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July 2012

(Republic) of Georgia on my Mind: Une soirée chez Taliko, à Kazbegi

Le soleil se couche quand je pousse la barrière de la demeure de Taliko mais les lumières qui percent les fenêtres sont là pour me dire qu’un foyer m’attend. Je ne crois pas si bien dire: quand j’entre dans la salle à manger: les visage souriants de mon hôtesse et de sa fille me souhaitent la bienvenue et sur la table un énorme plat rempli d’une salade de carottes et de pommes de terre chaudes n’attend que moi. Je pensais manger avec la famille mais apparemment, les deux femmes ont déjà mangé. Je suis un peu gênée mais Taliko m’invite à m’asseoir et me sert généreusement en me faisant comprendre qu’elle pense que je dois avoir faim. Ce n’est pas faux…

Pendant que je mange cette délicieuse entrée et que j’essaie d’en détecter les ingrédients (de l’oignon? de la citronnelle? de la coriandre? du cumin? du citron?), je détaille le visage de mon hôtesse, toute concentrée sur l’émission qui passe à la télé. Elle doit avoir une bonne soixantaine d’année, peut-être septante? Les cheveux sombres sont devenus gris et maintenant, le blanc commence à gagner. Pas besoin d’être fort perspicace pour deviner qu’elle est veuve, elle porte encore le deuil. Les traits sont fiers, un peu comme une statue, le visage marqué d’innombrables rides, surtout quand elle sourit mais les yeux sont souvent tristes, je me demande ce qu’elle a du traverser. Pendant les pubs, elle en profite pour montrer son livre d’or, souvenir du passage de ceux qu’elle accueille chez elle: Japon, Corée, Etats-Unis, Suède, Pays-Bas, Allemagne. Et Israël me dit-elle en faisant un grand geste qui veut dire qu’ils viennent nombreux. Je devine vite pourquoi! A la chute du communisme, la population juive de l’ex-URSS a émigré en masse là-bas. Je parie que pas mal de jeunes viennent visiter le pays natal de leurs parents! En tout cas, je suis la seule Belge! Je bombe le torse et la fais rire et avec l’aide de Ia, sa fille, je lui fait comprendre que je vais me tenir à carreau pour bien représenter mon pays. La pub est finie et Taliko revient de la cuisine avec le second plat: une vingtaine de petites boulettes frites toute surmontées d’une petite pointe de crème sure. A nouveau, un délice!

Taliko soupire… La vie n’est pas spécialement facile, même pour une destination connue des voyageurs. Elle me fait comprendre que la plupart des gens qui viennent ici ne sont que des touristes d’un jour, le temps d’arriver, de prendre un taxi local pour monter jusqu’à l’église de Sameba et de repartir. Kazbegi et ses habitants en profitent à peine. Pourtant, c’est seulement maintenant que j’ai l’impression de vraiment découvrir ce pays et ses habitants, dans ce moment intime, en famille, à partager le quotidien. Pendant que je finis de dévorer mon repas, nous regardons la télé ensemble… Une émission de divertissement qui réunit des chanteurs adultes et des enfants, en duo, jugés par un jury de stars de la chanson géorgienne. Un excellent exercice pour apprendre à compter quand les juges rendent leur verdict, ce qui fait beaucoup rire mes hôtesses! Je vois le sourire satisfait de la cuisinière en constatant mon appétit mais elle a fait une quantité si impressionnante de nourriture que je n’arrive pas au bout! Quand je veux l’aider à débarrasser, j’ai droit un “Non” ferme et un signe de rester à table avec une bonne tasse de thé.

Comme ni l’anglais de la fille de Taliko, ni mon géorgien ou mon russe n’est suffisant pour pouvoir tenir une conversation, on appelle Google Translate à la rescousse! En la regardant taper ses recommandations sur le clavier, je souris en pensant à ceux qui pensent que la technologie est un outil d’aliénation… Cette étrange dialogue, je n’aurai jamais pu le tenir sans çà. Je demande à la fille de Taliko qui voit tant de voyageurs si elle, a déjà voyagé. Elle secoue la tête d’un air désolé. Non… En tout cas pas à l’extérieur de la Géorgie. Trop cher. Elle tape une question: “Notre village doit te sembler bien pauvre et arriéré?”. Je souris et je lui réponds: “Tu sais, le village d’Italie d’où ma famille est originaire était tout pareil! On avait un berger et je suis même montée à dos d’âne!” Je lui montre sur la carte où le village se trouve, elle me montre les endroits à visiter dans le coin. En découvrant tout ce qu’il y à visiter, je me mets à regretter amèrement d’avoir si peu de temps à passer ici. Dans mes tripes, il y a ce sentiment d’avoir découvert un endroit qui me va comme un gant! … comme pour Ilha Grande, comme pour Sulmona, Tallinn, le Cap ou la Dominique. Quelque chose d’indéfinissable et de puissant qui vous fait vous sentir à votre place.Comme si cet endroit et vous étiez destinés à vous rencontrer.

Fatiguée par le voyage et l’ascension, je vais prendre ma douche. Quand je sors, les voisines de Taliko et de jeunes hommes sont assis sur les canapés. Il n’est que 21 heures mais je suis épuisée… Je leur fais signe, leur souhaite la bonne nuit et vais me coucher. Dehors, quelques étoiles étincellent à travers les nuages et l’église tout là haut, illuminée, veille seule sur Kazbegi. Ses habitants peuvent dormir tranquilles!.

 

(Republic of) Georgia on my Mind : The (Very Short) Movie
Comment passer sept jours au Mexique, sans le voir!How to spend seven days in Mexico without seeing any of it!




  1. Laurent@ Expatriation en Thaïlande
    le 26.06.2017

    Effectivement à te lire, je ressens que tu dois regretter de ne pas pouvoir rester plus longtemps dans cette famille pour découvrir aussi les habitants de ce village. Pour moi c’est dans ces situations que le voyage gagne toute sa saveur!

  2. Melissa
    le 26.06.2017

    Tu veux que je te dise? J’ai pleuré quand je suis partie… (enfin presque)

  3. Larbin
    le 26.06.2017

    Un point a particulièrement suscité ma curiosité ! Quand tu dis qu’à la chute du communisme, la population juive de l’ex-URSS a émigré en masse en Israël, sais-tu à quoi c’est dû ? Les juifs étant persécutés dans les pays communistes, j’imagine que s’ils ne sont pas partis c’est qu’on les en empêchait ?

  4. Melissa
    le 26.06.2017

    Eh bien cher Larbin (ça fait bizarre),
    A la chute du communisme, les frontières étaient grandes ouvertes! Tout comme pas mal d’Est-Allemands sont partis à l’Ouest, pas mal de Juifs d’ex-URSS sont partis tenter commencer une nouvelle vie en Israël, économiquement plus stable mais aussi par crainte d’un retour du nationalisme russe et de l’antisémitisme.
    Avant, comme pour tous citoyens soviétiques, c’était TRES diffcile d’obtenir un passeport et de quitter le pays. Même pour aller dans un pays “frère” du Pacte de Varsovie.