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September 2011

Y aller ou ne pas y aller ? Faut-il être politiquement correct quand on est voyageur ?To Go or Not to Go? Do You Have to Be Politically Correct in Your Travel Choices?

La question a déjà été posée maintes fois… Sans doute, lecteur voyageur de passage, tu te l’es posée aussi: Jusqu’où ma curiosité et ma soif de découverte peut-elle (ou devrait-elle?) me pousser? Visiter des pays où la population vit sous un régime (souvent également perçu) comme inique, est-ce la chose à faire, ou faut-il s’abstenir?

Ce dilemme m’est revenu en tête ce matin lorsque je vois passer cet article de la Libre Belgique:

La République démocratique populaire de Corée…  Le pays le plus fermé au monde… et comme aux petits enfants à qui l’on cache des choses: moins on en dit, plus j’ai envie de savoir! Surtout que la Belgique avait réussi à faire fort en faisant suivre par Strip-Tease une équipe de parlementaires en visite officielle (dont notre über-twitto de Ministre des technologies @VincentVQ encore tout jeune) au Pays du Cher Leader.

Je me rappelle que la première chose que j’ai regardé en visitant GoogleMap pour la première fois, c’était Pyongyang et je me souviens de ma surprise en découvrant que c”était une des villes les mieux couverte par satellite! Alors que je m’extasiais, une voix intérieure me dit: “Je ne comprends pas ton envie! Comment peux-tu vouloir aller visiter un pays où on lave le cerveau de toute une population et où des centaines de milliers de gens meurent de faim parce que le drôle de type à leur tête estime que la guerre de Corée n’est pas encore finie et qu’il consacre  quasi un tiers de son budget aux dépenses militaires?”

Je grossis les traits, mais c’est à peu près cela… Est-ce éthique, ou moralement acceptable ? La même chose pourrait-être dite de l’Iran, de la Birmanie, de l’Ouzbékistan, de la République démocratique Congo ou de l’Arabie saoudite (par exemple, et pour des raisons différentes).

En Afrique du sud, j’ai été confrontée à ma première question éthique en tant que voyageuse: visiter un Township ou pas. Était-ce du voyeurisme? Une curiosité morbide? Finalement, je l’ai fait. Je me rappelais mes paragraphes écrits pour mon mémoire sur le sujet… Je me souvenais de la frustration de n’avoir que des sources de secondes mains et de devoir en parler comme si je maîtrisais le sujet alors que je n’y avais jamais mis les pieds. C’est en y repensant que j’ai décidé d’y aller et aussi parce que même si les townships sont un des plus gros problèmes de  ce pays, il s’agit surtout d’une situation héritée du passé. Il me semblait crucial d’aller voir de mes yeux de quoi il retournait.

Mais même dans une situation affreuse (et quelques fois désespérée, quand on a faim, peu importe que l’on soit Sud-africains, Nord-coréen ou Belge ou Français), rien ne m’empêchait de parler avec les habitants des townships, sauf le temps imparti. Cela ne serait pas le cas en Corée du Nord où les voyages sont strictement encadrés, les contacts avec la population locale autre que ceux désignés pour vous parler, réduit au plus strict minimum. Alors quoi? Pouvoir dire “J’ai fait la Corée du Nord quand c”était encore fermé” pour la gloriole… certainement pas…

Je ne suis toujours pas décidée sur le sujet… En attendant, j’ai téléchargé il y a quelques temps l’Application iPhone “Fotopedia North Korea” et les 1000 photos prises par Eric Laffarge (et dont je ne suis pas encore arrivée au bout, à vrai dire, mon pauvre précieux m’ayant été enlevé à l’insu de mon plein grès).

Et vous? Quelles limites éthiques mettez-vous à vos voyages? Y a t’il des endroits au monde où vous refuseriez d’aller? Ou est-ce essentiel de ne pas placer de barrière en ce domaine?

Et avant de partir, je vous laisse avec la vidéo et ce magnifique exemple d’amitié belgo-coréenne… à la minute 16! Et on se retrouve à Bucarest dans quelques jours!

Quelques lectures:

 


Corée du Nord partie 2 par alexmcfc49
 





  1. Un Homme
    le 13.12.2017

    « Je ne comprends pas ton envie? Comment as-tu envie d’aller voir un pays où on lave le cerveau de toute une population et où des centaines de milliers de gens meurent de fin parce que le drôle de type à leur tête estime que la guerre de Corée n’est pas encore finie et qu’il consacre quasi un tiers de son budget aux dépenses militaires? »

    C’est quand meme dur de parler de l’Amerique de Bush comme ca… 😉

    Bon, pour repondre a ta question, il y a finalement tres peu de pays ou je suis pret a me rendre. C’est vrai que j’ai des criteres tres (trop?) stricts mais j’essaie de vivre le plus possible en accord avec mes principes.

    Donc, non, je ne vais pas dans des pays dont les gouvernements oppriment leur population ou qui pratiquent un imperialisme que je condamne.

    D’ailleurs, j’espere que les recents changement dans le monde arabe vont enfin me permettre d’aller en Egypte ou en Tunisie…

    Voila; mais bon, je ne suis pas accro aux emissions de CO2 comme toi :p

  2. Oreille
    le 13.12.2017

    Un homme me devance sur la mise en perspective, même si je n’en tire pas les mêmes conclusions.
    D’ici, on nous présente certains pays comme le mal incarné, et même si la situation n’y est pas rose, c’est pas “le monde libre Vs les méchants dictateurs”.
    Le jour où le taux d’alphabétisation en France équivaudra celui de Cuba, où il y aura autant de sdf aux États-Unis qu’en Corée du Nord, etc. on pourra peut-être poser la question différemment, mais à l’heure actuelle, 13% des français vivent sous le seuil de pauvreté, on a des militaires un peu partout, et on est accro au nucléaire. On peut dire que ce qui s’y passe n’est pas bien, mais restons critique vis à vis du monde occidental, également.

    Je suis donc allée dans quelques pays communistes, ou ex-communistes (ex-yougoslavie, russie, mongolie, chine, etc.) et en discutant avec les gens, on se rend compte que la chute l’urss n’a pas forcément été profitable à tous. Ça sert à quoi d’être libre si on n’a pas de quoi manger ?
    En fait, ceux qui sont ravis de la chute, ce sont soit ceux qui ce sont enrichis depuis, soit ceux qui ont particulièrement souffert (familles d’intellectuels, bourgeois, profs, etc.). Mais dans les autres, on trouve beaucoup de nostalgiques. Il y a une phrase qu’on retrouve partout “avant, on avait des sous, mais il n’y avait rien dans les magasin ; maintenant on peut tout acheter, mais on n’a plus d’argent”.
    Bref, pour tout ça, aller en Corée du Nord ne me gène pas.

    Pour autant, je n’irais pas non plus partout. La Birmanie séduit beaucoup de voyageurs mais n’est pas franchement le paradis, et pareil pour le monde arabe..

  3. Un Homme
    le 13.12.2017

    Tout a fait d’accord avec Oreille et je tiens a preciser que je suis tres critique des pretendues “democraties” occidentales.

    D’ailleurs, je refuse toujours obstinement d’aller aux Etats-Unis, en Israel et dans bien d’autres pays du meme acabit…

    Bref, chacun doit agir selon ses principes. 😉

  4. Melissa
    le 13.12.2017

    @Oreille : Je comprends très bien l’état d’esprit des anciens pays communistes même si j’avoue que la réaction me peine un peu… mieux vaut vivre opprimé mais avec le ventre plein que libre et pauvre. C’est le combat entre l’instinct qui nous pousse à nous sentir en sécurité et celle qui nous pousse également à être libres.
    Malheureusement, dans le cas précis de la Corée du Nord, ils n’ont ni l’un, ni l’autre.

    @Un Homme Ah, pas d’anti-américanisme primaire, voyons (tu connais mon parcours, hein)… Les Etats-Unis sont loin d’être un bloc monolithique (la politique, c’est autre chose) et ça mérite d’être découvert. Et quand il s’agit de défendre les droits d’expression, ils sont quand même assez balaises. C’est quand même un des seuls pays qui a un puissant lobby (l’ACLU) qui défendre aussi bien des groupes de néo-nazis que des radicaux de gauche à s’exprimer librement. 😉
    Oui, ils sont extrêmes dans tous les domaines!

  5. Un Homme
    le 13.12.2017

    Disons que pour les pays du bloc de l’Est (qui franchement n’étaient pas vraiment communistes hein ;)), ils ont simplement troqué une oppression (politique) contre une autre (économique). On est encore assez éloigné d’une liberté qui reste très théorique (même ici).

    Quand aux Etats-Unis (et idem pour les autres pays), c’est leur gouvernement et sa politique impériale que je boycotte, pas les individus qui y habitent. Je fais clairement la différence entre les habitants et leur gouvernement. 😉

    (quand à leur défense de la liberté d’expression, elle me semble logique et non extrême :p)

  6. fabrice
    le 13.12.2017

    Je peut comprendre la position mais elle est fort discutable.

    D’une manière générale, un pays opprimé (genre Birmanie) a plus a gagner de la visite de voyageurs (pas des groupes organises bien sûr car 100% de l’argent au gouvernement+ peu de contact avec la population)

    Quand j’y suis allé, j’ai bien vu que les gens étaient avident de parler avec des étrangers, ils posaient des questions etc.

    Pour moi, ne pas aller dans un pays car c’est une dictature c’est comme condamnée aussi le peuple. Et c’est dommage.

    Car je suis sûr d’une chose, c’est pas les échanges que les choses bougent. Si un pays reste ferme et qu’il n’a aucun contact, sur que cela arrange les oppresseurs. Le communiste a commencé à tomber à partir du moment où il y a eu les accords d’Helsinki qui permettaient de davantage curculer entre les deux blocs.

    De plus, tu mets la limite où? Plein de pays sont de fausses démocraties.

    Pour les Etats-Unis, je suis pas fan mais je suis curieux d’aller voir sur place et de discuter avec les américains!

    Donc, voyager, aller vous frotter aux autres et à la réalité, avec un certain recul bien sûr!

  7. Melissa
    le 13.12.2017

    J’avoue que j’ai choisi un cas unique en son genre… Peu de pays sont aussi cadenassé que la Corée du Nord. Voyager seul y est hors de question et un mot de travers de la part d’un interlocuteur local peut lui coûter cher. Le mieux qu’on puisse faire, c’est gagner la confiance de son guide pour avoir plus de latitude mais c’est à peu près tout (ou alors, il faut y être admis a y travailler et çà, c’est rare).

  8. fabrice
    le 13.12.2017

    Fonces!

  9. Chris
    le 13.12.2017

    C’est la même problématique avec la Birmanie, qui est beaucoup plus facile d’accès. Et je vais te dire un truc : les habitants sont plus qu’heureux de voir des têtes étrangères, des gens du monde extérieur, venir chez eux. Tu imagines vivre dans un pays que personne ne visiterait ? C’est une prison – et même si en Corée du Nord il est difficile de parler avec la population, le fait qu’ils sachent qu’il y a quelques personnes (de plus en plus ?) viennent les voir, ça leur met du baume au coeur, car ils ont moins l’impression d’être mis au ban de la communauté internationale.

  10. fabrice
    le 13.12.2017

    D’accord avec toi, ne pas y aller, c’est comme condamné le peuple, alors qu’ils n’ont rien à voir avec les politiques au pouvoir.

  11. Un Homme
    le 13.12.2017

    et y aller, c’est finalement legitimer ces regimes et leur donner les moyens de continuer…

    Par ailleurs, je ne me sentirais pas particulierement rassure a l’idee d’aller dans un pays ou je pourrais me retrouver en prison simplement pour servir de monnaie d’echange avec mon gouvernement…

    Mais bon, comme j’ai deja ecrit, a chacun de suivre ses principes.

    (et sinon, pourquoi ne pas visiter la Somalie aussi? Ou bien aller voir les derniers gorilles dans l’est congolais? ;))

  12. Un Homme
    le 13.12.2017

    Tiens et pour tous les voyageurs, une petite reflexion a lire ici:

    http://www.lejim.info/spip/spip.php?article132

    😉

  13. fabrice
    le 13.12.2017

    T’inquiètes,on met jamais un touriste en prison dans ces pays:-)

    Ce n’est pas une question de principe, moi non plus, j’aime pas les dictatures, c’est une façon de voir les choses, et une question de bon sens!

  14. NowMadNow
    le 13.12.2017

    Moi aussi… j’ai espionné Pyongyang via Google Map…

    Débat intéressant. J’aimerais aller en Birmanie, et si l’occasion se présente je filerais en Corée du Nord avec énormément de curiosité tout en m’arracheant les cheveux à l’idée de cautionner ou subsidier un régime dictatorial… Mais échanger avec la population m’apporterait un regard plus juste sur ces pays, loin de simplifications des JT…

    Entre ne pas vouloir cautionner et vouloir aller à la rencontre d’une population, je choisirais la deuxième voie – avec toutes ses imperfections.

    NowMadNow

  15. Melissa
    le 13.12.2017

    Vous avez quoi? Vous avez balayé mes dernières objections (mes lecteurs sont d’un convaincant!).
    Corée du Nord, j’arrive (mais pas tout de suite).

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