Le croiriez-vous ? Malgré mon Erasmus et mes divers séjours à Rome, jamais je n’avais visité les Musées du Vatican ! Le fait d’être chroniquement fauchée du temps de mes études et mes activités d’étudiante m’en ont empêché, aussi, lorsque j’ai décidé sur un coup de tête de partit à Rome, je me suis dit que puisque les musées étaient rouverts et les touristes, encore pas trop nombreux, c’était l’occasion idéale de réparer cette erreur !

L’entrée aux Musées

D’abord, une des choses les plus importantes à faire, Covid ou pas, c’est de réserver votre billet à l’avance afin d’éviter de mauvaises surprises (la réservation est de toute façon pour le moment obligatoire).

L’entrée aux Musées est complètement indépendante de celle de Saint-Pierre. Si vous y venez en transport en commun, l’arrêt de métro « Ottaviano », sur la ligne A, sera la plus proche.

Lorsque je sors de la station de métro, c’est une énorme muraille de pierre qui se dresse de l’autre côté du boulevard, celle qui encercle cette partie du Vatican. De quoi me rappeler que nous longeons une nation indépendante. Une fois passée les formalités d’entrée et du détecteur de métaux, me voilà en route pour un monde de découverte et de beauté. Temps d’attente : 5 minutes mais les barrières qui séparent la file des visiteurs des autres passants court tout le long de la muraille jusqu’à la grande Via Leone IV. 

Comme le nom l’indique, il ne s’agit pas d’un seul musée mais du plusieurs en un, avec des collections thématiques (statues antiques, collection égyptienne, musée étrusque, pinacothèque, etc.) qui ont élus domicile dans les appartements papaux. Parcourir tous les musées vous prendra toute une journée donc, allez-y doucement si vous souhaitez tout voir. Deux circuits sont proposés, (un via les Chambres de Raphaël, l’autre via la Pinacothèque, tous les deux se terminent par la Chapelle Sixtine). A vous aussi de voir si vous voulez prendre un audioguide ou pas. 

A travers les galeries et musées

Avant de se plonger dans les collections, profitez de la vue sur le Dôme de Saint-Pierre depuis la terrasse de l’entrée. C’est que les Papes successifs ne devaient pas s’ennuyer dans un cadre pareil : Palazzi, jardins luxuriants… D’ailleurs, c’est par un jardin que commence véritablement la visite : la « Corte della Pigna » qui doit son nom à la sculpture d’une pomme de pin géante installée dans une niche. De là, on entre dans la première galerie : le Musée Chiaramonti où se trouve des centaines de statues de l’ère romaine. Cette collection est le fruit du rapatriement des œuvres emmenées en France par Napoléon et à une longue recherche chez les antiquaires romains pour y dénicher des trésors.  Amis cinéphiles, ne loupez pas le buste de Commodus, oui, oui, l’empereur de Gladiator, qui fut immortalisé dans sa jeunesse. 

Et à partir de là, les galeries et collections s’alignent, quelques fois bien cachées ! C’est en voyant des gens sortir par une petite porte que je découvre l’accès aux collections antiques non romaines ou grecques. Tout à coup, me voilà devant un bas-relief assyrien, plus loin, des grandes statues égyptiennes qui représentent très souvent Sekhmet, la déesse à tête de chat. D’ailleurs, un peu plus loin dans le Musée géorgien égyptien, une section est dédiée uniquement au culte du roi des Internets : le chat. Les anciens Egyptiens avaient déjà tout compris ! 

Dans une autre galeries, ce sont des rangées d’immenses tapisseries qui sont suspendues et tout le côtés gauche viennent… de Bruxelles, réalisées sur des cartons faits par Raphaël.

Une de mes galeries préférées, c’est la Galerie des Cartes géographiques qui aligne 120 mètres de fresques de cartes couvrant l’Italie contemporaine (mais aussi des territoires proches comme Malte ou la Corse) comme elle l’était vers la fin du XVIème siècle (les fresques furent terminées en 1585). Elles sont l’oeuvre de deux frères : Antonio Danti, le peintre et Ignazio Danti, qui était à la fois moine et géographe. Et, oh surprise, sur la carte des Abruzzes, je vais tomber mon village d’origine en Italie mais écrit quasi comme on prononce son nom en dialecte et avec un tilde espagnol sur son “a” (à l’époque, les Abruzzes faisaient partie du Royaume de Naples où régnait une famille espagnole, les Aragon).

Au fur et à mesure que je déambule, mes pas foulant du marbre précieux ou des mosaïques antiques, la bouche presque tout le temps semi-ouverte (du coup, vive le masque obligatoire) et la tête qui se tourne dans tous le sens, je me prends à rêver. Les touristes et leurs murmures s’effacent. A la place, je vois des figures en soutanes qui semblent glisser sur le sol, croisant des gardes immobiles. En arrivant dans la cour octogonale, cachés par un oranger, deux cardinaux discutent. Conspirent-ils ? Peut-être bien ! Le Vatican a beau être le lieu du Saint-Siège, on sait bien qu’il s’y passait des choses pas très catholiques.

Le groupe de Laocoon

Je suis tirée de ma rêverie lorsque dans la cour, je tombe sur une sculpture que je connais : Laocoon et ses enfants.

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L'histoire de Laocoon
L’histoire du prêtre Laocoon a deux versions mais qui se terminent toutes les deux la tragédie. Dans une des versions, Laocoon est un prêtre d’Apollon. Devant normalement rester chaste, il prend femme et ils ont ensemble deux fils. Pour le punir, Apollon envoie deux serpents pour le tuer ainsi que ses fils.

Dans une version plus tardive, Laocoon est un prêtre troyen qui se méfie du cheval en bois laissé par les Grecs devant les portes de la ville. Afin de montrer qu’il s’agit d’un piège, il envoie une lance contre son flanc et le bruit sonne creux, ce que les gens ne remarquent pas mais Athéna (ou Poséidon, dieu de la mer mais aussi des chevaux), qui avait pris parti pour les Grecs dans leur guerre contre Troie), pour le punir, ouvre le sol et surgissent des serpents qui se jettent sur le prêtre et ses deux fils et les étranglent. Convaincus que cette punition est un signe, les Troyens amèneront le cheval à l’intérieur de la ville, scellant leur destin.

Un soir de 1506, un messager du pape Jules II arrive chez Giuliano da Sangallo, alors architecte pontifical. Il se trouve que Michel-Ange y est aussi. L’affaire est urgente : alors que l’on faisait des fouilles dans les ruines du palais de l’empereur Titus, il semble que l’on soit tombé sur une énorme statue. Pouvaient-ils venir pour en surveiller l’extraction ? La statue est endommagée et en plusieurs morceaux. Elle sera réassemblée et restaurée mais Michel-Ange aura un véritable choc esthétique en la voyant. Le chef-d’œuvre dont parlait Pline l’Ancien était devant ses yeux !

Il ne s’agit pas de la sculpture originale, mais plutôt d’une copie romaine qui date d’entre le 1er siècle avant JC et le 1er siècle après. Les sujets sont grandeur nature, voire un peu plus grand pour Laocoon et quand on regarde l’ensemble, on a l’impression d’être devant un tourbillon avec les serpents et le corps contorsionné du prêtre qui essaie d’échapper à leur étreinte. Son visage est défiguré par la douleur, les muscles, serrés par ceux du serpent, sont bandés au possible. Même une veine en bas de son abdomen pulse. Ces corps d’hommes puissants, on les retrouvera chez Michel-Ange, dans son Moïse que j’avais vu à San Pietro in Vincoli, dans le quartier de Monti ou l’Esclave rebelle qu’on peut voir au Louvre. Ça me fait tout bizarre de voir ce groupe que j’ai vu tant de fois dans des livres et dont mon prof d’histoire de l’art parlait avec tant de ferveur que je m’en souviens encore !

Le Chambres de Raphaël

Et dire que je ne suis même pas au « stanze » de Raphaël ! Mais elles arrivent, ces fameuses « Stanze », ces quatre chambres étaient les appartements du Pape Jules II. Toutes, sauf la Salle de Constantin, furent exécutées par le jeune prodige (cette salle fut décorée par les élèves de Raphaël, selon les dessins de leur maître qui venait de décéder). Toutes sont peintes de fresques du sol au plafond et comme elles ont été restaurées il y a peu temps, les couleurs sont presque comme au premier jour ! Quant au sol, il est richement décoré de marbre précieux. Les sujets alternent entre scènes de la Bible, de l’histoire ou de l’histoire religieuse, d’allégories représentant les vertus et triomphes de la religion…

Mais l’œuvre qui attire le plus d’attention se trouve dans la « Salle de la signature », la première que Raphaël ait réalisée. Il s’agit de « L’Ecole d’Athènes » où Raphaël représente un cénacle de philosophes et scientifiques grecs anciens… mais quelques fois sous les traits de ses contemporains par exemple, Platon, au centre de la fresque avec tunique mauve et toge rouge qui apparaît sous les traits de Léonard de Vinci, Euclide sous les traits de Bramante ou encore à l’écart des autres, assis sur les marches à l’avant-plans, Héraclite « interprété » par l’ombrageux Michel-Ange (qui avait, parait-il, pas très bon caractère). Raphaël lui-même se représentera, de manière discrète. C’est le jeune homme au béret noir à droite, qui semble nous regarder.

Mais il n’y a pas que de la Renaissance ou du Baroque dans les Musées du Vatican ! Par exemple, dans les appartements Borgia, sont exposés des œuvres d’art contemporain et même toute une section est dédiée spécialement au contemporain avec de grands noms comme Matisse, Chagall, Picasso et même Dali !

La Chapelle Sixtine

Enfin, après 2h30 de parcours (on sait mettre le meilleur pour la fin), voilà le clou du spectacle : la Chapelle Sixtine. Ici, on laisse tomber les appareils-photos et les smartphones, ils sont interdits de toute façon, et on admire. 

J’avoue que j’ai quand même un petit frisson en passant le pas de la porte de la Chapelle (avant d’avoir, fourbement, pris une photo avant de rentrer). Et là, c’est un peu l’overdose au premier regard. Tous les recoins de la chapelle sont peints, il y a tellement de chose que le regard n’arrive pas à s’arrêter sur quelque chose, c’est assez déroutant. D’autant plus que la chapelle est plongée dans une lumière tamisée (pour préserver les fresques).

Mon premier réflexe est de prendre un peu de recul et de faire face à la pièce maîtresse : le Jugement Dernier de Michel-Ange.   Cette immense fresque représente un Jésus glabre (plutôt rare) et musclé alors qu’il prononce la fin de l’Histoire. A côté de lui, Marie baisse la tête et semble dire « Ainsi soit-il ! ». Autour de lui, des saints et martyrs sont rassemblés. En bas du tableau, des morts sortent de leurs tombes et sont emportés comme dans un tourbillon pour être jugés. Certains restent dans les cieux, d’autres sont déjà aux portes de l’Enfer. Enfin, certains sont disputés entre anges et démons. Ce tourbillon de corps nus donne un grand mouvement assez théâtral mais aussi toute sa force. Par contre, tous ces corps dénudés ne plurent pas à tout le monde au Vatican. La polémique fut grande mais personne n’osât agir tant que le Maître était encore en vie. Un an après la mort de Michel-Ange, on charge son ami, Daniele da Volterra, de « couvrir » ces corps qui « offensaient la pudeur ». Le pauvre da Volterra y gagnera le nom d’ « il braghettone », le culottier. Heureusement pour nous, les restaurations successives ont fait que ces « culottes » ont maintenant disparu.

L’autre pièce-maîtresse de la Chapelle Sixtine, c’est sa voûte, elle aussi peinte par Michel-Ange Au-dessus de nos têtes, ce sont des pans entiers de la Bible qui se déroulent. Tout d’abord, l’histoire centrale qui représente des brides de la Genèse et particulièrement, la création du monde, d’Adam, jusqu’au Péché originel et ses conséquences. Le cou retourné à 90 degrés, j’essaie de regarder attentivement ce fameux geste de Dieu qui a le doigt tendu vers celui d’Adam, juste après qu’il lui ait donné le souffle de vie. Dieu est représenté comme un vieil homme musclé qui a à la fois l’air sage et terrifiant. Adam est un bel éphèbe dont le visage trahit l’innocence du début du monde.  Ce beau visage sera bien vite tourmenté devant l’ange qui le chasse, ainsi que Eve, du Paradis.

Autour de ce récit originel, on trouve une alternance de prophètes et de sibylles, une drôle combinaison entre des figures bibliques et antiques (si l’Ancien testament parle souvent de femmes, il n’y a pas de « femmes prophètes »).  Je scanne le plafond, avec tout ce qui se passe, difficile de vraiment s’arrêter sur un panneau mais on ne peut pas s’empêcher de s’attarder sur la figure de la Sybille de Delphes. Assise, elle a encore en main les rouleaux où elle a probablement écrit ses divinations et quelque chose semble avoir retenu son attention, en dehors de notre champ de vision. Son regard est tourné vers l’extérieur. Ses grands yeux sont étonnés et la bouche légèrement entrouverte exprime la surprise. Sous un fichu, on voit des cheveux blond vénitien qui s’échappent. Un vrai modèle de la beauté de l’époque !

Sur les parois, ce sont d’autres peintres qui ont officié parmi eux, le Pérugin et Botticelli. Sur une des parois où des peintres divers ont représentés différentes phases de la vie de Moïse, un tableau présente plusieurs « épisodes de la vie de Moïse ». Je n’ai qu’à jeter un œil sur les figures mélancoliques qui le peuplent pour deviner que Botticelli en est l’auteur.

Après être restée un long moment dans la Chapelle, mon cerveau sature (et mon cou a un torticolis), je prends donc la direction de la sortie. Le parcours me ramène sur la Terrasse initiale et me voilà face à un dilemme : vais-je parcourir le 2ème circuit ? Il est déjà 13h, j’ai faim, la chaleur et le trop plein d’informations m’a un peu ramolli le cerveau et je me dis que ce n’est pas la dernière fois que je visiterai le Vatican ! La Pinacothèque, ce sera pour une fois.

Musées du Vatican

Viale Vaticano, Rome

Ligne de Métro A, arrêt « Ottaviano »

Prix et tickets des Musées du Vatican  : https://tickets.museivaticani.va/home

Bonci Pizzarium, la meilleure pizza de Rome ?

Certes, j’aurai pu manger un morceau dans le café des Musées (avec une jolie vue sur les jardins, en plus) mais à 10 minutes de marche, se trouve une institution romaine : le Bonci Pizzarium.

Gabriele Bonci a redonné à la « pizza al taglio » ses lettres de noblesse. La pizza al taglio, c’est un classique romain et ma pizza préférée avec une pâte assez épaisse cuite sur des grandes plaques rectangulaires et taillée en morceaux vendus au poids, qu’on peut emporter et déguster sur le pouce. Ce qui fait l’attrait, pour moi, de cette pizza, c’est la croustillant de la croûte et dans le cas de celle de Gabriele Bonci, ce n’est pas négligeable de signaler qu’il est d’abord… boulanger.  Son amour de la panification va l’emmener vers la pizza et ce qu’il y a de particulièrement cool avec la pizza, c’est qu’avec des bons produits, de la créativité et du savoir-faire dans la préparation de la pâte, ça peut devenir un chef d’œuvre ! Et comme la pizza al taglio, c’est à la base de la « streetfood », le Bonci Pizzarium n’est pas un restaurant mais un stand façon vente à emporter.

Le plus difficile, outre le fait de trouver une petite place sur les quelques tables disponibles, c’est de choisir parce qu’en plus d’une pâte de qualité, les ingrédients pour la garniture sont aussi triés sur le volet. Mozzarella di buffala, stracciatella, truffe, tomates, salciccia, prosciutto, courgettes… Histoire d’avoir une idée de la palette des goûts, j’opte pour un morceau de « pizza rossa » (à base de tomates), une marinara piquante, et un morceau de « pizza bianca » (sans tomate), une pomme de terre/saucisse. 

Rien qu’à regarder les tranches quand je reçois ma commande, je sais que je vais me régaler. La pâte à l’air alvéolée à souhait et la couleur de la croûte promet d’être craquante. Quand je plonge mes dents dedans, je ne suis pas déçue. C’est l’extase sur mes papilles. Moi qui suis une fan de la pâte à pizza et à pain en général, je vois des étoiles tellement c’est bon (la dernière fois que j’ai eu cette extase, c’était avec une foccacia à Matera).  Bref, vous l’aurez compris, une adresse HAUTEMENT recommandable !

Bonci Pizzarium

Via della Meloria, 43, 00136 Roma RM, Italie

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