Ca faisait longtemps que j’avais envie de tenter cette expérience. Depuis que j’avais lu l’histoire de cette Allemande qui avait décidé de vivre (et travailler sur son mémoire) dans les trains. L’idée de parcourir des kilomètres confortablement assise sans autre distraction (mais quelle distraction !) que le paysage me semblait une excellente idée. Contrairement aux trains de certains pays, pas de wi-fi dans les wagons de la SNCB et il était certain que je serai beaucoup moins tentée d’aller checker les Internets pour un oui ou pour non. C’est que déjà distraite à la base, l’accès au web disponible partout a encore abaissé mon seuil d’attention. Combinez à cela un état de fatigue que je traîne depuis des mois et l’arrivée d’un nouveau chat que je ne peux m’empêcher de caresser et de complimenter à chaque fois qu’il entre dans mon champ de vision (tous les amateurs de félins savent) et vous comprendrez que du niveau « enfant de 6 ans », ma capacité de concentration soit descendue à celui de « poisson rouge ».

Ainsi donc, j’ai décidé d’embarquer ce dimanche sur la plus longue ligne qu’on puisse trouver depuis Bruxelles, celle à destination d’Arlon : 2h45 l’aller. Presque 6 heures d’atelier écriture intensif en traversant la campagne brabançonne, les vallées namuroises, les forêts de sapin de l’Ardenne avant d’arriver à l’extrême-sud de la Belgique, puis de revenir. Encore plus hardcore aurait été de continuer jusqu’à Ostende au retour (il faut ajouter 1h30 au parcours)… et je pense faire çà une autre fois, quand mon budget me permettra d’y passer une nuit.

De la frustration de l’auteure

Il est 9h30, me voilà dans une Gare Centrale particulièrement agitée pour un dimanche. C’est le deuxième jour du Tour de France à Bruxelles et pas mal de monde est venu assister à l’événement. Pas de chance pour moi, alors que je me suis couchée relativement tôt (minuit et demie, pas mal pour un samedi soir), je me suis levée beaucoup plus tôt que prévu et j’ai la tête dans le pâté à cause du manque de sommeil. Pas vraiment les conditions idéales pour écrire… mais on va se forcer, le sujet (le début de mon séjour à Tubuai, dans les Îles Australes) devrait me motiver. Nous ne sommes pas encore sortis de Bruxelles que pOmmi le Mac est sorti de mon sac à dos et que j’essaie de sortir les premières lignes. C’est un peu pénible. Est-ce mon cerveau brumeux du matin, les mots ont du mal à sortir alors que je me refais tout le film de ce séjour aussi clairement que si j’étais dans une salle de cinéma. Ca doit être l’une des plus grande source de frustration d’un.e blogueur.euse : le sentiment de savoir qu’on n’arrive pas à retranscrire ce qu’on a vécu.

Une pause express à Ciney

Je persévère quand-même, d’autant plus que je m’accorderai une pause à mi-parcours, à Ciney dans le Condroz. Ciney, c’est la ville où est brassée une bière assez célèbre en Belgique mais c’est aussi la ville de résidence d’une copine Twitter : @emiliemontreal. Quand elle a vu que j’allais passer par là, Emilie m’a gentiment invitée à venir découvrir sa ville… et son défi était de me la faire voir en 50 minutes (le temps de descendre du train et d’être à l’heure pour le suivant une heure plus tard). Tout çà en incluant la consommation d’une Ciney, bien évidement ! Challenge accepté pour Emilie qui était là pour me cueillir à la sortie du train. Je sais que je suis entre de bonnes mains, cette amoureuse de la Wallonie connait bien son nouveau terrain de jeu. On monte dans la voiture direction le Parc Sant-Roch et son château tout de pierre grise, typique du Condroz. C’est le point de départ d’une randonnée de plus de 140 kilomètres sur le territoire couvert par la Maison du Tourisme… et sur ce sentier, des oeuvres d’art ont été installées. Le Parc en contient une. Juste le temps de l’admirer ainsi que le petit jardin du château et on file sur la place de Ciney dominée par sa célèbre collégiale. C’est elle qui trône sur les étiquettes de bouteille de bière et quand son clocher a été emporté lors d’une monstrueuse tempête il y a 11 ans, ce fut une nouvelle de niveau national. Mais depuis l’année dernière, la collégiale a retrouvé sa superbe. Sa structure romane plutôt austère contraste énormément avec le côté folâtre du kiosque à musique qui est au milieu de la place. Construit au XIXème siècle, c’est un des plus beaux de Belgique d’après Emilie. Et c’est donc face à la collégiale que nous allons déguster notre Ciney Blonde et trinquer à mon prochain passage, qui sera plus long cette fois.

Pause

Cette petite pause semble avoir fait un peu de bien à mon inspiration. Une fois remontée dans le train, je reprends le fil de mon récit un peu plus facilement. Il faudra malgré tout que je le le réécrive mais l’essentiel est là. Du moins pour la première partie. Tout raconter d’un coup aurait été indigeste et comme un autre week-end plus ou moins déconnecté se profile à l’horizon, je décide de m’arrêter là pour le moment, et de m’accorder le temps d’admirer un peu le paysage ardennais, recouvert de bois, de sapins, où coulent de petites rivières… J’aurai bien envie de sortir du train et je me mets à penser à ces trains de la Rhaetische Bahn dans les Grisons qui vous permettent de vous arrêter carrément en montagne pour démarrer vos randonnées ? C’était la première fois que je voyais un train se comporter en ascenseur (c’est à dire qu’il s’arrête à la demande). Ce serait une solution géniale pour l’Ardenne et ses jolis coins qui restent souvent difficilement accessible sans voiture.
Mais admirer le paysage a aussi un effet zenifiant pour moi, je sens une douce torpeur m’envahir et ferme les yeux. Je suis tellement fatiguée que j’étais presque endormie lorsque le haut-parleur et ses grésillements me tirent de ma torpeur pour annoncer que nous arrivons à Arlon, terminus de ce train.

Terminus, Gare d’Arlon Station

Ça faisait 20 ans que je n’étais plus venue à Arlon . La dernière fois, c’était pour voir l’éclipse totale de soleil (pour la petite histoire, il y avait tellement de trains spéciaux que nous ne sommes pas arrivé à Arlon à temps et que le train s’est arrêté au beau milieu de nulle part en permettant à tous les passagers de descendre pour observer la totalité). C’est le plus petit des chefs-lieux de provinces belges et sans doute le moins connu, même si Arlon peut se targuer d’être une des trois villes les plus anciennes du pays (les vestiges gallo-romains sont là pour en témoigner). Et oui, Arlon a un petit côté différent. La ville est perchée sur une colline, ses maisons, soit de pierres sombres, soit colorées font penser à la Gaume mais aussi un peu au monde germanique. Le Luxembourg est tout proche ! Et quand je tombe sur une jolie demeure aux tuiles rondes qui pourrait bien figurer en Bavière ou en Autriche, je me dis que décidément, j’habite dans un petit pays qui a des facettes auxquelles je ne m’attendais pas.

J’allais penser qu’Arlon était ville morte jusqu’à ce que j’arrive dans le centre-ville : c’est jour de marché aux puces. Les petites rues du vieil Arlon sont remplies de stands qui vendent mille et une curiosités et pas que des babioles ! Les amateurs de vintage de qualité ne s’y trompent d’ailleurs pas car ils sont nombreux et viennent de loin : j’entend de l’allemand, du luxembourgeois, du français de France, de l’italien, de l’espagnol, des langues slaves, de l’anglais… A Arlon aussi, je n’ai qu’une heure pour me promener. Je m’accorde un petit cappuccino à la belge (c’est à dire avec de la chantilly) avant de me promener un petit peu. C’est vraiment étrange mais c’est comme si j’y venais la première fois. Je redécouvre tout avec un oeil neuf, tellement mes souvenirs d’il y a 20 ans avaient été obscurcis par les images de l’éclipse.

Retour à Bruxelles

Le temps d’avaler une gaufre pendant ma promenade et me revoilà de nouveau à la gare. Le train pour Bruxelles attend, je n’ai plus qu’à grimper dedans. Bien réveillée cette fois, je décide de coucher immédiatement sur écran mes impressions de cette première expérience et là, les mots coulent avec une facilité aussi déconcertante qu’avait été la difficulté du matin. J’aime cette sensation qui font que mes doigts filent presqu’au même rythme que mes pensées, tout aussi naturellement qu’une rivière parcourrait son lit. Peut-être le manque d’enjeu qui me fait sentir plus libre ? Où ai-je l’art de pouvoir écrire sur rien ?  C’est un drôle de don.

Les gares filent : Marloie, Libramont, Rochefort, Ciney à nouveau.. Les forêts d’Ardennes font place aux vaches du Condroz qui font place aux toits de Namur et de sa citadelle… plus que 45 minutes avant de retrouver Bruxelles et deux textes auront été quasi bouclés. Tu sais quoi, Lectrice, Lecteur, je pense que je vais recommencer.

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