Visiter Dunkerque me semble comme une évidence. Dis comme çà, on pourrait se poser des questions mais laisse-moi t’expliquer, Lectrice, Lecteur. J’ai un certain amour pour les villes moches. Peut-être parce que j’habite dans une ville qui n’est pas particulièrement belle. A tout du moins, elle est défigurée et semble sous la coupe d’un chirurgien esthétique qui tente de multiples opérations de ravalement de façade qui ne semblent plus finir. J’avais aimé Le Havre, cette ville martyre devenue temple du Dieu Béton lors de sa reconstruction et dont la réputation de laideur n’avait fait qu’exciter ma curiosité (et je l’ai trouvée poétique, cette ville). Oui, il était donc évident d’aller vérifier par moi-même si ce cliché qui veut que Dunkerque soit une des plus moches villes de France, est vrai.

Une drôle de première impression

Et lorsque mon OUIbus m’a débarqué légèrement en dehors de l’hypercentre et que j’ai parcouru le petit vingt minutes qui me menait à mon hôtel, alors que la nuit était déjà tombée et qu’un froid humide de mois de décembre s’était installé, je me suis demandée où j’avais mis les pieds ! Et si, pour une fois, je rencontrai une ville où il n’y aurait rien à garder ?

Mais je n’ai pas choisi Dunkerque au hasard non plus. En cette période turbulente, j’avais besoin de m’éloigner de Bruxelles, de prendre du recul et de réfléchir sur mon avenir. Dunkerque, proche et près de la mer le semblait le lieu idéal. Un canevas vierge pour mes réflexions.

Nous sommes vendredi soir, j’atterris à mon hôtel, l’Hôtel Welcome – Dunkerque, en plein centre et il n’y a presque personne dans les rues. Les quelques réverbères éclairent les magasins presque tous fermés de la rue… Une rue commercante ou chaque maison est semblable a une autre, sans vraiment de caractère.

Le caractère, ce sont chez les Dunkerquois qu’il faut aller le chercher. La jeune fille de la réception, plutôt enjouée, est au petit soin pour la voyageuse solitaire que je suis et va me filer quelques adresses, histoire de passer une bonne soirée. A quelques minutes de là, me voilà rendue Rue de l’Amiral Ronarc’h, surnommée « la rue de la soif »… Je vous laisse deviner pourquoi !;) Derrière une petite porte au numéro 57 se cache un grand bar chaleureux, spécialisé en bières : le Bommel Bar. Bois sombre, spots, parquet, poutres, décoration de houblon et public d’habitués constituent le décor. C’est donc là que se cachent les gens : au cafetar ! Je commande une petite blonde locale et une planche. Quand vois la planche débarquer, les yeux me sortent presque de la tête : c’est énorme, je ne mangerai jamais tout çà !

Attablée au comptoir, je vais me laisser aller, à la fois happée par mes pensées, mon smartphone et l’observation de la clientèle du bar. On dirait qu’ils se connaissent tous et sont tous potes, c’est assez saisissant et donc, du coup, on se s’y sent bien.

En sortant, une pluie fine s’est mise à tomber, mouillant les rues et les esprits. Et les rues sont encore plus désespérément vides. De toute façon, je n’étais pas venue pour faire du tourisme, mais pour réfléchir. A 21h30, je suis de retour dans ma chambre bien au chaud. Demain sera un autre jour !

Dunkerque, ville martyre

C’est par les cris des mouettes que je suis tirée de mon lit, le signe le plus certain que nous sommes au bord de la mer. J’ouvre les rideaux et constate que la météo semble me laisser un peu de répit. On verra bien ! J’ai juste le temps de prendre mon petit déjeuner et en route ! Je ne dois pas aller très loin avant mon premier arrêt : la cathédrale. Le seul bâtiment historique, outre quelques maisons de ci, de là qui ait survécu aux bombardements de la Deuxième guerre mondiale. A peine remise des ravages de la Grande Guerre, Dunkerque est littéralement pilonnée par l’aviation allemande durant l’opération Dynamo, une épique évacuation des soldats britanniques, puis français, en pleine débâcle alliée au début de la Deuxième Guerre. Si tu es allée voir ‘Dunkirk » de Christopher Nolan, tu sais de quoi je parle, Lectrice, Lecteur. Ce que l’avion allemande n’aura pas détruit, la RAF s’en chargera à la fin de la guerre.

Après Le Havre et Rotterdam, voilà une autre ville martyre. Mais là où on a voulu de l’ambition ancrée en son temps au Havre et ou la ville de Rotterdam est en révolution constante, Dunkerque semble avoir été construite sans vraiment d’idée, parce qu’il le fallait. Où alors quelque chose m’échappe. En tout cas, l’église Saint-Eloi est là. Elle n’est pas sortie intacte de la guerre, loin de là mais la plus grande partie a tenu, le reste étant reconstruit. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’on y trouve la tombe du fameux corsaire Jean Bart. C’est le grand personnage de la ville et sa statue trône sur la place qui porte son nom. Tout juste face à l’église, un vrai miracle : le beffroi de la ville est toujours debout. C’est au rez-de-chaussée que se trouve l’Office du Tourisme de la ville. Je ne rentrerai pas mais passerai quelques minutes à chercher des infos sur l’écran tactile géant qui se trouve devant, prêt à renseigner la voyageuse un peu paumée que je suis.

De la Mairie au Marché de la Place Général de Gaulle

Je décide d’aller faire un petit saut devant la mairie, histoire de voir à quoi elle ressemble et tombe pile au moment où de jeunes maries sortent de l’édifice avec leur entourage, heureux et souriants. La photographe les place pour une photo de famille et je ne peux pas m’empêcher de frissonner en voyant les bras nus de la mariée. D’autant plus qu’il est un peu piquant. Piquant, salé et iodé ! Encore un rappel de la mer que je n’ai toujours pas vue !

Par contre, il y a une foule de gens qui se dirige tous vers le même point. Il va falloir que je trouve vers où ! Je me mets donc à suivre le mouvement et ne tarde pas à découvrir le marché, sur la grande place qui s’étale entre le théâtre et la bibliothèque municipale. Sous un lourd ciel gris, les Dunkerquois sont à l’affaire : vêtements, fruits et légumes, bouquins et vieux CD’s… Ca s’agite dans tous les sens, avec un eil inquiet en même temps, scrutant le ciel pour évaluer quand la pluie tombera. Et elle va finir par tomber, cette pluie, rapidement. En attendant que ça passe, je me suis réfugiée devant un magasin avec auvent protecteur. En dessous, le vendeur d’une micro-brasserie tient un petit stand. Est-ce que je veux essayer ? Il est 10 heures et demie du matin ? « Pas grave, Mademoiselle. Elle n’est pas forte ! ». J’en profite pour papoter un peu. Il se trouve que la bresserie est juste à la frontière franco-belge, près de la Panne, sur la grand route qui longe la côte. « Venez nous faire un petit tour quand vous êtes dans le coin, on a des bus depuis La Panne). J’en retiens une idée d’excursion, finalement… malheureusement, moins le gout de la bière qui était plaisante mais sans plus.

Dunkerque, ville de mer

La pluie ayant cessé, je prends congé de mon commercial et me dirige vers le port de plaisance et là, la ville change de visage. La proximité de l’eau est le plus sûr moyen d’embellir une ville, d’autant plus que le ciel s’éclaire ! De l’autre côté du pont, on aperçoit des anciens bâtiments qui devaient certainement servir de hangars au XIXème siècle. C’est dans ces bâtiments en brique qu’est logé le Musée portuaire de Dunkerque et amarré juste devant, on trouve différents bateau : le Duchesse Anne : le plus grand trois-mois visitable de France. Je n »aurai malheureusement pas le temps de m’y attarder, d’autant plus que le Musée ferme sur l’heure de midi… mais depuis les quais, la vue sur Dunkerque et son beffroi qui semble essayer de trouer le ciel tourmenté est plutôt jolie… Pas d’esbroufe, de la simplicité. La ville se montre comme elle est et le charme commence doucement à s’opérer.

Puisque je suis venue pour réfléchir, je me dit que c’est le moment de me poser un moment et comme par magie, voilà que je tombe sur un établissement plutôt bien placé : l »Edito

Ca a beau être un brasserie de chaîne, il doit avoir un des plus chouette emplacement de la ville et l’intérieur est plutôt chaleureux. C’est l’heure de l’apéritif et pas mal de couples et de familles sont venus se faire un petit plaisir. Moi, je suis planquée dans un coin, entourée de bouquin, je sors mon carnet de notes et commence à cogiter sur une question que je ne pensais plus devoir me poser après la fin de mes études : « Mais qu’est-ce que je vais devenir ? ». J’essaie de débloquer mon esprit, de l’affranchir des circonstances. Malheureusement sans grand succès. Peut-être ne me suis-je pas assez promenée ?

L’odeur du Grand Large !

Rageusement, je ferme mon carnet, paie mon cappuccino et me dirige lentement vers le Grand Large, la partie de plaisance du grand port de Dunkerque. C’est tout un quartier qui semble être sorti récemment de terre et l’ensemble n’a pas l’air d’être complètement fini. Enfin, ici, je respire pleinement l’air de la mer. Cette odeur qui mélange sel, algues et poissons en décomposition. Et tu sais quoi, Lectrice, Lecteur ? Je me sens à l’aise et même, à m’ouvre l’appétit ! Ca tombe bien, un fidèle d’entre vous (merci Olivier) m’a recommandé d’aller manger des moules au restaurant… Le Grand Large. C’est le moment de voir ce que valent les moules françaises par rapport aux belges !

C’est presque la fin du service mais vu que je suis seule et que je sais déjà que je veux commander des moules, on me laisse gentiment m’installer. Avec un restaurant portat un tel nom, pas besoin de deviner quel est le thème du décor ? Bois clair, bouées, peintures représentant la mer et les bateaux, une grande terrasse sur le port qui doit être bien agréable à la belle saison. L’endroit est plutôt sympathique et je suis promptement servie ! Verdict ? Les frites étaient plutôt bonnes et comme je m’y attendait, les moules plus petites. Ce sont les moules du cru, pas les jumbos de Zélande auxquelles nous sommes habitués en Belgique, elles ont un gout plus prononcés, pas mal du tout… et la marinière (mon mètre étalon pour l’évaluation de bonnes moules), légèrement vinaigrée était plutôt surprenante.

De l’art dans les Hauts de France

Lorsque j’ai terminé mon repas, il est l’heure de fermer le restaurant et je suis la dernière cliente. Je reprends donc mon chemin, direction un drôle de bâtiment industriel qui a attiré mon attention.

M’y voilà : le FRAC Grand Large Hauts-de-France, c’est le Fonds régional d’art contemporain : deux grands ateliers à bateaux, face à la mer, dont l’espace et le look conviennent à 100% pour ce genre de mission : montrer ce qui se fait de mieux en art contemporain (pour peu qu’on y accroche). C’est un peu par curiosité que je vais rentrer dans le FRAC, je ne pensais pas m’y attarder mais finalement… pourquoi pas ? Dans la bâtiment de gauche, complètement ouvert de haut en bas, c’est un vrai parcours du Dunkerque au cinéma qui était à l’honneur. Dans le bâtiment de droite, ce sont les salles d’expositions et les ateliers. Je me presse d’aller au dernier étage ou il n’y a… rien… juste une dalle de béton et des fenêtres partout qui laisse entrer la mer et les couleurs du soleil qui commence déjà à se coucher. Au milieu de la pièce, une table, des feuilles et des crayons. J’en saisis un et décide de reproduire ce que je vois, Me voilà en train de retrouver le plaisir de dessiner. C’est quelque chose d’instinctif, je dessine depuis que je suis en mesure de me rappeler des choses. Instinctivement. Dès que vient l’ennui, l’attente, les temps morts, et que je n’ai pas de smartphones à portée de main, je fais des petits dessins dans les marges J’essaie de m’appliquer et une fois terminée, je suis signe mon oeuvre comme il se doit, la place bien en évidence sur la table et la laisse à qui la trouvera

Dans les étages inférieurs par contre, on passe aux choses sérieuses avec par exemple, l’expo »Minute Papillon » de Françoise Doléac et ses drôles d’objets hybrides : comme une chaise en bois qui s’étale comme un manteau ou un vase aux couleurs de flaque de pétrole qui s’écoule comme de l’eau mais le plus étonnant était tout de même ce que je pourrais qualifier « d’expérience » (à défaut de parler d’installation) dans le cadre de l’expo ‘Le son entre » où les visiteurs sont plongés dans la pénombre et invité à s’étaler façon étoile de mer sur des rouleaux de mousse pendant qu’une musique éléctro des plus planante et une voix désincarnée vous murmure quelques principes de relaxation. Plutôt étonnant !

Pour continuer sur ce sentiment d’apaisement, il est temps d’enfin rejoindre cette plage qui me nargue depuis un moment. Un simple pont sépare le FRAC de la plage de Malo-les-Bains. Cette fois, le soleil est franchement dehors mais avec assez de nuages couleur fer pour donner au paysage une atmosphère de fin du monde. La lumière rasante, mon ombre qui se déploie sur le sable à dix fois ma taille, le bruit des vagues, le vent froid qui souffle tant qu’il arrive à pénétrer ma doudoune… Pendant un moment, j’oublie mes soucis, sur cette grande plage déserte. La mer… cette grande masse absorbante de mauvaises pensées. Et pendant que les derniers rayons m’éclairent, sur la plage désertée, je dis merci à Dunkerque qui m’a accueillie quand j’en avais besoin. Une ville moche, certes, mais une ville pleine de coeur.

Cette balade a été réalisée grâce au concours de OUIbus a offert le ticket de bus. Merci à eux.