Et me voilà revenue du WAT, le salon des blogueurs de voyage. Cette sixième édition était organisée à Lille et c’est en voisine que j’y ai participé. Comme le veut la tradition depuis la première édition, des blogtrips sont organisés pour les participants invités (dont j’ai eu l’honneur de faire partie) et je n’ai pas pu résister à l’intitulé : « Cousine belge ». C’est donc le long de la frontière, dans les régions de Wattrelos et d’Armentières, que notre petit groupe a passé la journée à découvrir ce coin un peu ignoré du département du Nord.

Wattrelos, traditions du Nord

Enorme coup de bol ! Si le ch’nord nous avait réservé la veille un accueil plus que typique (avec une belle drache continue depuis le début de l’après-midi jusqu’au soir), ce matin, le soleil est de la partie. Ouf, quand on est blogueur, on prie quand même très fort pour le soleil et les photos, me voilà donc rassurée ! Nous avons tous rendez-vous sur la Grand Place de Lille. Autant vous dire que l’attroupement de près de 150 blogueurs, ça fait son petit effet ! Je retrouve vite mon groupe, chapeauté par Aude de Armentiérois tourisme et Dylan de Wattrelos Tourisme. L’occasion pour moi d’enfin rencontrer Audrey d’Arpenter le chemin et de faire connaissance avec Sandrine de Dreams World, Aurélie et Franck de I Wheel Travel, Vincent d’Evasions bordelaises et Filip d’Avant de partir

On embarque tout ce petit monde en camionnette et c’est parti, direction le Musée des arts et traditions populaires de Wattrelos. Installé dans une ancienne ferme, ce musée représente différentes facettes de la vie de cette région de tisserands et d’ouvriers à la fin du XIXe, début du XXème siècle. Atelier de tisserand, école, estaminet… différentes pièces sont mises en scène avec des objets de l’époque correspondante. Je me sens un peu en pays de connaissance, surtout lorsqu’on arrive à l’espace consacré aux « coulonneux », les amateurs de pigeons voyageurs. La colombophilie était très répandue des deux côtés de la frontière. Mon grand-père était lui-même un « coulonneux », élevant avec amour ses pigeons et les lâchant dans l’espoir qu’ils soient les premiers à revenir au point de départ. Combien de dimanche matin ai-je passé chez eux à entendre cette litanie à la radio : « Les convoyeurs attendent », signalant que la météo n’était pas assez bonne pour lancer les pigeons. Cette similitude me touche dans ce que j’ai de plus profond.

Le jeu de bourle, le sport de la boule soûle

Nous quittons le musée mais pour rester dans la tradition. La tradition d’un jeu qui subsiste malgré tout dans la région de Lille : le jeu de bourle et c’est aux Amis de la Bourle, dans le Parc du Lion (de Wattrelos, wink-wink) que nous allons l’apprendre. Moi qui suit habituée aux « jeu de boule » en plein air, et dans la rue, c’est dans un bâtiment prévu à l’exercice de ce sport, une bourloire, que nous allons être initié par Christian Ladoe. A première vue, on dirait un bowling : deux rangées au fond légèrement incurvé avec des gouttières sur les côtés, un trou au bout pour recueillir les bourles et, élément essentiel : une buvette. Bref, c’est du sérieux ! Et c’est avec du café bien chaud et des tranches de cramique (un délicieux pain au raisin typique du Nord, et de la Belgique) qu’on nous attend pour nous expliquer les règles.

Le jeu de bourle tient un peu de la pétanque mais à part çà, ne ressemble à aucun autre jeu que je connaisse. Tout d’abords, les bourles ne sont pas des sphères mais ressemblent à des palets de curling… ou à des meules de fromage. Le poids n’est pas réparti également, une face de la bourle, qu’on appelle le fort et reconnaissable à ses rayures, est légèrement plus biseautée. Le jeu se joue en équipe, ce sera filles contre garçons. La première équipe dispose d’abords ses 6 bourles qu’il faut lancer sur la piste en essayant de former des obstacles. L’autre équipe devra dépasser les obstacles pour ravir les points à l’adversaire et atteindre l’étaque, un petit piquet ou un disque de cuivre, qui tient le rôle de cochonnet. A nous de jouer, après une démonstration par Christian, les filles vont se dresser contre les garçons, et ce n’est pas si facile que ça ! La curvature de la piste et le fait les bourles ne soient pas symétriques font qu’elle roulent en oscillant et en zigzaguant, comme une personne soûle. D’où le nom du jeu d’ailleurs puisque « bourler », en picard, signifie « tituber ». On se prend très vite au jeu en tout cas. Et l’atmosphère de buvette, avec son comptoir, ses plaques en email et toute l’ambiance conviviale qui en irradie, font qu’on se sent vraiment bien. Malheureusement pour nous les filles, nous nous faisons laminer par les garçons mais c’est dans la bonne humeur que nous nous nous dirigeons vers notre prochaine étape.

Comines en France, église d’Orient

Quand j’ai regardé le programme et ai vu « Comines » sur notre itinéraire, je me suis exclamée « Tiens, on va faire un tour en Belgique » mais en fait, non ! Il existe une Comines française avec une particularité : l’Église Saint-Chrysole (Comines en Belgique en a une dédiée à ce même saint d’origine arménienne et venu évangéliser la région). Et quelle église ! Quand on la voit, on se sent transporté loin du Nord mais bien quelque part en Orient. Toute cette partie frontalière entre la France et la Belgique a énormément souffert pendant la Première Guerre Mondiale, la ligne de front passant par là et Comines fut bombardée, perdant son hôtel de ville et son église. Dans les années 20, lors de la reconstruction, alors que le nouvel hôtel de ville est édifié en pur style flamand, l’architecte Maurice Storez, assisté de Dom Paul Bellot vont choisir autre chose : le style néo-byzantin, d’où le côté « exotique » de l’église. L’effet est assez saisissant puisque les deux bâtiments se font face de part et d’autre de la Grand-Place. Le portique de forme rectangulaire avec son énorme vitrail géométrique est plutôt imposant. A l’intérieur, c’est une explosion de couleurs entre les vitraux, les décorations… et la grande chaire de vérité Art Déco, c’est une église plutôt théâtrale et complètement insolite.

Prés du Hem, plaisirs verts et divers

Avec tout çà, il est déjà l’heure de déjeuner. Nous embarquons à nouveau dans le van, direction Armentières. Ce n’est pas en ville que nous allons déjeuner mais dans le cadre enchanteur du Pré du Hem, chez Marguerite Barameuh, un estaminet où les plats typiques du Nord tiennent la vedette : filet américain, carbonnades flamandes, frites et fricadelles… Je ne suis pas du tout dépaysée ! C’est justement pour cette dernière que j’opte. Ne vous attendez pas à de la grande gastronomie mais à de la cuisine simple, honnête, bonne (frites validées) dans un cadre rustique qui convient bien au lieu et qui invite à bavarder avec ses voisins, c’est plutôt sympa chez la copine Marguerite. On rajoute quelques bières locales et le résultat, c’est nos mines réjouies sur la dernière photo. 

Les spécialités culinaires du Nord n’étant pas connues pour être légères, c’est le moment de se promener dans les Prés du Hem qui sont en fait le plus grand parc de loisir de la Métropole Européenne Lilloise : des espaces verts, une plaine de jeux, un lac artificiel avec sa plage et ses activités nautiques (et son club de voile)… et deux activités plutôt inédites : le sentier Vanupieds et le Marais des contrebandiers.

Le Sentier Vanupieds est ce qu’on appelle un sentier sensoriel. Un longue bande de plus d’un kilomètre, composée de sections remplies par différents matériaux, dans ce cas ci, des matériaux qui ont traits à l’environnement et à l’histoire du Nord : du verre pilé, des galets, du sable, du lin, des briques, des boulons, des capsules de bière, de l’orge, du charbon… et tout cela se parcourt, vous l’aurez deviné, pieds nus ! On mélange les textures, cela permet à la fois d’apprendre aux enfants les textures et plein de détails sur les choses sur lesquelles ils marchent. Bonus : on se fait un petit massage de la plante des pieds (même si certains morceaux sont plus agréables que d’autres). Nous n’avons pas pu résister à le tester du moins sur une partie mais si nous n’étions pas tenu par l’horaire je pense que nous l’aurions marché en entier !

L’autre attraction, c’est le Marais des contrebandiers. Nous sommes ici à la frontière avec la Belgique et jusqu’à il n’y a pas si longtemps, la libre circulation des biens n’existait pas. Je me souviens encore très bien de mes grands-parents qui partaient en expédition shopping en France en priant qu’on ne les arrête pas à la douane pour fouiller le coffre de la voiture. Pas mal de trafic se déroulait sur le chemin du « Risquons-tout ». Si les Français ramenaient des cigarettes et du chocolat, les Belges faisait entrer du vin et des bas nylon, à chacun son truc. D’ailleurs, dans ce marais, on peut choisir son aventures : soit prendre le chemin des contrebandiers en se cachant dans l’environnement naturel du marais, soit on choisit le chemin des douaniers et on enquête sur ces filous de contrebandiers. Ou on peut faire l’un après l’autre, si on a le temps.

Tu l’auras compris, Lectrice, Lecteur, les Prés du Hem est un magnifique endroit à explorer en famille, d’autant plus que les tarifs sont doux (8 Euros tarif adulte, 5 Euros tarif réduit) !

Au sommet du beffroi d’Armentières

Dernière étape de la journée : la ville d’Armentières et son beau beffroi. Armentières, comme toutes les villes de bord de Lys, le fleuve qui marque la frontière avec la Belgique, a une riche histoire de ville marchande et industrielle, notamment dans la toile mais aussi dans la bière. C’est une ville en pleine reconversion, qui cherche encore son destin. Tout comme Wattrelos, Armentières à beaucoup souffert pendant la Grande Guerre. Détruite à 90%, elle a du être reconstruite massivement et le plus bel exemple, c’est l’hôtel de ville et son beffroi.

Le beffroi, voilà une silhouette qu’on connaît bien à travers les frontières franco-belge. Nombreuses sont les villes dont le ciel est percé par une haute et fine tour d’où résonne le son des cloches. Avoir un beffroi, c’est un signe de prestige. C’était le signe des libertés accordées à une ville par son suzerain.

Celui d’Armentières, attaché à l’Hôtel de Ville, est donc récent mais fait partie de la liste des 56 beffrois de Belgique et de France inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Il a connu plusieurs incarnations. Détruit plusieurs fois, c’est en 1934 que ce nouveau beffroi construit par Louis Marie Cordonnier, sera inauguré. Tout de briques rouges avec inserts de briques blanches, comme le veut le style de la région, il tient à la fois du clocher et du donjon. Avec son horloge sur ses quatre faces, il a aussi des petits airs de Big Ben. D’ailleurs, ses cloches sonnent l’heure. Et même les quarts d’heure ! Mario, notre guide, nous attend à l’Hôtel de Ville. C’est lui qui va nous emmener à travers les couloirs pour que nous puissions nous lancer à l’assaut des marches qui mènent au sommet de la tour.

Une des parties les plus impressionnantes de la visite, c’est lorsqu’on arrive au niveau de l’horloge. Du moins, d’une des quatre. Et personne n’a pu s’empêcher de penser à l’horloge de Hill Valley dans « Retour vers le futur », nom de Zeus ! Encore quelques marches plus haut et nous voilà au sommet, pour profiter d’une superbe vue à 360 degrés sur toute la région. Devant nos yeux, l’église Saint-Vaast toute proche, les toits de tuile d’Armentières, de l’autre côté, la partie la plus industrielle de la ville et au loin, quelques collines qui se dessinent paresseusement à l’horizon. C’est Mont Kemmel, bien connu des cyclistes et amateurs de course à vélo puisqu’il figure toujours en bonne place du Tour des Flandres. Normal, c’est le point culminant de la Flandre, avec ses 150 mètres. Pas si plat que ça, le plat pays finalement !

Après avoir pris des tonnes de photos, nous sommes prêts à redescendre et une surprise nous attend dans une des salles de l’hôtel de ville : un petit apéritif improvisé avec une toute nouvelle bière armentièroise, la René, une bière de la renaissance d’un grand nom de la brasserie armentiéroise : les Motte-Cordonnier. « René » est d’ailleurs le prénom de l’arrière-arrière-grand-père, architecte de la brasserie. C’est un peu une exclusivité car la bière venait à peine d’être dévoilée. Et que serait une escapade dans le Nord sans une bonne gaufre ! Et celles que nous avons goûtées sont de compètes : les Gaufres du Pays Flamand de l’artisan-gaufrier Jean-François Brigand. Son magasin-atelier de Houplines abrite le Petit Musée de la Gaufre mais son propriétaire parti en vacances, nous n’avons pas pu la visiter. La gaufre fourrée classique du nord, c’est la vergeoise, fourrée à la cassonade mais il en fabrique aussi au spéculoos (bave), au rhum, à la mandarine… mais celles à la saveur mojito sont un véritable régal, c’est à a fois surprenant et frais. J’ai dévoré mon paquet un peu trop vite. 😉 Et c’est sur cette note particulièrement douce que nous reprenons la route vers Lille.

Visites du beffroi d’Armentières sur rendez-vous, du mardi au samedi : http://www.armentieres.fr/tourisme/rub/page/fiche_visite.php?page=412&visite=1

Pour aller plus loin
Où dormir à Lille ?

Lors de mon séjour pendant le Salon des blogueurs, j’ai été logée à l’Auberge de Jeunesse HI Stéphane Hessel. Situé à côté de la station de métro Porte de Valenciennes, ce bâtiment tout neuf aux belles lignes contemporaines offre un superbe cadre aux voyageurs à budget réduit. On est dans un style bien urbain ; y’a du béton parton, y compris sur le sol avec le béton ciré. Le rez-de-chaussée, qui combine tous les espaces communs, est immense et comprend un bar, un très grand espace de détente, un kicker, la salle de petit-déjeuner, des petits coins isolés pour papoter tranquille, un coin lecture… Le personnel à l’accueil est vraiment sympa, ce qui ne gâche rien. 

Il y a aussi une cuisine, mais je n’ai pas eu l’occasion de la voir. J’ai dormi dans une chambre individuelle (yes, ils en avaient) avec donc un petit lit simple, un casier pour ranger ses affaires, un bureau et une grande salle de bain. N’oubliez pas d’emmener savon et serviette, d’ailleurs (en cas d’oubli, vous pourrez toujours acheter le premier et louer une deuxième à l’accueil). Il y a également une prise USB dans la lampe de chevet et une prise près du bureau, pas de problèmes pour brancher vos smartphones et appareils. Une chambre sobre où il n’y a rien à redire, si ce n’est un problème d’isolation phonique. Heureusement, je ne voyage jamais sans boules Quiès !

Tarif tout doux à l’auberge (25,10 Euros pour une chambre partagée, prix adhérant aux HI) qui comprend un petit-déjeuner simple (baguette, toasts, garniture, céréales, fromage, jambon et fruit).

Comment se déplacer

La Métropole  lilloise est densément peuplée et les nombreuses villes et villages qui la composent sont reliés entre eux par un réseau de transport en commun plutôt efficace, du moins si l’in rayonne de Lille même. Circuler de villes en villes est un peu plus compliqué.

Wattrelos est relié au centre de Lille par le métro et le bus. Pour s’y rendre, prendre la ligne de métro 3 jusqu’à Roubaix Euroteleport puis soit la ligne de bus L3, soit le bus MRW en direction de Mouscron.

Pour Armentières, le plus facile est d’arriver en train (prendre le train en direction de Dunkerque ou de Calais). La ligne de bus 99 relie les Prés du Hem à la fois à la Gare d’Armentières (dans un sens) mais aussi à la ligne de métro 2 (station Saint-Philibert) dans l’autre. Il est donc assez aisé de combiner les deux en une journée.

Comines prend un peu plus de temps (1 heure) mais est reliée à Lille avec les bus 82, 86 et L90.

Plus d’infos sur le site d’Ilevia, la société de transports en commun de la métropole lilloise.

Cette escapade dans le Nord a été réalisée dans le cadre de We Are Travel, le salon des blogueurs de voyage et coordonné par Armentiérois tourisme et  Wattrelos Tourisme que je remercie chaleureusement pour leur accueil. Les opinions de l’auteure lui reste propres, malgré les bières ingurgitées et les gaufres au mojito.

 

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