- Naples , Italie -

December 2016

48 heures à Naples, 3ère partie : dans les ventres de la ville

En voiture, Simone !  C’est le découvrir ce que Naples à dans le ventre… et je ne crois pas si bien dire !!!  Notre voiture prend la direction des hauteurs de Naples pour arriver jusqu’à un endroit qui ressemble à un bout de campagne: la Cantine Astroni. Pourtant, nous sommes toujours bel-et-bien à Naples: nous voilà dans les Campi Flegrei, qui forme les bords du cratère d’une chambre à Magma: les Astroni. Et si nous sommes là, c’est pour venir y déguster le vin ! Oui, Naples possède un vignoble en ville et c’est le fringuant Massimiliano qui va nous faire faire le tour du propriétaire.

Cantine Astroni, les vins du volcan

Premièrement, les Astroni, c’est un paysage. Bien sûr, on peut y voir les ceps de vignes bien rangés. A presque chaque rangée , on y a planté un rosier. Il ne sont pas là pour faire joli (ça, c’est un bonus) mais si une maladie ou un parasite se promène, le rosier, très sensible, sera le premier touché et le vigneron aura le temps de réagir.

De l’autre côté de la pente, c’est un paysage sauvage ! Il suffit de se pencher sur les bords du cratère pour se rendre compte… On surplombe une espèce de cercle tout vert sous lequel se cache une chambre à magma dont l’explosion serait catastrophique… le Vésuve et Pompéi n’étaient que pipi de chat face au cataclysme que les Astroni pourraient provoquer. Mais pour le moment, c’est un cadre naturel enchanteur. Ancienne réserve de chasse des Bourbons, c’est maintenant une réserve d’état géré par la WWF.

Mais revenons à la vigne, que voit-on quand on admire le paysage ? La mer, avec au loin à nouveau Capri ! Cette présence de l’air marin va apporter une note iodée aux plants de falanghina (blanc) et de piedirosso (rouge) qui sont cultivés sur les parcelles. Ces deux cépages sont très anciens (grec pour l’un, romain pour l’autre) et ont survécu à l’épidémie de phylloxéra qui aura ravagé toute l’Europe. Cette exploitation a au moins cent ans, quand Vincenzo Verchetta, l’arrière grand-père, décidât de transformer son hobby de cultiver la vigne en une entreprise. Mais il faudra attendre le retour après la deuxième guerre mondiale de son fils, Giovanni, pour que le projet devienne réalité. Une passion pour le vin, les espèces natives au terrain napolitain, et la biodiversité que “Don Giovanni” n’aura de cesse de transmettre à ses enfants et petits-enfants.  Et c’est ainsi que cette petite exploitation  prit son essor.

Après la visite des lieux, une table de dégustation est dressée pour nous… et pas seulement que pour le vin : salami, coppa, mozarella, provolone et bon pain nous attendent ! Franchement, quoi de demander de plus ? Nous entamons donc  la dégustation par le falanghina, un vin blanc clair et légèrement doré avec une subtile teinte verte quand on penche le verre. Il est frais, vif, presque pétillant, un peu fleuri… une belle surprise. Le piedirosso par contre est beaucoup plus brut. Sa belle couleur rubis cache un vin qui explose peut-être un peu trop le palais. A voir si on le conserve quelques années…. Et c’est avec un peu de difficulté que nous allons quitter l’exploitation, tant on y passe un bon moment.

Des hauteurs de la ville, nous allons nous rendre dans les profondeurs, sans oublier de passer à Pausilippe,  au bord de la mer, histoire de respirer un peu d’air marin. “On est tout à côté de la mer, nous dit Francesca, mais quelques fois, plein de Napolitains ne la voient pas pendant des semaines. ce serait dommage que ce soit votre cas”. Et à Pausilippe, la vue est belle, à la fois sur la Mer Tyrrhénienne et sur la baie de Naples.

Les galeries Bourbon, la Naples cachée

Après ce petit intermède, nous voilà de retour dans le chaos urbain napolitain pour aller nous enfoncer dans un des coins les plus insolites de Naples: les tunnels bourbons ! C’est près de la Piazza Plebliscito, une des plus grandes de Naples, que se trouve l’entrée… mais avant de le voir, nous allons faire un détour par un étrange Palais. Celui de Serra di Cassano. Demeure de la famille princière des Serra, c’est surtout par son escalier monumental et son arche qu’il en jette. Il y a également une certaine austérité à ce bâtiment, qui va bien avec l’histoire tragique de Gennaro, un des leaders du mouvement révolutionnaire de la République parthénopéenne qui s’était retournée contre les Bourbons. Cette république de Naples ne fit pas long feu et lorsque les Bourbons revinrent en force, elle fut écrasée. Le père de Gennaro Serra eut beau demander sa grâce à Ferdinand Ier , elle lui fut refusée. En signe de protestation et en voulant ne plus ouvrir la porte à une ville qui, pensait-il, avait trahi son fils, il fit fermer l’entrée principale qui faisait face au Palais royal. On n’entre donc plus ici que par la petite porte.

C’est tout à côté que se trouve l’entrée vers les tunnels… dans une galerie d’art. Une petite porte mène vers une volée d’escaliers qui descend dans les profondeurs de la terre et c’est au son de la sirène d’avertissement de bombardement que nous y pénétrons. C’est Ferdinand II de Bourbon en 1853, qui avait fait construire un tunnel qui, en cas de troubles, pouvait faire évacuer toute la famille royale du palais (sur la présente Piazza Plebiscito ) jusqu’à la mer. Il ne fut jamais totalement terminé mais malgré tout, la Galleria borbonica  bien servi les Napolitains.

Souvent bombardée pendant la 2ème guerre mondiale, la population vint y trouver refuge. On y trouve de nombreuses salles, tout ce qu’il faut pour pouvoir “vivre” : des toilettes, des réservoirs d’eau, des douches, l’eau courante ! Le tout est rythmé par les histoires de la guide qui nous accompagne. “Pour les parents, le son de la sirène, c’était terrible à entendre mais pour les enfants, c’était autre chose. Ils allaient retrouver leurs copains sous terre, pouvoir jouer. Les parents leur cachaient pas mal de chose aussi. “

Nous déambulons les grands yeux ouverts dans cette ville souterraine, avec ses “rues” et j’essaie de me mettre en situation, d’imaginer ces années de guerre.  Je vois une foule de gens amassés ici, s’affairant pour éviter d’angoisser. Est-ce que leur maison sera encore là quand ils pourront sortir ? Et-ce que famille et amis qui se trouvent ailleurs en ville seront indemnes ? Je ne saurai dire si, si profondément caché sous terre, on peut entendre un bruit de bombe mais je suis certaine qu’on doit en sentir les tremblements.

Après la guerre, les galeries furent utilisées par les autorités de la ville comme fourrière et c’est donc un véritable cimetière de vieilles bagnoles et de Vespas qui se cache là. C’est surprenant et insolite !

L’art dans le métro !

Nous continuerons notre découverte d’une Naples souterraine… dans le métro car c’est là que se cache le plus grand parcours d’artistes de la ville, grâce au projet “Stazioni dell’arte“. Ce projet voulu par la ville de Naples a été mis en place afin de combiner l’art contemporain et l’utilité publique. Architectes et artistes ont été appelés pour dessiner et décorer les stations… et les résultats sont plus que surprenants!  Réparties entre la ligne 1 et 6, le tronçon le plus impressionnant est sur la ligne 1, entre Universitâ et Museo.

Bien sûr, tout le monde aura déjà vu en photo le fameux “Crater de luz” de Oscar Tusquets Blanca et Robert Wilson, ce puis de lumière bleue entourée d’immenses mosaïques mais celle qui m’aura le plus interpellée est “Universitá” avec sa déco retro-futuriste au niveau des guichets et son univers vitaminé dans les couleurs. On se croirait dans les couloirs d’un vaisseau spatial ou… “Dans un hôpital pour Barbie!” comme remarquait Valentina. La station “Municipio” est elle plus sobre. Plus rectiligne, mais élégante. La station “Dante” avec ses multiples installations et ses calligraphies d’extrait du plus grand des poètes italiens m’aura également charmée.

Le Cesarine, j’irai manger chez vous !

D’un ventre de Naples à l’autre, le soir, nous serons conviées à un dîner très spécial… un dîner chez l’habitant. Nous sommes attendues chez Gabriella et son mari. Le Cesarine sont un réseau de femmes (et de quelques hommes) qui accueillent chez elles des gens à dîner. Respectant les traditions culinaires italiennes et régionales, les Cesarine sont triées sur volet (avec jury pour tester le menu qui sera servi) afin que le meilleur, et rien que le meilleur, ne sont proposé aux invités. Comptez entre 30 et 50 Euros par personne pour un menu avec boisson.

Arriver chez Gabriella est déjà tout une histoire en soi puisque ce n’est pas simplement son immeuble qui est fermé par une porte mais tout un petit quartier. Ca donne à l’expérience une saveur encore plus exclusive… complétée lorsque nous découvrons l’appartement de nos hôtes. Plafond haut, carrelage de famille et parquet, beaux meubles mais surtout, une superbe terrasse qui surplombe une Naples plongée dans la nuit. Quel cadre ! Et quel dommage de ne pas pouvoir y dîner ce soir… Il est vrai qu’il fait un peu frais et nous sommes en novembre après tout. Et puis, la table est si joliment dressée dans le salon avec ses couverts du dimanche et ses élégants verres colorés. J’ai l’impression d’être un vraie invitée de marque !  C’est parti pour faire une sacrée bombance : pour commencer, un classique de la gastronomie napolitaine et que je connais bien : la pizza frite fourrée à la ricotta. Un goût d’enfance ! Ma “nonna”, qui a hérité de la recette via sa sœur partie habité à Naples, en faisait assez souvent. Sauf qu’à la napolitaine, on la sert avec une petite sauce de tomate bien relevée.

Étrangement, la recette qui suit sera… abruzzese. Elle vient de la belle-mère de Gabriella (c’est d’ailleurs son mari qui l’a préparée) : la pasta e fagiolli (pâtes aux haricots). J’en connais une version avec des pâtes de type tagliatelle mais ici, c’est une version traditionnelle, avec des pâtes fraîches en forme de petite bille. C’est un délice. la sauce, qui doit mijoter très, très longtemps, est dense, savoureuse… Je me régale !

En plat principal, ce sont les fameuses boulettes de viandes et de pain servie avec de la sauce tomate et des pommes de terres sautées à l’huile d’olive. Comme on peut le voir, la cuisine napolitaine n’est pas spécialement légère, en tout cas pas en hiver (Gabriella nous confiera que son menu d’été est plus tourné vers le poisson).  Pour terminer, une tarte caprese, au chocolat et à l’amande originaire de Capri. La soirée passera en un éclair avec nos charmants hôtes, curieux d’en savoir un peu plus sur le monde des blogs, et nous de nous enquérir de ce concept et de savoir comment ça se passe de leur point de vue, d’apprendre aussi à se connaître mutuellement. Finalement, en plus d’être un exercice gustatif, c’est aussi un exercice de conversation ! A la fin du repas, j’ai le plus grand mal à décoller de ma chaise tellement je suis repue et me promet de répéter l’expérience !

Le Fontanelle, où les morts font partie de la vie

Pour conclure ces 24 heures à Naples, nous voilà dans le “Rione Sanità“, un des quartiers les plus populaires de Naples. Le quartier était à l’origine plutôt affluent, il y a même quelques jolis palazzi pour en témoigner, mais pendant l’époque napoléonienne, un grand pont, qui surplombe tout le quartier du haut de 118 mètres, fut construit et évitant ainsi le passage à travers le quartier. Lentement, avec les années, Sanità fut laissée à elle même et pire encore qu’un phénomène de ghettoïsation, la “camorra” (la mafia napolitaine) y faisait la loi.

Avec l’arrivée d’un nouveau prêtre de la paroisse en 2000, les choses commencèrent à changer. Des initiatives furent prises et lentement, le quartier commençât à sortir la tête du gouffre. A présent, si on veut une idée du Naples des Napolitains, c’est ici qu’il faut venir le voir (en plus, dimanche, c’est jour de marché). Mais le joyau de la Sanità se trouve dans les entrailles de la colline du secteur “Materdei” : le cimetière delle Fontanelle.

Quand on pénètre, on pense tout de suite à un temple égyptien à cause des galeries creusées en trapèze… et quand on s’y enfonce, qu’y trouve t-on ? Des os : des crânes, des fémurs, des bouts de côtes, des radius… partout ! Combien y en a-t-il ? Personne ne le sait, même pas les napolitains. Les premiers os y ont été transférés à l’époque espagnole, pour faire de la place dans les cimetières qui étaient adjoints aux églises à l’intérieur des murs de la ville. Ces restes furent rejoints par les nombreuses victimes d’épidémie, de tremblements de terre et autres causes de morts massives. Au XVIIème siècle, une grande inondation  pénétrât dans les galeries et emportât les squelettes. “Ce jour là, nous raconte Francesca, les Napolitains ont dit qu’ils avaient vu leurs morts frapper à leur porte.”. Il fallut attendre le XIXème pour qu’un prêtre ne décide à mettre de l’ordre dans cet ossuaire qui était bien loin d’avoir respecté la dignité humaine. Les squelettes furent excavés et catalogué, installé dans des cryptes, sur des bancs en bois ou dans des petites boîtes. Bien vite, un culte se développât où les Napolitains adoptèrent un ou plusieurs de ces crânes anonymes, pour s’occuper d’eux, leur rendre visite et prier pour leur âme pour qu’elle puisse quitter le purgatoire et monter en paradis. La contrepartie étant que le mort une fois arrivé à bon port puisse également prier Dieu pour le salut de l’âme du vivant qui s’est si bien occupé de lui. Pas fou les Napolitains ! On y trouve plein de signes de dévotion : des petites images saintes, des jouets près de crânes d’enfants, des fleurs, des chapelets mais le plus souvent, ce sont des pièces que l’on dépose sur le sommet du crâne, une réminiscence de la tradition grecque de l’obole à Charon. Aucune âme ne pouvait traverser le fleuve Acheron sans payer le nocher des Enfers. Plus prosaïquement, on y trouve aussi des tickets de métro (c’est vraiment de l’humour italien). Touchant également, il n’est pas rare de trouver un éventail à côté d’un crâne, pour que l’âme du défunt, si près de l’enfer, puisse se rafraîchir.

Tu n’en sortira pas indifférent, Lectrice, Lecteur.

Et après avoir quitté le silence des morts, Naples, la grande vivante, est là… grouillante, pleine de bruit, de fureur et de charme et c’est le cœur un peu gros que je dois me résoudre à la quitter.

Cette balade napolitaine a été réalisée dans le cadre de l’Opération “#NaplesToday”.  Les opinions de l’auteure restent libres malgré le gavage lors de ces 48 heures.




En continuant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies Plus d'informations

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier ou cliquez sur "Accepter", nous considérerons que vous acceptez l'utilisation de ces cookies.

Fermer