Tu le sais, Lectrice, Lecteur, la musique tient une place de choix sur ce blog et l’été étant enfin arrivé, il fallait une playlist, mais pas n’importe laquelle : une playlist 100 % Italie ! A l’heure des vacances, invariablement, l’Italie revient comme une obsession et ce n’est pas étonnant : ce sont nos roadtrips familiaux vers la terre ancestrale depuis la Belgique qui m’ont donné le goût des voyages. Et rien ne me rend plus nostalgique de l’Italie que quand je ne sais pas si j’irai la voir cette année. Qui dit « roadtrips » dit autoradio et j’en ai connue des cassettes de compilations qui ont enchanté nos oreilles dans l’habitacle de nos différents modèles de voiture. Et puis il y a les souvenirs des soirées d’été de mon adolescence, de la radio (dont Radio Rock), passionnément écoutée pendant mon année d’Erasmus à Rome, la redécouverte quand je vivais loin de l’Europe, aux Etats-Unis et avec Spotify qui me suggère toujours plus de contenu, j’entretiens mon goût pour la musique italienne. C’est ainsi que cette playlist est née.

Comment la Playlist est composée

Je l’ai divisé en plusieurs partie selon des thèmes/époques ou genres musicaux (plus ou moins chronologique, finalement). Il y a également quelques petits inserts qui ne cadrent pas avec un style mais avec une époque particulière.

  1. Les vieux machins : Menée par Adriano Celentano et Mina, c’est dans les années 60 que commence mes choix. Du début du rock à l’italienne à la chanson bien orchestrée influencée par le jazz et le Big Band. Et non, tu ne trouveras pas « Volare » 😉 😉 😉
  2. Les « Cantautori » : les auteurs-compositeurs-interprètes ont fait les beaux jours de la fin des années 60 jusqu’aux années 80. Influencés par Bob Dylan, Leonard Cohen, par le mouvement de retour à la folk (dans le sens de la musique traditionnelle), on retrouve dans cette catégorie les plus admirés des artistes de la chanson italienne : Fabrizio De André, Francesco de Gregori, Lucio Dalla… C’est l’époque de la chanson à texte, quelque fois contestataire, souvent poétique et toujours pleine de sens.
  3. La pop et l’italo-disco : sans doute le style qui a une place chère à mon coeur puisque c’est le style de musique de mon enfance et mes premières années d’adolescence (fin des années 70, jusqu’au milieu/fin des années 80). C’est l’époque des chansons joyeuses, dansantes, qui sortaient l’été et qui me faisait me trémousser sur la plage de Vasto Marina ou en colonie de vacances en Belgique. C’est surtout l’italo-disco commerciale (toute une branche de ce style est plutôt underground et aura été un des ingrédient de la House) qui marquera durablement mon esprit. Synthétique, rythmée, influencée par le funk, quelques fois les musiques latino-américaine, elle est le plus souvent chantée en anglais, voire en espagnol !
  4. Le début du rap et la pop-rock alternative des années 90 : C’est la fin des années 90, je suis à Rome et je ne suis pas là pour un petit peu : c’est toute l’année académique que je vais passer dans la Ville Eternelle alors forcément, on commence à prendre des habitudes. Notamment celle d’écouter Radio Rock qui deviendra la remplaçante ma bien aimée Radio 21 (RIP). C’est le point culminant d’un processus qui a commencé à l’adolescence : J’affine mes propres goûts, je découvre ce qu’écoute ceux de mon âge et non plus la musique de mes parents. Et comme je suis curieuse, j’écoute un peu de tout.
  5. Retour vers le futur : Si on regarde la musique italienne contemporaine, qu’est-ce qu’on voit ? Que la chanson à texte se porte bien et que tout ce qui est plus ou moins lié à la musique électronique surfe sur une vague qui ne semble pas retomber depuis les années 2000. Une situation un peu similaire… aux années 80. On en est même au retour de mélodie qui rappellent la cold wave et même de la Dreampop. Une chose a changé : l’explosion du rap. L’italien étant une langue éminemment littéraire et musicale, le hip-hop est un style qui lui va bien. Mais fini le rap gentil de Jovanotti. Comme partout ailleurs où le rap a fleuri, il est devenu plus dur, plus sombre, plus âpre.

Et si je ne devais en retenir que 10 ?

La playlist contient de nombreux morceaux et elle va continuer à grandir encore au fur et à mesure que je découvre de nouveaux artistes ou redécouvre des classiques. C’est la beauté de la musique, ce n’est jamais fini pour autant qu’on soit curieux/se mais si je ne retenais que 10 morceaux qu’il faudrait écouter absolument, voici mon choix.

  1. Il ragazzo della Via Gluck par Adriano Celentano Mon père était fan d’Adriano et il n’est pas étonnant qu’il soit un des premiers artistes italiens dont je me souvienne. C’est le Signore Rock’n roll de la chanson italienne et un homme engagé. Il Ragazzo… est une chanson que je ne peux pas entendre sans avoir la larme à l’oeil et si te semble familière, Lectrice, Lecteur, c’est parce que Françoise Hardy en a chanté la traduction et le propos en italien est quasi le même, celui de l’exil et de la ville qui cannibalise la campagne.
  2. Città vuota par MinaLa grande dame de la chanson italienne d’après-guerre. Avec ses chevaux blonds (qu’elle portât sur la fin de sa carrière artistique), son caractère indépendant et son élégance, on aurait pu la confondre avec Dalida (elle ont d’ailleurs toutes les deux chanté « Parole, Parole ») mais Mina a eu une vie plus heureuse. Città vuota est de la classe pure, depuis les premiers glissements de violons. Tout d’un coup, vous voilà transporté.e.s dans un Rome des années 60, à élégamment déambuler dans une ville qui nous semble vide de tout, puisque aimé n’y est pas.
  3. Don Raffaè par Fabrizio De AndréLà, touche à un monument du « cantautore ». « Faber » est toujours considéré comme étant le plus grand d’entre tous, à tel point que ses textes sont appris à l’école. Nourri par les exemples de Bob Dylan et Leonard Cohen (dont le sens du mystère dans les textes), c’est une chanson on ne peut plus réaliste, et en napolitain, que j’ai choisie. Le narrateur est un gardien de prison qui a sous sa charge un prisonnier d’importance : Don Raffaè, un boss de la Camorra. Bien vite, le gardien se prend d’amitié et sert le « don » qui semble avoir encore l’influence à l’extérieur. Tout ça autour d’une bonne tasse de café.
  4. Self Control par RafCe n’est pas la plus emblématique du genre mais sortie en pleine vague italo-disco (période que Raf a survécu, contrairement à d’autres) tu connais sans doute cette chanson Lectrice, Lecteur, peut-être pas spécialement sous cette version. Celle que tu as probablement entendue était chantée par Laura Brannigan dans un arrangement plus punchy. L’originale et la reprise sont sorties la même année mais fut un tel tube que la version originale fut ignorée… sauf en Italie et en Suisse. Rendons donc à Raf ce qui est à Raf !
  5. Penso positivo par Jovanotti1994, un B-Boy venu de Rome sort son chef d’oeuvre : Lorenzo 1994 et son premier extrait, Penso Positivo, est un pur exemple du hip-hop de l’époque : solaire, funky, pêchu, optimiste… pas trop étonnant pour un fiston de garde suisse du Vatican ! Ce n’est pas son coup d’essai, Jovanotti fait du rap depuis… 1988 (ses premiers albums font beaucoup penser aux Beastie Boys, d’ailleurs). Si ce n’est pas le premier a faire du rap en Italie (il parait que le titre revient à… Adriano Celentano), Jovanotti a creusé le sillon pour les autres.
  6. Una vita da mediano par LigabueLuciano Ligabue, c’est le rocker italien dans toute sa splendeur : regard de braise, visage marqué, cuir sur le dos, voix rauque à souhait… Certes, il n’a pas le statut d’un Vasco Rossi (qui est aussi présent dans la playlist) mais j’ai une grande tendresse pour cette chanson qui utilise l’allégorie footballistique. Le « mediano » en question, c’est le milieu de terrain, celui qui travaille comme un dingue dans l’ombre sans jamais récolter la gloire. Une ode à tous les « mediani » de la Terre.
  7. Fabbricante de canzoni par Simone CristicchiQuand on voir Simone Cristicchi, on imagine plus un personnage de « The Big Bang Theory » qu’un cantautore et pourtant, en un seul album, celui d’où est tiré ce titre, il a réussi à marquer la scène de la chanson à texte. Et quels textes ! Sur des rythmes souvent déjantés, Simone raconte des petites saynètes de vie, des clichés d’une Italie d’aujourd’hui. Dans ce cas-ci, un « fabricant de chansons » qui crée de façon industrielle des chansons qui plaisent au plus grand nombre et arrive même à modeler les goût musicaux des gens.
  8. Quando ho incontrato te par CosmoSorti d’un album concept moitié-chansons, moitié-instrumental, ce morceau est un de mes coups de coeur de l’année dernière. C’est la pop, mais de la pop electro aux forts accents underground. Ses morceaux instrumentaux en témoignent, ils ne sont pas « faciles d’accès » et pourtant, il connait un succès autant radiophonique, populaire que critique. Ce morceau m’a bien accompagné sur les routes du pays !
  9. Pulviscoli par ColombreTu sais que tu as affaire à un prof de lettres quand tu réalises que son nom de scène a été emprunté à l’écrivain Dino Buzzati, connu pour ses romans et nouvelles surréalistes et fantastiques (pour ceux qui l’ont lu, « Colombre », c’est « Le K » que j’ai lu il y a fort longtemps). Colombre a commis un seul album en 2017 mais quel album ! Une sorte d’OVNI dreampop dans le paysage musical italien. Une pop éthérée, mélancolique et qui vous donne des frissons même si on l’écoute sous le plus ardent des soleils.
  10. Djoje Facce par Nu GuineaDe l’électro chanté en napolitain ? Pas de problème ! Et je n’ai rien d’autre à rajouter l)-dessus, le concept parle de lui-même. Le contraste entre la mélodie classieuse et minimaliste et le savoureux dialecte de la ville du Vésuve est juste croustillant !

Voilà, j’espère que tu apprécieras cette sélection et que si tu vas en Italie, elle t’accompagnera, Lectrice, Lecteur ! Comme je me mentionnais plus tôt, elle a vocation a grandir (beaucoup), au fur et à mesure de mes envies et des suggestions de Spotify… ainsi que les tiennes : si tu as des suggestions, s’il te plaît n’hésite pas !

Ci vediamo presto !

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