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« Quel est votre principale qualité ? » Cette question, Lectrice, Lecteur qui a déjà du à subir un entretien d’embauche, tu l’as entendue. Maintes fois.

Ce à quoi je réponds : « La patience ». Très concrètement, je sais que j’ai cette vertu. Celle d’attendre le bon moment. De savoir quand il est temps, ou pas. Tout mûrit lentement chez moi, les idées, et moi comprises. Allez en Afrique du Sud ? Ça a pris 15 ans ! Pouvoir vivre un an en Italie ? 15 ans aussi. Partir aux États-Unis ? 13 ans.

Depuis l’âge de 8 ans, lorsque mon parrain m’offrit mon premier globe terrestre, je rêvais de parcourir le monde. Des rêves nourris par un atlas nouvellement reçu et la Chasse aux Trésors de France 2. J’y découvrait le monde avec Philippe de Dieuleveult et je pestais de ne pas être plus grande pour prendre sa place. Et après chaque épisode, après les dernières notes de ce fameux générique, je murmurais : « Un jour, moi aussi j’irai voir le monde. »

Les années passent, la vie s’installe, des priorités aussi : les études, l’amour… d’autres rêves viennent remplir votre liste personnelle, et on en met les anciens bien à l’abri dans un tiroir. On les ressort de temps en temps pour les regarder, se souvenir. Certains resteront là, comme un souvenir de la personne que l’ont fut. Mais d’autres persistent et de temps en temps, secouent le tiroir où on les a rangés et leur bruit incessant finit par vous obséder.

Revenue en Belgique après plusieurs années aux États-Unis, j’avais une vie et une carrière à reconstruire. J’y travaillais depuis 7 ans, contente de mon sort, de pouvoir m’accorder des escapades, heureuse d’avoir un métier qui me faisait voyager. Mon blog avait deux ans, commençait à être un petit peu connu. Et un tiroir a commencé à se manifester, réveillé par ce blog. Puis vint mon accident.

Il n’était pas si grave, mais aurait pu l’être si j’étais retombée différemment. Un genou pèté et une belle peur, c’est être (heureusement) bien peu payé pour se faire renverser par une voiture. Et pendant que je passais deux mois entre les quatre murs de mon appartement, j’ai cogité. Mais l’évidence est venue très vite.

Je vais te dire un secret : le cliché qui veut qu’une personne qui a frôlé (ou comme moi qui pense avoir frôlé) la mort, se réveille et se dise : « Quand ai-je vécu ma vie selon mes propres termes ? Quand ai-je accompli quelque chose qui vaille vraiment la peine ? Et si ma vie s’était terminée ce jour là sans avoir réalisé ce que à quoi je rêve ? », ce cliché là est vrai.

Et pour nourrir la braise qui couvait, la réflexion qui suivit fut comme un accélérateur : « L’année prochaine, tu vas avoir 40 ans ! »

Ma vie a défilé à toute vitesse. Et j’y ai vu du vide.

Re-cliché.

La crise de la quarantaine.

Je me suis dit : « Tu es libre, tu as un budget, si tu ne le fais pas maintenant, alors quand ? ».

Mais comme toutes mes convictions, maintenant tu le sais, celle-ci devait encore prendre le temps de mijoter. Le temps que je guérisse et que j’amène un projet professionnel à son but. Et quelques jours avant mon quarantième anniversaire, j’ai pris la décision : ce sera fin 2014.

S’en sont suivi la demande de pause-carrière à mon patron, les démarches administratives mais voilà, mardi soir, en rentrant chez moi, dans ma boîte aux lettres, il y avait ce courrier au sigle rouge et blanc de l’ONEM. Ma demande de crédit-temps était acceptée. Cela a sonné comme le signal du départ.

Me voilà donc, quarantenaire, prête à partir pour 4 mois à parcourir le monde, et à concrétiser le Rapa Iti Project, enfin ! Il sera l’aiguillon, et sans doute le point de départ de cette aventure. Et quand j’y pense, j’ai presque du mal à croire que je touche au but. Et j’ai seulement 3 mois pour planifier. Même ma famille n’est pas encore au courant. Comme une ado qui se livrerait à une activité honteuse.

Est-ce que j’ai peur ? Oui. Peur de la solitude, de ne pas gérer mon budget, de ma nature plus contemplative qu’active mais c’est cela aussi le challenge, outre celui de voir le monde, c’est d’essayer de me dépasser, de devenir meilleure, pour moi-même et pour les autres.

On se croisera sur la route ?