps, Gand n’a jamais vraiment arrêtée d’être active. C’est aussi une ville d’ouvriers et surtout d’étudiants, une des rares grandes villes de Flandre à pencher plutôt à gauche. Plus relax qu’Anvers, plus vivante que Bruges, Gand n’en fait qu’à sa tête s’il fallait comparer les villes de Flandre à une fratrie, ce serait la rebelle pleine de charisme. Il suffit d’abords de voir comme la ville est belle le long des quais. On peut la découvrir en se promenant, les heures les plus belles étant entre chien et loup, lorsque le ciel est encore éclairé mais que les lumières des intérieurs s’allument dans les rangées de demeures en pur style flamand. La nuit, les quais prennent une allure encore plus romantique, lorsque les maisons et les éclairages publics se reflètent dans l’eau.

En bateau, à Gand

L’alternative est de faire une promenade en bateau sur le fleuve et les canaux. Ou pourquoi pas, faire les deux comme moi, la balade en barque permettant d’avoir les commentaires des guides. Tous ces bâtiments imposants de bords de fleuve sur le Korenlei sont pour la plupart d’anciennes maisons marchandes ou de corporations. Il fallait en imposer et la réputation passait par l’apparence. Parmi elle, la Cooremetershuys, où le blé était compté avant d’être vendu ou la corporation des Vrije Schippers. Bien emmitouflée pour se protéger de la petite brise piquante, cette virée en bateau est du genre plutôt relaxante. Mais qui dit « bâtiments historiques » ne vaut pas spécialement dire « maisons-musées », parmi les vieilles pierres qui ont retrouvé une jeunesse, il y a l’ancienne halle aux viandes : la Groot Vleeshuis. « La Grande Boucherie » reste toujours un marché, mais surtout un marché de produits gantois et régionaux. La première chose qu’on ne peut pas louper, c’est le nombre de jambons qui pendant du plafond : le jambon Ganda (le mot celtique qui a donné son nom à la ville). Le Ganda est une spécialité de la région. Salé à sec, ce jambon fait plus penser aux cochonailles italiennes ou espagnoles qu’aux jambons que l’on trouve dans le nord. Avec ses charpentes apparentes et son cadre médiéval, la Grande Boucherie reste un lieu qui donne envie de s’attarder, on peut aussi y boire et y manger.

Le Beffroi, la Cathédrale Saint-Bavon et l’église Saint-Nicolas

Côté vieille ville, impossible de ne pas voir le beffroi de Gand. Construit tout à côté de Halles aux draps (normal, étant donné que c’est au drap que la ville doit sa fortune), le beffroi domine la ville, avec la tour de la cathédrale Saint-Bavon. Le beffroi, outre un usage défensif, était aussi le signe qu’une ville détenait des « libertés » par rapport aux seigneurs. Ces libertés, généralement consignées dans une charte, étaient jalousement conservées et dans le cas de Gand, elles sont enfermées dans un coffre. Pour signifier le caractères farouche de la ville, un dragon a été posé en son sommet et il est devenu la mascotte de la ville. On peut y monter (avec les escaliers ou en ascenseur), mais je ne l’ai pas fait.

Le fleuron de Gand, c’est la cathédrale Saint-Bavon. Non seulement c’est le plus ancien lieu de culte de la ville, c’est aussi là que l’on peut admirer un chef d’oeuvre de Lart primitif flamand : l’Adoration de l’Agneau Mystique des Frères Van Eyck. Mais avant d’aller voir ce tableau, je vais m’attarder à travers les allées de la cathédrale. On voir bien qu’elle a été reconstruite et/ou mise au goût plusieurs fois. Si l’essentiel du bâtiment est gothique, sa crypte reste romane. L’autel est baroque, on peut y voir une peinture de Rubens (où figure Saint-Bavon)… Bref, on voit bien que la cathédrale était aussi une manifestation du statut de Gand en tant que ville puissante. Ne partez pas sans aller voir l’Agneau Mystique. Pour l’admirer, il faudra s’acquitter d’un supplément de quelques Euros (attention, le retable est fermé entre 12 et 13h) mais une fois que vous serez en face du tableau, vous pourrez prendre votre temps. On vous confie un guide audio qui va vous raconter toute l’histoire mouvementée de ces formidables tableaux (ils ont été dérobés plusieurs fois) ainsi que les détails qui y figurent et leurs significations. Il existe même un tableau, celui des Juges Intègres, qui reste dans la nature. Volé en 1932 en même temps que le tableau de Saint-Jean-Baptiste, on n’a jamais réussi à mettre la main dessus tandis que le panneau de Saint-Jean a été restitué par une main anonyme. Si vous avez vu « Monument Men » de et avec George Clooney, vous savez aussi par quelles péripéties sont passés les tableaux pour échapper aux nazis.

C’est un tableau majeur de l’histoire de l’art occidental et 2020 sera une année importante pour Gand qui se prépare à célébrer les frères Van Eyck en grandes pompes. Sachez qu’on ne peut pas faire de photos (vraiment aucune) de l’intérieur de la cathédrale. 

Par contre, l’église de Saint-Nicolas toute proche, avec son imposant clocher qui représente un peu la « troisième tour » de Gand n’a pas cette restriction. Son intérieur est d’ailleurs baigné de lumière grâce à cette tour de forme carrée si unique à cette église.

Un peu plus proche de nous, sur le Korenmarkt, s’élève une impressionnante masse de pierres néo-gothique : c’est l’ancien bâtiment de la Poste, qui servait à la fois… de poste (évidemment) mais aussi de relais à chevaux pour les premiers trams (les trams font partie intégrale de l’expérience gantoise). La Poste n’ayant plus besoin d’autant de place, elle a déménagé et à sa place, on trouve maintenant un centre commercial haut de gamme et un hôtel de luxe. Histoire de voir à quoi ressemble cette reconversion, je suis allée faire un petit tour du côte du centre commercial De Post et waouh ! C’est une véritable réussite avec la restauration des fresques représentant différentes régions du monde. On y trouve des adresses pointues (et donc chères) dans l’habillement et les cosmétiques mais aussi ce qui est sans doute le plus beau café Pain Quotidien de Belgique ! Le sous-sol par contre, fait un peu pitié mais si vous devez faire quelques courses, il y a un supermarché !

Vismijn et Château des Comtes de Flandre

Restons un peu dans le patrimoine historique gantois. La prochaine étape, c’est l’ancien Marché aux poissons, le Oude Vismijn, où justement se trouve l’office du tourisme. C’est Neptune qui domine le marché, accompagné des allégories de l’Escaut et de la Lys. Ça vaut le coup d’oeil ne fut-ce que pour aller se renseigner mais ce qui marque le plus les esprits, c’est ce qui se trouve devant le marche : le Château des Comtes de Flandre.

Peu de villes en Belgique peuvent se targuer d’avoir un aussi grand château-fort médiéval en plein centre ville (c’est d’ailleurs le seul en Flandre). Le « Gravensteen » est le joyau de Gand et il trône majestueusement au confluent des deux fleuves. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce monstre de pierres grises en impose avec ses hauts murs de fortification. Si la cour du château est accessible à tous, il vous vaudra un ticket pour visiter tout le reste: les remparts, le donjon, les lieux de vie des comtes… tout ça se visite. L’histoire des Comtes de Flandre est prestigieuse (il date quand même du XIIème siècle, dans son aspect actuel) mais c’est ce qui s’est passé après qui est plutôt insolite. Il a fini par devenir une propriété privée et même, une usine ! Le château est devenue une filature de coton et des famille d’ouvriers y vivaient même. Ce n’est qu’à la fin du XIXème siècle que le château finit par devenir propriété de la ville de Gand, évitant de peu la destruction pure et simple. Avouer que c’aurait été dommage !

Patershol, le Gand hors du temps

Sur le morceau de terre à la confluence de la Lys et de l’Escaut, à l’ombre du Château des contes, se trouve un quartier enchanteur, celui de Patershol. Avec ses maisons à pignon, ses rues pavées, ses vélos nonchalamment posés en dessous des fenêtres et le long des murs, on dirait que tout ici a été fait pour enchanter les photographes. Les Gantois ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisque une foule de restaurants et de boutiques y ont ouvert. Laisse toi guider par ton instinct à travers les entrelacs de rues et laisse-toi charmer, Lectrice, Lecteur. Je parie que ça deviendra ton quartier préféré. Si tu as le temps, une visite du musée de la vie quotidienne à la « Huis van Alijn » te plongera dans des souvenirs du XXème siècle. Pour les nostalgiques…

Le cuberdon, le bonbon qui provoque des guerres

Le cuberdon tient le haut du pavé dans la confiserie belge. Ce bonbon consiste en une coque dure et sucrée remplie d’un sirop à base de framboise. Et c’est ce qui fait tout l’attrait du cuberdon… quand on mord dans la dure enveloppe du cuberdon et que lentement, coule l’intérieur fruité et TRES sucré sur la langue. Leur forme typique de cônes leurs a donné en Flandre le surnom de « Neuzekes », les petits nez. L’origine du bonbon est incertaine… a t’il été inventé à Bruges ou à Gand ? C’est Gand en tout cas, qui en fait le plus grand cas et c’est pris très au sérieux puisque sur la Groentemarkt, une charmante petite place à deux pas du Château des Comtes, se déroulait une guerre sans pitié : la guerre des cuberdons entre Carl Demeester et Sonny Breine, deux vendeurs attitré et les joutes entre eux ne furent pas que verbales. Ce week-end là, la trêve semblait régner sur le Groentemarkt et j’ai pu acheter mes cuberdons sans assister à une bagarre.

Le street-art et Gand

En ce qui concerne l’art, Gand est plutôt d’avant-garde. Le SMAK, son musée municipal d’art contemporain, est un des meilleurs dans son genre et elle a été une des premières villes de Belgique à faire une place de choix au Street-art. Ce n’est pas étonnant que ROA, probablement l’artiste de rue belge le plis connu, soit gantois. Depuis 1995, une ruelle, la Werregarenstraatje, est dédiée comme espace libre d’expression. « La ruelle des graffitis », en plein centre-ville, laisse le champs à la créativité et on trouve un peu de tout, du bon et du moins du moins bon. Et comme les oeuvres sont souvent repeintes (je suis d’ailleurs tombée sur quelques jeunes qui étaient en train de bomber son oeuvre), il y aura toujours quelque chose de nouveau à voir si la visiter quelques semaines ou mois plus tard.

A côté de ça, il y a aussi de grandes fresques disséminées en ville et il suffira de suivre le parcours proposé par Visit Gent.

Les bonnes adresses de Gand

Un article sur un week-end à Gand ne serait être complet sans un petit carnet d’adresses.

C’est parti !

Où dormir à Gand ?

Tenant à garder mon budget sous contrôle mais ayant aussi besoin de calme, c’est dans un ancien monastère, de Oude Houtlei, que je me suis réfugiée, dans le quartier de Patershol : le Monasterium PoortAckere. Ce havre de paix a pour caractéristique de posséder des chambres simples (avec sanitaires communs) pour un tarif plutôt raisonnable en hiver (50 euros, le prix monte à 62 euros en été). Le lieu est lui complètement hors du temps. On circule dans les couloirs de cet établissement néo-gothique avec ravissement (allez faire coucou à la fabuleuse chapelle) et avec une certaine réverance. Si vous cherchez la tranquillité dans une ville hyperactive, c’est l’endroit pour vous. Un seul petit bémol, le prix du petit-déjeuner (17 Euros). Il est certes copieux et l’ancien réfectoire des moines avec ses grandes fenêtres, ses colonnes et son carrelage est un cadre magnifique pour prendre des forces pour la journée qui vous attend, mais je trouve le prix un peu exagéré.

Monasterium PoortAckere

Oude Houtlei 56,

9000 Gand

Où manger et sortir boire un verre ?

De Stokerij

Voilà un endroit original où manger : une ancienne distillerie de genièvre et d’ailleurs, on ne peut pas manquer l’énorme cheminée qui trône à l’arrière du restaurant. Nous sommes bien dans un bâtiment industriel mais garde malgré tout un côté intime et chaleureux. La carte ne comporte que 6-7 entrées-plats et desserts, ce qui est toujours bon signe pour moi, pas besoin de multiplier et en plus, la grande majorité sont bios. La spécialité maison, c’est la carbonnade de joue de porc, servie avec des frites. Ce que je me suis empressée de commander. Un vrai bon plat d’hiver qui tient au corps (du gras, du gras, du gras) avec une viande fondante et une sauce à la bière goûteuse. Quand aux frites, elles étaient réalisées dans les règles de l’art, je suis repartie la panse bien remplie. Si la viande n’est pas votre truc, la quasi moitié du menu est végétarien ou végan.

De Stokerij

Tichelrei 2A

9000 Gent

Huize Colette

La Belgique, c’est quand même le pays du chocolat alors pour une petite pause au moment du goûter (ou au petit-déjeuner, pourquoi pas?), on file chez Huize Colette, un café qui met au centre de tout le chocolat mais aussi, les livres, plein de livres. Première constatation : il y a du monde ! Ben oui, il fait moche, gris, un peu froid, forcément, c’est le genre d’endroit qui donne envie de venir s’y réchauffer. Ce qu’il y a de cool chez Huize Colette, c’est qu’on peut choisir le type de chocolat que l’on veut (noir, au lait, blanc, etc.) et vous savez que vous avez un vrai chocolat de compète lorsqu’il arrive bien mousseux ce qui signifie qu’il a été fouetté comme il se droit ! Si vous vous ennuyez, n’hésitez pas à vous emparer d’un des nombreux livres dispersés un peu partout dans le café.

Huize Colette

Belfortstraat 6

9000 Gent

t’Velootje

Mais que voilà un drôle d’endroit… Selon que l’on parle à une personne où l’autre, il s’agit : d’une piège à touristes, d’une arnaque ou d’une expérience ultime à faire à Gand. J’ai d’abords failli ne pas rentrer, tant la devanture ne donne pas trop envie. Comme j’y ai vu d’autres clients, la curiosité a été la plus forte. Et là, on bascule dans un autre monde ! Tout est encombré au possible : des statues religieuses, des vélos, des tableaux, des bibelots divers, des magazines et des journaux, le tout dans une pénombre perpétuelle. J’ai eu peu de peine à trouver une place sur une banquette, entre deux piles de magazines et près du poêle, seule source de chaleur. Le propriétaire, il a la tête du Père Noël et est plutôt bavard. Il vit là seul, dans un invraisemblable bric-à-bric avec son chat. Pas de carte à t’Velootje, tu vas jeter un oeil au frigo et tu choisis la bière. Pas de prix établis (je soupçonne le propriétaire de le faire à la tête du client) mais l’expérience vaut la peine d’être vécue.

T’Velootje

Kalversteeg 2

9000 Gent

De Alchemist `

Un dernier verre avant de rentrer ? En plus, vous êtes fan de gin ? Juste en face du château des Comtes, voilà De Alchemist. A l’intérieur, il fait tout noir, seules quelques lampes et bougies éclairent l’intérieur. Ses chaises et meubles en bois et sa tête de chevreuil empaillé finissent de vous mettre dans une ambiance un peu gothique… mais qui reste chaleureuse, et on valide les choix de gins et de tonics.

De Alchemist

Rekelingestraat 3

9000 Gent

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