- Nólsoy , Îles Féroé -

May 2017

Fabuleuses Îles Féroé : Nolsoy, terre des rêveurs

Welcome to the #FaroeIslands, People !

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Tous les passagers assis côté hublot ont les yeux vissés dehors, les autres essaient de regarder par dessus les épaules. C’est que l’atterrissage sur les Îles Féroé est toujours spectaculaire mais ça fait bien au moins 5-10 minutes que l’avion file à travers une épaisse couche de nuages. J’entends le bruit du train d’atterrissage sortir… nous sommes tout proche ! Enfin, l’avion sort subitement des nuages et une énorme falaise noire couronnée de neige semble s’avancer brusquement vers nous. C’est brutal, frontal… comme cet archipel.

Comment vont se passer ces retrouvailles avec les Féroé ? Est-ce que la magie qui avait opéré pendant toute la durée de mon séjour il y a quatre ans serait toujours présente ? Est-ce que l’étincelle du coup de foudre sera ravivée ?

Première constatation : l’aéroport de Vagar à changé ! Fini le hangar, c’est un nouveau terminal qui a été construit, avec de grandes baies vitrées et les oiseaux de verre de Trondur Patursson, probablement l’artiste contemporain le plus connu des Féroé, signe du changement et de la popularité grandissante des îles. Je m’interroge… vais-je retrouver la bienheureuse sensation de solitude qui m’était devenue si familière ?

Le temps de récupérer mes bagages, d’acheter mon pass de 7 jours pour les transports en commun (indispensable si vous ne louez pas de voiture) et me voilà posée dans le bus pour Tórshavn, la capitale. Dès les premières minutes de route, je suis rassurée : les paysages sont toujours aussi époustouflants à mes yeux, même sous ciel plombé, même avec le soir qui descend. Je suis tellement subjuguée que j’ai les poils qui se dressent à l’arrière de ma nuque. Comment ai-je pu douter ?

Après un bon 45 minutes d’enchantement, nous voilà arrivés en ville et en 5 minutes, je me retrouve seule sur le parking du noyau de tous les transports de l’archipel : le parking de l’embarquement des ferries, qui combine aussi les départs de bus. Plus besoin de regarder une carte, ma mémoire s’enclenche et je me dirige vers l’Hôtel Streym où j’avais séjourné la dernière fois. Je prends le temps de m’arrêter un moment pour saluer Nólsoy, l’île voisine.

Tórshavn by almost night. #meldoesfaroes

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Demain, si la météo le veut, j’arpenterai ses sentiers de randonnée mais la première chose qui m’intéresse une fois installée, c’est d’essayer de trouver à manger, ce qui risque d’être difficile. Nous sommes dimanche, il est quasi 22 heures et même si le soleil n’est pas tout à fait couché, les cuisines sont toutes fermées. Je m’étonne malgré tout : des cafés sont ouverts. Ce n’était pas le cas il y a quatre ans quand j’avais erré dans les rues de Tórshavn telle une âme en peine. Je retrouve avec plaisir le panorama du port et évidemment, le vent me fouette les joues. Au dessus de mon grand sourire qui se dessine à ces retrouvailles, je les sens me picoter sous l’effet du froid. Je suis seule et il n’y a pas de bruit, sauf celui des bateaux et barques qui s’agitent doucement dans l’eau (et de temps en temps, une voiture qui passe). Le Café Natur est ouvert, ouf. Mais à part des nachos, rien d’autre à manger. Je ferai donc la diète jusque demain matin et me remplirai un peu l’estomac avec une Föroya Björ, une bière vaut bien une tartine. Le bar est quasi désert, mais ce n’est pas étonnant pour un dimanche. « Vous seriez arrivée il y a une heure, c’était plein ! » me dit la serveuse qui me sert consciencieusement ma bière. A la lumière d’une bougie, je vais la déguster calmement avant de rentrer me coucher. Il est passé onze heure, mais il reste encore un tout petit peu de lumière dans un ciel devenu bleu nuit… Mon cerveau est retourné comme une crêpe et fait un saut dans le temps. A peu près à la même date, je contemplais le même paysage… c’est comme revoir un ami qui n’aurait pas pris une ride !

Les Îles Féroé, le pays du “Peut-être”

Lundi matin, j’ouvre mes stores et là, surprise : il neige !!! Nous sommes fin avril et c’est une véritable mini-tempête qui souffle dehors. Du coup, je me sens moins coupable de m’être éveillée un peu tard. Une fois le petit-déjeuner avalé, je profite d’une accalmie pour me rendre dans les bureaux de Visit Tórshavn, qui a déménagé dans le centre-ville. On peut à présent y louer des vélos pour faire des balades mais vu la météo, c’est loupé ! Je suis d’ailleurs rentrée sous des bourrasques de neige qui n’ont même pas pris 5 minutes avant de se déchaîner. Comme je sais que la surveillance de cette météo est une espèce de sport national, j’en profite pour me renseigner. D’un air assuré, le jeune homme qui me conseille m’affirme que d’ici midi, le soleil reviendra jusqu’à la fin de la journée. Un novice du lieu se demanderait s’il ne se foutrait pas un peu de sa gueule mais dans le « pays du peut-être », je sais que tout peut arriver. Je décide donc de rentrer à l’hôtel pour être tranquille pour mon interview avec Allo, la Planète et attendre que çà se calme.

Après plusieurs tentatives infructueuses, le soleil finit enfin par s’imposer. Ni une, ni deux : je pars m’équiper et file vers le port pour prendre le ferry, direction Nólsoy !

Randonnée à Nólsoy

L’île de Nólsoy, c’est un peu la « banlieue » de Tórshavn. L’unique joli petit village fait face à Streymoy et le passage en ferry ne prend que 20 minutes mais une fois qu’on y arrive, on a l’impression d’être à dix milles lieues de la ville. A peine sortie du bateau, je prends le chemin opposé au village : c’est ici que commence la randonnée qui va au bout de l’île, vers le phare (randonnée Nólsoy-Borðan) que j’ai pu voir briller hier. Une randonnée assez facile qui s’adapte bien à mon niveau de feignasse du quotidien. Dès la sortie du bateau, tournez à droite vers le cimetière. Tout de suite après, on tombe sur des petite ruines : Prinsessutoftir, la maison d’une princesse écossaise qui s’était enfuie après être en conflit avec son père, très fâché sur le choix d’époux qu’avait fait sa fille, d’ailleurs enceinte. Plutôt que de se soumettre à la volonté de son père, la princesse prit ses cliques et ses claques et débarquât aux Féroé. Enfin, c’est ce que veut la légende et les pauvres pierres qui restent ne peuvent pas attester de la véracité de l’histoire. Moi, Lectrice, Lecteur, je préfère y croire.

Une fois passées les ruines, on suit l’emplacement du vieux tuyau d’eau jusqu’à l’ancien réservoir de la ferme que l’on traverse et c’est à partir de ce point que l’on peut voir le premier cairn qui indique la route à suivre… enfin si on aperçoit les suivants car une fois passé les deux premiers, j’ai beau chercher, je n’en vois plus. J’essaie donc de me guider en tentant de repèrer ce qui pourrait ressembler à un sentier et monte graduellement. Le soleil brille, réchauffant légèrement l’atmosphère. J’en profite pour me retourner et admirer la vue. C’est juste superbe ! La géographie de Nólsoy fait que le village est situé sur tout petit isthme avant que l’île ne s’élargisse à nouveau. Les petites maisons colorées ressemblent à un village de maisons Playmobil à cette hauteur et les ombres des nuages filent rapidement sur les reliefs éclairés par le soleil. A ma droite, c’est tout Tórshavn que l’on peut admirer de l’autre côté du détroit aux eaux d’un bleu marine soutenu. Au sud, le soleil illumine la mer et noie l’horizon dans ses rayons… et je suis absolument seule ! C’est tout simplement merveilleux. Une dose d’euphorie est en train de me parcourir tandis que mes yeux boivent le moindre détail et que ma peau observe la moindre sensation. Le mélange de piquant du vent et de légère chaleur du soleil, le contact tendre à la main de l’herbe et brûlant de la neige… Parlons-en de la neige, plus abondante sur le versant que je suis en train d’aborder. Tellement abondante finalement que mes pieds s’y enfoncent et après 20 minutes de ce régime, mes chaussures que je pensais plus waterproof que çà prennent l’eau… et de l’eau glacée ! Je regarde la distance encore à parcourir et le niveau de neige : ça n’est pas mieux toute le long. Je persiste encore pendant un quart d’heure, mais c’est de pire en pire… l’eau a finalement noyé mes chaussettes et mes pieds font des splitch-splotch gelés dans mes chaussures. Je ne peux plus continuer comme çà. Il doit rester encore une bonne heure avant d’arriver au phare, plus le temps de retour. Me voilà obligée de faire demi-tour, mes doigts de pied étant en train de se transformer en glaçons.

À grands (façon de parler) pas, je me presse de revenir vers le village. C’est l’occasion de l’explorer.

Nólsoy, village des rêveurs

Le village de Nólsoy est ramassé autour de sa petite baie. Sur une colline peu élevée, ses maisons sont serrées les unes contre les autres et construites sur différents niveaux. Une mâchoire de baleine marque l’entrée « officielle » du village, mais avant, il faut longer son petit port. En cette fin d’après-midi, il y a juste une maman et ses garçons qui jouent et une vieux monsieur, assis sur son banc, qui regarde le temps passer. Pourtant, on se dit qu’il se passe des choses dans le coin : chaque abri à bateaux est décoré de manière personnalisée : fresques, mosaïques… Et à bien y regarder, il semble que Nólsoy soit l’Île des artistes et des rêveurs. Par exemple, prenons la figure de Nólsoyar Páll : marin, patriote, poète et héros national des Féroé ou celle de Ove Joensen qui essayât par 4 fois de rejoindre le Danemark à la rame (la 4ème fois fut la bonne) pour construire une piscine pour les enfants de Nólsoy Il tombât par dessus bords lors d’une sortie en mer (on dit que l’alcool n’y est pas pour rien et qu’il perdit l’équilibre en voulant se soulager dans la mer) et on peut trouver sa tombe dans le cimetière du village.

Nólsoy est aussi le lieu d’un des pubs les plus célèbres des Féroé : Maggies dont les soirées concerts sont renommées jusqu’à Tórshavn. Malheureusement pour moi, il était un peu trop tôt pour l’ouverture ! Le café de l’office du tourisme est également fermé… la saison touristique n’est pas encore ouverte et les horaires sont très réduits. Heureusement, la supérette du village, elle, est ouverte. Je vais donc y acheter une boisson et une pâtisserie que je dévore tranquillement, assise à une table mise à disposition des clients, juste devant le port.

On ne dirait pas le sud, mais le temps dure longtemps… finalement, je vois le ferry arriver et me dirige vers le point d’embarcation. Nous ne sommes pas nombreux… 4 à revenir vers Tórshavn pendant que notre petite étoile entame le long déclin des soirées nordiques…

Tinganes, le Tórshavn d’antan

Il reste assez de lumière pour faire un tour et des photos dans les rues de Tórshavn, je me dépêche donc d’aller me perdre dans les petites rues de Tinganes, le minuscule, mais combien charmant, vieux quartier de la capitale. C’est sur cette petite péninsule que le « Thing », l’assemblée des Vikings, se tenait. Pas étonnant que le premier parlement des Féroé y soit construit (il a maintenant déménagé en ville) et que les bureaux du gouvernement y soit installés. On les reconnait à leur couleur rouge. Pour le reste, on y trouve de petites maisons en bois, noircies par des couches de goudron, aux volets et portes colorés et aux toits souvent d’herbe, comme le veut la tradition. A part un chat de temps en temps, je ne croise personne. C’est comme si je me baladais dans une village abandonné pourtant, on a sorti les poubelles, j’entends une radio ou une télé de temps en temps… Mon rêve de me faire inviter à l’intérieur d’une de ces maisons d’elfes s’évanouit petit-à-petit, mais pas aussi vite que le soleil qui a brusquement disparu. Je scrute le ciel, en l’espace d’une minute, il est devenu presque complètement bouché et le vent commence à s’engouffrer dans Tinganes. Mon nez me chatouille. Je suis en train de penser qu’il va re-neiger dans deux minutes.

Je n’ai même pas à attendre deux minutes. De la fine poudre glacée commence à tomber, d’abords discrètement, puis de plus en plus vite. Il ne me reste plus qu’à me réfugier au Kafe Kaspar pour mon dîner, vu qu’il est déjà passé 19 heures (mon corps, lui, a l’impression d’être seulement à 17 heures, c’est un des effets déstabilisant des latitudes nordiques).  Je me rappelle des paroles du jeune homme de l’Office du tourisme : “Demain ? Ah ben demain, il devrait faire beau.” Et je retourne ce mantra féroïen dans ma tête comme un talisman : “Au pays du ‘peut–être’, tout est possible !“.

Fabuleuses Féroé: Sandoy, terre des sagas
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  1. Pierre
    le 23.07.2017

    belle découverte, je ne connaissais pas trop ce coin