- Belfast , Irlande du Nord, G-B -

February 2015

Belfast, phénix d’Irlande du Nord

Belfast… née au début des années ’70, à l’évocation de ce nom, je ne peux m’empêcher de penser à la chanson éponyme de Boney M (en dodelinant de la tête)… Au début de l’adolescence, ce sera plutôt le « Belfast Child » de Simple Minds qui viendra s’ajouter à la liste des chansons que cette ville a inspiré. L’Irlande, qu’elle soit du Nord ou de la République, est un pays de chanson, mais peu de ses villes ont inspiré des artistes comme Belfast. Les « Troubles » y sont beaucoup. Ville martyre, divisée, écartelée entre ses communautés, marquée par les attentats et les morts, la capitale d’Irlande du Nord a bien repris du poil de la bête et engrange les bénéfices d’une paix retrouvée.

Nous avons filé d’une traite de London/Derry à Belfast, direction l’hôtel Malmaison. Ca fait le 2e hôtel de la chaîne que je visite après leur fameux « hotel-prison » à Oxford. Et je dois dire qu’il savent bien choisir leur emplacement. La politique de la chaîne est de s’installer dans des bâtiments historiques, dans ce cas-ci, il s’agit d’un ancien entrepôt à grains. Le contraste entre l’extérieur ancien et le design contemporain de l’intérieur est toujours intéressant au Malmaison et je savais donc que nous allions être très bien installé. Les chambres sont assez similaires à celle d’Oxford, manquait seulement la jolie baignoire qui m’avait procuré bien du plaisir là-bas. Belfast étant un port, dans la salle du petit-déjeuner, on retrouve une ambiance nautique, avec des bois blancs et des objets évoquant la mer et les bateaux… Contraste (encore) avec l’accueil qui est tout en couleurs sombres ! Mais pour le moment, nous ne faisons que déposer nos affaires pour nous rendre tout de suite au St-George’s Market, à 5 minutes de l’hôtel.

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Faire son marché à Belfast

St-George’s Market et LE marché couvert de Belfast. Une endroit photogénique à souhait, situé dans un ancien bâtiment victorien, on le traverse à pas lent pour profiter de l’ambiance mais aussi, parce qu’on a envie de tout goûter ! Et les gourmands ne seront pas où donner de la tête et des papilles ! Comme c’est un marché, on peut y acheter fruits, légumes, confitures et pâtisseries artisanales mais aussi des objets de déco, des cartes, des tricots… En plus, il y a une multitude de stands où on peut se restaurer : du petit-déjeuner à la britannique en passant par les cuisines indienne, italienne, cubaine, végétarienne ou dessert, impossible de ne pas trouver de quoi satisfaire le plus difficile des chalands. Et comme nous sommes en Irlande, il y a bien sûr un musicien qui mettra de l’ambiance. On y vient en famille, entre amis pour profiter du week-end… on s’assied sur des grands bancs et on papote avec ses voisins. A l’étage du marché, il y a également un très joli café-restaurant où je vous recommande d’aller boire une bière et de regarder les allers et venues de ce lieu plein de vie.

Belfast Black Taxi

Nous y passerons plusieurs heures avec Emma et Fred avant notre rendez-vous de l’après-midi. C’est en avec le Harper Taxi Tour que nous allons découvrir Belfast, en compagnie de Ken, notre guide. De nombreux arrêts nous permettrons de nous balader un peu pendant le parcours. Ce qui frappe à première vue, c’est que Belfast ne semble pas très vieille. La ville a beaucoup grandi pendant la révolution industrielle et ça se sent. L’architecture reflète beaucoup le XIXe siècle et on dirait que la ville s’est développée de façon un peu anarchique, comme si elle essayait de rattraper, sans y arriver, sa croissance. Ville de chantier naval et port de mer, Belfast est aussi une ville où la classe ouvrière était très présente. On y trouve encore des vestiges de ce passé industriel comme les docks mais pour le moment, nous commençons la visite par l’Université et le Centre civique (avec l’Hôtel de ville), dignes représentants du néo-classicisme et du néo-gothique de l’époque.

Bien vite, nous arrivons au coeur de l’histoire contemporaine. A deux pas l’hôtel de ville, on trouve l’Hotel Europa. Il se trouve que cet hôtel aura été victime d’attentat 28 fois ! Pourquoi cet hôtel ? Probablement parc qu’il abritait souvent les journalistes !

Belfast semble faite de larges rues et avenues. L’immense hôtel de ville et l’Université en sont des exemples mais il y a un endroit où tout semble plus intime, comme à Commercial Court, un des coins les plus anciens dans la ville dans le Quartier de la Cathédrale. Petite rue étroite avec un air médiéval, elle continue de rendre hommage à tous les métiers qui y ont habité (d’où le nom de « cours du commerce ». Essayer de trouver l’entrée du parking… et vous aurez une surprise : plein de fresques photogéniques à souhait. La plupart représentent de Irlandais connus et d’autre sont des commentaires satyriques. Mieux vaut avoir un guide pour vous expliquer de quoi il s’agit, les références culturelles ou les « private jokes » vous échapperons sûrement.

Devant la Cathédrale Ste-Anne, on trouve des dalles, toutes sont des extraits de livres des plus célèbres écrivains issus de Belfast. Certaines sont de célèbres passages (comme pour CS Lewis, l’auteur de la série des Narnia) ou un hommage à Belfast.

The Belfast Walls

Après la visite du centre, nous nous dirigeons doucement vers West-Belfast et là, c’est la surprise ! Comme Berlin, Belfast a un mur (enfin… 99 murs) sauf que celui-ci existe toujours ! Falls Road est le quartier catholico-nationaliste et juste de l’autre côté, se trouve un quartier farouchement loyaliste : Shankhill Road. C’est celui-là que nous découvrons en premier. Ce que ses deux quartiers ont en commun ? Ce sont des quartiers modestes. Voire très modestes. Côté loyalistes, de petites maisons blanches avec jardinets agrémentés de nains de jardin se succèdent. Mais ce qui émane le plus du côté loyaliste, c’est un sentiment d’abandon. Les rues sont désertes, à part quelques rares gamins qui jouent. Une petite supérette semble y être le seul commerce et partout, des fresques célébrant le glorieux passé des conquérants britanniques ou les morts des milices loyalistes, la plupart tués dans des luttes intestines. Des deux côtés, les miliciens des nombreuses factions (trop pour les mentionner, tellement il y a eu des divisions au sein des mêmes camps) étaient souvent également trafiquants, racketteurs (« pour la cause » ou pour leur enrichissement personnel) et quelques fois assassins. Leurs visages ornent les murs à présent, comme Bucky McCullough ou Jackie Coulter.

Les Peace Lines de Belfast

Les premiers “Murs de la paix” (ou Peace Lines) ont été construits en 1969 et semblait à l’époque la meilleure solution pour éviter une effusion de sang entre les communautés nationalistes et loyalistes. Ces murs contribuaient également au sentiment de sécurité des deux parties, embarquées dans un cycle de violence du type “oeil pour oeil”.

Quelques “interfaces” (portes d’entrées) sont ouvertes à heures fixes (pendant la journée et seulement deux sont ouvertes le week-end). Ce sont les représentants des communautés respectives qui possèdent les clés des portes (certaines sont activées par télécommandes). Après de longues hésitations et discussions, les 99 murs devraient être tous démantelés d’ici 2023.

Quel contraste avec l’autre côté lorsque nous passons le « check-point » de Falls Road ! Pourtant, Ken nous assure que les habitants ne sont pas plus riches. Chômage et pauvreté sont aussi le lot de ce quartier, c’est juste qu’il y a eu plus d’investissement ici. En fait, on dirait que, parce que refermé sur lui-même, Falls Road a choisi l’auto-suffisance. On y trouve plein de petits commerces, des pubs… et toute la vie qui semble avoir déserté l’autre côté du mur est ici. Ici aussi, les fresques sont légions, et c’est surtout pour celà que l’on vient visiter West Belfast. A la fois témoignages historique et objets de propagande, elles ne sont pas moins revendicatrices que leur équivalentes loyalistes mais le message est complètement différent. Sans doute plus optimiste, moins rempli de peur et d’amertume. Aux fresques « historiques » ou d’hommage (comme celle de Bobby Sands, membre de l’IRA, mort d’une grève de la faim en prison, se rajoutent aussi d’autres plus contemporaines, certaines soutiennent le mouvement de libération de la Palestine, d’autres rendent hommages à divers mouvements nationalistes (basque, écossais…) ou au Ché. Car si nationalisme il y a, on ne parle pas d’un nationalisme conservateur ici. Ca ne m’empêche pas de froncer malgré tout des sourcils. De gauche ou de droite, les nationalismes restent des mouvements qui excluent… et la preuve s’étale devant nos yeux : au 21e siècle, une ville européenne reste divisée par un mur qui sépare deux communautés. Le sujet est encore plus sensible pour votre blogueuse, qui habite dans un pays où une bonne partie de la population a voté pour un parti nationaliste. Mais cette histoire qu’on peut voire écrite sur les murs et le sentiment d’être au coeur des évènements reste une expérience unique, qu’on ne peut manquer lorsque l’on visite Belfast, si l’on veut comprendre la ville et l’Irlande du Nord.

C’est malheureusement là que les batteries de mon appareil photo décide de me lâcher, il me reste un Instagram pour m’en souvenir.

La division s’exprime sur les murs â Belfast. Mais les temps changent! #discoverNI

Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

Avant de quitter les lieux, Ken nous invite à laisser un message sur le mur… en espérant qu”il disparaisse avec lui.

A suivre…

Pour aller plus loin

Rejoindre Belfast

Malheureusement, pas de vol direct Bruxelles-Belfast. Il faut obligatoirement une escale à Londres ou pourquoi pas, voler jusqu’à Dublin et prendre le bus (plusieurs options, dont Translink) ou le train (soit avec IrishRail ou Entreprise de Translink).

Alternativement, on peut aussi prendre le ferry depuis l’Ecosse.

St. George’s Market

Le vendredi, c’est le marché traditionnel (fruits, légumes, viandes, poissons), le samedi, le marché est tourné vers la dégustation et l’artisanat. le dimanche, ce sont les deux! Arrangez-vous donc pour y passer le dimanche matin. 😉

Cette balade irlandaise est le fruit d’une collaboration avec le collectif Bescape, l’Office du Tourisme Discover Northern Ireland et Visit Britain.

Ma musique du départ #26 : Hiva kara rere
Teresópolis, le Brésil, côté randonnée




  1. ibro@ruban
    le 24.11.2017

    je n’ai jamais visité ce beau pays l’Irlande et je l’adore

  2. Melissa
    le 24.11.2017

    Sans a connaître? Eh bien, il faut aller voir de plus près. 😉

  3. La sélection du mardi #06 - Expedia Blog
    le 24.11.2017

    […] Un petit tour à Belfast avec Mélissa du blog Mel loves Travels pour découvrir la ville, son marché, son histoire et ses “peace lines” – Belfast, phénix d’Irlande du nord. […]

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