Tous les jours ou presque, je vous livrerai ici mes « Chroniques de vacances ». Aucun autre but que celui de vous raconter des impressions, des sensations, traduire des goûts et des odeurs, des petits moment de vacances, puisque me voilà arrivée dans mon petit village des Abruzzes où le fonctionnement normal du blog restera de côté pendant plusieurs semaines. Et parce que j’avais envie de retrouver le plaisir spontané d’écrire juste pour la beauté du geste, ces chroniques vous tiendrons compagnie pendant ce temps là. Pour mon plaisir et j’espère aussi pour le vôtre.

Quatre ans. Quatre ans sans revoir le village familial, sans sentir l’air des collines abruzzaises rempli de cigales, sans voir son horizon vert, jaune et bleu ni les murs blanchis de notre maison. Parce qu’il y a toujours des empêcheurs de tourner en rond. Le boulot étant au premier plan. Plus maintenant, en tout cas pour cette année. Et comme je suis libre comme l’air (ou presque), pourquoi ne pas accompagner ma Nonna qui s’y rend chaque année en bus ?

A bientôt 91 ans, ça fait dix ans qu’elle dit que c’est peut-être la dernière année qu’elle y va. Et chaque année, la voilà, prête à affronter les plus de 24 heures de bus qui la conduisent de Belgique à l’extrémité sud des Abruzzes. Mais chaque année, le village perd de ses habitants qu’elle connait : décès, déménagements auprès de la famille pour être plus proches, placement en maison de repos… Je me dis que la seule raison qui fera que Nonna n’aie plus envie d’y aller, ce sera parce qu’il n’y aura plus personne à voir. Mais pour le moment, bon pied, bon oeil, elle s’est levée à 4h00, a préparé son petit-déjeuner et le café, en attendant que je daigne descendre. Mon père ne viendra pas nous chercher avant 5h45, mais elle aime prendre son temps. Elle a besoin de prendre son temps.

A 6h30, nous voilà dans le bus… il ne faudra pas longtemps avant qu’elle n’ait fait la connaissance avec la moitié des passagers. Elle est comme çà, Nonna. Extravertie, spontanée, directe. Il lui faut très peu de temps avant de se faire des nouvelles copines, qualité que je lui envie énormément. Souvent, elle plaisante en me disant que mon frère et moi avons un caractère de « sauvages », à garder les gens à distance et que ça doit sans doute être à cause de notre côté flamand, hérité de notre grand-père maternel. En attendant, pendant que je regarde le paysage, elle papote avec les voisines de bus, toutes venues avec des enfants. Un gros bonus pour elle qui adore les petits !

C’est sans doute cette première partie qui est la plus longue, lorsqu’il faut « ramasser » les passagers dans différentes villes du Hainaut. La tâche prend au moins deux heures et nous allons encore récupérer d’autres passagers à Luxembourg et Bâle mais en attendant, nous voilà lancés sur la route des vacances sous un superbe soleil de début d’été. Aux collines d’Ardennes, succèdent les petites montagnes des Vosges et en fin d’après-midi, aux Alpes suisses. Je suis joie, je pensais que nous y arriverions à la nuit tombée mais non ! Nous allons pouvoir profiter des beautés du paysage de la Confédération helvétique, à la joie des gamins à bords qui s’émerveillent à la vue des chalets, des montagnes, des torrents et des lacs. Les souvenirs de mon séjour en Suisse me reviennent à la pelle. La montagne en été a un charme puissant que même moi qui suit plutôt une « beach girl », je me languis de la revoir ! On a même droit à un magnifique coucher de soleil sur le Lac de Lugano, signe que nous ne nous sommes plus très loin de la frontière. Dans mon esprit, l’autre côté du tunnel du Saint-Gothard, qui débouche sur le Tessin, c’est LE signe que les vacances commencent vraiment. C’est là où le soleil se dévoilait après les nombreux nuages qui planait souvent un peu avant l’entrée du tunnel. Le signe de l’Italie.

Il fait encore clair quand nous frappons aux portes de Milan et nous arrêtons pour une demi-heure à notre premier Autogrill italien ! Nonna et moi avons eu la même idée : prendre un cappuccino ! Pour elle, comme pour moi, le premier café bar est LE signe que nous sommes de retour en Italie. C’est un rituel. Jamais le café n’aura le même goût qu’il a ici. Ça fait partie de la magie du pays. C’est aussi le dernier arrêt avant la courte nuit qu’il faudra passer à bords, à compter les heures parce qu’il est impossible de dormir. Ni pour Nonna, ni pour moi. Alors, on ferme les yeux, on somnole… Un arrêt en pleine nuit aux portes d’Ancona nous signale que nous sommes sur la dernière ligne droite et quand le soleil se lève, au loin, voilà la mer. La Mer Adriatique qui scintille sous la lumière rose-orangée du matin. Elle semble cracher le soleil qui s’extirpe de l’eau rapidement. C’est qu’ici plus au sud, le lever du soleil est plutôt court. Tout comme le coucher. Tout doucement, le bus se réveille. Nos petits voisins de voyage ont du mal à ouvrir les yeux : eux, ont dormi comme des loirs. Ça fait depuis le début du voyage qu’ils demandent si nous sommes arrivés. Cette fois, leurs mamans peuvent répondre qu’on y est presque !

A 7h15, le soleil est déjà haut et nous voilà déposées à un petit restaurant en bas de la route qui mène au village. Nous sommes attendues, c’est le visage souriant du cousin Renato, bien réveillé malgré l’heure matinale, qui nous souhaite la bienvenue. Il est venu nous chercher pour nous emmener jusqu’au là-haut, au village. Nonna se met tout de suite en mode dialecte pendant que la voiture commence la petite ascension. C’est comme un bouton on/off. La voilà en mode « Italie ». Moi aussi. Et quand nous déchargeons nos bagages et poussons la porte de la maison, c’est comme si les dernières 24 heures n’avaient pas existé. Enfin ce le sera après une bonne sieste.