- Klaksvik , ïles Féroé -

July 2013

Fabuleuses Féroé : Cap vers la capitale du Nord: Klaksvik

J’ai le cœur un peu gros… C’est le dernier petit-déjeuner que je vais partager avec Rakul et j’ai l’impression de quitter une grande sœur. C’est un peu l’effervescence ce matin. Elias, un de ses grands fils participe à un semi-marathon demain et son équipement vient juste d’arriver, cadeau du sponsor et en plus, c’est aujourd’hui qu’elle doit savoir où se passera son prochain stage d’infirmière et je dois me dépêcher pour attraper mon bus… Nous nous sommes faits nos adieux formels hier soir car si je reviendrai à Tórshavn pour une dernière nuit, ce sera à l’hôtel puisque je vais devoir me lever tôt le lendemain pour prendre mon avion. Nous nous embrassons chaleureusement, je saisis ma valise et me voilà de retour sur les pavés de la ville, le soleil dans les yeux, en route pour de nouvelles aventures… mais surtout pour l’inconnu.

KlaksvikKlaksvik

Ma destination sera Klaksvik, deuxième ville du pays mais aussi “capitale” du coin le plus isolé des Îles Féroé : les Norðoyggjar, les îles du nord. Pour y aller, rien de plus facile: de nombreuses liaisons journalières de bus avec la compagnie publique de transport (qui regroupe bus et ferries):  Strandfaraskip Landsins (on vous recommande d’acheter une carte de plusieurs voyages si vous pensez voyager intensivement  avec eux).

Sur la route

J’embarque dans le bus au terminal des ferries et c’est parti pour une heure quarante-cinq de route. Pas que la distance entre les deux villes soit grande mais les limitations de vitesse sont assez strictes au Féroés. Il a neigé quasi toute la nuit et tout le paysage est recouvert d’un sublime manteau blanc. Nous sommes le 2 mai, et j’ai l’impression d’être le matin de Noël. Dès que l’on a quitté Tórshavn, chaque virage est un enchantement! Le paysage un peu sévère est adouci par la neige, quelques nuages se baladent dans le ciel bleu et le soleil jette des étincelles sur la mer. Le long dans la route, nous croisons de nombreux petits villages aux maisons de toits en herbe et aux volets colorés. Ils ont tous l’air d’avoir été planté au plus bel endroit que la topographie des lieux leur ait permis. Avec un environnement pareil, je pense qu’il est impossible de ne pas naître un peu poète aux Féroé. Deux heures de rêverie et deux tunnels sous marin plus tard, voici Klaksvik et le moment de débarquer.

Klaksvik

Klavsvik, ville de pêche

Lorsqu’on arrive dans la deuxième ville des Féroé, on est frappé… C’est que malgré son statut, elle ne compte qu’un peu plus de 5000 habitants. C’est donc plutôt un gros village… un gros village tourné vers la mer. Niché sur les deux côtés de son fjord (la ville est construite autour d’une espèce d’isthme), la première chose que l’on remarque, ce sont les bateaux, du chalutier au bateau de plaisance. Jusqu’au début du XXe siècle, Klaksvik n’existait pas. Il n’y avait que quatre villages… quatre villages qui fusionnèrent à l’aube de la pêche industrielle… Klaksvik grandit avec l’importance du secteur de la pêche qui portât l’économie des Féroé jusqu’à la fin des années ’90.  Même si cet aspect de l’économie s’est écroulé, il reste un secteur important et c’est bien la première chose que l’on remarque quand on arrive ici: il s’agit d’un port mais d’un port qui travaille. Un peu industriel, un peu rouillé aux entournures… avec ses montagnes qui entourent toute la ville et semblent la surveiller comme une sentinelle, il y a même un petit côté légèrement oppressant. Mais n’allons pas tirer de conclusions hâtives!

Klaksvik

Mon premier arrêt est l’Office du tourisme, qui attend mon arrivée, prévenu par le bureau de Tórshavn. C’est via eux que je vais réserver une chambre dans une guesthouse. A Klaksvik, il n’y a qu’un seul (et cher) hôtel et les possibilités de couchsurfing sont TRES minces. Reste donc le Bed&Breakfast, encore relativement cher, mais déjà plus abordable (une 70aine d’Euros, petit-déjeuner compris). J’ai posé mon choix sur la guesthouse des Martsens (c’est la numéro 1), pas très loin de l’Office du tourisme. La gentille demoiselle qui y office me renseigne également sur une chouette ballade à faire en ville, je paie ma nuit là (oui, bizarre, tout se fait via l’office du tourisme), elle file un petit coup de téléphone pour être sûre que quelqu’un sera là pour me recevoir et munie de mon coupon, je peux partir découvrir mon “home sweet home” pour les deux prochaines nuits. C”est dans une maison cossue que je débarque, accueillie par les maîtres de maison: elle, blonde, solide, avec la carrure et le visage souriant d’une mamie gâteau et lui, plus fin, avec une petite barbe blanche, de l’espèce des hommes que la retraite n’a jamais empêché de continuer à travailler. C’est Monsieur qui parle anglais et lui qui me montre ma chambre au rez-de-chaussée (l’étage leur est réservé). Il me donne une clé : “On ne ferme jamais la porte pendant la journée, même si on est pas là mais si tu rentres tard, la voici.” J’ai donc confirmation: on ne ferme jamais sa porte aux Féroé! Je découvre une grande chambre avec un sofa, une grande armoire, une télé, des fiches de renseignements sur les horaires des bus et ferries et une connexion wi-fi aléatoire. Pas trop grave, c’est le cadet de mes soucis pour le moment, j’ai une promenade à faire.

Klaksvik

Prendre de la hauteur

A Klaksvik, il n’y a pas grand chose à voir, à part la Christianskirkjan et peut-être le petit musée (que je n’ai eu le temps de voir). Ce qui fait la beauté de Klaksvik, c’est bien son environnement et pour pouvoir en admirer tout le potentiel, il faut prendre de la hauteur et justement, une ballade vous conduira à flanc de colline! Pas une randonnée, mais plutôt une grande promenade où il faut quand même avoir de bonne jambes (ça monte!).

Klaksvik


Quittez le centre de Klaksvik et suivez la Uppsalagota jusqu’au bout. Au croisement avec Oman Eid, la rue fait un lacet, suivez le. Vous arriverez assez vite à l’hélipad de la ville (l’hélicoptère est un moyen de transport en commun aux Îles Féroé), prenez à droite et commencez à monter tout doucement sur la route qui longue les collines. Vous croiserez des enclos à moutons (quelle surprise!) mais surtout, d’un paysage étonnant, grâce à la neige. Lectrice, Lecteur, je ne suis pas habituée à la montagne (tu as devant toi une blogueuse qui est plutôt une “beach bum”)… mais là, voir ces collines et sommet recouverts d’un blanc scintillant sous le soleil, c’est une des plus jolies choses que j’ai vu. Comme si on avait étendu un édredon de satin blanc sur ce paysage grandiose. Le plus saisissant? Le jeu d’ombre et de lumière provoqué par les nuages sur la neige et la découverte d’un paysage encore plus grand, au fur et à mesure de l’ascension.

Klaksvik

Finalement, je bénis cette neige qui a rendu ce panorama encore plus magique qu’il ne l’est déjà! Je ne croiserai qu’une seule autre personne, également une voyageuse solitaire qui elle, redescend. Ce sera bientôt mon tour. La route continue bien plus loin, mais avec toute la neige, cela risque d’être un peu compliqué. Arrivée au bout de la route “classique”, je m’arrête un long moment pour contempler le paysage et réfléchir. Et il y a ce sentiment que j’adore quand je voyage et qui doit être un peu comme une drogue. Celle d’être heureuse d’être là, privilégiée, en phase avec soi-même et ce qui t’entoure. Celui de vivre un moment qui sera pour toi rare et ne t’appartiendra qu’à toi uniquement. Je redescend et voilà que je tombe sur un mouton broutant calmement à travers la neige en toute liberté. Je le prends une photo. En voyant les résultats plus tard, le mouton éclairé par un soleil de milieu d’après-midi, dans cet air si pur, on dirait que lui et le paysage ont été photoshoppé!

L’adrénaline m’avait coupé l’appétit mais lors de la descente, mon estomac se manifeste. A part quelques TUC’s, je n’ai rien mangé depuis ce matin! Ca tombe bien, sur le chemin du retour, il y a “Hja Jórun“, boulangerie, pâtisserie mais aussi snack et petit-restaurant. On y entre avec une envie de tout essayer! Que ce soit les pâtisseries ou les sandwiches à la danoise, tout à l’air plus délicieux l’un que l’autre. J’ai un mal fou à me décider mais finalement opte pour un cœur en génoise recouvert de chocolat et d’une crème à la fraise, accompagné d’un cappuccino et passera bien une heure à utiliser leur réseau wi-fi et à regarder la mer depuis leur grande fenêtre.

Histoires de marins

Après un saut au supermarché tout proche, je décide de voir à quoi peut bien ressembler un bar à Klaksvik. Impossible de ne pas y boire une bière; c’est ici qu’est installé Föroya Bjór, la grande brasserie des Féroée dont la masse domine le front de mer de la ville. Dans la même rue, juste en face, je trouve le Roystokovan Bar. J’entre… et j’ai failli reculer au premier abords. Un bar à la belle époque du Far West aurait fait le même effet. Tout en bois, sombre, des banquettes de velours fatigués, des hommes à la mine patibulaire, pas une femme… mais les visages souriants des deux barmen m’encouragent. Je commande une bière et m’assois. Évidement, mon apparition a fait son petit effet. Un visage étranger dans une petite communauté saute aux yeux comme un gnon au milieu de la figure. D’autant plus que nous sommes hors saison touristique. Il ne faut pas cinq minutes avant qu’un vieux monsieur ne vienne s’asseoir, accompagné d’un autre, à peine plus jeune, qui semble ravagé par l’alcool et les années de labeur. A côté de lui, sa chienne s’assoit fidèlement.

 

 

Et c’est là que je vais découvrir une vérité qui n’est sans doute pas spécifique qu’aux Féroé: les vieux loups de mer, quand ils trouvent une oreille attentive, ouvrent les vannes de la parole.

Mon premier interlocuteur s’appelle Christian. Il est a deux ans de prendre sa retraite. Marin depuis ses 16 ans, il a également passé 18 ans au Groenland. Il ne sait pas trop ce qu’il fera quand il prendra sa retraite d’autant plus qu’il a dû retourner vivre chez sa sœur. Je dois ouvrir des yeux comme des soucoupes en l’écoutant. Peut-être retournera t’il à Rio (pour une raison inconnue, les marins féroiens semble faire une fixette sur Rio). L’autre fixette, ce semble être Saint-Pierre et Miquelon. Un petit arrêt que font les marins lors des compagnes au large de Terre-Neuve. Terre-Neuve et son duty-free. Le marin à la chienne en était particulièrement friand, à cause du duty-free. Surtout l’alcool pur (interdit aux Féroé, parait-il). Alcool qui ramenait en quantité pour fabriquer sa gnole. Jusqu’à ce qu’après la 4e ou 5e fois, son pourvoyeur lui demanda combien il avait de chevaux chez lui. “Euh, j’ai pas de chevaux” “-Ah, parce que cet alcool sert à lustrer le poil des chevaux”. Mes deux marins s’esclaffent.  Le barbu caresse la chienne. “C’est une brave vête. Elle m’accompagne partout, même à bords. Et elle me défend, même des flics!” Je ris avec eux.

Les marins, ça a vraiment besoin de parler!





  1. OTTINI
    le 15.12.2017

    Photos très jolies et commentaires très intéressants à lire. Je suis allé à Thorshavn en escale il y a plusieurs années, j’avais bien apprécié la beauté des paysages.

  2. Melissa
    le 15.12.2017

    Tout marin doit s’arrêter à Tórshavn une fois dans sa vie. 😉

  3. Kevin @Voyageur au Vietnam
    le 15.12.2017

    A chaque article ça n’arrête pas, je m’extasie complètement devant toutes tes photos, ces paysages sont magnifiques !!

  4. Melissa
    le 15.12.2017

    Le clou du spectacle va bientôt arriver. Stay tuned! ;D

  5. Valérie
    le 15.12.2017

    J’arrive!! J’embraque ma plus grosse doudoune, mes moufles et mon bonnet. Tes photos, commentaires et anecdotes me donnent très envie de me rendre sur ses îles.

    Valérie de http://envievoyages.blogspot.be/

  6. Melissa
    le 15.12.2017

    Ah ah… Plutôt le cpupe-vent que la doudoune, tu sais! 😉 Avec un pull et des gants et un bonnet.

  7. MamzelDree
    le 15.12.2017

    Quels paysages magnifiques ! 🙂

  8. Laurence - Le Fil de Lau
    le 15.12.2017

    Sublime !

    Le petit mouton dans la neige m’a donné froid 🙂

  9. Melissa
    le 15.12.2017

    Eh eh… Crois-moi, ils sont à l’aise. Ils ont vraiment beaucoup de fourrure, plus que les moutons de chez nous.

  10. Emylie
    le 15.12.2017

    Ahhh Klaksvik, comme dans la chanson de Leif Vollebekk! Tu connais? Une de mes chansons préférées à vie! <3 Jolies photos! J'ai encore plus le goût d'y aller maintenant! 🙂

  11. Melissa
    le 15.12.2017

    Non, je connais Eivor par contre (et file voir Spotify).

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