- Klakvsik , Îles Féroé -

August 2013

Fabuleuses Féroé : C’est pas la femme qui prend la mer…

Je me disais bien qu’une sale journée se tramait… La veille au soir, en sortant du “Maverick”, une bise froide s’était mise à souffler et m’avait bien vite fait rentrer chez les Martsens. En à peine une heure, le soleil printanier s’est transformé en revanche de l’hiver, me coupant toute envie de prolonger la soirée. Me voilà donc au chaud, dans ma chambre, avec un bon bouquin, la télé locale en bruit de fond, à regarder tomber la neige sur une nuit qui n’en finit pas de descendre. Et ce matin, pendant que j’essaie d’engouffrer le plus possible de nourriture pour faire plaisir à mon hôtesse, je me dis que j’ai vraiment choisi mon jour pour prendre la mer!: je vais me rendre dans les deux dernières îles de l’archipel du Nord Le ciel est bas, si bas…  Il pleut… La mer sera probablement houleuse mais c’est mon unique jour pour voyager par bateau entre les îles, ce qui est un comble depuis que je suis arrivée. Je me remémore les conseils de Rakul: “Ma grand-mère me disait: avant de prendre la mer, pour éviter le mal de mer , une bière et un petit verre de schnapps. Enfin, ça ou un bon petit-déjeuner”. J’ai préféré suivre son deuxième conseils! Je me demande comment je vais affronter ce passage vers Svinoy et Fugloy… Il y en a pour une 1h45 de bateau. Ça peut être long.

Acte manqué

Mais pendant que je me régale, le temps passe et me voilà qui me dirige à pas pressés vers l’arrêt de bus. Pour prendre le ferry pour ces deux îles, il faut prendre le bus jusqu’à Hvannasund, petit village portuaire sur le chemin de Viðareiði. Le minivan est bien là… sauf que je n’ai pas le temps d’arriver jusque-là… et voilà que le chauffeur démarre.  Je cours comme une dératée derrière le bus, en agitant les bras avant que le chauffeur ne rejoigne la route, en essayant de me faire voir dans son rétroviseur. Rien n’y fait! Me voilà donc toute penaude, sous la pluie en train de souffler et de pester sur la ponctualité des Férigiens.

Je ne me laisse pas totalement abattre. Le temps de me remettre de ma déception et je me rappelle que je peux prendre le ferry depuis Klaksvik pour l’île de Kalsoy! Bon, au lieu de près de deux heures, un allez-retour devrait prendre un bon quarante minutes mais c’est beaucoup mieux que rien.

Je vais me réfugier à la bibliothèque en attendant le prochain ferry. Heureusement, ce n’est pas long! Les ferries sont assez fréquents aux heures de pointe. J’ai juste une petite heure à tuer avant le prochain départ.

Sam, the ferry to Kalsoy Sam, the ferry to Kalsoy

Sam, le ferry

Et finalement, m’y voilà… Sam le ferry attend que voitures et passagers embarquent. La météo ne s’est toujours pas améliorée et la traversée risque de ne pas être de tout repos! Sam a de la place pour quelques voitures… un couloir très étroit mène vers le bas du bateau où se trouvent les passagers. Un vrai bunker sans fenêtres (avec un distributeur de café) mais à part moi qui m’obstine à rester dehors, les quelques passagers sont tous en bas. En quelques minutes, le navire largue les amarres et nous laissons Klaksvik derrière nous. Avant de rejoindre la salle du bas, le dernier des passagers encore sur le pont me lance un regard amusé, comme si je faisais quelque chose d’incongru! C’est que le vent souffle et les embruns me fouettent le visage! Heureusement pour mon appareil photo, il s’est arrêté de pleuvoir. Je peux donc me balader à loisir sur le pont pour prendre des photos de tout ce qui m’entoure.

Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy

Le ferry croise le long de côtés vertes et noires, abruptes, filant dans une mer qui reste bleue malgré le ciel gris. De l’autre côté, ce sont des collines et montagnes encore saupoudrées de neige qui forme un arrière-plan du plus bel effet et comme chez nous les vaches regardent passer les trains, les moutons regardent passer les bateaux. Je suis tout occupée à photographier lorsque je réalise soudain que de l’eau arrive à mes pieds…la mer est tellement agitée que l’eau arrive à passer sur le pont. Je pars me réfugier dans le couloir. C’est le moment de voir si j’ai VRAIMENT le pied marin. Le bateau ballotte de plus en plus! Dans l’embrasure de la fenêtre, je vois l’horizon bouger à 30 degrés. Un moment étrange et fascinant, comme dans un rêve. Et mon estomac tient le coup… c’est plutôt mon cerveau qui est désorienté mais celà ne dure qu’une dizaine de minutes. A l’approche des côtes de Kalsoy, la houle se calme. Nous croisons un phare et voilà le petit village de Syðradalur, où nous accostons. Un mini-ballet s’engage entre voitures et passagers et en dix minutes, le temps de me prendre un café au distributeur et de me réchauffer les mains rougies par le froid à force de prendre des photos, Sam est prêt à repartir avec sa nouvelle cargaison. 😉

Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy
Sam, the ferry to Kalsoy

Le ciel commence doucement à s’éclaircir sur le chemin du retour… Je profite à fond d’être sur l’eau et me dit que je devrais absolument tenter cette idée de devenir co-équipière d’un bateau, de persévérer pour voir si, face à l’océan, je serai aussi confiante. La fin de la petite virée maritime est déjà arrivée. Je débarque… J’ai juste le temps d’aller chercher ma valise chez les Marstens, leur faire mes adieux et d’attraper le bus de retour vers Tórshavn. C’est là que je réalise une chose : c’est mon dernier jour complet dans les Féroé… au fur et à mesure du voyage, je commence à me gorger jusqu’à plus soif  d’un paysage qui ne me sera peut-être plus donné d’être vu. J’ai l’impression de n’en avoir jamais assez mais toute rêverie a une fin… et pour celle-ci, c’est le “ring” de Tórshavn qui sert de réveil-matin. En cinq minutes, le bus arrive au terminal des ferries et je rejoins l’Hotel Streym pour déposer mes affaires.

Untitled
Untitled

Retour à Tórshavn

Cette fois, le soleil est franchement sorti. Et dire qu’il faisait si moche à Klaksvik! Cette météo bipolaire va un peu me manquer! C’est éprouvant pour le moral mais à la fois fascinant mais surtout, fait partie intégrante de l’expérience féringienne! Je me dépêche de sortir… nous sommes samedi, en milieu d’après-midi mais il semble que dimanche ait déjà commencé. Les rues sont quasi désertes et les magasins ont déjà fermé. Et là, une tonne de mélancolie me tombe dessus. Celle des dimanche où l’on est dans les limbes, ne sachant que faire. Je suis là, et plus là en même temps. Présente physiquement, mais l’esprit déjà un peu ailleurs. Puisque les magasins sont fermés, je décide de me balader et de profiter des rayons de soleil pour photographier à nouveau le port et le vieux quartier de Tinganes. A l’un des deux ports, un groupe de jeunes un peu éméchés a décidé de faire ses premiers bains de mer. Il doit faire 7 degrés… et je n’ose pas imaginer la température de l’eau. Je les regarde faire, mi-amusée, mi-inquiète, la main sur mon smartphone en cas de pépins mais après deux ou trois plongeons, ils en ont assez, se rhabillent et finissent leurs bières. Je reprends mon chemin. Je ne croise pas âme qui vive. Dans les restaurants ou cafés, il n’y a quasi personne non plus. Mon spleen ne fait qu’augmenter… Finalement, je vais me réfugier au Café Natúr pour manger un morceau… à travers les fenêtre, je regarde le vent faire bruisser l’herbe des toits des maisons environnantes. Un viking à la mine réjouie vient me servir mon burger. Et pendant que je mange, une succession de chansons country passent à la radio. Lectrice, Lecteur, si tu vas aux Féroé, prépare tes oreilles: les locaux ont un certain amour pour ce type de musique. Je sors du bar quand le soleil baisse et me dirige vers l’hôtel… Demain, il faudra se lever à 4h30 et j’aurai besoin d’une bonne nuit de sommeil.

Tinganes
Tórshavn Harbour
Tórshavn Harbour

Tórshavn Harbour

Et sur le port, alors qu’une longue pénombre commence à couvrir les îles, un groupe de jeunes rameurs part à l’exercice. A nouveau, je reste fascinée devant quelque chose qui m’est si peu familier. Je les regarderai longtemps jusqu’à ce qu’ils soient hors de ma vue… Une des dernières images de ces petits cailloux d’onyx et d’émeraudes.

Pour plus de photos, voir le set Flickr de ce 6e et dernier jour aux Îles Féroé.




  1. Retour du Monde
    le 15.12.2017

    Chouette récit, très bien écrit qui me donne encore plus envie de faire un tour sur ces morceaux de roches posés au milieu de nulle part. Plus de papier sur les Féroés à venir donc ?

  2. Melissa
    le 15.12.2017

    Eh oui… dernier récit en tout cas! Il y aura un article qui fera récapitulatif et donnera quelques conseils mais ce voyage-ci est fini…

  3. Kevin @Voyageur au Vietnam
    le 15.12.2017

    J’aime décidément la manière dont tu écris tes articles ! A chaque fois je suis absorbé, avec toi à 100%, presque même à tes côtés dans le bateau ! Vraiment, j’aime beaucoup, et j’adorerai aller la bas

  4. Melissa
    le 15.12.2017

    Merci Kévin! C’est exactement ce que je veux partager avec vous… faire en sorte de vous emmener avec moi… et vous pousser à découvrir mes coups de cœur!

  5. Valérie
    le 15.12.2017

    Époustouflantes tes photos! Waouw!

  6. Melissa
    le 15.12.2017

    Merci Valérie. Là-bas, la photo est un plaisir de chaque instant, c’est dingue!

  7. Amandine@Unsacsurledos
    le 15.12.2017

    Très chouette récit Mel’. je vois que ces îles t’ont marquées, un coup de cœur que tu partage avec passion.

    Tes mots nous emmènent voyager à tes côtés et j’ai beaucoup apprécié l’évasion, malgré le temps bipolaire 😉

    Tes photos sont super, j’aimerais beaucoup voir un jour ce genre de paysage d’un autre monde.

  8. Melissa
    le 15.12.2017

    Merci Amandine!

    Il y a un vrai sortilège sur ces îles. Et dire que je n’en ai vu qu’une petite partie, c’est dingue! C’est malheureusement une des rares destinations où il faut une voiture. Même si les transports en commun sont plutôt bon. J’ai hâte d’y retourner! Tu viens avec? 😉

  9. Amandine
    le 15.12.2017

    Y a de l’idée !!! 😉 Je garde ça dans un coin de ma tête pour le prochain blogtip ensemble ?! 😉

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