- Derry , Northern Ireland, UK -

February 2015

Derry ? Londonderry ? London/Derry!

Comment faut-il l’appeler ? Derry ? Londerry ? Ca dépend de quel côté on se trouve. Les nationalistes l’appelleront Derry, les Unionistes et la loi britannique, Londonderry. En bonne Belge et habituée à naviguer dans les eaux tumultueuses de multi-communautarisme, j’opte pour London/Derry… pas étonnant qu’on la surnomme de temps en temps « The Slash City ». Deuxième ville d’Irlande du Nord, London/Derry est ancienne et a une signification historique importante dans l’histoire de la région. La première chose que l’on ne peut manquer de voir, c’est son rempart. London/Derry est la seule ville irlandaise a avoir conservé ses murs d’enceinte. Tellement intacts et inviolés que la ville lui doit un autre surnom « The Maiden City », la « Ville vierge ». L’autre chose qu’on ne peu manquer de voir, c’est le fleuve Foyle, dont le vaste estuaire se déploie sur l’Atlantique. Pour de nombreux Irlandais, le Foyle sera la dernière chose qu’ils auront vu du pays avant d’entreprendre le voyage vers les Etats-Unis, London/Derry fut un des ports principaux d’immigration vers le Nouveau Monde. De l’autre côté du fleuve, c’est là que l’on trouve la partie la plus ancienne de London/Derry, les deux rives sont unies par « The Bridge of Peace ».

Nous allons les découvrir dans quelques heures mais avant, Emma, Fred et moi faisons notre check-in à notre « Home, Sweet Home » du jour : le City Hotel, un énorme établissement qui bruisse de monde jour et nuit (son bar et son restaurant n’y sont pas pour rien, vous pourrez aussi vous joindre aux fêtards le soir, quand un groupe vient jouer au bar, nous sommes en Irlande, après tout).

Avant notre rendez-vous pour la visite du Mur d’enceinte, nous avons encore un peu de temps et la faim se fait sentir. C’est en se baladant dans le « Craft Village », une enceinte replie de boutiques d’artisanat, que nous tombant sur le Café del Mondo. A l’intérieur, c’est tout blanc, avec des touches de couleurs, aéré… mais surtout, ce sont les gâteaux, énormes, qui nous ont fait de l’oeil. Le midi, il y a des lunches qui ne changent pas mais le soir, le café se transforme en restaurant avec un menu fusion qui change tous les mois. Les portions sont énormes, et le service, ultra-prévenant. Nous sommes tellement repus avec nos plats qu’il n’y a même plus de place pour un petit morceau de ces gourmandises qui nous avaient fait de l’oeil en entrant.

Maiden City

Finalement, l’heure du rendez-vous arrive et nous rejoignons le point de rendez-vous foxé par Derry City Tour. C’est l’initiateur, Martin, une vraie célébrité locale, qui nous accueille avant de nous confier à une de ses guides, et c’est parti !

La London/Derry que tout le monde visite, celle qui est sur la rive droite du Foyle, est une ville plutôt récente, est complètement planifiée, vue comme une espèce de pied-à-terre 100% britannique dans leur conquête de l’Irlande.

La « Plantation »

Imaginez, vous venez de conquérir un territoire. Malgré la résistance des seigneurs locaux, vous êtes arrivé à vos fins. Normal, vous êtes une nation plus grande, plus riche, mieux équipée, mieux organisée… mais voilà, un territoire conquis par la force reste résolument hostile alors que faire ? Utiliser une bonne vieille tactique : la « colonisation ». C’est ce qui va se passer pour l’Irlande. Pensée comme un plan conjoint entre les nouvellement unis Ecosse et Angleterre, le but était de « pacifier » et de « civiliser » l’Irlande et aussi d’y implanter le protestantisme (les Anglais étant majoritairement anglicans et les Ecossais, luthériens). La région de l’Ulster (qui couvre l’Irlande du Nord actuelle), qui était la plus gaélique avant la Plantation, s’en trouvera irrémédiablement changée.

Dans cette optique, la couronne britannique, via « The Honourable The Irish Society », qui rassemblait des représentant des guildes et corps de métiers de Londres, décidât de faire construire une nouvelle ville, juste de l’autre côté du fleuve. Les guildes ont d’ailleurs toujours leur « quartier général » : The Guildhall (3e du nom). Reconstruite en 1912 et à peine restaurée, le bâtiment célèbre l’union des corps de métier dans la construction de London/Derry. A l’intérieur, on peut y voir des écussons et des vitraux aux armoiries des guildes. Etant un symbole de la colonisation de l’Irlande, Guildhall a beaucoup souffert dans les années 70 et fut maintes fois une cible d’attaque pour les nationalistes mais avec la paix, vint la rénovation et c’est à présent un lieu d’exposition.

La ville est essentiellement construite autour d’un « diamant central », suivant un plan en damier, cernées par un mur d’enceinte à quatre portes), un plan qui sera copié maintes et maintes fois par la suite. Le bâtiment le plus ancien de cette époque est la cathédrale Saint-Colomba, siège de l’Église d’Irlande (la division « locale » de l’anglicanisme). A l’intérieur, on y trouve de nombreux documents datant du siège de la ville, ainsi que le clés de London/Derry. C’est donc une ville essentiellement anglaise, perchée sur une petite falaise, dominant les autres quartiers de la ville (et notamment « Bogside », le quartier irlando-catholique… mais on y reviendra plus tard.

Le siège

La raison pour laquelle les murs d’enceinte de London/Derry sont si importants, c’est donc parce qu’ils n’ont jamais été pris. En 1688, Jacques II, roi catholique venant d’être déposé, commence une guerre de reconquête en Irlande, qu’il pensait terrain fertile à sa cause, puisque la majorité de la population partageait la même religion. Il arrive avec son armée et ses alliés français devant les portes de la ville. L’heure de gloire des « Apprentice Boys of Derry » où 13 jeunes hommes fermèrent toutes les portes de la ville (un fait qui est toujours commémoré avec une grande parade le long de l’enceinte chaque année). Par trois fois, Jacques s’avançât pour demander la reddition de la ville, par 3 fois, il fut reçut par des cris de « No surrender » et commençât ainsi le plus long siège de l’histoire britannique : 105 jours. Sur les quelques 30.000 personnes que comptaient la ville, 8000 périrent. La ville dut son salut à des bateaux de ravitaillement escortés par la Royal Navy qui cassèrent la chaîne de port qui empêchait le trafic maritime et réussirent à secourir la ville. A ce point, Jacques était rentré à Dublin et sa guerre de reconquête, perdue.

Bogside et The Troubles

Bogside, littéralement «le coin du marais ». C’est le nom que porte le quartier historiquement catholico-irlandais, dominé par le mur d’enceinte. Ici, le mur y est large… une séparation autant physique, que philosophique et politique et une parfaite incarnation du sentiment d’infériorité qui a nourri cette communauté pendant bien longtemps mais il faudra attendre les années  60 pour que celà éclate. L’année 1969 fut remplie de plusieurs incidents mais le 12 août, jour de la marche commémorative des « Apprentice Boys », toute la rancoeur a fini par se transformer en violence. Pendant que la parade… eh bien paradait, ce qui était pris comme une insulte par les habitants de Bogside, les pierres ont commencé à pleuvoir. La police intervient, mais n’empêche en rien les violences. Le Bogside se barricade pour se protéger des attaques des unionistes et les policiers sont reçus à coup de bombe à pétrole. Après trois jours d’intense émeutes et vu l’impossibilité de la police à séparer les deux côtés, l’armée fut appelée à la rescousse. Une armée qui fut au départ bien reçue des deux côtés, à coup de tasse de thé et de biscuits. Résultat de la « Bataille du Bogside » : 7 morts et des centaines de blessés, mais ce fut aussi le signal de départ de que les Britanniques appellent pudiquement « The Troubles ». Et London/Derry restera pendant tout ce temps un terrain fertile aux affrontements communautaires. Y compris un des plus épisodes le plus sanglants, le « Bloody Sunday » (qui n’est pas qu’une chanson de U2).

P1220666

Tout cela est écrit sur les murs de Bogside, en grandes peintures murales qui servent à la fois d’objets commémoration et de propagande. Nous les verrons le plus prêt, le lendemain matin mais pour le moment, notre guide nous les montre, et les fresques semblent narguer la ville haute. On perçoit vraiment que la ville était à l’époque en « état de guerre ». « You are now entering Free Derry » proclame le mur qui sert d’entrée au quartier. La plus connue des peintures murales est sans doute celle d’un manifestant, masque à gaz sur le visage, bombe à pétrole en main, en plein acte de défiance. Un peu plus loin, c’est innocence fauchée avec le portrait d’une jeune fille de 14 ans, Annette McGavigan, morte lors d’un tir croisé entre l’armée britannique et les membres de l’Irish Republican Army. Toutes ces fresques sont l’oeuvre d’un collectif, the Bogside Artists et on peut même les visiter avec eux (nous n’avons pas eu cette chance).

Tout ce passé lourd à porter, mais fascinant, vous le trouverez aussi au Tower Museum, le musée historique de la ville. Il couvre toute l’histoire de London/Derry, de sa création à la fin du conflit communautaires d’une manière très didactique (car autant vous dire que l’histoire de Grande-Bretagne est quand même UN PEU compliquée).

Mais voilà, les Accords du Vendredi Saint tiennent bon, et dans une Irlande du Nord pacifiée, on a investi et on se reconstruit. La ville rit, la musique est au coin des rues, les grandes enseignes et les petites boutiques se bousculent dans le centre, les pubs et restaurants aussi. London/Derry est une ville au patrimoine unique, elle le sait, et après Belfast, c’est sans aucun doûte LA ville qu’il faut visiter en Irlande du Nord, pour en comprendre plus profondément l’histoire.

Manger et boire

Le soir, nous serons reçus chez Brown’s, un restaurant plutôt chic du Quartier de Waterside (l’autre rive de Derry) où plats raffinés et service aux petits oignons nous attendaient (pré-apéritif – et non pas hors d’oeuvre – et pré-dessert – et non pas entremet – étaient même au programme. On met une excellente note pour le service (nous sommes au Royaume-Uni, le service est rarement mauvais) et la présentation des plats, très raffinée, mais les goûts du premier restaurant à Newcastle sont encore si frais dans nos souvenirs que même si le niveau est excellent, nous restons un peu déçus.

Finalement, comme nous sommes vendredi, et que tout London/Derry est de sortie, j’arrive à convaincre Fred et Emma qu’ils ne sont pas si fatigués et qu’il reste de la place pour au moins une demi-pinte de Guinness. Une vraie première Guinness d’Irlande dans un vrai pub irlandais : le Peadar O’Donnells.

Slainté aux deux Irlandes et à un avenir plus paisible.;)

Pour aller plus loin

Comment rejoindre London/Derry ?

C’est simple! Soit:

1. La location de voiture

2. Le bus depuis Belfast ou Dublin

3. Le train, depuis Belfast, plus long mais quand on aime…

Cette balade irlandaise est le fruit d’une collaboration avec le collectif Bescape, l’Office du Tourisme Discover Northern Ireland et Visit Britain.
Teresópolis, le Brésil, côté randonnée
Petrópolis, à l'ombre de l'Empereur du Brésil




  1. argone
    le 22.11.2017

    Il est vraiment très beau ce street art ! j’avais entendu parler de London Derry mais j’avoue que je ne connaissais pas plus que ça … merci pour ton article qui m’éclaire ! 🙂

  2. Melissa
    le 22.11.2017

    Ces fresques, c’est vraiment de l’histoire vivante!

  3. Titanic Belfast, et un bar qui tombe à pic - Mel Loves Travels
    le 22.11.2017

    […] dos, partis faire du kayak en mer tandis qu’Emma et moi prenions une dose d’histoire à London/Derry,  on se dirige vers le Crown Liquor Saloon, le plus ancien pub encore en activité de […]

En continuant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies Plus d'informations

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier ou cliquez sur "Accepter", nous considérerons que vous acceptez l'utilisation de ces cookies.

Fermer