- Kazbegi , Géorgie -

June 2012

Epopée en Géorgie : les sommets du Caucase à Kazbegi

Il est 8 heures. Sac sur le dos, je descends vers la Place de la Liberté et sa station de métro. Le soleil est déjà haut dans le ciel et sur le chemin, je mâche un morceau de pain encore tiède de la boulangerie du coin de la rue. L’heure est venue de laisser Tbilissi et un parfum d’aventure flotte dans l’air: ce matin, je quitte Tbilissi pour le Caucase! Kazbegi, pour être plus précise. J’y passerai deux nuits. Déjà habituée au chaos de la gare routière de Didube, je repère les marshrutkas en partance pour le nord. J’achète mon billet au chauffeur et en attendant le départ, je me réfugie dans un café pour éviter la pluie apparue soudainement pendant le trajet de métro. Rien à faire, je n’arrive pas à me faire au café soluble qui constitue l’ordinaire des pays de l’est… mais j’ai besoin de caféine ! Finalement, je vais m’installer et 5 minutes plus tard, le van s’extirpe à un train de sénateur de la banlieue de la capitale.

Le Caucase… un toponyme synonyme de danger pour beaucoup ! Pour moi, c’est une invitation une aventure des plus pacifiques, même si la route qui mène à la frontière russe s’appelle “la route militaire géorgienne”! Une heure après avoir quitté Tbilissi, le paysage et le climat change avec l’altitude. Alors que c’est presque l’été à Tbilissi, les arbres fruitiers sont à peine en fleurs dans les villages que nous traversons. Un paysage vert de moyenne montagne où de grosses maisons sont entourées de jardins, de potagers et de l’indispensable vigne et où broutent les vaches ou les moutons. Au fur et à mesure, les sommets enneigés du Grand Caucase apparaissent, l’ascension s’accélère et très vite, nous voilà à une station de ski!

Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi
Georgian Military Road: On the Way to Kazbegi

La Géorgie a encore du chemin à faire avant de trouver sa place sur la carte des destinations neige mais elle essaie! La station de Gudauri semble être sortie de terre récemment. Certains hôtels/immeubles à appartements sont encore en cours de construction… Pour ceux qui cherchent autre chose que les Alpes… pourquoi pas?   C’est là aussi que se termine “la bonne route”. Dès que l’on quitte la station, elle n’est plus entretenue, trop endommagée par les conditions climatiques. Le paysage devient blanc… Nous voilà en hiver! La marshrutkas s’engage doucement sur une petite route sans garde-fou où il faut slalomer entre des nids-de-poules géants! Et il faut un sacré aplomb quand on croise des semi-remorques venant de Russie! Quand je pense que nous avons payé notre chauffeur 10 lari (à peu près 5 Euros) pour qu’il nous dépose sains-et-saufs! Le paysage est à couper le souffle! Des montagnes altières, sauvages, parmi les plus belles que j’ai jamais vues et drapées de nuages… Un paysage minéral et grandiose qui impose le respect malgré soi. Je n’arrive pas à me détacher du paysage… Après une petite heure, le col est franchi, la route descend, devient meilleure mais reste encadrée de hauts sommets. La plupart font plus de 5000 mètres! Bientôt, nous arrivons au bout de notre route: Kazbegi. Ce n’est plus son nom. Le village a été rebaptisé Stepantsminda mais l’ancien nom de Kazbegi est resté. Sur la place où se trouve l’unique hôtel/restaurant du village, des habitants attendent les arrivants pour leur proposer un logement. C’est une des solutions les plus utilisées à Kazbegi: le logement chez l’habitant et sans rien prévoir, vous ne devriez pas avoir de difficultés à trouver un logement. Mon cas est un peu différent. Nic un des responsables de l’auberge à Tbilissi, m’a recommandé de loger chez Taliko et a appelé pour être certain que j’aurai une chambre.

Bienvenue dans le Caucase!

Je m’attendais à trouver un homme mais c’est une dame âgée qui m’attend avec la carte de sa guesthouse. Instinctivement, je l’aime déjà… Cette dame habillée de sombre me fait penser à ma grand-mère! En plus du géorgien et du russe, Taliko parle l’allemand, ce qui ne sera pas vraiment un secours pour moi mais on fera aller! Sa maison se trouve sur les hauteurs du village. Pour y arriver, il faut emprunter des rues défoncées. L’argent que l’on dépense à Tbilissi semble ne pas arriver jusque là! Après cinq minutes, nous arrivons devant la grille de la grande maison de Taliko et elle m’invite dans son salon. Je fais la connaissance de sa fille, une jolie jeune fille aux cheveux noirs et au sourire doux et qui parle un peu anglais.  C’est elle qui me montrera ma chambre, à l’étage de la maison. Une jolie petite chambre bleue avec un lit qui semble n’attendre que moi. Mais nous sommes déjà en début d’après-midi et mes pieds brûlent de partir à l’assaut de la montagne! Taliko me fait comprendre que je suis attendue à 19h pour le souper et je me mets en route! La raison pour laquelle on vient visiter Kazbegi est là-haut, surveillant la vallée comme un phare surveillerait la mer: l’église de la Sainte Trinité (Tsminda Sameba). Une église/ermitage perchée sur une montagne avec comme décor, parait-il, un des plus beaux panoramas de Géorgie! Les touristes d’un jour y accèdent en voiture pour moi il n’en est pas question! Je marcherai jusque là-haut…. Une petite randonnée de deux heures maximum… ça devrait aller. Sauf que nous sommes déjà à presque 2000 mètres et que je suis une fille du Plat Pays.

Kazbegi

Sainte-Trinité

Après avoir passé le pont qui enjambe la rivière puis traversé le petit bourg de Gergeti, la route monte et avec les premiers efforts, la tête commence à tourner et mon souffle se fait court. Heureusement, je ne fais que suivre la route des voitures, d’autres randonneurs, plus courageux, prennent des raccourcis à flanc de colline. J’en tente un et mon cœur semble vouloir sortir de ma poitrine à l’arrivée! Il va VRAIMENT falloir que je fasse plus de cardio à la gym! Aux prés à vaches succèdent les bois de sapins et le village rapetisse au fur et à mesure jusqu’à ce que les maisons deviennent minuscules comme des boîtes d’allumettes. Je ne suis pas la seule à monter à pied ! Je croise un Japonais solitaire et un couple finlandais qui a décidé de prendre tous les raccourcis possibles! “See you at the top!” me disent-ils en rigolant de me voir prendre la route la plus longue! Je n’en ai cure… Je profite du calme, d’être seule, face à moi-même avec la nature… Je ne suis pas là pour la performance sportive. Après presque deux heures d’ascension, je quitte le bois de sapins. J’ai l’impression que le “sommet” n’est plus très loin et je décide de prendre un de ces raccourcis… sauf qu’il se montre plus difficile que prévu et c’est le souffle coupé que je retrouve la route pour subitement déboucher sur une vue de rêve: sur un petit monticule, une chapelle  fait face aux montagnes… 100 mètres plus loin, l’église, entourée d’un mur, monte une garde solitaire et à 360 degrés, des pics enneigés où s’effilochent les nuages! C’est comme un grand shoot d’adrénaline!!! J’y suis arrivée! Je me mets presque à courir tant je suis euphorisée! J’attends d’abords la chapelle en pierre. Même s’il n’y avait qu’elle à voir, cela vaudrait le coup! Je ne sais pas qui a eu l’idée de la bâtir là, mais la  mise-en-scène est de toute beauté. N’en revenant toujours pas, je prends quelques photos puis me dirige vers l’église.

Kazbegi
Kazbegi

Juste en dehors, une vache se ballade paresseusement. De l’autre côté, un pope et  un homme qui semble tenir le rôle de sacristain se tiennent sur une plateforme et scrutent un horizon battu par le vent… L’image est forte! Je passe le portique et enfile une jupe par dessus mon jeans. En effet, une femme en pantalon ne peut pas pénètre dans l’église mais une pile de jupes est prévue à cet effet. Il faut également se couvrir la tête mais pour cela, j’ai mon foulard. J’entre donc dans cette petite église austère avec le sentiment d’être une espèce de clown… Les règles sont strictes dans cet environnement rude et aucune photo n’est admise. En sortant, je me dirige vers le “jardin” et retrouve mes Finlandais. Assis sur le muret, ils cassent la croûte et admirent le paysage. Nous discutons un peu… Ils continueront leur route géorgienne vers Svaneti, dont la beauté est parait-il, encore plus grande.

Kazbegi

Des bouts de plus en large de ciel bleu se dévoilent et loin, très loin en bas, je vois des rectangles multicolores: les maisons de Kazbegi. Ça me donne une idée de la différence d’altitude et du chemin parcouru. Je suis assez fière de moi! Je regarde l’heure… deux heures pour redescendre, je suppose. Il est presque 17 heures et il faut rentrer si je veux arriver à temps pour le dîner. Quand je me remets en route, c’est là que le Mont Kazbek, le clou du spectacle, commence à se dévoiler!

Kazbegi

Le Mont Kazbek, c’est le symbole du Caucase géorgien… et il fait sa diva, refuse de se montrer en entier! Il faudra espérer que demain, il soit plus coopératif. Je m’arrête un moment pour admirer un aigle en plein vol puis toute requinquée par mon petit exploit et quelques bouchée de pain, j’amorce la descente à pas rapides puis décide de prendre les raccourcis. Forcément, ça va beaucoup plus vite que la montée, même si ce n’est pas toujours plus facile ni moins dangereux! Mais voilà, en une heure et quart, me voilà revenue sur la Place du village et je décide de m’offrir une bière au bar. Le jeune homme qui y travaille parle anglais. Étudiant à Tbilissi, il vient y travailler le week-end et le pauvre a oublié son charger d’iPhone! Coup de bol: j’ai le mien dans mon sac-à-dos! Pendant que son téléphone charge, on a tout le loisir de papoter. A part une tablée d’Allemands équipés comme s’ils revenaient de l’ascension du Mont Blanc, c’est plutôt calme. Mon nouvel ami est un énième Giorgi et j’en profite pour lui demander des conseils… Que faire dans le coin, par exemple? Je peux remonter vers l’église et continuer plus loin, vers le glacier Gergeti. On peut même passer la nuit à la station météo qui est près du glacier (et là, je râle ferme du peu de temps disponible pour ces vacances), où alors rejoindre le village de Jutta? La vallée de Truso? Ou bien parcourir les gorges de Darial? Avant de me décider, je compte bien demander l’avis de Taliko et de sa fille… qui risquent de m’attendre pour dîner si je ne me dépêche pas! Je prends congé de Giorgi et presse le pas, la nuit est vite tombée ! Avant de saluer la truie qui vit dans la rue de mon hôtesse, je jette un regard sur l”église, brillante comme une étoile avec ses illuminations. Je pousse le grillage, j’entends le rire de la fille de Taliko… Mais  toutes les deux méritent leur propre article!

Set Flickr du jour 5 à Kazbegi

Kazbegi





  1. Lucie
    le 17.12.2017

    Wow! C’est vraiment joli! Comme toi, je viens d’une région ou tout est plat, la montagne ce n’est décidément pas mon environnement naturel après avoir un paysage comme ça tout autour, ça motive aussi pas mal!
    En parlant de danger, tu as rencontré des difficultés particulières là-bas?

  2. Melissa
    le 17.12.2017

    Oh oui, que çà motive, Lucie! Je suis plutôt mer que montagne mais la Capricorne que je suis s’est réveillée à l’assaut des sommets. C’est comme un gigantesque coup de fouet (doit avoir quelque chose dans l’air). Et non, aucun danger… Seul problème du voyage: un monsieur d’un âge respectable qui a beaucoup insisté pour m’aider avec mon sac-à-dos à la gare de Tbilissi et qui en a profité pour me peloter… ^^ J’étais tellement abasourdie (le peï devait avoir 70 ans) que je suis restée coite et j’ai filé dans le train.
    Sinon, je n’ai jamais ressenti aucun danger ou situation dangereuse.

  3. Destination ailleurs : quand le blog passe sur les ondes de la RTBF - Mel Loves Travels
    le 17.12.2017

    […] découverte de la ville, suivi par ma rencontre avec Alexander, les escapades de toute beauté dans le Caucase, l’hospitalité géorgienne et à Batumi, au bords de la Mer Noire… les secrets de […]

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