La vie est faite de rituels et de petites habitudes. Chez moi, c’en est presque maladif et ça doit tenir du TOC mais ces rituels et ces habitudes me donnent un sens de stabilité où que j’aille et dès que je débarque dans un nouvel endroit, j’acquiers très vite des petites manies ou transpose les habitudes. Elles sont une constante dans un monde en mouvement perpétuel. Et dans certains cas, c’est même une source de plaisir. Un des ces rituels, à peine descendue du bus, c’est de rejoindre la promenade qui longe la plage et de me mettre « Dolce Vita » de Ryan Paris dans les oreilles, un bon gros succès commercial de l’italo-disco des années 80.

J’ai toujours trouvé que les premières mesures de synthés allaient admirablement bien avec les matins de bords de mer ! Le temps de la chanson est presque calculé à la seconde près et me voilà arrivée à ma première étape : Da Mimi, une des nombreuses concessions qui peuplent la plage de Vasto Marina. À part quelques petits morceaux de plage libre, Vasto Marina est une longue suite d’établissements balnéaires, une constante sur toute la péninsule italienne. On y loue parasols, fauteuils et lits de plage à la saison, on vient y manger, s’y changer… et la concession s’occupe d’entretenir son morceau de sable. C’est un peu moche mais c’est commode pour quelqu’un comme moi qui vient tous les quatre ans et débarque sans matériel .

« Da Mimi », c’est mon arrêt cappuccino Peut-être est-ce à cause de son environnement fleuri que j’aime bien m’y arrêter ? Entourée de plantes, avec un petit bout de mer visible après les longues allées de parasols, je suis bien. Je déguste ma mousse à la petite cuillère avant d’enfin plonger dans le café. Et je me dis que le café va me manquer quand je serai rentrée. J’aurai très bien pu le prendre au comptoir, à l’italienne, mais ce sont les vacances, alors on prend le maximum de petits plaisirs. Même si ça dure un petit quart d’heure.

Une centaine de mètres plus loin, voilà « La Lucioletta », la concession où j’ai mes habitudes. Ce n’est pas parce que c’est la plus belle (en fait, c’est sans doute une des plus moches) mais elle est située là où cela me plaît et surtout, on y trouve des pizzas al taglio de compétition le midi ! Années après années, j’y retrouve le patron, un monsieur qui semble figé dans le temps et malgré mes sourires, garde un air de Droopy impassible, même après plusieurs jours de fréquentation d’affilée. C’est ainsi, il fait partie du décor. Une fois réglée ma place, un des garçons de plage m’accompagne jusqu’à mon emplacement et je me dépèche de me déshabiller pour le premier bain de la journée. C’est sans doute le plus délicieux! Et le plus frais aussi. L’eau semble froide, elle pique la plante des pieds et le ventre mais finalement, une fois qu’on s’y jette dedans, on s’y sent bien, revigoré.es… A cette heure-ci ; la mer a plus l’air d’un grand miroir argenté. C’est l’Adriatique et ici, le soleil se lève dans la mer et jette des milliers de paillettes lumineuses dans l’eau. C’est beau, c’est joyeux… Comme une promesse d’une journée de farniente.

Je retourne à mon parasol, m’enduits d’huile solaire et à l’ombre, me plonge dans la lecture. Un petit vent me sèche tranquillou pendant que je me perds dans le récit, noyée par le bruit des vagues, les cris des enfants et les conversations des voisins de parasol. Je ne lis jamais autant que quand je suis à la plage et ça fait un bien fou !

Déjà 10h30/11h, c’est le moment d’une petite promenade. Le soleil est assez haut que pour faire apparaître le bleu de la mer mais pas au maximum de sa force. Je prends mes tongues, ma tunique et file vers le haut de la plage, la partie qui ferme l’immense Golfe de Vasto. Sans doute la partie la plus belle. Ici, le sable laisse place aux cailloux et aux trabocchi, des constructions arachnéennes tout en bois et qui servent à pêcher au grès des marées. Elles sont typiques du sud des Abruzzes, parsemant le littoral et son souvent un peu difficile d’accès, normal si on veut pouvoir faire une bonne pêche ! Vasto Marina en compte deux. Le premier peut être rejoint soit à la nage, soit en continuant le long d’un sentier qui nécessite un peu d’escalade avant de redescendre vers la mer. Sur le chemin, on croise quelques petites criques où de petits malins se sont installés tranquillement, loin de l’agitation de la plage principale. Quand on voit le trabocco, on a qu’une envie : grimper dessus ! Mais comme c’est avant tout un outil de travail, l’accès à la plateforme est bloqué : on regarde mais on ne touche pas !

Un peu plus loin, vous verrez un autre trabocco. Pour y accéder, il faut remonter le sentier et parcourir une petite distance sur une pente qui mène à une ancienne route toute caillouteuse. Sans doute étais-ce une ancienne ligne de chemin de fer. À cette heure de la journée, pas d’ombre et le soleil vous tanne la peau. Un petit dix minutes de marche plus tard, les quelques voitures (mais comment sont-elles arrivées là?) vous signalent que vous êtes arrivés : le Trabocco Cungarelle n’est pas seulement que sa fonction initiale : c’est aussi un restaurant ! Imagine-toi en train de dîner suspendu.e au dessus de l’eau, Lectrice, Lecteur. Et comme l’eau est ici peu profonde, l’Adriatique prend des couleurs turquoise qu’on ne trouve qu’aux Bahamas ou dans les lagons polynésiens. Le type d’endroit unique en son genre mais bien caché !

Pas de menu poisson pour moi : le temps de rentrer sous mon parasol et il est passé midi ! L’estomac crie famine : c’est l’heure de la pizza. Un moment que j’attends tous les jours avec impatience ! Ici, ce n’est pas la pizza à la napolitaine qui règne, c’est la pizza à la romaine, avec plus de pâte, bien croustillante et dorée en dessous. Une simple pizza rossa (avec des tomates et rien d’autre) réussit à me mettre dans tous les états ! Comme c’est la plus commandée, elle est généralement à peine sortie du four, bien chaude et savoureuse. Tranquille à l’ombre, je mords dedans comme une bienheureuse en souhaitant que tous les parasols disparaissent. On ne peut pas tout avoir !

Après le repas, c’est évidemment l’heure de la sieste. Et comment résister à la chaleur de l’après-midi qui est tombée sur la plage comme une chape de plomb fondu ? Rejoindre le parasol tient du spectacle de fakir tellement le sable brûle les pieds ! Mais on encaisse… je m’affale sur mon lit de plage comme une pauvre créature échouée et me laisse m’envelopper par la chaleur et la fatigue. A cette heure là, la plage se désertifie. Trop chaud, trop fatiguant… idéal donc pour une petite sieste. Les yeux fermés, les bras pendus je ramasse machinalement des poignées de sable que je laisse glisser à travers des mains jusqu’à ce que je me calme et ne pense plus à rien qu’au bruit des vagues, à celui du vent dans les parasols et à quelques voix fort lointaines. De temps à autre, une bouffée de parfum de crème solaire vient me chatouiller les narines. Je sombre, ou pas… mais me réveille prête à un nouveau bain de mer. Un grand cette fois !

Pendant que je tentais de me reposer, le vent s’est renforcé, la mer a grossi et le drapeau rouge est de sortie. Pas ça qui va me faire peur ! Je me mets donc à l’eau et fixe là-bas au loin les bouées qui marquent l’extrême limite de la zone de baignade. J’y arrive d’habitude sans difficulté mais cette fois, avec une mer qui joue aux montagnes russes, peut-être pas ! Je me jette donc à l’eau tout en râlant un peu de ne pas avoir de bodyboard. C’eut été les conditions idéales pour faire un peu de bodyboard mais peu importe ! Me voilà partie à l’assaut d’une mer pas trop tranquille. Je passe la première bouée, celle qui délimite l’espace 100% sécurisé, je nage. Je perds pied, je nage encore et voit la deuxième bouée. Je peux sans doute l’atteindre. J’ai l’impression d’être sur un manège. Pas de courant mais de grosses vagues qui pourrait remuer des estomacs sensibles. Je continue malgré tout et arrive à dépasser la deuxième bouée. Rejoindre la troisième bouée serait-il bien raisonnable ? A part les yeux qui piquent, pas de fatigue… Je peux tenter le coup. Et me voilà partie ! Pendant plusieurs minutes, il n’existe plus que trois nuances au monde : le turquoise de l’eau, l’azur du ciel et le blanc des nuages et de l’écume. De l’écume que j’avale copieusement, d’ailleurs mais mètres par mètres, j’approche de cette dernière bouée ! À cette distance, les parasols semblent déjà des accessoires pour PlayMobil. Je m’assure que je suis toujours bien dans l’axe de ma portion de plage… Ça va ! Je suis tellement loin, à l’abri du regard de tous sauf peut-être des jumelles des maîtres-nageurs. Alors je fais tomber le haut ! Quitte à la jouer sirène, autant y aller. Je file donc l’eau, le plus vite que je peux, contre la force des vagues pour les derniers mètres ! Je commence à avoir mal au dos mais qu’importe, je pourrais faire la planche au retour. Enfin là voilà, la bouée que j’avais un peu perdue de vue entre les gros creux des vagues. Mission accomplie ! Je m’attarde un peu une minute et me laisse dériver pour me reposer de mon effort, vigilante malgré tout. L’eau est juste à la bonne température, j’ai l’impression de ne pas la sentir. Elle glisse sur ma peau comme du satin ! Pendant quelques instants, je me retourne et offre mon corps au soleil… Pas facile quand la mer est aussi agitée. Alors piteusement, je remballe le mathos et me mets sur la nage du retour, un peu aidée par la force des vagues qui me poussent dans le dos. Plutôt contente de moi, je pousse un grand soupir d’aise quand la maître-nageuse se précipite vers moi. A moitié amusée de me voir rigoler mais les yeux plein de reproches. Elle est bien là pour m’engueuler, le drapeau rouge n’est pas là pour rien. Je la rassure un peu en lui expliquant que je suis une bonne nageuse et que j’ai vu qu’il n’y avait pas de courant et sur la promesse de ne plus recommencer, je retourne sous mon parasol me sécher.

16 heures, l’heure de rassembler mes affaires. L’appel du « gelato » et du petit verre en terrasse est plus fort ! A regret, je laisse le sable derrière moi. Invariablement, cette sensation de quitter la plage provoque chez moi un moment de tristesse. Comme si je renonçais à chaque fois à quelque chose d’essentiel. Heureusement pour moi, Pannamore est là pour soigner ce genre de maux ! C’est sans doute la meilleure gelateria de toute la ville ! Il y a une grosse vingtaine de parfums proposés avec des noms aussi évocateurs que « Parfums de Sicile », « Délices d’Amalfi » ou « Crema vastese ». Heureusement qu’il y a toujours du monde, ça me laisse le temps de choisir, ce qui n’est pas chose facile ! Heureusement, la tradition en Italie, c’est quand tu achètes une « petite glace », tu as droit à deux parfums. Et un surplus de crème fraîche si tu es extra-goumand.e, Lectrice, Lecteur.

La seule chose qui manque vraiment à Vasto Marina, c’est un vrai beach bar avec une vue dégagée. Toutes les concessions ont un petit bar, mais avec le minimum syndical. Oubliez le cocktail au coucher du soleil ! D’autant plus qu’on voit à peine la mer à travers les parasols. Par contre, il existe un bar éphémère sur la Plaza Rodi où les sprtizs valent la peine que je m’y attarde. Puisqu’il me reste encore une demi-heure avant de prendre le bus, pourquoi ne pas céder à la tentation ? Quelques minutes plus tard, il arrive : servi bien frais dans une ancienne bouteille de jus de fruit en verre. Et il est énorme ! A l’ombre, rafraîchie parla brise de mer, je savoure… Partagée entre le bonheur du moment présent et l’arrière pensée de devoir être dans quelques minutes à l’arrêt du bus. C’est que les journées à la mer, on voudrait qu’elles ne finissent jamais !