On connaît tous les grandes villes d’art flamandes : Anvers, Bruges, Gand… mais dans cette période particulière que nous connaissons et qui pousse aux découvertes locales, c’était l’occasion d’aller faire un peu de tourisme à Lier (ou Lierre, en français). Cette petite perle de la Province d’Anvers fut mon coup de cœur de l’été !

Ma première rencontre avec Lierre a eu lieu dans un livre. A la fin de mes études primaires, comme j’étais la deuxième de la classe, j’eu droit à un petit cadeau : un atlas illustré de la Belgique. De quoi nourrir ma passion déjà existante pour la géographie. Dans la section dédiée à la Province d’Anvers, on mentionnait Lierre, plus spécifiquement, son horloge astronomique. A l’époque, je n’avais qu’une idée, devenir astronome ! Tu penses bien, Lectrice, Lecteur, que cela a retenu toute mon attention. Je me souviens encore du dessin représentant l’horloge.

C’est donc en train, et avec un changement à Anvers-Berchem, que je me rends dans « la ville du mouton ». C’est une des premières choses que l’on remarque quand on débarque à Lier, c‘est l’emblème de la ville, c’est une tête de mouton sur fond azur. « Schapenkoppen » (« têtes de moutons ») est d’ailleurs le surnom qu’on donne aux Lierrois et la raison est plutôt comique. Lorsque le Duc de Brabant voulut récompenser les bourgeois de Lierre de leur fidélité, il leur proposa un choix : leur octroyer la création d’une université ou le monopole d’un marché au bestiaux. Les Lierrois choisiront le marché et il restera une de leur source de richesse avec l’industrie du drap. Lierre était donc une ville prospère !

La deuxième chose que l’on remarque en sortant de la gare, c’est la présence de l’eau. La ville est littéralement entourée par la Grande-Nèthe et la Petite-Nèthe, les deux rivières qui s’y rejoignent ici. Comme j’ai un gros faible pour les villes où il y a de l’eau, je pars sur un a priori plus que positif.

Le temps de remonter l’artère commerçante principale de la ville (et qui n’a pas vraiment d’intérêt selon moi) et nous voilà sur la Grote Markt, la Grand Place de Lierre.

Une Grote Markt éclectique

Contrairement à la majorité des places européennes qui sont rectangulaires, la Grote Markt de Lierre est de forme triangulaire. Cela trahit l’âge plutôt ancien de la place et lui donne une apparence inhabituelle. En plus, pour une ville de cette taille, la place est vraiment spacieuse et bordée de jolies demeures. A la voir comme ça, on ne dirait pas que la place ait autant souffert. Les bombardements allemands de la Première Guerre Mondiale vont la ravager et ne laisser qu’un quart des bâtiments debout. Certaines maisons de guildes seront reconstruites à l’identique, dans les styles du XVIIe et XVIIIe siècle, d’autres pas.

Le petit bijou de la Grote Markt, c’est son beffroi. Petit et étroit comparé avec ses semblables belges, il est néanmoins élégant et collé à l’hôtel de ville sans y être attaché. L’Hôtel de ville e d’ailleurs une particularité : c’est l’un des rares à être construit en style rococo flamand. A l’origine, c’était l’ancienne Halle aux draps, LE commerce qui a fait de Lier ce qu’elle est. Les autorités de la ville y étaient logées avant que la Halle ne déménage et ne laisse le bâtiment entier aux autorités communales. D’ailleurs, vous pourrez jeter un petit coup d’œil à l’intérieur puisque c’est au rez-de-chaussée qu’on trouve l’Office du tourisme de Lier !

A côté de la « Vleeshuis », l’autre bâtiment remarquable de la Grote Markt, c’est la Chapelle Saint-Jacques. Dédiée à Saint-Jacques le Majeur, elle était l’église de la garnison espagnole pendant la période des Pays-Bas espagnols. Elle porte encore le surnom de « chapelle espagnole ». Pas étonnant donc qu’elle soit sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle !

Lierre, une ville au bord des eaux

Autour de la Grand-Place, les rues se font petites et médiévales. On se promène en levant le nez, prêt.e.s à décocher son appareil-photo à chaque instant. C’est un régal pour les yeux. Au fur et à mesure de ma promenade, j’atterris sur les rives de la Nèthe intérieure, la petite rivière qui traverse Lier en plein milieu. Sur sa rive ouest, c’est le Lier ancien, côté est, c’est un Lier plus nouveau. Les rives ont été joliment aménagée et semble être un lieu de rencontre pour les Lierrois. Hors COVID, j’imagine que les bords de l’eau doivent être bondés mais en cette trêve estivale, c’est plutôt calme. Ce calme et le côté zen de la ville est d’ailleurs une chose qui me frappe énormément ici. Est-ce parce que Lier est petite ? Elle a pourtant tout d’une grande. Est-ce l’omniprésence de l’eau ? En tout cas, je me sens bien dans cette ville !

Ambiance médiévale

En continuant de marcher le long du quai, j’arrive à la hauteur de « De Fortuin », une des plus belles constructions anciennes de Lier. On ne peut pas la louper, cette imposante maison blanche aux multiples petits volets peints en vert et rouge prend de la place dans le paysage des bords de Nèthe. C’est de l’autre côté de la rivière que l’on a une meilleure vue de ce qui était à l’origine, un entrepôt à grain. De Fortuin a connu pas mal de vies… elle fut entre autre un hangar à charbon, une ébénisterie et même… une usine à limonades ! Peut-être un lien avec la girouette en forme de déesse de la Fortune semble présider sur le destin de cette maison ? Sa chance semble varier avec le vent.

Passez à l’arrière de De Fortuin, et vous tomberez sur un plan légèrement incliné et qui mène à la rivière, c’est le Paardendrink, littéralement l’abreuvoir aux chevaux. Ici, on y menait le bétail, pas uniquement les chevaux, pour se désaltérer et pour les laver. Un lieu important, vu son fameux marché.

La Tour Zimmer et l’horloge merveilleuse

A deux pas de là, je la vois enfin. Elle se dévoile au détour d’une rue et elle en impose devant une longue place qui semble avoir été créé pour la mettre en valeur : la Tour Zimmer et sa fameuse horloge.

Cette immense horloge est l’œuvre de Louis Zimmer. Lierrois, fils d’horloger, lui-même horloger et passionné d’astronomie, il va passer 5 ans à la construire. Elle ne donne pas moins de 13 indications liées au temps et à l’espace. On y trouve évidement l’heure et la date mais aussi les phases de la lune, le zodiaque, les marées de la Nèthe, le globe terrestre, l’équation du temps… Cette « horloge merveilleuse » sera offert par son concepteur à l’occasion des 100 ans de la Belgique d’où son nom « d’horloge du jubilé ». Pour la mettre en valeur, la ville décide alors de restaurer une ancienne tour médiévale, rescapée de la destruction du mur d’enceinte : la Tour Cornelius.

Impressionné par l’œuvre de Louis Zimmer, le roi Albert 1er lui commande une horloge astronomique pour l’exposition universelle de 1935. Cette horloge voyagera par la suite jusqu’à New York et même Albert Einstein remarquera la finesse de sa fabrication. En 1960, on construira un pavillon à côté de la Tour Zimmer pour l’héberger et ensemble avec le studio astronomique, ils forment le Musée Zimmer, que je n’ai pas eu le temps de visiter.

Après avoir passé pas mal de temps à admirer l’horloge, je me décide à remonter la Zimmerplein, cette longue place qui est juste devant la tour. Des deux côtés, on y trouve des bars et restaurants avec, si on arrive à dégoter une place stratégique, la vue est imprenable !

Prison et Maison-Dieu

Au bout de la place, on tombe sur un autre vestige du mur d’enceinte : la Gevangenpoort, la « Porte des prisonniers » et pour cause, cette porte d’entrée de la ville fut, du XVIème siècle jusqu’en 1930, une prison !!! Si son arc de style gothique est d’origine, le reste a été réaménagé de style classique mais j’ai vraiment du mal à imaginer qu’on ait pu y détenir des prisonniers jusqu’au XXème siècle. Maintenant, sa fonction est beaucoup plus pacifique puisqu’une portion de la porte est occupée par un hôtel de luxe qui s’étend à une ancienne maison de repos qui est collée à la porte.

En passant sous l’arche, je quitte donc symboliquement la ville en direction du Béguinage mais avant d’y arriver, une porte semi-ouverte attire ma curiosité. Au bout d’une allée, on y voit un grand jardin et le rouge brique de maisons sagement rangées. Vais-je y aller ? Mais oui ! Renseignements vite pris (merci la 4G), il s’agit de l’ancien hôtel-Dieu Sint-Anna et Sint-Joachim, transformé en maisons individuelles louées à des personnes âgées. Du moment que l’on est calmes et respectueux, on peut venir l’admirer. De toute façon, le lieu est si calme qu’on n’a pas envie de dire un mot plus haut que l’autre. A voir ces petites maisons collées les unes aux autres autour d’un espace vert, cela fait plus penser à un concept de co-living qu’autre chose. C’est ici aussi que l’on trouve le Musée de dentelle de Lierre mais la visite, ce sera pour une autre fois car un peu plus loin dans la rue, il y a du lourd qui m’attend !

La beauté du Béguinage de Lierre

Les Béguines étaient une force spirituelle, politique et économique qu’on ne pouvait ignorer. Ces femmes qui vivaient religieusement mais sans formuler de vœux perpétuels vivaient en tout autonomie et étaient de véritables « femmes d’affaire », menant leur barque pour subvenir à leurs besoins. Partout en Belgique, les villes d’une certaine importance avaient leur Béguinage : Liège, Malines, Tournai, Bruges, Louvain, Bruxelles… et Lierre, donc ! Et de tous les béguinages que j’ai pu voir jusqu’à présent, c’est celui qui me parait le plus authentique. Peut-être parce que les autres béguinages ont tous été rénovés et transformés mais ici à Lierre, il semble qu’on y a à peine touché. En tout cas, c’est la première impression qui vient lorsque je franchis la porte principale qui sépare le Béguinage du reste de la ville. A l’époque de sa construction, il était carrément « hors-les-murs ». Véritable « seconde ville », le béguinage de Lierre était un des plus populaires de Flandre, introduisant jusque 150 béguines par an. Et plus que de le raconter, le Béguinage, il faut y flâner dans tous ses coins, entendre son calme, admirer ses maisonnettes et leurs petits jardins, son calvaire, son ancien hôpital, se prendre à rêver d’accepter une proposition de la ville pour rénover un de ces morceaux d’histoire et d’y habiter.

Unique déception, celle de ne pas pouvoir visiter l’église Sainte-Marguerite, un bel édifice baroque qui servait d’église paroissiale aux Béguines. Pour sortir de là, vous avez le choix… une des portes vous transporte sur les bords de la Nèthe. C’est d’ailleurs un contraste énorme entre un habitat tout serré et tout en minéralité et les berges de la rivière plantées d’arbres. Une belle promenade à faire !

De mon côté, je suis rentrée à nouveau pour explorer d’autres parties des lieux, avant de trouver une porte dérobée et de me retrouver sur « Grachtkant », « Le côté du canal ». Ici aussi, je retrouve les berges avec des petites plateformes pour se poser et profiter du soleil. Après le Béguinage, c’est l’endroit le plus enchanteur de Lierre. Les eaux vertes de la Nèthe coulent doucement, le soleil brille, des barques glissent, une petite famille s’installe pour casser la croûte et prendre un selfie… Tout à coup, un air d’insouciance qu’il me semblait avoir oublié revient. J’ai bien envie de me retrouver aussi sur l’eau mais l’heure tourne et je n’ai pas fini de faire le tour de Lierre.

L’instant Street-art

Histoire de mélanger l’utile à l’agréable, j’ai combiné quelques essentiels de Lierre avec son parcours street art. Comme pas mal de villes, Lierre a fait appel à des artistes de rue pour égayer ses murs et faire visiter la ville différemment avec le projet Lier UP. On retrouve principalement des œuvres de Joachim, un graffeur local et instigateur du projet, seul ou en collaboration avec d’autres artistes. La plupart des œuvres sont très colorées et dans un style un peu naïf. On reconnaît bien le style de Joachim avec ses figures marquées de grands traits noirs. Parmi les plus belles peintures murales, il y le renard de DZIA qui orne un mur de la maison des jeunes et une fresque de Joachim et K-Shit qui représente deux hommes se disputant les faveurs d’une même femme.

Côté religieux

Petit à petit, j’arrive sur la dernière pièce de résistance de ma visite : la chapelle Saint-Pierre et la collégiale Saint-Gommaire, toutes les deux liées au culte du saint-patron de la ville.

La Chapelle Saint-Pierre et probablement le plus vieil édifice de Lierre. Un coup d’œil suffit à s’en rendre compte. Avec son aspect massif et simple, elle trahit son origine ancienne, même si la chapelle a beaucoup souffert au fil des siècle, notamment pendant la 1ère Guerre Mondiale. Néanmoins, son intérieur est vraiment agréable et son plafond peint laisse songeur. C’est ici que se trouve le caveau de Saint-Gommaire, fondateur de Lierre. C’est autour de son culte que s’est développé un village qui allait devenir ville.

Juste à côté de cette modeste église, c’est la Collégiale qui lui est dédiée. Ici aussi, un coup d’œil suffit à détecter le style de la collégiale : arcs en ogive, murs hauts et aspect massif : c’est du gothique brabançon ! Néanmoins, il ne faudra pas moins de 400 ans avant que l’édifice ne soit complètement achevé, on retrouve donc plusieurs influences et plusieurs mouvements artistiques et architecturaux. On peut notamment le voir quand on observe la tour de la collégiale que les Lierrois ont surnommé « la poivrière » (une fois que vous le savez, plus moyen de voir autre-chose ». Le bas est gothique, le deuxième tiers est baroque et le sommet est rococo. On peut y monter et admirer son carillon et le panorama sur la ville mais malheureusement pour moi, la Collégiale n’était pas accessible car une messe spéciale s’y préparait. Le curé et le sacristain m’ont bien gentiment laissé jeter un coup d’œil depuis l’entrée. Une visite complète qui s’ajoutera donc à la liste de choses à faire pour une seconde visite de Lierre. 😉

Ma visite s’achèvera sur un rapide passage devant l’horloge de la Célébration (l’ancien cadran de Saint-Gommaire qui est encastré dans un mur et qui n’indique pas l’heure mais bien les jours de fêtes et la Hof van Denemarken (qui rappelle que Christian II, roi du Danemark, vécut à Lierre en exil pendant plusieurs années), me voilà de retour sur la Grand-Place, bien fatiguée et prête à m’asseoir en terrasse pour déguster une bonne petite blonde locale.

Lierre a beau ne pas être grande, il y a encore énormément de choses que je n’ai pas vues ou faites… comme faire le tour complet des deux Nèthes, visiter un ou deux musées, enfourchez un vélo et rouler sur les nombreuses véloroutes et points-noeuds. mais cette ville si jolie et à l’ambiance si zen fut mon coup de cœur belge de l’été et j’ai hâte que les restrictions soient enfin levées pour pouvoir y revenir et en profiter à fond !

Pour plus d’informations, je vous invite à vous rendre sur le site de l’office du tourisme, Visit Lier.

Où manger ouoire bn verre à Lierre ?

Il Cardinale

A l’heure du dîner, j’étais justement à Zimmerplein, la Grand place qui s’étend devant la Tour Zimmer et là, les restaurants et bars, ce n’est pas ça qui manque mais lequel choisir ? Mes yeux ont été attiré sur celui qui avait l’air le plus contemporain : Il Cardinale. Cuisine italienne ? Non, non, je découvre que c’est un bar-restaurant à burgers ! J’hésite un instant. Vraiment ? Un burger ? Puis je pense que le temps m’est compté et que je serai sans doute servie rapidement. Je m’assois donc en terrasse, en pleine vue de la Tour Zimmer. Chouette ! Très vite, on vient prendre ma commande et j’opte pour un burger de bœuf servi avec des légumes sautés et un pesto d’épinard. Et je ne me suis pas trompée. Même si ça ne va pas à la vitesse du fast-food (encore heureux), le burger arrive rapidement. Verdict ? Une viande savoureuse (la viande est de qualité et de belles tailles), des bons petits légumes et l’impression de ne pas manger gras. Par curiosité, je suis allée voir l’intérieur et le restaurant est vaste et plutôt stylé. Une bonne adresse pour bien manger sans chichi.

Il Cardinale

Zimmerplein 7

2500 Lier

Belgique

Coffiebranderij Van Ouytsel

C’est l’heure de goûter et c’est le moment de goûter deux spécialités de Lierre au même endroit ! La maison Van Ouytsel est un établissement de torréfaction de café renommé. Cela fait 5 générations qu’elle existe et avec le renouveau du café, c’est un peu une deuxième jeunesse qu’est en train de vivre Van Ouytsel. Si l’on peut aller visiter l’atelier de torréfaction, le petit café « The Koffiehoejke » devrait déjà vous satisfaire. Et un bon café ne peut se déguster qu’avec un Lierse vlaaiken, un petit gâteau composé de 4 épices et de sirop de sucre candi. Un REGAL !!! Et le café est vraiment mignon. Un arrêt plus que nécessaire si vous aimez les pauses sucrées.

Koffiehoekje

Rechtestraat 29

2500 Lier

Belgique

Café In De Gloria

Une petite bière avant de partir avec vue sur la Grote Markt ? Voilà le « In de Gloria ». La première chose qui a attiré mon regard, ce sont les grandes et belles fenêtres (même si je ne les verrais que depuis la terrasse, il faisait trop beau). L’autre argument, c’est sa belle liste de bières, un grand nombre d’entre elles, locales.

Café In De Gloria

Grote Markt 2,

2500 Lier

Belgique

Aimez et partagez