- Hyder, AK , Etats-Unis d'Amérique -

March 2012

Comment passer quelques heures en Alaska

Il y a quelques années, un compagnon de voyage et moi avions eu l’idée d’un ambitieux roadtrip: rejoindre le Yukon à partir de Seattle. Ce dont nous ne nous étions pas rendus compte, c’est qu’une province de l’Ouest canadien est au moins deux ou trois fois plus grande qu’un État américain et, après la moitié de nos deux semaines imparties pour faire le trajet, nous n’étions arrivés qu’à Prince George, la « capitale de la Colombie britannique septentrionale », où nous allions passer la nuit. Histoire de ne pas nous embarquer dans une histoire dont nous reviendrions pas, nous nous adressons au personnel de l’hôtel pour nous renseigner. La dame de la réception rit: « Vous y arriverez mais vous n’aurez pas le temps de revenir! Par contre, vous pourriez aller en Alaska. » Nous la regardons abasourdis. « Oui, oui, c’est possible. » Et elle nous explique le chemin à suivre.

British Columbia

Le lendemain matin, nous voilà en route sur la Highway 16 Ouest, direction Prince Rupert à travers les Rocheuses, ses forêts et ses lacs. Nous n’arrêtons pas de voir des signes nous avertissant du passage éventuel d’élans mais depuis notre arrivée au Canada, nous n’avons toujours rien vu! Et de tout le voyage, je ne verrai pas l’ombre d’un bois d’élan (j’en suis encore déception)!

Les villes sont rares le long de la route. Normalement, nous devrions prendre la fameuse Highway 37, la route du Yukon et de l’Alaska, mais la nuit ne va pas tarder. Nous continuons un peu plus loin jusqu’à Terrace, une jolie petite ville qui nous servira de camp de base. Il me reste des souvenirs d’un centre-ville à l’allure un peu désuète et aux énormes pots de pétunias et de géraniums pendus sur des réverbères…

KitwangaDe bonne heure le jour suivant, nous faisons demi-tour vers Kitwanga, un hameau qui sert de centre pour une réserve d’Amérindiens. Comme souvent dans le Nord, la fonctionnalité prime sur l’esthétique. Ces petites maisons en préfabriqué semblent ne pas être là de façon permanente. On jurerait qu’il suffit de les accrocher à un des pick-ups pour déménager tout le village.

C’est donc parti pour deux bonnes heures de paysages alpins et de pics drapés dans la brume. Nous sommes en train de traverser une des régions les plus isolées de la Colombie britannique. Bear GlacierAu carrefour de Meziadin Junction, la H37 continue vers le Nord, et nous tournons plein ouest sur la H37A, la Glacier Highway, qui nous emmènera jusqu’à la Côte et à la frontière entre le Canada et l’Alaska. Un moment plus tard, je pousse un petit cri d’émerveillement: à quelques mètres de la route, un glacier! Le Bear Glacier étale sa masse bleue dans un théâtre de sapin verts. J’ai déjà l’impression d’y être! En y repensant , je me dis qu’il faudrait que j’y retourne pour voir à quel point le réchauffement climatique a impacté le glacier…De l’autre côté, de gros nuages cotonneux s’effilochent sur les flancs d’une montagne…

Une petite heure plus tard, nous traversons la petite communauté côtière de Stewart et un peu plus loin sur la route, un panneau suspendu nous souhaite “Welcome to Hyder, Alaska”. Nous y voici enfin. Je n’arrive pas trop à y croire moi-même. L’Alaska… Moi qui ait lu Croc-Blanc au moins 10 fois quand j’étais jeune ado! Une terre mythique… En passant en dessous de la banderole de bienvenue, je suis aussi excitée qu’une gamine le jour de la Saint-Nicolas!

HyderHyder compte une centaine d’habitants et une rue principale. Mais ce qui lui vaut sa petite notoriété, c’est la nature. C’est ici que l’on trouve le Salmon Glacier, l’un des plus importants en Amérique du Nord. La Salmon River, poste d’observation idéal pour ceux qui souhaitent observer les ours noirs ou les grizzlis passe également ici. Et de fait, il y a un car touristique qui stationne à l’entrée du village. Ici, au bout du monde: un car touristique.

La rue principale semble provenir d’une vieille photo de l’époque de la Conquête de l’Ouest. Dès que l’on est entré dans Hyder, plus de macadam mais une espèce de mauvaise route dont on ne sait dire si c’est de la terre ou du béton! Les yeux ouverts comme des soucoupes, je me dis que je suis en train de vivre un fantasme! Ce n’est pas le Far-West, c’est le Far North! Un motel aux airs peu engageant, le Sealaska Inn semble être le bâtiment principal après le bâtiment civique qui regroupe les services communaux et la bibliothèque. Pourtant, la modernité est à deux pas. La curiosité me pousse à entrer dans la bibliothèque et là, je trouve la salle de lecture équipée d’ordinateurs derniers cris connectés à Internet, nécessaires pour tirer les habitants de l’isolement. Attention, ce road-trip date de 1998! Même mon école de journalisme n’était pas aussi bien équipée!

alaska2Le tour du village est bien vite fait et nous nous rendons au bord  de la rivière. Et là, quelle surprise! L’eau n’a pas plus de dix centimètres de profondeur et des saumons s’y agitent par dizaines. Il suffirait de se baisser pour se servir, si ce n’était interdit. Pour le moment, les poissons sont l’exclusivité des ours que l’on peut observer sur un petit pont. Nous nous ajoutons aux autres touristes et après avoir patiemment attendu un bon quart d’heure, une silhouette massive se détache des sapins. Le guide qui accompagne le groupe n’a pas besoin de jumelles: il s’agit d’un grizzli! Malheureusement, après une courte minute, l’animal disparait derrière un fourré.

Puisque nous n’avons pas eu beaucoup de chance, nous prenons la voiture pour l’expédition principale: la route du Salmon Glacier. Après avoir vérifié les pneus (la route est faite de gravier et monte en continu), nous commençons l’ascension.

Le ciel est gris et les températures à peine printanières pour un début de mois d’août, mais le vert intense de la forêt coupé de quelques fleurs roses, blanches ou jaunes avec une des langues du glacier en contrebas conspirent à créer une vue de carte postale. En continuant encore plus haut, nous pouvons observer le glacier en panoramique: il est tellement énorme qu’il couvre l’horizon avant de fourcher: une partie alimente la Salmon River, l’autre fond dans une cuvette plus bas.

La puissance de la lutte entre la roche et la glace me laisse songeuse! Combien de millénaire depuis que cette masse gelée imprime son passage sur la montagne?  Nous continuons jusqu’au bout de la route: une mine de cuivre abandonnée. Pas moyen d’aller plus loin… nous sommes à la fin du monde! En contrebas, le glacier vient mourir. Seulement une centaine de mètres praticables avec de bonnes chaussures nous en sépare.

Ni une, ni deux, et nous voilà en train de dévaler la pente. Pendant un moment fugace, mon cerveau m’alerte: s’il nous arrive quoique ce soit, il n’y aura personne pour nous secourir! Une alarme vite mise en sourdine! Quelques minutes plus tard, je suis en train de toucher les doigts de pieds bleus du glacier. En s’en approchant, je remarque une crevasse, assez grande que pour s’y glisser et littéralement entrer dans le glacier! L’impression est saisissante: des dégradés de bleus au blanc baignent les entrailles du glacier, une espèce de lumière idéale. C’est à çà que doit ressembler la pureté! Et bien entendu, il y fait froid mais loin d’être inerte cette glacière vit : on y entend des craquements continus, ce qui pourrait être dangereux si nous restons trop longtemps.

L’après-midi est déjà avancé et nous voilà obligés de rentrer. C’est seulement à ce moment là que le soleil a décidé de nous faire coucou. J’en suis encore à ruminer le fait de ne pas avoir vu d’ours de près (oui, jamais contente, hein!) et soudain, une forme sombre traverse la route. Impossible de se gourer: cette grosse bête à quatre pattes, c’est un ours noir. Dans tous les « Welcome Centers » de la Province, vous trouverez des prospectus vous renseignant sur l’attitude à adopter en cas de rencontre avec un ours. Au courant de ce qu’il faut faire, nous nous arrêtons tout doucement et ne baissons même pas la vitre. L’ours est de l’autre côté de la route, royalement occupé à dépecer un buisson de ses baies. J’en oublie presque de respirer… et même de sortir mon appareil photo jetable avant d’être rappelée à l’ordre par mon compagnon de voyage. C’est à peine si le plantigrade se rend compte que nous l’observons! Et lorsqu’il a fini, il se glisse la forêt, tout tranquillement en nous tournant le dos. Quand il a complètement disparu, nous redémarrons la voiture et reprenons le chemin de Terrace. Ce soir là je fis des rêves de grizzlis faisant adroitement sauter des poissons hors d’une rivière cristalline dans un cadre de montagnes vert-foncées saupoudrées de neige. La réalité y ressemblait presque!

Ours sur la Highway 37

Depuis mon passage, il semble que le Salmon Glacier se soit fortement retiré (comme vous pourrez le voir d’après les photos de ce couple canadien en goguette). Le responsable est évidement le  réchauffement climatique… et venir lui chatouiller les doigts de pied n’est plus possible, d’après mes informations.

Vous pourrez aussi lire une version différente de l’article sur le blog d’eBookers Suisse!





  1. LadyMilonguera
    le 14.12.2017

    La rencontre avec l’ours, ça a du être quelque chose quand même…

  2. Melissa
    le 14.12.2017

    Heureusement que je me suis retenue de sortir de la voiture! ;D On a envie d’aller lui faire un câlin à cette boule de poils… et puis on voit ses griffes. 😉

  3. Lucie
    le 14.12.2017

    Ah l’Alaska… j’en rêve… Si tu es toujours triste de ne pas avoir vu d’élan, va faire un road-trip en Suède, je pense que tu n’auras pas de mal à en voir! Suffit de faire attention à ne pas le svoir de trop près!

  4. Melissa
    le 14.12.2017

    Mais c’était vraiment à devenir dingue! Je ne comptais plus le nombre de panneaux “Attention, élans” que j’ai vu… Et rien du tout! C’est pourtant pas un animal facile à louper. ;D Et oui, je me souviens aussi qu’il ne fallait pas s’en approcher au cas où nous en croisions un. Ils n’ont pas l’air mais peuvent être agressifs!

  5. Lucie
    le 14.12.2017

    Ben écoute, je me suis retrouvée face à face à un élan en Suède en randonnée en raquettes et il avait l’air très pacifique. Par contre, lorsque j’en ai croisé un en voiture, là j’avais plus peur qu’il se jette sous mes roues (j’ai un passé fâcheux avec voiture et animaux, il faut dire). Mais peut-être que les caribous au Canada sont plus dangereux que les élans?

  6. NowMadNow
    le 14.12.2017

    Quel article 🙂

    L’Alaska… Vous avez réalisé un fantasme de beaucoup de voyageurs!
    Tes photos sont très belles.

    NowMadNow

  7. Melissa
    le 14.12.2017

    Merci, M’dame! J’avais perdu mon appareil-photo dans un taxi new-yorkais et pas de sous pour en acheter un nouveau. J’avais donc du me rabattre sur un jetable. C’était horrible, de devoir choisir ce qu’il fallait photographier ou pas… J’en avais un et c’était tout! ^^
    J’ai bien envie de prendre ma revanche et de refaire cette route et enfin atteindre le Yukon, puis le nord de l’Alaska!

  8. Voyage Perou
    le 14.12.2017

    Oh là. L’Alaska doit être toute une destination en effet! Mais pour moi qui me tape l’hiver au Québec pendant 6 mois, je vais passer mon tour pour le moment. Enough cold. 😉

  9. Melissa
    le 14.12.2017

    Eh eh eh! En effet, point de vue météo, ça ne doit pas trop te changer mais je pense que les paysages sont bien différent des collines du Québec! ;D

  10. Val
    le 14.12.2017

    Quelle aventure! Et je suis coincé au bureau. Merci pour ce beau récit!

  11. Melissa
    le 14.12.2017

    Aaaw, Val… Mais je parie que ce n’est pas aussi beau que la Nouvelle-Zélande… 😉 (tu as mis tes photos en ligne?)

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