Salta a beau être un ville où l’on aime s’attarder, les alentours ne sont pas mal non plus! A à peine une heure de route, on se retrouve dans la haute montagne tandis que la campagne proche est la gardienne de la culture “gaucha”, les “cowboys” sud-américain.

Mel, la gaucha

Le gaucho fait partie du mythe argentin. Ce fier cavalier veillant à la sécurité et au rassemblement du bétail, est une icône! Vivant au grand air, un peu solitaire, un peu soldat quand il le faut, fier, libre et rebelle, le gaucho et son cheval, souvent le seul bien que l’homme possédait, n’ont pas fini d’incarner un certain romantisme argentin. A Cordobá, j’avais eu envie de passer deux jours dans une estancia, projet malheureusement annulé pour cause d’imprévus que vous savez… mais je n’allais pas quitter l’Argentine sans avoir un peu goûté à une partie de son âme !  Coup de bol, à l’auberge, je tombe sur un dépliant de Cabacaladas Gauchas. Ni une, ni deux, je me réserve une demi-journée.

Le matin, une vieille jeep s’arrête devant l’auberge alors que je termine mon petit déjeuner. On vient me chercher ! C’est Guillermo, un vrai cavalier… teint cuivré par le soleil, chapeau sur la tête, avec sa chemise blanche et son pantalon beige délavés, on ne peut pas le louper. Son large sourire me met à l’aise tout de suite ! Guillermo n’est pas seulement qu’un cavalier : il a participé à des rodéos, très populaires en Argentine. On arrive à discuter malgré mon très mauvais espagnol ! “Et puis, me raconte-il, je suis devenu un peu vieux pour çà. C’était trop dangereux. Maintenant, je me contente d’aller me balader”. Je suis la première qu’il vient chercher, nous ferons quelques arrêts à travers Salta pour récupérer d’autres cavaliers avant de partir vers la campagne, direction la Finca ¨La Quesera¨ où nous attend David, le patron. Lui aussi est une espèce de géant souriant et nous accueille d’une voix tonitruante. Le lieu est joli, très vert… je me prend immédiatement d’affection pour le chiot de la maison, une petite femelle mais elle a plus l’air de faire la fête à Guillermo. “Es mi compañera” me confie-il en rigolant.  Sous le patio, notre groupe fait connaissance : deux Chiliens de Santiago, un avocat brésilien et un couple argento-espagnol qui habite… à Bruxelles!  Pendant que Guillermo prépare les chevaux, je le regarde faire. Il y en a plusieurs mais je détecte immédiatement lequel est le sien : un magnifique cheval gris.  Je regarde les autres… et si je pouvais deviner parmi tous ces chevaux lequel sera le mien. En moins d’une minute, je remarque un cheval un peu moins grand que les autres, couleur pie avec une jolie crinière.  Je parie qu’il m’est destiné ! Une grosse demi-heure plus tard, quand les chevaux sont sellés, Guillermo me tend une bride… et c’est bien mon cheval pie! Il ne reste plus qu’à monter. Ce sera la première fois.

Lectrice, Lecteur, c’est à ce point de l’histoire que je dois te faire une confession. J’aime les animaux, ça, tu le sais si tu me suis depuis un moment. Et donc j(aime aussi le cheval. Surtout dans mon assiette. Particularité culturelle belge : nous mangeons de la viande de cheval, eh oui. Pire encore, mon grand-père étant boucher chevalin, j’ai grandi avec l’habitude du steak de cheval-frites du mercredi. Bref, je ne peux pas caresser le museau d’un joli bidet en pensant à un délicieux morceau de viande. Aussi, celà me faisait un peu bizarre de flatter la crinière de mon cheval en m’installant sur la selle, bien droite. Malheureusement, pas de chapeau de gaucha pour moi mais une bombe… je ne peux pas m’empêcher d’être un peu déçue mais la sécurité avant tout! Finalement, c’est assez agréable de monter à cheval. On voit le monde d’un peu plus haut, on sent l’animal qui vous porte, le jeu des muscles sous les cuisses. Au pas, nous parcourons les sentiers, avec la chienne de la ferme qui a décidé de nous accompagner en guise d’éclaireuse.  Le tableau est joli : les collines autour de la vallée de la Quesera, la file de chevaux, les cris d’oiseaux et le clop-clop des sabots comme seul bruit… Guillermo brise de temps en temps le silence pour nous expliquer une chose ou deux… mais il semble que notre groupe soit du style contemplatif, ce qu’un gaucho sait apprécier. Tout est si paisible et parfait !

Mais la balade n’est pas sans but. Premier arrêt, la Capilla de La Quesera, une chapelle jésuite coloniale, toute blanche et seule… Le deuxième arrêt sera la Finca de la Cruz, une ferme devenue le Musée de la vie rurale salteña.  A l’intérieur, tout a été laissé comme elle l’était à la fin du XIX” siècle, reflétant la vie d’une prospère ferme de l’époque et des gauchos du nord qui y travaillaient. Mais cette maison est aussi une demeure historique : elle appartenait au beau-père de Güemes,un acteur important de l’indépendance argentine qui était à la tête d’une véritable armée de gauchos.

Le retour se fait d’une seule traite, on essaie même un petit galop, mais les chevaux n’ont pas l’air spécialement motivés, et comme je n’arrive pas encore à vraiment diriger mon canasson… pas de chance! J’ai juste le temps de réaliser que le galop, ça fait mal au derrière à force de tapper et quand je descend du cheval, une fois de retour à la ferme, je me rends compte de pourquoi on a dessiné Lucky Luke avec des jambes arquées!

Pendant notre promenade, David a fait chauffer le barbecue : c’est un véritable asado qui nous attend! De gros morceaux de viande sont en train de griller, les verres se remplissent de vin de Cafayate, on apporte les crudités et les pommes de terre… la vie est belle quand on est une gaucha !

Sur la route des Andes

Le problème de Salta, c’est qu’elle est entourée de lieux qu’il faut visiter. Et que fait-on quand on n’a pas le permis ? Soit on sympathise avec d’autres voyageurs qui eux, ont le permis, et la même idée que vous (pas de chance dans mon cas) soit on réserve une excursion. Il reste les transports en commun mais sans la possibilité de s’arrêter en chemin. Mais alors que choisir?  La Quebrada de Humahuaca et ses montagnes colorées ? Cafayate et ses vignobles ?  Les “Salinas Grandes” (à défaut su Salar d’Uyuni, la Bolivie n’est pas programme) ? Finalement, mon choix va se porter sur une excursion qui va me conduire vers Cachi, à travers les Parc National “Los Cardones”.  Une longue journée mais qui me permettra de découvrir des sites incroyables!

Tôt le matin, le mini-bus vient chercher les valeureux passagers et en route pour les Vallées Calchaquies! A début, tout est vert, nous traversont les champs de tabacs dans la vallée avant de commencer à monter dans de vertes collines recouvertes de forêt. Premier arrêt : le pont qui enjambe l’Escoipe. La Quebrada de Escoipe montre une gorge escarpée, avec une végétation luxuriante, quasi tropicale mais soudain, la route se met à monter : c’est la “Cuesta del Obispo” une route qui grimpe en lacet jusqu’à 3348 mètres! Petit à petit, on monte, monte, monte, chaque zigzag permettant un point de vue superbe sur un paysage de plus en plus sauvage et aride. C’est incroyable, alors que nous venons à peine de quitter une vallée si fertile!   Au sommet, nous voilà arrivés à une chapelle : la Piedra del Molino (attention à l’altitude en sortant du véhicule). La chapelle est dédié à l’archange Raphaël mais à l’intérieur, les rites andins subsistent! Sur le petit autel, on y trouve des feuilles de coca et du tabac, à côté des fleurs et images saintes. Le genre d’offrande faite à la Pachamama, la Terre-mère des Incas. Le paysage est à couper le souffle! Avec ce ciel bleu, les montagnes pelées et multicolores dévoilent leurs couleurs : du vert, du rouge, de l’ocre, de l’orange!

Tout à coup, le paysage commence à montrer des signes de végétation :  des cactus, mais n’importe lesquels, ces grand cactus qui ressemblent à des candélabres! C’est une véritable “forêt de cactus” que l’on rencontre en arrivant au Parc National “Los Cardones”. Pas grand chose à faire néanmoins dans ce parc, à part marcher sur les sentiers balisés (on ne peut pas trop s’approcher des cactus, ils sont fragiles). A part une petite station de garde-forestier, pas de service! C’est le parc national que traverse la “Recta del Tin Tin“, un morceau complètement droit de la Route provinciale 33, entouré par les cactus et la montagne, cette route donnerait envie au plus paresseux des voyageurs de manger du goudron ! Ici passait le chemin de l’Inca, la route qui traversait tout l’empire du fils du soleil.

Ce paysage bien dégagé permet aussi d’apercevoir des animaux : une énorme araignée (tellement énorme qu’on ne pouvait pas la louper du bus) ou encore, un troupeau de guanacos (des cousins du lama).

Finalement, nous arrivons à notre destination : Cachi. Une jolie petite ville, aux rues pavées, aux maisons en psé et au grand ciel bleu. Cachi est un vrai livre d’imagine et  au milieu de tout çà, l’inévitable parc/plaza centrale où se termine un concours de danse! Malgré l’altitude, il fait chaud. très chaud. Je vais trouver refuge à une terrasse sous les arbres du parc. Je crève la dalle, c’est le moment de tester autre chose que les empanadas. Je me décide donc pour l’humita : un ballotin de pâte de maïs relevé avec des épices et des oignons, enroulé dans des feuilles de maïs puis cuit soit au four, soit à l’eau.Le genre de truc qui vous tient au corps, même à petite dose. Le goût est surprenamment doux et subtil à mon palais maintenant habitué aux saveurs diverses des empenadas.  J’ai le loisir de me balader à travers les rues tranquilles de Cachi… dans le parc, une veille dame psalmodie dans une langue inconnue une mélopée hypnotique… elle est bientôt rejointe par un jeune musicien qui calque sa flûte sur son rythme… Je vais rester un bon moment assise sur un banc à écouter, complètement subjuguée… Le charme est rompu quand la vieille dame décide de s’arrêter… et les deux jeunes de l’interroger sur sa technique… je décroche rapidement, dans un état un peu second. Est-ce l’effet de la digestion? De l’altitude? Du soleil? De la musique ? Péniblement, je me lève et part me promener. Mes pas me guident vers l’église, un des rares bâtiments qui ne soit pas blanc à Cachi. ce n’est pas sa seule particularité.  Son intérieur (dont son toit) est en bois de cactus! Mais oui… à cette altitude, il y a très peu d’arbres… par contre, comme j’ai pu le constater, le cactus croît en abondance! Une fois séché, il devient aussi dur que le bois et voilà le succulent transformé en bois de construction. Un bois très clair et parsemé de trous!

Mais l’heure tourne, en milieu d’après-midi, il est l’heure de quitter Cachi et nous voilà retournant quasi d’une traite vers Salta. Pendant ce temps; la météo s’est mise de mauvaise humeur et les montagnes se cachent derrière de gros nuages, rendant le paysage encore plus mystérieux et austère. A Salta, les trottoirs et pavés sont luisants et lorsque la nuit tombe, le soleil arrive à se trouer une fissure à travers les nuages, rendant le ciel presque nocturne quasi mauve. L’air est chaud, mais pas trop, légèrement pesant d’humidité, m’enveloppant comme une couverture chauffante pendant que je marche vers Balcarce pour un tout dernier passage chez une parilla. Demain, c’est une longue journée qui m’attend… mais surtout le Chili. Un nouveau pays !  Je mâche lentement la viande qu’on vient de me servir. “Jugosa“. Et les images des trois dernières semaines filent devant les yeux. Comment est-ce que celà peut déjà être fini ? J’ai l’impression de n’avoir rien fait, d’avoir à peine vu. A la fin du repas, je regarde le tout dernier morceau, devenu froid, avec un petit pincement au cœur. Le steak argentin va me manquer. Ce ne sera pas la seule chose.

Pour aller plus loin

Rejoindre Cafayate, Cachi ou Huamaca

La région de Salta est idéale pour un roadtrip. Les paysage s’y prètent et si vous voulez en profiter, il vaut sans doute mieux louer une voiture… ce qui ne veut pas dire que les transports en commun sont inexistants.

Cafayate : On peut rejoindre ‘l’autre capitale des vins” (avec Mendoza) facilement grâce à Flecha Bus

Huamaca peut être aussi rejointe avec Flecha Bus et Balut

Pour Cachi, il existe une compagnie: Ale Hermanos qui relie Salta à Cachi (départ à 7h du mat’, aïlle).

Le trajet Salta/Cafayate/Cachi est conu comme étant ‘la boucle sud” (la boucle nord est via Huamaca). Attention, si vous ne conduisez pas; il n’existe pas de bus entre Cafayate et Cachi… vous devrez donc : faire du stop ou engager un “remis” un taxi à la journée qui peut être loué collectivement (à vous de persuader vos compagnons d’auberge).

Pour plus d’info sur les roadtrips à faire autour de Salta, faîtes un petit tour chez Novo-Monde: Montagnes multicolores au nord de Salta et Road trip en Argentine: la route des vins de Salta

ou

Chez Chrissansvoyage : Excursions à Salta, Boucles nord et sud.