Namur, fille de Sambre-et-Meuse, à la confluence de ces deux fleuves, sa citadelle se dresse fièrement sur une ville encore très préservée, et sans doute une des plus charmantes de Wallonie. Visiter Namur demande bien plus qu’une journée, même si, Lectrice, Lecteur, tu habites en Belgique, mais cette petite introduction a pour but de te donner un peu l’eau-à-la-bouche.

Un beffroi par hasard et le vieux Namur

Bien que Namur soit un peu éloignée de la zone géographique des beffrois, elle en possède un : le Beffroi de Namur, ou Tour Saint-Jacques. Et ce beffroi a une histoire un peu particulière. Jusqu’au siège de Namur par l’armée de Louis XIV, elle n’était « qu’une tour » du mur d’enceinte de la ville. Le beffroi ayant été détruit par les bombardements, c’est elle, la plus haute des tours, qui se verra attribuer ce rôle. Elle fait partie de la liste des beffrois de Belgique et du Nord de la France inscrite à l’UNESCO. Ce n’est pourtant pas là la fin de ses mésaventures. Regardez-bien et vous verrez des traces d’impacts d’autres bombardements, cette fois-ci américains, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

Le beffroi est un point de repère idéal pour flâner dans le vieux Namur, une ville faite essentiellement de maisons de briques couleur cacao et au fenêtre et portes ornées de pierres calcaires ou du joyau des carrières wallonnes : la pierre bleue. Ici, les rues sont étroites, elles serpentent, les places sont plutôt des placettes et vos pas sur les pavés résonneront mais pas autant que le carillon des églises car Namur, siège d’un important évêché, est restée traditionnellement assez catholique. Le bourgmestre est d’ailleurs un élu Cdh, l’ancien parti social-chrétien francophone.

Les bords de Sambre et le Grognon

Tout doucement, à travers une jolie porte baroque, on quitte le Namur médiéval en direction de la Sambre. On salue au passage la Bourse, qui elle aussi a souffert et le beau bâtiment de la Halle al’chair, avant de franchir le pont qui enjambe la Sambre. Nous en profitons pour voir, de loin, Delta.

Delta est le nouveau centre culturel de la Province de Namur. Ouvert en grande pompe juste avant le confinement, il s’est vu un peu couper les ailes par la pandémie de COVID-19. Pourtant, les attentes sont grands cars si Namur est capitale de la région wallonne, elle avait la réputation d’être une ville certes jolie, mais plutôt plan-plan. Surtout du point de vue culturel. Ce tout nouvel espace contemporain au bord de l’eau a pour mission de changer la donne. Et il semble que la ville souhaite vraiment se renouveler au vu des nombreux travaux rencontrés et grues que l’on peut voir un peu partout. Malheureusement, nous sommes et le Delta était encore fermé (il allait rouvrir 2 jours plus tard) lorsque nous y sommes passées, frustration intense !

De l’autre côté du pont, c’est donc le Grognon, qui ressemble à une lance de terre à la confluence de la Sambre et de la Meuse. A part le Parlement de Wallonie situé dans l’ancien hospice Saint-Gilles, il ne reste rien de ce très vieux quartier namurois. D’ailleurs, c’est tout un ensemble, à la confluence même, qui doit sortir de terre. C’est sans doute un des plus importants travaux de la ville en termes de symbolique.

Avec ses briques rouges, l’Hospice Saint-Gilles, devenu le siège du Parlement de la région wallonne, mérite bien qu’on s’y arrête un instant. Cet élégant bâtiment, reconstruit entre le XVIIème et XVIIIème siècle, a servi jusque dans les années 60 avant d’être laissé à l’abandon. Racheté par la Région wallonne, après bien des péripéties et une longue restauration, les parlementaires pourront enfin tenir leur première séance en 1998.

A l’assaut de la Citadelle de Namur

Et c’est à la confluence que se situe LA pièce de résistance pour toute personne visitant Namur : la Citadelle. Et quel morceau, Lectrice, Lecteur ! Attends-toi à passer pas mal de temps car la Citadelle de Namur est une des plus vastes d’Europe !

Il y ce que l’on voit (les murs, donjons, etc.) mais aussi ce que l’on ne voit pas. Sous les bâtiments, se trouvent une foule de souterrains, faisant de cette place-forte une des plus impénétrables de son temps (vous pouvez d’ailleurs y accéder avec une visite guidée à réserver sur le site de la Citadelle). Ses grandes murailles grises se dressent fièrement dans le ciel namurois et on peut imaginer qu’il y a quelques siècles, elle impressionnait plus d’un stratège militaire. Elle sera d’ailleurs retravaillée par fameux Vauban ! Elle gardera une vocation militaire jusqu’en 1977 où les derniers paracommandos quitteront les lieux. Le retour à la « vie civile » de la Citadelle se fera lors de la remise des clés par le Ministre de la Défense de l’époque au bourgmestre de Namur. Depuis, la Citadelle est un lieu de visite et de détente pour les Namurois.es.

Préparez vos baskets et votre souffle, parce que ça monte ! Nous partons donc à l’assaut des 3 strates qui forment la Citadelle : Donjon, avec ses multiples tours et portes, Médiane, ou on peut admirer de très nombreux panoramas de la ville de Namur et enfin, Terra Nova, tout en haut (et encore, il faut encore un peu grimper).

Nous vous recommandons de commencer la visite en accédant à la poétique sculpture de Jan Fabre : « Searching for Utopia ». Situé sur le point le plus avancé de la citadelle, elle représente un bourgeois, habillé un peu dans le style du XIXème siècle (Félicien Rops, le célèbre peintre, sans doute), perché sur la carapace d’une tortue géante. Cette statue devait être éphémère mais elle fut très vite adoptée par les Namurois.es et ont décida donc de la garder de manière permanente et vu le nombre de personnes qui la photographie ou font des selfies avec, c’est assurément l’une des stars de la Citadelle.

De là, pénétrez dans les lieux-mêmes. La première impression que vous fera sans doute la Citadelle, c’est celle d’être dans un lieu de tournage de film médiéval. Ou de se dire qu’on aurait très bien pu y filmer quelques épisodes de Game of Thrones ! Ces grosses pierres, ces portes gigantesques, ces tours, ces pont-levis… Prenez le temps d’observer les détails, si vous arrivez à vous détacher des vues sur la ville… Namur est à vos pieds, avec ses clocher d’église, le dôme de sa cathédrale Saint-Aubin, sa série de toits gris ardoise et le filet argenté de la Sambre qui coule paisiblement.

Si vous avez besoin d’une pause, rendez-vous au centre Terra Nova et au « Made in Namur ». L’ancien corps de garde tout récemment rénové sert à la fois de centre touristique et de lieu de restauration. Vous y trouverez aussi une série de produits… beeeeen… « made in Namur » comme des biscuits, du café Delahaut ou du sirop aux fraises de Wépion (la reine des fraises belges). Prenez le temps de déguster une petite « Blanche de Namur », une bière bien rafraichissante, avant de terminer l’ascension le long de la Route Merveilleuse… Vers le haut de la Citadelle, les périodes se mélangent… Du médiéval, on passe au début du XXème siècle avec le Stade des jeux et le Théâtre de Verdure, bien connu des amateurs de festivals musicaux avec son Verdur’rock.

Le Château de Namur

Enfin, nous arrivons au sommet de la promenade : le Château de Namur. Quand la Citadelle est rendue à la vie civile, Léopold II, qui appréciait les lieux de villégiature, pensait bien que ce serait un endroit idéal pour s’y détendre. Un businessman bruxellois décida alors de construire un hôtel et le Grand Hôtel de la Citadelle fut né. Malheureusement, il sera détruit par les bombardements de la Première mondiale. Reconstruit sur les ruines de ce premier hôtel, il devient l’Hôtel de Namur. Très vite, sa gestion est laissée à l’Ecole d’hôtellerie qui est à côté et c’est toujours le cas aujourd’hui ! Cet hôtel-restaurant sert donc de « test » grandeur nature pour les étudiants.

A savoir que l’Ecole d’Hôtellerie est une des plus prestigieuses de Belgique et de ses rangs sont issus de grands chefs alors on mange bien, voir TRES bien ici. J’ai déjà eu l’occasion de le tester il y a de quelques années et je me souviens encore d’un délicieux dos de cabillaud sauce vanille de Tahiti. Si vous n’avez pas l’occasion d’y séjourner ou d’y manger, il y a un chouette bar et le château est entouré d’un petit parc et d’une jolie roseraie.

Namur, côté Meuse

Descendez de l’autre côté, à travers un sentier boisé et vous vous retrouverez face à la Meuse. Deux fois plus large que la Sambre, elle semble vouloir appeler les gens à prendre le large ! Il suffit de voir le nombre de petits bateaux, de canoés et de gens qui y font du paddle ! De l’autre côté de la rive, c’est Jambes. N’hésitez pas à franchir le pont de Jambes pour avoir une superbe vue de la Citadelle et admirez les belles demeures qui bordent la Meuse. Celle qui a attiré notre œil est une jolie maison Art Nouveau avec une façade toute blanche, pourvue d’une serre. C’est en fait une maison d’hôte, la Villa Balat, qui nous a donné bien envie d’y séjourner Emma et moi !

L’occasion aussi d’observer les ballets des « Namourettes », des petites embarcations qui font la navette à la belle saison entre la Meuse, Sambre et différents quartiers de la ville qui les bordent : une manière originale de découvrir la ville !

La cathédrale Saint-Aubain et ses échafaudages

Nous retournons finalement vers le centre-ville, histoire de se poser un peu avant un ultime coucou à la Cathédrale Saint-Aubain.

Cet immense édifice, une des plus « jeunes » (XVIIIème siècle quand même) cathédrales de Belgique est hérissée d’échafaudage depuis 2012. Il faut dire qu’elle a besoin d’une bonne restauration, ce qui est en cours. A l’intérieur, elle est toute blanche et elle offre un étonnant mélange entre la théâtralité du baroque, la frivolité du rococo et le rigorisme du style classique. Ce qui la rend en fait étonnement sobre.

Nous ne ferons qu’y jetez un coup d’œil car la messe du soir s’y préparait. L’heure est déjà venue de reprendre le train… Namur nous aura explosé les jambes et alors que nous l’avons à peine visitée !

Où manger et boire un verre à Namur ?

Fenêtre sur cour

Outre le Château de Namur mentionné plus haut, nous sommes allées dîner dans ce superbe établissement. Passez un couloir et accéder à une jolie cour intérieure que l’on a décoré avec une nacelle de l’ancien téléphérique de la Citadelle ! On trouve aussi un espace véranda avec de superbes carrés en ciment et un espace intérieur, plus intime et plus bourgeois, à l’arrière du bâtiment. Pas de fanfreluches à la carte, on trouve de bons vieux classiques comme du tartare de bœuf, des croquettes de crevettes ou des tomates farcies. J’ai opté pour la bavette façon grand-mère et je me suis régalée !!! La viande était tendre et gouteuse, même si un poil trop cuite pour être vraiment saignante. En dessert, je me suis dirigée sur la crème brulée au lait d’amande, une version plus subtile que sa version vanillée qui était très bien, sans plus. Côté prix, on reste dans le raisonnable.

Fenêtre sur Cour

rue du Président 35

5000 NAMUR

Le Chapitre

Dans une charmante petite place à côté de la Cathédrale Saint-Aubain, ce mignon (et minuscule) café à l’ancienne est vraiment le genre de lieu où il fait bon se réfugier après une journée de découverte. L’intérieur est tout en bois et bien cosy mais nous avons profité de la terrasse. Son autre atout, à part le charme du lieu ? La liste de bières avec beaucoup de productions locales et de micro-brasseries. En plus, le patron nous a gentiment offert des cerises de son jardin.  

Le Chapitre

Rue du Séminaire 4

5000 Namur

Comment rejoindre Namur ?

Namur est très facilement accessible en train depuis plusieurs coins de Belgique : Bruxelles (ligne vers Arlon), Mons et Liège (ligne qui rejoint les deux villes, Namur est à mi-chemin). Elle est aussi accessible depuis Lille via Tournai.

Plus d’informations sur le site de la SNCB.

Aimez et partagez