« Bonjour, je travaille pour la promotion d’une fête la ville de Murcia et j’aimerai vous inviter aux Funérailles de la Sardine, est-ce que celà vous intéresse ? » Il n’en fallait pas plus pour piquer ma curiosité ! Les Funérailles de la Sardine ? Mais qu’est-ce que c’est que cette drôle de fête ? Il fallait que j’aille voir çà de mes propres yeux ! Et c’est ainsi que je me suis retrouvée à nouveau en Espagne.

Les Funérailles de la Sardine (Entierro de la Sardina) est une fête que l’on retrouve dans différentes villes d’Espagne (même  à Madrid, plutôt loin de la mer, à la sienne) qui se passe en général à la saison du Carnaval et symbolise la fin de l’hiver. A Murcia, par contre, elle e déroule une semaine après la « Semana Santa » et est englobée dans les « Fêtes de printemps » de la ville. Et c’est aussi la ville où la fête se déroule avec le plus de ferveur populaire. Il suffit de voir l’énorme catafalque qui trône à l’entrée du Puente de los Peligros, le pont principal du Vieux Murcia et la sculpture d’une sardine géante qui nage dans le fleuve.

C’est le week-end qui suit Pâques qui voit le point culminant de la fête. Alors, comment ça se passe le passage à trépas d’une sardine ?

L'entierro de la Sardina en Mucia
C’est au milieu du XXème siècle que des étudiants de retour de Madrid voulurent importer la tradition des « Masquerades » à Murcia et organisèrent un défilé funéraire qui rappellait les défilés de pénitents du Mercredi Saint. A l’intérieur du cercueil, trônait une sardine. Et depuis, la tradition a été agrandie et perpétuée jusqu’à devenir l ‘évènement le plus important de toute la région.

Pendant toute l’année, les confréries de sardineros et sardineras préparent la grande fête. Tous portent des noms de divinités païennes ou de personnages fictifs (Ulysse, Mars, Odin, Bacchus, Céres, etc…), symbolisant le caractère non-religieux de l’événement. On reconnaît facilement les sardineros et sardineras à leurs chemises bouffantes en satin de couleurs vives. Ce sont eux, les principaux Ils sont accompagnés des hachoneros et hachoneras, des personnages habillés de tunique rayées, d’un chapeau conique et pourtant un foulard servant à dissimuler leurs traits. On les verra souvent porter des flambeaux lors des nombreux défilés. Sans doute une petite référence aux pénitents masqués qui défilent en cortège dans différents coins d’Espagne avant la Semaine Sainte ?

Arrivée et Lecture du Testament et Dernières Volontés de la Sardine

C’est le jeudi que démarrent réellement les festivités avec l’arrivée de la sardine en ville, à laquelle je n’ai pas assisté. Chaque année, la sardine est « offerte » à Murcia par une autre ville de la région et son entrée en ville accompagnée des confréries et le grand signal que la fête peut commencer.

Le vendredi, c’est le branle-bas de combat à Murcia ! Arrivée de bon matin, les ouvriers municipaux sont en train d’installer chaises et tribunes pour le défilé de ce soir car le vendredi, c’est le jour de la Lecture du testament de Doña Sardina et le moins que l’on puisse dire, c’est que les places demandent de l’investissement en temps : pour être sûrs d’avoir les meilleures places pour le défilé, nous serons là deux heures avant le défilé (ça donne une idée de la popularité de ce festival) (et vive les smartphones bien chargé pour passer le temps). Enfin, voilà le défilé ! Un vrai défilé de Carnaval où se mélangent groupes folkloriques venus de Murcia et d’ailleurs (voire, de très ailleurs comme un groupe carnavalesque bolivien, une fanfare polonaise et une autre irlandaise), confréries de Sardineros, écoles de danse… Un grand melting pot joyeux et bruyant et comme nous sommes aux premiers rangs, nous avons vraiment l’impression d’être dans le show !

Une fois le défilé terminé, tout le monde se précipite vers la Plaza De La Glorieta De España, juste devant de l’Hôtel de ville pour la lecture officielle du testament. Un moment qui est apparemment très attendu par les participants : « Sardineros » « -eros » reprend la foule en coeur. « Sardineras », « -eras » avant que la femme choisie cette année pour « incarner » Doña Sardina ne lisent le testament. Un testament humoristique, écrit en vers et qui commente les événements de l’année écoulée, à la fois attendri et satirique. Mon espagnol n’étant toujours pas au top, je n’ai évidemment pas tout compris… mais j’ai bien entendu le mot « Catalogne » , de « Puidgemont » et d’ « Allemagne » plusieurs fois. 😉 En tout cas, les Murcianos et Murcianas ont l’air de bien se marrer, ce testament est donc une réussite ! Et comme le testament d’un poisson n’est pas chose courante, la lecture se conclut sur un énorme feu d’artifice… et dire que ce n’était que le deuxième jour !

A travers les rues de Murcia

Le troisième et dernier jour se déroule doucement. Ayant mangé a passé minuit, c’est à 11 heures du matin que notre petit groupe à rendez-vous à 11 heures pour une petite visite de la ville. Murcia est une ville très agréable. Ni trop grande, ni trop petite, et jeune, grâce à son université et ce samedi matin, il y en a du monde en ville !

Pour rejoindre le Centre depuis l’hôtel, on prend d’abords plaisir à traverser les jardins de Floridablanca, un agréable parc rempli de figuiers centenaires avant de rejoindre le Puente de los Peligros. C’est le plus vieux pont de la ville mais pas le seul à enjamber la Segura, le petit fleuve qui traverse Murcia. Et dans la rivière, les bateaux sont de sorties, pour le plaisir, et aussi pour s’approcher du monument à la Sardine.

La Place de la Cathédrale est sans aucun doute le joyau de Murcia. Dans le fond, la Cathédrale, juste à sa droite, le Palais épiscopal, résidence de l’évêque (et que l on peut visiter) et à gauche, de jolis cafés et restaurants qui donnent fort, fort envie qu’on s’y attarde ! Mais comme nous venons à peine d’avoir englouti notre petit déjeuner, nous passons notre chemin pour aller visiter la cathédrale, bel exemple du style baroque de la contre-réforme.

L’autre bâtiment intéressant de la ville, c’est le Casino Real. Construit plutôt comme un club privé plutôt qu’un vrai casino, cet extravagant bâtiment combine une série de styles un peu hétéroclites, ce qui reflète un peu la curiosité et le bouillonnement qui régnait au XIXème siècle.

Le Casino Real se visite (5 Euros avec audioguide) mais si vous n’en avez pas envie, vous pourrez au moins admirer le péristyle de style mauresque, une des plus belles pièces de l’essemble. De mon côté, je n’ai pas hésité à parcourir les salles, allant de salle de bal, au salon d’escrime, sans oublier l’ancienne toilette des dames, qui est une des plus belles avec ses fresques représentant Séléné, la déesse de la Lune. On se sent transporté dans un autre temps, un monde fait de luxe et de bonnes manières mais qui continue encore un peu aujourd’hui puisque le club du Casino existe toujours !

La visite aurait dû continuer… mais c’ était sans compter sur les confréries de Sardineros, accompagnés de fanfares, qui ont commencé à défiler pour l’un des évènements marquant de la journée.

Les actes des Funérailles de la Sardine

Dans les rues étroites du Vieux Murcia, on se presse pour recevoir quelques cadeaux des sardineros : bracelets, autocollants, élastiques fantaisies pour les cheveux mais surtout, des sifflets, indispensable pour les funérailles de ce soir ! La foule se presse et même les adultes sont au taquet pour recevoir un petit cadeau. Nous nous mettons donc à suivre le très long cortège jusqu’à la Plaza Circular, l’un des grands espaces publics de la ville pour tirer des pétards, et informer de la mort de la Sardine.

Une petite sieste plus tard et il est temps de se préparer pour LA grande soirée : le défilé des funérailles. Tout commence au point de départ du défilé, où nous avons accès aux « coulisses » et tout le loisir d’observer comment se passent les derniers préparatifs. Nous passons les chars de confréries remplis à rabord de cadeaux, des danseurs et danseuses enveloppées dans de grands manteaux et de grands châles pour se préserver du froid, leurs couleurs vives et paillettes se montrant de temps en temps. Il y a aussi les acrobates, qui font des derniers étirements et ceux qui s’occupent de la mécanique des chars et vérifient quelques derniers réglages… J’ai l’impression d’être dans les coulisses d’un cirque géant ! Tout à coup, l’agitation commence à gagner les participants au défilé, on comprend qu’il ne va pas tarder à commencer et qu’il est temps d’aller rejoindre nos places dans les tribunes, tout à la fin du défilé, ce qui va nous permettre de nous rendre compte que le parcours est long, TRES long. Et que toutes les places sont quasi déjà prises tout le long du parcours, certains ayant déjà pris place avant 17 heures alors que le défilé ne commence qu’à 21 heures ! Il parait qu’il y aura près d’un million de personnes qui assisteront au défilé, c’est tout simplement énorme !

Après une bonne demi-heure de marche, nous y voilà enfin : la tribune réservée aux médias et cette fois, nous avons nos places. Malheureusement, plus au premier rang mais celà nous donnera une nouvelle perspective ! Après un TRES long défilé des sponsors (j’avais un peu l’impression de voir passer la caravane du Tour de France), la tête du cortège se montre : ce sont les porteurs de drapeaux de différentes municipalités de la région de Murcia qui participent à la fête. Comme la veille, il s’agit d’un défilé de différents groupes, certains faisant leur réapparition mais la grande particularité, ce sont les chars qui accompagnent les groupes. Evidemment, le plus salué est celui de la Sardine, qui a plutôt l’air bien vivante (où serait-ce son fantôme venu faire la fête ?). S’en suivent différents tableaux, des allégories aux saisons, un tableau « Mad Max » avec motos vrombissantes et tronches cassées, un autre célébrant « Gatsby le Magnifique », etc. On alterne entre le beau, le poétique, le kitsch, le carrément WTF… mais on en prend plein les yeux, comme cette acrobate attachée à un cerceau suspendu dans les airs par des dizaines de ballons gonflés à l’hélium. Outre la Sardine, d’autres personnages important sont du défilé : les géants et grosses têtes, personnages typiques du Levante et qui me rappellent furieusement les géants que nous connaissons en Belgique mais aussi le Dragon de Conte, une énorme bête de papier mâché cracheuse de feu. Cette oeuvre d’un artiste local y est chaque année !

Enfin, dans un grand fracas de bruit, on arrive aux protagonistes les plus importants du défilé : les chars des confréries des Sardineros. La plupart du temps décoré en papier mâché, ils représentent chacun des caractéristiques de leurs divinités et personnages patrons : un grand bateau pour la confrérie « Ulyse », un char aux motifs chauds bouillants pour « Eros », un squelette pour « Pluton » ou encore des représentations des 12 travaux pour « Hercules »… Et là, c’est la folie puisque chaque confrérie distribue à la volée des cadeaux : ballons, jouets, peluches, sifflets… C’est à qui attirera l’attention d’un sardinero ou d’une sardinera ou aura le bras assez long pour attraper un lot au vol. C’est la folie, tout le monde hurle, siffle, tend les bras pour essayer de saisir quelque chose. Je me prend au jeu en agitant les bras pour faire signe aux sardineros mais rien à faire, assise bien trop loin pour qu’un lot puisse m’atteindre. Mais c’est sans doute le moment le plus drôle de toutes les festivités.

Le dernier char passé, tout le monde se dépêche d’atteindre les environs du Catafalque pour l’apothéose : l’incinération de la Sardine. Tout à coup, différents pétards sont déclenchés sur toute la hauteur du catafalque et le feu est bouté immédiatement. La structure en papier mâché, est engouffré dans les flammes. Même à bonne distance, je peux sentir la chaleur d’un feu ardent sur mes joues. Pendant que l’hymne de la Sardine résonne sur la place, son image finit par être consumée et des braises et morceaux de papiers incandescents volent dans les nuit comme autant de luciole. Quand la sardine est brûlée, les pompiers interviennent et une fois le feu éteint, on rend à la Sardine son tout dernier hommage sous la forme d’un immense feu d’artifice (ça fera trois en un peu plus de 24 heures, pas mal!).

La Sardine est morte, vive la Sardine !

Pour aller plus loin

Comment arriver à Murcia

Le plus grand aéroport est celui d’Alicante, à environ une heure de la ville. Une fois arrivés, il vous suffira de prendre un bus pour Murcia.

Murcia dispose aussi de son aéroport, à San Javier, plus petit et moins bien desservi que celui d’Alicante. Sachez qu’il existe que 3 bus qui rejoignent la ville, tous dans l’après-midi.

Où dormir :

Nous avons séjourné au à l’Hotel Catalonia Conde de Floridablanca, un chouette hôtel 4 étoiles, sans trop de chichis et qui brille par sa position centrale (à 5 minutes à pied du centre-ville) et par la grande gentillesse de son personnel. Les chambres n’ont rien d’exceptionnel. Elles sont confortables et conformes au standing d’un 4 étoiles mais le petit-déjeuner est tout simplement bluffant : gâteau, viennoiseries, jus frais, bacon, œufs, charcuterie, saumon, fruits frais, yaourts, céréales, différents pains… Bref, impossible de partir de là l’estomac vide ! Comptez 54 €/nuit pour une ou deux personnes, 68 € avec petit-déjeuner pour 1 personne, 82 € pour deux personnes.

Où manger à Murcia ?

Qui dit « Fête populaire » dit « restaurants populaires ». C’est dans des établissements connus des locaux que nous avons fait bombance à coup de nombreuses tapas afin de pouvoir goûter tout ce que la cuisine espagnole, et de Murcia en particulier, a à offrir.

Restaurante Cerveceria Ortuño : On passerait devant sans s’arrêter et pourtant, cet établissement affiche complet à l’heure du déjeuner ! Vous aurez bien du mal à choisir en regardant le menu pléthorique qui s’offrira à vous alors, autant opter pour « un peu de tout » si vous êtes à plusieurs. Des plats simples, bons, justes comme des boulettes frites de morue, la « marinera » typique de Murcia (un mélange de « salade russe » posée sur un croustillant et surplombé d’un anchois) ou encore, la salade d’artichaut et évidemment, un bon morceau de Tortilla, entre autres.

El Chuli y un Jamon : A en juger par la file qui se pressait au comptoir, j’avais fait le bon choix pour venir y chercher un « bocadillo » (sandwich) au jambon cru. On peut l’emporter ou le manger surplace en s’attablant au bar avec une petite bière. Hautement recommandable !

Cet article a été réalisé en collaboration avec le festival Entierro de la Sardina  mais les opinions de l’auteure lui restent propre, malgré les nombreux sifflets et bracelets reçus des confréries de sardineros et sardineras.