Ce texte est le septième défi d’une série éphémère : #UnJourDesTextes, née sur Twitter. Chaque jour, un thème, des consignes, suggestions et idées différentes. Pour occuper les journées et combler les envies d’écrire ! Y participe qui veut, au jour le jour, le temps que cela durera, aussi longtemps qu’il le faudra.

Aaaah… elle m’a tellement manquée ! Depuis l’âge de mes 6 ans, je fréquente la plage de Vasto Marina. Ce n’est pas la plus belle d’Italie, ce n’est pas la plus grande et ce n’est certainement pas la plus sauvage puisque les concessions ont grignoté, années après années, les espaces libres mais voilà, c’est LA plage, celle de mon enfance et tout est là : les palmiers, les oléandres roses, rouges et blancs… seule la promenade a changé. Elle est tout nouvelle et lisse, fini de se fracasser les doigts de pied en tongs dans les nids de poule !

Ce matin, comme dans mes souvenirs, des milliers de paillettes miroitent à la surface de la mer et l’air pétille… j’ai hâte d’arriver sur le sable, de planter mes pieds dans cette enveloppe douce et chaude. Rien que l’idée me fait accélérer le pas plus vite que la musique que j’ai dans les oreilles.

Arrivée au petit club de plage ou j’ai mes habitudes, je suis promptement emmenée vers mon spot. A cette heure-ci, et en ce début juillet, il n’y a presque personne. Je serai tranquille. La journée est moi, entièrement dédiée à mes propres caprices, ou a farniente si j’ai envie ! Je me débarrasse de mes vêtement le plus vite possible et je cours presque pour entrer dans l’eau. Elle est fraîche, comme tous les matins mais bientôt, je m’immerge complément et nage jusqu’à perdre pied. Je n’ai pas peur, je suis une bonne nageuse mais j’ai le cœur tellement gonflé de joie d’être là que je flotterai quoiqu’il en soit. Une fois que je suis comblée d’avoir joué à la petite sirène, je sors tout aussi lentement de l’eau que je m’étais précipitée pour y entrer. La chaleur du sable grille doucement mes plantes de pieds. Après m’être soigneusement séchée et enduite d’huile solaire, je sors de mon sac un livre et m’étends. Pendant un moment, j’oublierai où je suis, alors que je viens à peine d’arriver.

Le livre

C’aurait pu être pire ! Elle aurait pu ouvrir ma prison en plein soleil mais non. Même si la lumière du jour m’éblouit un peu, ce n’est pas aussi grave qu’être délivré en plein soleil. Je suis un livre, déjà entamé. Oh, nous n’en sommes pas très loin, elle a voulu réservé le gros de l’intrigue pour ce lieu qu’elle appelle « plage ».  Je suis tout neuf, et c’est la première fois que je me trouve dans un endroit pareil. Ca sent l’iode et un parfum qui mélange une odeur de coco et de fleur… du monoï m’avait dit la bouteille à la travers le sac en plastique où elle était confinée. Ce sont ses doigts qui me tournent qui sentent cette douce odeur. Ca va me salir, c’est sûr mais je vais acquérir la patine de celui qui sera lu et pour un livre, c’est un badge d’honneur. Elle a aussi la fâcheuse tendance à manger des chips qu’elle dévore autant que mes pages.  Quand à moi, encore un peu neuf, je sens l’encre et le papier. De temps en temps, quand elle fait une pause, elle vient me renifler. C’est une autre senteur familière et rassurante, qui convoque l’idée qu’elle va partir à l’aventure, vivre une vie ou mille qui ne sont pas la sienne. C’est ma mission, et vu le temps écoulé depuis qu’elle m’a ouvert, on dirait bien que je suis en train de réussir.

La plage

Mamma mia ! Mais qui voilà ? Depuis combien de temps n’était-elle pas venue ? Mais je me souviens tellement bien d’elle. Depuis le premier jour où, à 4, ils s’étaient émerveillés du bleu de la mer. A un rythme irrégulier, je l’ai vue grandir ainsi que son petit frère. Après plusieurs années, ils n’étaient plus que 3, puis ils sont devenus plusieurs. Elle est revenue, bien plus tard, ils étaient deux et enfin, depuis quelques années, elle vient me rendre visite de temps en temps, seule. Car une plage a une mémoire. Je est un nous. Chaque grain du sable qui me forme enregistre la moindre information… la forme des pieds, le poids que l’on ressent lorsqu’on nous marche dessus, le bruit de vos conversations, le son de vos rires, les larmes qui tombent sur nous et que nous buvons et retenons… toutes ces informations, sont immédiatement communiquées entre nous. Chaque nouveau grain gagne la connaissance des autres et ceux qui sot emportés, au grès du vent, des vagues et de vos chaussures garde en lui notre mémoire. Celàvous donne le vertige ? Vous avez raison !

En attendant, elle est revenue. Nous avons senti la tension sur sa plante de pied, les petits courants électriques d’excitation qui nous ont parcouru et nous ont dit qu’elle était contente d’être là. Et quand elle ouvrira son livre, nous le savons, dans un geste machinal, elle saisira une poignée de notre grand tout et le laissera couler entre ces doigts, à répétition jusqu’à ce qu’elle se lasse. Elle le refera encore, souvent, jusqu’à la dernière fois où elle viendra. Je, nous, serons encore là… grande mémoire muette qui emportons les souvenirs de vous.

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