Le moment est venu de dire « Ci vediammo » à San Giovanni et à Nonna. Malgré l’heure bien matinale, elle a tenu à se lever pour me tenir compagnie pendant le petit-déjeuner et me dire au revoir. J’emporte avec moi son visage triste et anxieux. Triste de mon départ et anxieux qu’il ne m’arrive quelque chose. C’est un de ces défauts. Nonna a peur, souvent. Peut-être est)ce quelque chose qui arrive quand on est parents et grands-parents ? Avant de disparaître sous le pont, je lui fais un grand signe. Heureusement, u voisin en promenade vint la distraire. Ça me réconforte car je sais qu’au village, elle ne sera jamais vraiment toute seule.

Tout commence par la ligne Bari-Bologne. Je n’en ferai que 45 minutes jusqu’à Pescara mais si vous preniez ce train du début à la fin, vous longeriez la majeure partie de la côte adriatique Sur cette petite portion, on navigue entre tunnels et vision des petites stations balnéaires qui parsèment le littoral : San Vito, Francavilla le chantier naval d’Ortona et sa marina. C’est comme un ultime au revoir à la plage que j’ai fréquentée pendant si longtemps. Un dernier regard sur l’eau qui scintille, aux nuances du sable et aux parasols colorés… POUF, nous voilà en ville : Pescara, c’est ici que je change de train.

La gare de Pescara, je commence à bien la connaître. C’est une sorte de caverne de béton sans grâce. Fonctionnelle, pas plus, apparemment construite dans les années 70 mais comme toutes les gares, elle a son petit café, j’ai une demi-heure de transit, plus qu’assez pour m’offrir un cappuccino avant de monter sur le quai 7 et d’embarquer pour le direct pour Rome. Surprise, le train n’a que 4 wagons et une locomotive ! Un bien petit train pour un trajet de 4 heures ! Pourtant, cette ligne Pescara-Rome est spectaculaire ! On me m’a souvent demandé pourquoi je ne prenais pas le bus (plus rapide et moins cher). Il suffit d’avoir parcouru le trajet une fois pour avoir envie de le refaire.

Le train ne met pas longtemps avant de sortir de Pescara. La plus grande ville des Abruzzes est une cité de taille moyenne et on a vite fait de se retrouver dans l’arrière pays, où le relief commence à s’accentuer. Après l’arrêt à Chieti, le grand spectacle commence ! C’est que le train va traverser les Apennins, la chaîne de montagnes qui forme la colonne vertébrale de la péninsule, de part en part et que dans les Abruzzes, ont y trouve ses plus hauts sommets, comme la Majella qui porte encore une couronne de neige. On ne peut pas la louper ! Elle trône fièrement dans le paysage et on a tout le loisir de l’admirer entre les oliviers et un ou deux palmiers. Très vite, tout devient de plus en plus escarpé. Le train entre dans le coeur des Apennins. Un paysage rude et vert qui enchante les yeux. Si tu as le temps, Lectrice, Lecteur, accorde-toi une faveur et arrête-toi à Sulmona avant de reprendre la route de Rome. C’est le paysage enchanteur qui m’a fait m’y arrêter (après y être pasée plusieurs fois et me disant que je serai bien descendue là). La ville natale d’Ovide est en enchantement et je me souviens encore de ses jolies rues et du parfum des confetti (les dragées typiques de Sulmona) qui emplissent son air. Il faudra que j’y revienne pour plus de temps ! C’est aussi la dernière des villes avant un long trait d’une heure sans aucun arrêt dans des paysages à couper le souffle entre montagnes et grandes plaines. La ville d’Avezzano, allongée dans une large vallée entourée de sommets, donne d’ailleurs fort, fort e,vie qu’on s’y arrête. Tout comme la ville de Tagliacozzo dominée par une énorme falaise, Carsoli, qui au lieu d’être perchée sur une colline, est en contrebas et semble dévaler des rochers comme une petite cascade de pierre. Ou encore, plus près de Rome, la ville de Tivoli où se situent les ruines de la villa de l’Empereur Hadrien.

En fait, en écrivant ces quelques lignes, Lectrice, Lecteur, je réalise que ce serait une super idée de voyage. Consacrer une dizaine de jour et m’arrêter dans chacune de ces villes de cette magnifique ligne de train. Il faudra l’approche de la banlieue romaine, quelconque comme toutes les banlieues de n’importe quelle grande ville, pour me tirer de ma rêverie. Je remets mes affaires en place, prépare mon sac à dos, dégaine GoogleMap sur mon smartphone, telle une guerrière prête à l’attaque ! Avant d’arriver, à la Gare de Terminai, j’aperçois mes premières ruines et les premiers palazzi Renaissance de Rome.

Les plans pour l’avenir, c’est bien joli mais pour le moment, j’ai une vieille amie à retrouver et elle m’a beaucoup manqué !