One day in Viðareiði

Je me lève guillerette ce matin ! Le soleil joue à cache-cache avec les nuages mais semble gagner… Ce sont les grandes baies vitrées du salon des Martsens qui me le disent. idéal pour une escapade vers le village le plus au nord des Féroé : Viðareiði (qu’on prononce « viyaweiyi/viyareywi » »). Un grand salon cossu, un peu vieillot, où trônent les photos des maîtres de maison, de leurs enfants et petits-enfants. Sur une grande table, Madame Martsens a disposé un petit-déjeuner pantagruélique ! Plusieurs sortes de pain, des confitures, des oeufs, de la charcuterie, des confitures et pâtes à tartiner, des jus de fruit et du café (ou du thé, si je le souhaitais). C’est tellement énorme que je ne me sens coupable de ne pas lui faire honneur comme il le faudrait

Mon petit-déjeuner de championne terminé, je quitte mon home sweet home pour l’arrêt de bus. Une bande d’ado semble aussi attendre le bus qui doit les ramener chez eux après une matinée d’école. Je n’avais pas vu le mini-van derrière parti discrètement quelques minutes après mon arrivée. Quand arrive le bus de l’école, le chauffeur me regarde d’un air surpris. « Mais, c’est le bus de l’école, Madame ». « Oh, mais… où est l’autre bus pour Viðareiði ? » « C’est celui qui vient de partir. »

Je reste coite. « Mais monter, y’a pas de problèmes. C’est là que je vais. » Je pousse un ouf de soulagement. Le bus démarre… encore et toujours un paysage de rêve de fjords recouverts de neige et d’une eau calme, lisse comme un miroir, où se reflète un panorama altier et sauvage. Et je découvre également les tunnels à sens unique ! Des tunnels si étroits que seul un véhicule peut s’y engager. Je n’ai toujours pas compris comment fonctionne la priorité.

One day in Viðareiði

Et voici mon petit bout du monde. Je descends au tout dernier arrêt, au pied du Villingdalsfjall, la montagne qui barre le paysage au nord du village. Au moment où je veux payer mon passage, le chauffeur rigole, me souhaite la bienvenue et me recommande de ne plus me tromper au retour. Décidément, je me demande bien d’où vient cette réputation de gens bourrus qu’ont les Féringiens ! De tous les nordiques que j’ai pu croiser, ce sont bien les plus extravertis !

One day in Viðareiði

Je décide de monter aussi haut que je puis (pas de sentier balisé) et enfin, j’ai ma récompense : admirer un des plus beau paysage qu’il m’ait jamais été donné de contempler: Viðareiði apparaît dans toute sa splendeur : petit village, situé, encore une fois, sur un isthme. D’un côté, cela descend doucement vers la Mer de Norvège avec les îles de Svinoy et de Fugloy où tombe la pluie en ce moment, de l’autre côté, c’est une énorme falaise exposée aux vents avec l’Atlantique nord pour horizon, et le Groenland, si l’on navigue tout droit. Entre les deux, des fermes et de verts pâturages où paissent des moutons de toutes les couleurs, et quelques chevaux, qui apparaissent tels des petits points blancs, noirs ou marrons, le tout tacheté par des maisons noires aux volets colorés et l’église du village, toute blanche. Le clou du spectacle, c’est le Malinsfjall, une majestueuse montagne conique qui domine le paysage du village. Couverte de neige, elle étincelle au soleil comme si elle était faîte de métal. J’en ai le souffle coupé, encore une fois !

C’est comme si le village était suspendu entre la terre, le ciel et la mer.

One day in Viðareiði One day in Viðareiði Viðareiði

Je redescends pour me rendre du côté est de l’isthme… Cela me prend un petit 45 minutes, à pas tranquille… un étroit passage va me conduire vers un petit « port ». Quelques bateaux sont amarrés, à l’abri d’une mer qui, si elle n’est pas déchaînée, montre quand même qu’on ne doit pas rire avec elle ! Surveillée par un mouton, je m’avance sur les cailloux de la petite plage pour essayer de tremper mes mains dans l’eau. Une vieille tradition dès que je rencontre une mer que je ne connais pas. Depuis que je suis arrivée sur ces îles, je n’ai jamais été aussi proche de l’eau ! Prudence néanmoins car la plate forme est glissante et les cailloux qui forment la petite plage sont recouverts d’algues et tout aussi glissants… ce qui m’empêchera de passer de l’autre côté pour rejoindre une petite cascade qui tombe dans la mer. Je vais passer un long moment à recevoir l’énergie de l’océan et à admirer les îles au loin, débarrassées maintenant des nuages de pluies, on peut les voir clairement. Jusqu’à ce qu’une famille de touristes arrive. Je m’éclipse pour les laisser profiter du lieu à leur tour.

Viðareiði Viðareiði

Pour continuer ma ballade, je retraverse tout l’isthme de bout en bout… Sans doute la plus belle partie du village. Perchée sur une falaise ouverte sur un océan d’un calme impérial, la petite église semble veiller et guetter le retour des marins du village. Impossible d’y rentrer (les églises sont bien les seuls endroits fermés à clé dans les Féroé). Je peux néanmoins faire le tour et me promener dans son petit cimetière. Un petit sentier vous mènera sur un promontoire qui vous permettra d’en prendre une nouvelle fois plein les yeux. A ma gauche, les falaises de Vidoy, en contre haut, l’église éclairée par le soleil et dominée par Malinsfjall. A ma droite, encore d’autres falaises le long desquelles dévale une longue chute d’eau, avec tout au bout, mais qu’on ne voit pas, le Cap Enniberg, le point le plus septentrional des Féroé. Et devant, l’océan. Un Atlantique bleu foncé, placide, grand ouvert, qui appelle l’aventurier vers d’autres horizons. Comment ne pas regarder ce paysage et ne pas vouloir prendre la mer et voir ce qu’il y a, de l’autre côté, encore et toujours !

Lectrice, Lecteur, si tu es plus sportif(ve) (ou en meilleur état physique que moi), tu peux te lancer à l’assaut du Cap Enniberg, la deuxième plus haute falaise d’Europe. Attention, cette randonnée est recommandée à ceux qui ont déjà de l’expérience derrière eux! Je te conseille vivement le guide (le seul uniquement consacré aux Féroé). Tout est y indiqué! Si tu es plus paresseuse/eux, en été, des ballades en bateaux sont organisés pour voir le Cap de plus près mais aussi, une des plus importante colonie de macareux moine, ces jolis petits oiseaux noirs et blanc à grands bec orange, en forme de bec de perroquet. Super mignons, et apparemment super bons aussi (c’est une spécialité des Féroé).

Viðareiði Viðareiði

Je pensais pouvoir me restaurer à l’Hotel Nord ou chez Elisabeth (les deux endroits où se restaurer… un luxe pour une commune aussi petite). Malheureusement, les deux étaient fermés. Il ne me reste donc plus qu’à rentrer à Klaksvik. Je n’ai que 10 minutes à attendre… 20 minutes plus tard, je suis de retour à Klaksvik. C’est la fin de l’après-midi, et la faim se fait sentir. Je retourne donc chez Hja Jórun pour un sandwiche au poisson (what else?) et un dessert… Lorsque je sors de là, le temps s’est gâté. Un vent froid souffle dans les rues de Klaksvik… mais je n’ai pas envie de rentrer tout de suite. J’ai repéré un petit bar à côté portant le nom de « Maverick ». Un bar au look de bouiboui de route nationale américaine, placé tout seul au milieu d’un parking. Je rentre : à part les deux serveuses, il n’y a qu’un vieux monsieur qui semble ne pas être à sa première choppe. Son visage buriné révèle qu’il s’agit d’un marin. Je ne suis pas assise depuis deux minutes que l’homme s’approche de ma table,observé du coin de l’oeil par une des deux barmaids: « Vous venez d’où ? » Je réponds que je reviens de Belgique. « Ah… la Belgique, Bruxelles, je connais. » Et il s’éclipse vers le bar aussi vite qu’il est venu. Je l’entends parler aux barmaids et distingue le mot « Belgia ». On parle donc de moi. Il se rassied, la musique s’arrête dans le bar et tout à coup, après ces quelques secondes de silence: la Brabançonne. Mon marin avait donc demandé aux barmaids de trouver l’hymne national belge! Moment surréaliste… de l’autre côté de la pièce, affaissé derrière sa bière; l’homme me regarde avec un sourire un coin. Je sors mon iPhone pour filmer la scène car personne ne me croira si je ne l’immortalise pas. On s’échange un santé.

Voilà donc ce qui arrive, quand une Belge entre dans un bar de Klaksvik, aux Féroés:

Le set complet Flickr de cette journée se trouve ici!