Excursion à l’ouest de la Floride : les lamantins de Crystal River, Homosassa Springs et hydroglisseur sur Withlacochee River

Il est de découvrir autre chose de la Floride que Disney World. Aujourd’hui, Emma et moi embarquons pour une excursion qui va nous emmener vers la côte ouest de la Floride, dans les environs de Tampa à la rencontre des lamantins de Crystal River, l’Homosassa Springs State Park et un tour en airboat au Withlacochee River Park. Tout un programme !

Comme nous voyageons sans voiture, nous avons décidé de réserver une excursion via l’agence Real Florida Adventures qui se chargera de tout : transport, excursion et repas. On ne viendra pas nous chercher à l’hôtel, nous voilà de bon matin à attendre dans le parking d’un Golden Corral après une petite course en VTC. A l’heure pile, voilà le minivan de l’agence qui arrive. Nous ne serons pas nombreux, donc ! Nous ne sommes pas encore montés qu’on nous sert déjà un plateau petit déjeuner ! C’est qu’il y a quand même une bonne petite route jusqu’à Crystal River !

Crystal River, nager avec les lamantins

Bienvenue dans l’autre Floride, loin de celle du glamour de Miami ou de la bourgeoisie relax de Fort Lauderdale. Ici, le Sunshine State ressemble plus au Vieux Sud qu’à autre chose et on vote fermement républicain. Crystal River est une petite ville tranquille d’un peu plus de 3000 habitants. Le genre d’endroit qu’on pourrait voir dans un film. Sa particularité est d’avoir été fondée près de la deuxième concentration de sources d’eau chaude des Etats-Unis, ce qui en fait un endroit parfait pour les lamantins.

A propos des lamentins

Les lamantins sont des mammifères marins, uniques représentants de leur ordre, les siréniens. Aussi appelés « vaches de mer », on trouve le lamantin en Asie, en Afrique et dans les Amériques (Amérique centrale et de l’Amérique du Sud, ainsi que dans les Caraïbes et en Floride).  Aux Etats-Unis, il est appelé « manatee ». On le trouve principalement dans des eaux chaudes et peu profondes. En effet, si leur peau est épaisse, à la différence du phoque, il ne possède pas de couche de graisse aussi protectrice qu’eux et ils ont un métabolisme plus lent. Contrairement à d’autres mammifères marins, le lamantin ne se nourrit pas de poisson mais de végétation aquatique qu’il attrape grâce à un museau allongé qui ressemble à une petite trompe (son plus proche cousin terrestre étant l’éléphant).  Le reste de son corps est massif et arrondi avec une tête large et une queue en forme de pagaie. Espèce en voie de disparition, il est protégé aux Etats-Unis depuis les années 70 mais reste vulnérable. Il n’a pas de prédateur naturel, son existence est menacée par l’activité humaine (destruction de son habitat et collision avec des bateaux). L’année dernière plus de 600 lamantins sont morts soit de froid (l’hiver 2021-2022 avait connu un gros coup de froid) soit par la dégradation de leur environnement dû à l’expansion humaine).

Avec ses sources d’eau chaude qui maintiennent une température agréable même en hiver, Crystal River possède une des plus importantes populations de lamantins en Floride. C’est aussi le seul endroit où il est autorisé de nager avec eux et c’est directement au centre que nous nous dirigeons pour nous équiper. La meilleure façon de rencontrer des lamantins, c’est en plongeant avec masque et tuba. Le centre de plongée nous fournira tout ça ainsi qu’une combinaison de plongée obligatoire. Une fois prêts, nous embarquons sur des petits bateaux où les instructeurs vont nous briefer sur les lignes à suivre pendant notre plongée : rester en large cercle, se tenir à distance des lamantins, ne pas les toucher ou les bloquer. Nous aurons 30 minutes, pas une de plus.

La balade en bateau est assez plaisante mais je suis quand même interpellée. Tout le long de la rivière, on voir des villas au bord de l’eau, charmantes cela dit, mais je ne pensais pas qu’un sanctuaire pour animaux serait autant urbanisé. Ça pose quand même pas mal de questions.

Le spot est dédié à l’observation de lamantins qui sont habitués aux humains est quand même plus isolé et pendant que nous attendons notre tour, l’instructeur nous rappelle nos obligations. Enfin, voilà notre tour ! Nous nous mettons à l’eau et nageons lentement vers le spot. Et il ne faut pas longtemps avant que j’aperçoive une silhouette massive se mouvoir avec lenteur et grâce dans l’eau. Un lamantin, c’est grand, entre 3 et 4 mètres de long et ça peut peser jusqu’à 1 tonne. Inutile de te dire, Lectrice, Lecteur, que c’est impressionnant. Leur corps est tout rond et dodu et leurs yeux, frangés de longs cils et plissés, comme les éléphants, nous observent avec attention. Ils n’ont pas l’air effrayés ou ennuyés. Ils sont mêmes plutôt curieux et s’avancent vers nous, à tel point qu’il sera quelque fois difficile de respecter les distances. C’est là que ce qui était jusqu’alors une expérience inoubliable s’est transformée en « il y a un truc qui cloche ».

Si j’ai tenu à respecter au mieux la distance avec les lamantins, ce n’est pas le cas de tous. J’ai même vu un participant en toucher un, alors que c’est interdit et sans aucune conséquence, alors que l’instructeur était sensé veiller au grain. Je le disais plus haut, la curiosité pousse quelque fois les animaux à s’approcher mais aussi, on ne peut pas prévoir de la direction que prendra un lamantin et il arrive que l’un d’entre eux passe très près de vous en traçant simplement son chemin. Il y avait également une mère avec son petit et évidemment, c’est tout simplement adorable mais ne vaudrait-il pas mieux les laisser tranquilles ?

Bref, confrontée à la réalité de la chose, ce qui était présenté comme une activité plutôt respectueuse me laisse plus que dubitative et je pense que si on me le repropose, je ne le ferai pas. Du coup, Lectrice, Lecteur, je ne sais pas si je peux te recommander cette activité en conscience mais je te laisse juge. L’honnêteté voulait que j’en parle, puisque je l’ai faite.

Après être remontés à bord, la balade en bateau se poursuit le long de la Crystal River jusqu’à une des sources d’eau chaude. On se remet à l’eau pour essayer de la trouver mais bien que l’instructeur nous ait indiqué la direction, ni Emma ni moi ne tomberont dessus. Dommage ! Nager dans des bulles d’une source sous-marine, c’est toujours assez magique.

(pas de photos de lamantins, mon sac étanche pour faire plonger mon smartphone ne l’était pas vraiment mais Emma y est bien arrivée)

Homosassa Springs Wildlife Park, le refuge des animaux de Floride

Après s’être séchés et rhabillés, nous reprenons la route avec un bon plateau-lunch que nous dévorerons encore dans le van, le temps d’arriver à notre seconde destination : Homosassa Springs. Comme Crystal River, Homosassa est connue pour ses sources mais plus encore pour son parc animalier : le Ellie Schiller Homosassa Springs Wildlife Park.

Les sources d’Homosassa étaient bien connues des Amérindiens qui y vivaient depuis des siècles. Deux cents ans après les premiers contacts avec les colons européens, cette population fut complétement décimée par les conflits et les maladies. La région fit alors repeuplée par d’autres groupes d’Amérindiens comme les Seminoles qui avaient eux-mêmes été chassés de leurs territoire. Cet héritage des Premières Nations est rappelé dès l’entrée du parc avec l’effigie d’une femme prête à décocher une flèche.

Homosassa Springs attire les touristes depuis le début du XXème siècle et dans les années 60, on y crée un parc animalier où vivaient des « animaux acteurs ». Dans les années 80, le comté de Citrus reprend le domaine qui se retrouve alors dans le réseau des Florida State Parks. Cela va complètement en modifier la philosophie. Désormais, le Ellie Schiller Homosassa Springs Wildlife State Park serait la résidence de la faune locale et plus particulièrement, des animaux blessés en revalidation ou qui ne peuvent plus vivre à l’état sauvage. Différents sentiers vous emmènent à la découverte du parcu cet de ses résidents. Homosassa Springs avec ses sources d’eau chaude est un endroit parfait pour les lamentins. Pas étonnant donc qu’on en retrouve ici, en convalescence. Un poste d’observation sous-marin vous permet de les regarder évoluer sous l’eau, ainsi que les nombreux poissons, sans les importuner.

Parmi les reptiles présents, comment ne pas mentionner l’alligator, un des symboles de la Floride ?  Ouvrez l’œil, on peut facilement les confondre avec une branche d’arbre, voir même avec le sable de la rive. Son camouflage est est finement adapté à son environnement !

Parmi les oiseaux, on retrouve évidement des flamants roses (qui doivent être nourris avec des crevettes de luxe tellement leur rose est vif, des pélicans mais aussi des pygargues (aussi appelés aigles chauves), un rapace brun foncé à tête blanche qu’on retrouve sur le sceau des Etats-Unis.  Et là, Lectrice, Lecteur, j’ai un énorme coup au cœur. Les deux aigles qui habitent là avaient tous les deux une partie d’aile arrachée. Impossible donc pour eux de voler et ils ne quitteront jamais le parc. Le plus triste était de voir l’un des deux essayer de voler en battant l’air de son aile valide et de son moignon, en criant sa frustration. Le roi des airs est privé de son royaume et cette scène m’a fait monter les larmes aux yeux.

Les mammifères locaux les plus gros après le lamantin sont la panthère de Floride et l’ours noir de Floride. Eh oui ! On le sait peu mais l’Etat compte quelques grands prédateurs.

La panthère de Floride est une sous-espèce du puma. Bien proportionnée et particulièrement élégante, elle est un peu plus petite que ses cousins du nord des Etats-Unis et l’animal officiel du Sunshine State. En voir d’extinction, il n’existerait pas plus de 230 individus dans la nature. Deux panthères qui ne peuvent plus vivre à l’état sauvage résident à Homosassa et j’en verrai une des deux. Alors, moi qui adore les félins de toute sorte, comment ne pas craquer pour sa beauté ? Elégamment allongée à l’ombre, elle laisse observer sa belle robe beige, son museau blanc, ses grosses pattes…

L’ours noir, Maximus, a une histoire particulière. Né sauvage, il a été abandonné par sa mère, pour une raison inconnue, alors qu’il était tout petit. Sauvé par la Florida Fish and Wildlife Conservation Commission, il est envoyé à Homosassa où tous les moyens seront mis en œuvre pour sa survie. Il aura en effet la vie sauve mais étant devenu trop habitué et imprégné des humains, la Commission a évalué que le jeune ours ne pouvait pas être relâché. Il sera donc l’ambassadeur de son espèce ici, comme ses congénères du parc.

L’autre animal particulier du centre, c’est Lu, l’hippopotame. C’est le plus vieil hippopotame vivant en captivité et à plus de 60 ans, sa présence remonte du temps où le parc était dédié aux animaux acteurs. Il aurait normalement dû déménager dans un zoo lors de la transformation du parc mais les habitants du coin s’y étaient tellement attachés qu’ils firent pression pour le garder, ce qui lui fut accordé par le gouverneur de l’époque. Lu est même officiellement un résident honoraire de l’Etat de Floride, il ne déménagera donc jamais.  

Nous avons bien pu profiter du parc pendant près de 2 heures et en milieu d’après-midi, il est temps de repartir pour la dernière visite de la journée.

Airboat sur la Withlacochee River

Nous nous enfonçons plus à l’intérieur des terres, là où la Floride n’est qu’un vaste marécage traversé par de paresseuses rivières. Quand on regarde la carte, la région ressemble à un fromage à trous où chaque trou et craquelure serait rempli d’eau. Ce n’est pas les Everglades, mais cela y ressemble.  Ici, l’air est plus lourd. Ca sent l’eau, les plantes qui y pourrissent et la cambrousse « made in USA ». D’ailleurs, quand on entre dans les bureaux de Wild Bill’s Airboat Tour, on est accueilli par un alligator empaillé et une boutique où on vend… du jerky d’alligator (merci, mais non merci). Le décor est donc planté !

Si nous sommes là, c’est pour faire une chouette balade en Airboat (hydroglisseur), une activité bien typique de la Floride. Un airboat, ça fait du bruit aussi, on nous munit tous d’un casque avant de démarrer. Et nous voilà parti à toute vitesse sur une large rivière recouverte de végétation aquatique, où on ne sait pas où commence l’eau et le ciel. On s’enfonce aussi dans de petits bras de rivière et de criques bordés de cyprès et de gommiers où pendent des mousses espagnoles. Un véritable paysage de bayou. C’est superbe ! A notre passage en trombe là où la rivière permet de pousser des pointes de vitesse, les oiseaux s’enfuient. C’est là qu’à nouveau, je me pose des questions… Comment vraiment apprécier la faune si le bateau dégage autant de bruit ? Heureusement, dans les voies d’eau plus petite, on glisse plus calmement. Même un alligator, à nouveau encore une fois quasi invisible sauf à l’œil averti, ne semble pas perturbé par notre présence.

Personnellement, je m’y verrais bien plus en canoë (le kayak me semble un peu trop bas que pour être accessible aux alligators) qu’en bateau à moteur. Tout ça et bien plus (le camping, la randonnée, la pêche…) c’est possible au Withlacochee River Park. Une alternative plus zen à l’hydroglisseur même si je dois bien l’admettre, c’est plutôt fun.

Pause dîner caribéenne

Le soleil se couche lorsque le bus nous ramène à ce parking de centre commercial à Kissimmee. Il fait faim pour Emma et moi et notre regard est attiré par un énorme restaurant : le Bahama Breeze, une chaîne spécialisée dans la cuisine caribéenne. Ce n’était pas prévu, nous pensions retourner à l’hôtel et manger mais voilà, la possibilité de se régaler tout de suite a eu raison de nos résolutions.

L’intérieur du restaurant, construit pour ressembler à une maison créole, est ENORME. Autour d’une immense salle, s’articulent différentes alcôves avec vue sur un jardin. Nous choisissons cette option et commandons un cocktail et pour moi, LE plat national jamaïcain que je n’ai plus mangé… ben depuis la Jamaïque : le jerk chicken, du poulet mariné dans un mélange d’épices (au moins du poivre jamaïcain et du piment sotch bonnet ainsi que d’autres herbes et épices selon les recettes) et cuite au barbecue ou feu de bois qui lui donne un aspect noir. C’est traditionnellement le poulet qui est accommodé au « jerk » mais d’autres viandes comme le porc ou le poisson peuvent aussi être préparés de la même façon. Pas de la grande cuisine mais nous nous sommes régalées et le restaurant est vraiment très beau !

En conclusion

Alors que tirer de cette excursion dans l’ouest de la Floride ? D’abord, le grand professionnalisme de l’agence Real Florida Adventures qui a pensé à tout et qui est au taquet et avec un guide qui en connaît autant que les locaux. Leur mini-van était confortable, ils ont pensé à tout : les repas, un petit film pour nous distraire pendant les trajets, pas trop d’activités pour qu’on ait quand même du temps pour en profiter… Bref, je les recommande.

Par contre, les activités m’ont laissé un drôle d’arrière-goût dans la bouche. Après avoir vu comment ça se passait, je ne suis pas sûre que nager avec les lamantins soit une bonne idée (et si je devais le refaire, eh bien ce serait non) et je me demande aussi si filer sur un bateau qui fait un boucan de tous les diables est une manière respectueuse de profiter de la nature. Mais voilà, « you live and learn » et sans en avoir fait l’expérience, je n’aurai pas pu vous en parler en connaissance de cause. Lectrice, Lecteur, je laisse tout cela à ton appréciation. Néanmoins, sache que l’agence a toute une série d’autres excursions depuis Orlando et sa région (vers le Kennedy Space Center pour les férus d’aventures spatiales, à la plage de Clearwater Beach avec ou sans activités…).

La prochaine étape sera Miami et c’est en train que je vais rejoindre la ville la plus calliente des Etats-Unis.

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La publication a un commentaire

  1. Stella

    Bonjour,

    Je suis trop sensible pour les animaux. Ta description me fait peine. C’est comme nager avec les dauphins ou autre animal, je valide pas.
    Je pars du principe (peut-être faux) que cela les habituent à l’humain et donc les mets en danger …

    Merci de ton honnêteté.

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