- Klaksvik , Îles Féroé -

June 2017

Fabuleuses Féroé : l’archipel du nord – Klaksvik, Svinoy et Fugloy

Au moment où j’embarque dans le bus à destination de Klaksvik, je sens tout de suite que la route sera bien différente de mon expérience d’il y a quatre ans. Cette première fois, il avait neigé toute la nuit, couvrant le paysage des Îles Féroé de blanc. Avec un soleil qui était de la partie, ce trajet d’une grosse heure et demie m’est resté comme un des plus enchanteurs que j’avais pu faire jusque là. Le bus roulait dans un panorama de compte de fée et moi, je restais bouche-bée, ne pouvant décoller mes yeux de la fenêtre. Ce mercredi-là, c’était plutôt compromis. Un ciel lourd et bas pesait de tout son poids sur l’archipel et à part les sommets de montagnes, les pentes étaient vierges de neige. Une fois sortis de Torshavn, je regarde avidement dehors… de féérique, les fjords, falaises, cascades et maisons isolées m’apparaissent austères et tristes. Heureusement, toujours aussi beau, mais à la place de l’émerveillement, c’est un drôle de sentiment de mélancolie qui me saisit la gorge. Ce que la météo peut faire, hein ?

Après être passés à travers le fameux tunnel sous-marin qui relie l’île d’Esturoy à celle de Bordoy, nous y voilà : Klaksvik, la deuxième plus grand ville du pays.

Klaksvik, une ville qui revit !

Je gardais de Klaksvik un souvenir plutôt mitigé. Vu de haut, depuis la promenade qui mène sur les côtés de Hálsur, son emplacement est sublime : ce petit port enfoncé dans son flord est entouré de montagnes de tous les côtés et devant elle, domine le bout de l’île de Kunoy qui semble foncer direct sur la ville.. Vue d’en bas par contre, la petite ville est ramassée sur son fjord encaissé. L’hiver, on ne voit quasi pas le soleil et l’été, il disparaît finalement assez vite derrière les hauteurs. Celà donne un côté un peu sombre et oppressant à la ville mais cette fois-ci, je vois Klaksvik avec un regard nouveau : la ville a l’air de mieux se porter depuis 4 ans : des boutiques et des cafés ont ouvert, signe que l’économie ne va pas trop mal. Pour revoir Klaksvik de haut, ej vais retenter la balade mais décidément, la météo refuse absolument de coopérer : alors que je viens à peine d’arriver à longue route qui permet d’admirer le paysage, une pluie froide se met subitement à tomber. Avec le vent, c’est littéralement une violente douche que je me prends en pleine figure. Le ciel est tellement plombé que ça ne donne absolument rien en photo. Pas la peine de s’acharner, je redescends pour aller un morceau chez Hja Jorun et terminer ma soirée.

Le lendemain, c’est un peu nébuleuse que je me dépêche d’arriver à l’arrêt de bus. Le programme du jour sera maritime : il faut d’abords rejoindre le petit port de Havannasund avant d’emabarquer sur un ferry qui emmène ses passagers vers les points les plus reculés de Féroés : les îles de Svinoy et Fugloy.

Svinoy et Fugloy, aux confins des Îles Féroé

Svinoy et Fugloy sont les deux plus petites îles de l’archipel du Nord. Ici, on atteint les confins des Féroé. Si tu trouves, Lectrice, Lecteur, que tu étais déjà au bout du monde, attend de voir ces deux cailloux ! Première constatation avant de monter à bords au port de Hvannasund : la météo est au sec. De gros nuages et quelques rares trous de ciel bleu agrémentent le ciel : on fera avec ! J’embarque donc, confiante. Au départ, j’avais songé m’arrêter à Fugloy, la plus petite des deux îles, pour y faire de la randonnée mais renseignements pris auprès de l’équipage, comme on ne peut pas garantir les conditions maritimes, il se peut que le bateau ne passe plus de la journée. Mon avion étant après-demain, on me recommande de rester à bords et de profiter du circuit.

Nous sommes bien peu nombreux à monter à bords du Ritan, le ferry qui fait la liaison,avec l’équipage, nous ne sommes pas plus que dix… sans le subsides de l’Etat, ces deux îles seraient quasi coupées du monde et pourtant, le service continue, vaille que vaille , emmenant courrier et passagers.

C’est dehors que je vais m’installer, exposée au vent mais avec des paysages de malade à ma portée. A côté de la cabine du capitaine, j’ai trouvé mon petit spot, un peu à l’abri du vent. Première étape de la navigation, sortir du long fjord où se trouve Hvannasund. Malgré le vent, la mer reste calme, protégée qu’elle est par la géographie du lieu. Des deux côtés du bateau, je ne vois que montagnes vertes et noires, quelques fois saupoudrés de blanc, et une eau bleu marine dont seule la couleur vous signifie qu’il ne vaut mieux pas y mettre un orteil.

Seule sur le petit pont, je me sens un peu comme une vieille louve de mer, prête à affronter toutes les tempêtes. Qu’on me donne un cirée, tout de suite ! A peine vient-on de passer le dernier cap du fjord que surgit Svinoy, littéralement « l’île aux cochons ». Elle surprend par son drôle de relief et son énorme falaise au bout l’île. Un peu comme Nólsoy, elle s’aplanit presqu’en son milieu et c’est là que l’unique village de l’île s’est installé. On y voitqu’une poignée de maisons colorées. Le lieu est charmant mais sa petite taille me rappelle à quel point nous sommes vraiment loin de tout ! Comment des hommes ont-ils décidés un jour de venir habiter cet endroit ? Comment ont-ils pensé que c’était une bonne idée ? Son relief tourmenté ne permet pas vraiment de culture, sa taille n’arrête pas les vents… Mystère ! Malgré le dépopulation, il reste une trentaine d’habitants qui réside toujours sur Svinoy.

Dix minutes, c’est le temps qu’il faut pour embarquer et débarquer. Nous revoilà partis en mer… la vraie ! Svinoy, c’est aussi le point où la Mer de Norvège et l’Océan atlantique se rencontrent et alors que la navigation avait été plutôt calme, ça commence à bouger, surtout après avoir dépassé l’immense falaise d’Eysturhøvdi. Ce mur de basalte noir est un des endroits les plus importants pour les oiseaux des îles Féroé. Quand on l’approche, ils sont des centaines à tourner autour, faisant comme un nuage sombre un peu diffus tout autour de la falaise. Alors que j’ai le nez en l’air, le capitaine sort de sa cabine pour me prévenir : « Regardez là-bas, des phoques »… En effet, bien installée sur des rochers au pied de la falaise, je distingue quelques formes gris clair : un petit groupe de phoques se repose entre deux chasses.

Fugloy ne tarde pas à apparaître quand on dépasse la falaise. Et le mal de mer aussi ! Mais qui pensais être relativement immunisée, je dois modestement m’incliner. Cela ne se traduit pas par des maux d’estomac mais bien par un mal de tête qui devient de plus en plus lancinant, pénétrant… Le vent se fait également plus vif et je commence à faire de fréquents aller-retour entre l’intérieur du ferry et le pont, partagée entre le besoin de me réchauffer et la peur de louper du paysage.

Il existe deux villages à Fugloy : Kirkja et Hattarvik, tous les deux sont presque abandonnés. avec seulement 41 habitants sur l’île entière. Nous ne ferons même pas un arrêt à Krikja, mais bien à Hattarvik, où il n’y a même pas vraiment de port : juste des escaliers escarpés qu’il faut descendre avant d’embarquer au plus vite dans le bateau. Si Svinoy avait l’air d’être au bout de tout, Hattarvik est le bout du bout ! 

Et aussi que nous sommes arrivés, nous repartons pour Hvannasund. A bords, nous ne sommes plus que deux passagères, une dame d’un certain âge et moi. Le mal de tête se faisant de plus en plus tenace, c’est derrière les hublots de la cale que je vais admirer le paysage, du moins tant que nous ne sommes pas de retour dans le fjord. Une bonne demi-heure avant le retour, un membre de l’équipage vient me demander si je rentre sur Klaksvik : “On va vous appeler un taxi, vous pouvez utiliser la carte des transports publics pour régler la course, c’est considéré comme un bus”.

Alors là, c’est la première fois que je vois un tel service public !

Promenade à Klaksvik

Il est à peine midi quand je rentre dans mon Bed&Breakfast, normalement, ma migraine devrait être disparue d’ici l’après-midi, à temps pour ré-embarquer sur un autre ferry pour l’île de Kalsoy.  Sauf que trois heures plus tard, c’est toujours la gigue dans mon cerveau… et bien que je me rende jusqu’au ferry, je finis par renoncer… certaine que je reviendrai de toute façon : la randonnée jusqu’au phare de Trollanes, ce sera pour une prochaine fois ! Après tout, je ne suis pas à la course à la performance à tout pris. Il y a un peu de soleil, pourquoi ne pas me promener en ville et essayer d’en découvrir les secrets ?

Je vais passer de longs moments au port à regarder rêveusement les barques et bateaux, à maudire ma prétention d’avoir cru que j’avais vraiment le pied marin… devant l’office du tourisme, je croise un groupe de fille qui ramène leur barque dans son hangar. L’aviron (à la féroïenne) est un sport national pratiqué par les deux sexes et pris très au sérieux. Vous verrez souvent des jeunes et des adultes sortir leurs bateaux en groupe et en quelques minutes, prendre la mer et fendre les vagues à la force de leurs bras. L’autre sport roi, c’est le football. Le moindre village aura un, voire deux terrains de foot et ici aussi, tous les âges et les deux sexes le pratiquent. Si hier, les filles s’entraînaient, j’arrive juste au moment du changement d’équipe sur le terrain de Klaksvik. Chacun son tour : les ados laissent place aux adultes ! C’est assez impressionnant de voir à quel point ce sport est pratiqué (et on comprend pourquoi des deux équipes nationales grimpent lentement, mais sûrement, au classement FIFA).

Avant d’aller me régaler une dernière fois des pâtisseries de Hja Jorun, j’irai pousser la porte de Christianskirkjan, l’église de la ville, et une des plus belles des Féroé. Construite dans le style norvégien, l’église possède un orgue magnifique… qui était justement en cours d’utilisation quand je suis venue faire ma petite visite.   Après avoir une bu une maxi-Föroya Bjór chez Roystokovan en regardant un match de la Premier League avec les clients, il ne me restait plus qu’à rentrer dans mes pénates pour la dernière fois… la dernière escapade avant de rentrer sur Tórshavn et enfin Bruxelles. L’heure est entre chien et loup, un petit vent frais souffle sur les quais, tout est calme et tranquille. Je m’assieds un moment sur les caillebotis du quai et regarde le reflet de la montagne dans une eau devenu platine. A part quelques canards qui barbote,  je suis seule. Tu sais, Lectrice, lecteur, cette étrange paix de l’âme mêlée d’un pointe lancinante de tristesse ? Ce doit être le signe es au revoir.





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