Charleroi, une fois qu’on s’y habitue, eh bien on y prend goût ! Me voilà repartie, sur l’invitation de Visit Charleroi, pour une 3ème fois, dans la métropole wallonne. La question se posait : comment visiter Charleroi en temps de Covid, avec ma bulle et quelles activités d’extérieur, ou pas, puis-je faire ? Suivez le guide !

Visiter Charleroi en jouant avec Totemus

Que j’aime ces matins de printemps où l’air est encore frais mais le soleil radieux ! Nous ne sommes pas encore assez avancés dans la saison pour que la lumière du matin soit dissipée quand j’arrive en gare de Charleroi Sud. J’ai une longue et belle journée devant moi et ce n’est pas le moment de traîner, ma première activité démarre tout de suite, à peine sortie du train avec l’application « Totemus ». Totemus est une appli gratuite et qui permet à ceux et celles qui l’utilisent de découvrir une ville ou une région sous la forme d’un jeu de piste. Tout au long du parcours, on répond à des questions, on observe, on essaie de se diriger pour récolter des symboles et enfin, obtenir les coordonnées GPS du lieu où se trouve le totem. On trouve des parcours partout en Wallonie et seulement deux à Bruxelles.

Me voilà donc armée de mon smartphone pour découvrir le centre de Charleroi comme jamais ! Evidemment, je ne peux pas vous en dire trop sous peine de gâcher le jeu mais le parcours couvre tout ce que Charleroi peut offrir de mieux : Ville Basse, Ville Haute, street-art, architecture, personnages célèbres, bâtiment remarquable et parc… On se laisse très, très vite prendre au jeu. Si on ne sait pas que visiter à Charleroi, Totemus n est un excellent point de départ. De même, si vous êtes en balade à Charleroi avec des enfants (je dirai à partir de 6 ans), ils vont adorer . Même toute seule, je me suis retrouvée à trépigner vous voir la prochaine étape après avoir résolu une énigme. Le seul désavantage de l’application ? Elle demande à être connectée en permanence donc, pas de data, pas vraiment de jeu.

La pause frites chez Robert

Il est presque 13h, donc plus de temps à perdre pour casser la croûte et à Charleroi, quand on a besoin de manger de manger en adresse, comment résister à l’appel de la patate chez Robert la Frite ? Une institution depuis 1952. Bien placée à côté de la gare de l’Ouest, Robert en a régalé des Carolos et même s’il n’est plus à la friterie, elle est restée dans la famille. Les frites sont fraîches et coupées à la main alors voilà… reste plus qu’à goûter et… à mon grand regret, je reste un peu sur ma faim (même si j’ai tout mangé). Le goût y était mais les frites étaient plutôt molles… Sans doute un mauvais batch de pommes de terre. Néanmoins, le service est super-sympa et le choix d’accompagnement, tant en viande qu’en sauce, est pléthorique. Il faudra que je revienne réessayer.

Le choix d’aller manger Robert la Frite tenait aussi au fait que la Place de l’Ouest est voisine de la Place de la Digue, où j’ai justement rendez-vous !

Randonner sur la Boucle Noire

Dans une drôle de coïncidence, j’arrive sur la place un quart d’heure plus tôt et mes guides viennent aussi d’arriver ! Montserrat et Jean-Pol sont guides pour l’association Les Terril-bles. Leur mission : mettre en valeur le patrimoine industriel et naturel de la chaîne des terrils de Charleroi. Et ils n’en manquent pas ! Il suffit de retourner vers la Gare de l’Ouest pour trouver le trou dans le mur du charbonnage qui marque le début (ou la fin, ça dépend comment on le prend) de la « Boucle Noire ». Née de l’initiative de l’ASBL Les Chemins des Terrils et des Sentiers de Grande Randonnées, cette Boucle Noire passe dans des paysages qu’on n’a pas l’habitude de voir quand on pense à un GR. La boucle fait partie du GR412 qui relie les grands sites miniers de Wallonie d’est en ouest.

Ce GR est hors-norme déjà par son numéro : le GR412. Il ne suit aucune numération « officielle ». Le 412 vient de la date 4 décembre, celui de la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs, et dont la statue ornait tout charbonnage. Ensuite, il traverse un mélange de paysage urbain, industriel et post-industriel, plutôt que grands espaces naturels. Pourtant, la nature, je vais en voir et beaucoup ! La partie que nous allons se faire va se concentrer sur les anciens terrils. Le trou par lequel nous sommes passés, c’est la « Porte d’Adrien », jeu de mot d’un artiste du même nom qui a creusé ce trou en référence au Mur d’Hadrien qui séparait l’ultime frontière de l’Empire romain contre les « barbares » pictes de ce qui est aujourd’hui l’Ecosse.

Lors de la randonnée, vous tomberez certainement sur des dépôts de déchets clandestins, voire un campement de SDF notamment au pied du terril des Piges. Cela fait aussi partie du paysage de Charleroi. Pour comprendre cette ville, il faut savoir qu’une partie de la population vit dans une précarité plus ou moins sévère. Une réalité qui ne peut être ignorée.
Nous allons tout d’abords marcher au bord le plus d’entre tous, le terril des Piges. Je l’ai déjà escaladé deux fois donc, pas besoin d’une troisième mais c’est la première fois que je le vois aussi vert. Au fur et à mesure des années, la végétation a progressivement pris d’assaut ce qui était une masse stérile de déchet de charbon. D’abords des petits plantes résistantes, plus de plus en plus. Les arbustes et petits buissons commencèrent alors à pousser, puis les arbres. Les bouleaux d’abords. « Une espèce pionnière et qui ne vit pas très longtemps » me dit Jean-Pol. Finalement, d’autres essences apparaissent. Qui sait si dans quelques années, on retrouvera des chênes sur les flancs des terrils ? Au fur et à mesure que s’élève le terril, la végétation s’étiole jusqu’à ce qu’au sommet, il ne reste quasi plus que le schiste nu. Quel étrange sentier que cette « terre » gris foncé qui contraste avec le vert clair de l’herbe et des feuilles fraîchement sortie ! Après avoir contourné les Piges, nous marchons le long de Dampremy, ancien village ouvrier où on était verrier ou mineur, Dampremy fait partie de ces endroits qui oubliés par le déclin de l’industrie. Mais j’en avait parlé lors du Safari urbain avec Nicolas. Dans les rues, l’urbanisme raconte ces dernières années. Il y a des petites maisons, celles de ouvriers, on a aussi des bâtisses un peu plus imposantes des ingénieurs des mines et puis carrément un château, celui de Philippe Passelecq, directeur-gérant au Charbonnage de Sacré-Madame, comme une bulle de luxe dans un paysage urbain qui crie la modestie. En quelques mètres carrés, le système de véritable castes socio-économiques est raconté. Nous quittons Dampremy pour retourner vers un autre pays, celui de Saint-Théodore. Il est un peu plus facile à grimper que celui des piges, mais c’est quand même un bel exercice. Je retrouve à nouveau ce drôle de sentiment d’être un peu reine du monde là-haut. J’essaie de me représenter le paysage d’antan avec le bruit des usines, les fumées sortant de toutes les cheminées… Un paysage de rouge et de noir, maintenant vert où à la place des poussières, volent maintenant des papillons.

Nous marchons vers un autre terril, ou plutôt deux… ceux de Saint Charles-Bayemont. Ces deux terrils ont été combiné en un seul et ont connu une seconde vie après la fin de l’exploitation du charbon. Jusqu’à il y a 20 ans, on y utilisé le schiste résiduel. C’est donc une base de pyramide tronquée qu’on gravit, avec un grand plateau à son sommet. Une roselière y a même été plantée. Elle abrite les oiseaux de passage.

Il est déjà plus de 16 heures et il est temps de faire demi-tour, nous contournons Saint-Théodore avant de reprendre le sentier par lequel nous sommes passés. La transition se fait en douceur, au fur et à mesure, à travers le bois du terril, on entend le bruit de la circulation… nous revoilà en ville.

Le Musée de la photographie à Charleroi, le musée qui ose

Le lendemain matin, j’ai rendez-vous dans un joyau de musée : le Musée de la photographie de Charleroi. Un musée que je connais mais qui fait plaisir à retrouver grâce à ses expositions temporaires. Et à Charleroi, on aime les expos chocs ! Je me souviens encore de l’expo coup de poing lors de mon passage au BPS 22…

Cette fois, l’une des 5 expos temporaires est consacrée à Joel-Peter Witkin. Escortée par Marie-Jeanne Vanesse, nous allons passer un bon moment à travers cette expo d’un artiste qui n’hésite pas à pousser l’enveloppe et qui n’est pas à mettre sous tous les yeux. Witkin, c’est d’abord un traitement de la photographie comme un tableau. Il possède un grand studio dans un hangar à Brooklyn où il peut mettre en scène ses tableaux. Je parle bien de tableaux car certains sont des reproductions, à sa sauce, de peintures connues comme « The raft of George W. Bush » qui est calqué sur le « Radeau de la Méduse » de Géricault. Illustrant le naufrage de la politique américaine sous Bush Junior, on aperçoit un George Bush (un sosie engagé par le photographe), se détournant des survivants qui tentent de donner l’alerte alors qu’il caresse le sein d’une femme évanouie à ses pieds.

Witkin était aussi fasciné par les personnes transgenres ou intersexes, qu’il met souvent en scène dans des reproduction de tableaux classiques ou religieux. Dans certains cas, il utilise des parties de cadavres, achetés à des morgues, qui figurent dans des natures mortes par exemple. Mais Witkin a souvent l’habitude traiter ses tirages en les griffant ou en leur faisant subir un traitement chimique ce qui fait qu’on ne peut presque pas distinguer ce qui est une photographie ou ce qui est une peinture. Vous l’aurez compris, il faut avoir l’esprit ouvert. Moi, j’ai aimé cette ambiance onirique.

La deuxième expo temporaire est celle du Belge Peter H. Waterschoot : « Sunset Memories ». A différent endroit du monde, le photographe a pris des clichés de lieux vides. Une seule photo comporte un humain. Bien malin ou maligne celui ou celle qui pourrait dire où sont prises ces photos. Elles semblent ne pas avoir de caractéristiques qui pourraient les replacer : un lit, un pot de fleur, un pan de fenêtre avec un paysage flou qu’on n’arrive à définir… toutes sont dans la pénombre mais avec une couleur dominante, comme étouffée mais les photos mises bout-à-bout forment un arc-en-ciel.

Enfin, la troisième que j’ai vue est celle de Debi Cornwall « Welcome to Camp America ». Debi Cornwall est une des rares photographes à avoir été admise dans le camp de Guantanamo, cette base militaire et camp de détention situé… à Cuba. Très encadrée par l’armée US, la photographe a dû faire avec les règles imposées et suggère plus qu’elle ne montre. L’expo se décline en 3 volets : les lieux de détentes des soldats (un morceau de l’arche du McDo du camp, des transats sur une plage… Ces photos en extérieures sont souvent pleines de couleurs mais une dominante froide a été appliquée qui leur donnent un aspect glacé en total contraste avec la chaleur cubaine. Le deuxième volet est celui du camp de détenu. On voit des cellules vides, des couloirs… et un sinistre fauteuil roulant ou on peut voir des courroies qui servent à entraver le détenu qui y serait assis. La 3e partie est consacrée aux détenus qui ont été relâchés. Là, on quitte Gitmo pour d’autres horizons : l’Allemagne, la France… où les ex-prisonniers posent de dos.

Dépêchez-vous, ces expositions se terminent le 16 mai 2021.

A côté de ça, vous y trouverez une foule d’ancien appareil-photos. Dans cet ancien Carmel, la partie originale du bâtiment a été aménagé pour exposer une partie « historique » de la photographie (des débuts jusqu’à plus ou moins les années 70) tandis que l’extension moderne du musée traite de la photo contemporaine mais par thèmes plutôt que par ordre chronologique.

Dormir à Charleroi au Novotel Charleroi Centre

Ce n’est pas la première fois que je vais séjourner au Novotel de Charleroi et comme il n’a que 3 ans, il est aussi beau que quand je l’avais visité à son ouverture. Le staff de l’hôtel, toujours aussi jeune et sympa (ça fait énormément la différence en cette période un peu troublée) et c’est eux qui mettent la vie dans le joli lobby vide de l’hôtel. Mesure anti-Covid oblige, vous recevrez votre plateau de courtoisie et vos gels de douche et shampoing dans un petit sac qui vous sera remis au check-in.

La particularité de cette nuitée était que ce week-end bien précis, un dîner gastronomique était proposé en chambre. Aux fourneaux, Nicolas Tournay, le Chef du Mont-à-Gourmet et meilleur cuisinier de Belgique 2020. Une expérience insolite que de déguster un veau de pays et asperge de Malines avec jus de joue et de ris aux morilles tout en regardant Koh Lanta sur la télé de ma chambre. Mais franchement, j’ai apprécié de pouvoir déguster un excellent repas dans l’intinimité de ma chambre, à mon aise ! Les terrasses des restaurants rouvrent en Belgique le 8 mai et l’hôtel ne sait pas si, malgré le succès, ils renouvelleront l’expérience (avant que les restaurants ne rouvrent complètement) mais gardez les réseaux sociaux du Novotel Charleroi à l’oeil, d’autant plus que le tarif de la nuitée et du repas était plus que raisonnable : 99€ par personne (sans les boissons).

Novotel Charleroi Centre

Place Verte 17
6000 Charleroi

Cette escapade carolo a été réalisée en collaboration avec Visit Charleroi – CM Tourisme mais les opinions de l’auteiure lui reste propre.

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