On continue sur des terres tout aussi vertes pour ce second jour de découverte des perles du tourisme de la Province de Hainaut. Après Chimay et la Botte, nous voilà Camille et moi à Thuin. Mais au vert, va vite succéder le gris… Le gris antracite du charbon, le gris plomb des canaux quand le ciel fait la moue ou le gris de la pierre bleue si typique de la province. Laisse-moi te compter les nuances, Lectrice, Lecteur. 

Thuin, le mur qui avait les pieds dans l’eau

Perchée sur un promontoire, la ville située au confluent de la Biesmelle et de la Sambre, est sans doute une des plus charmantes de la Province.

Depuis les bords de Sambre, Thuin s’élève comme un mur et depuis la place au pied de son beffroi (patrimoine UNECSO), on domine toute la vallée et on découvre un paysage tout vert et riant. Sur la droite, vous verrez sans doute des péniches à quai. C’est que Thuin est étroitement associée à la batellerie. Dans le passé, une personne sur 4 travaillait dans la batellerie et la ville reste un lieu de villégiature, et même de retraite, pour tout patron de péniche. Une péniche-musée, le Thudo, est d’ailleurs consacrée à ce lien étroit entre la ville et la navigation fluviale.

Si la ville est connue, c’est aussi pour ses jardins suspendus. Les jardins suspendus, ce sont une suite de jardins de potagers en terrasse qui grimpent tout le long du versant sud de la vallée de la Biesmelle. Au fur et à mesure des changements des murs de fortification, les habitants de Thuin se sont emparés de ces pans de terre devenus libres pour pouvoir y cultiver, chaque espace étant précieux vu la topographie de la ville. L’une des particularités des jardins est que les pierres utilisées comme mur, du grès, emmagasinent la chaleur. Cela a donc pour effet de donner une flore presque méditerranéenne aux jardins. On y cultive même la vigne ! Une promenade balisée vous fait parcourir tous les jardins. Soit depuis la ville haute, soit depuis la rivière. C’est cette deuxième option que nous avons choisi pour nous promener, guidées par les différents panneaux le long du parcours. On grimpe donc le long des anciennes fortifications. La plupart du temps, les plantes grimpantes ont pris d’assaut les murs. Les portes à claire-voie laissent entrevoir de jolis jardins, quelques fois fleuris, quelques fois potagers, coupés au cordeau ou plus sauvage. C’est charmant, d’autant plus que la vieille ville avec ses maisons de pierres et ses pavés contribue à renforcer l’ambiance d’un endroit un peu hors du temps. Un vrai festival pour ceux qui aiment la photo !

Pas étonnant que Thuin serve souvent de ville d’accueil pour des résidences d’artistes ! En tout cas, ça m’a donné envie de revenir.

L’Abbaye d’Aulne a de beaux restes !

Après cette petite promenade, nous remontons en voiture, direction Charleroi. Sur le chemin, nous allons nous arrêter brièvement à l’Abbaye d’Aulne. Du moins, les ruines de l’abbaye. Construite là où un prieuré bénédictin existait depuis 657, cette abbaye cistercienne aura un rayonnement important durant les siècles de son existence, suivant les aléas de la Thudinie, Le XVIIIe, le siècle d’or de l’abbaye se termine brutalement avec l’arrivée des révolutionnaires français qui la pillent et la brûlent presque tout entière. Ce qui restera sera démantelé et revendu. Il reste donc des ruines particulièrement romantiques et un beau domaine qui est à présent un site protégé . Je l’avais visité il y a quelques années et j’ai encore le souvenir du contraste entre le parc et les jardins bien tenus entourés de majestueux pans de façades et de murs sans toit.

Charleroi et ses terrils

Changement de décor complet pour l’étape suivante : les collines se transforment en terrils, les petites routes en quatre bandes, au lieu de châteaux, ce sont des usines qui trouent le ciel : nous voilà arrivées à Charleroi. Dans cet univers de charbon et de métal, la nature s’est frayée un chemin… même toute avenue en fait. Le paysage de Charleroi est parsemée de monticules de déchets de charbon et ces petits et grand monticules, une fois laissés à l’abandon après la fermeture des mines, se sont vite retrouvés couverts par la végétation. Pas seulement par de mauvaises herbes ou des ronces mais par des fleurs, des buissons et même des arbres. C’est le cas du Terril des Piges, qui se trouve à Dampremy.

Souviens-toi, Lectrice, Lecteur, j’y étais allée avec le safari urbain de Nicolas Dussart mais c’était au tout début du mois de novembre et le paysage est complètement différent : au lieu de branches nues et d’herbe gelée, les arbres sont tout vert et les fleurs de la fin de l’été jettent encore leurs couleurs sur la terre noire du terril. C’est cela qui est surprenant : la couleur carbone du sol, surtout lorsqu’on approche du sommet, là où les plantes se raréfient ! Grimper en haut du terril ne prend pas beaucoup de temps mais il faut de bonnes chaussures et une bonne dose d’équilibre puisque ce sont à la base des gros tas de déchets et celui ci étant un mélange entre terril à plateau et conique (vers le sommet), ça glisse et la montée est ardue. Ça me donnera l’occasion de sentir le « feu » qui couve encore sous les terrils. Posez vos mains sur le sol : vous y sentirez une chaleur s’en dégager. Le terril est peut-être combustion lente ou peut-être que les déchets de charbons noir ont emmagasiné l’énergie du soleil ?

Une fois arrivées au sommet par contre, c’est un paysage époustouflant : tout Charleroi se révèle à nous, son tissu urbanistique mais surtout, ses usines, immenses, partout, elles mangent le paysage… L’horizon est aussi parsemé de plusieurs terrils qui forment comme une chaînes de petits sommets isolés tout le long du paysage et tout à côté, dans votre dos lorsque vous regardez Charleroi, comme lové contre le terril, il y a Dampremy et ses petites maisons ouvrières toutes serrées les unes contre les autres. C’est un véritable témoignage de la résilience de la nature aussi ! Sur les flans près du sommet, noyée dans l’herbe, reste un dernier témoignage des charbonnages : une poulie qu’on a découvert récemment qui est laissée là, comme un dernier souffle de l’épopée industrielle du charbonnage. Sur le sommet du terril, crois-moi, Lectrice, Lecteur, on se sent comme les rois et reines du monde !

Seneffe, canal et château

Après un bon déjeuner au Quai 10, où j’avais déjà eu l’occasion d’aller manger, nous reprenons la route pour des paysages plus bucoliques. Seneffe, au centre du Hainaut, est un coin de convergence. C’est assez nature comme la campagne du Brabant wallon tout proche mais nous sommes aussi à la limite des régions du Centre et du Pays de Charleroi. L’industrie n’est pas loin mais c’est surtout l’eau qui marque le paysage, notamment celle du vieux canal Bruxelles-Charleroi. Tout comme à Thuin, les bateliers et ceux qui aiment les sports nautiques sont gâtés ici. Seneffe dispose d’un port de plaisance et d’un club de voile mais aussi d’un centre ADEPS spécialement dédié aux sports nautiques, y’a de quoi faire ! Mais là où Seneffe brille, c’est par son splendide château.

Le Château de Seneffe est un des plus beaux de Wallonie, sans aucun doute. Majestueusement installé dans son domaine, son entrée en met déjà plein les mirettes et quand je m’avance sur la grande allée, j’ai du Vivaldi et du Mozart dans les oreilles car tout ici respire la frivolité du XVIIIème siècle. C’est d’ailleurs le siècle de sa construction ! Julien Depestre, riche banquier, le fit construire et le château est maintenant propriété de la Communauté française de Belgique. Il abrite la plus belle collection d’objets d’orfèvrerie mais les espaces de résidences du château se visitent aussi. Le domaine, lui, est accessible gratuitement et 7 jours sur 7. Et quel domaine ! Jardins à la française, jardins à l’anglaise, plans d’eau… C’est tout simplement majestueux. On y trouve également un théâtre et une orangerie qui se transforme en brasserie du mardi au dimanche. L’enchantement est encore renforcé par un couple et une petite fille en costumes d’époque qui sont apparemment là pour une shooting photo. Bref, c’est une vraie pépite du patrimoine hennuyer et wallon. J’essaie de m’imaginer déjeuner dans un tel cadre… Idéal pour un rendez-vous romantique.

Un logement insolite dans le domaine d’un château

C’est donc à regret que nous quittons le château pour notre dernière étape de la journée, pas très loin de là à Arquennes. un charmant village que nous aurons traversé plusieurs fois à la recherche de ce fameux endroit : la Cabane de Marie. Imaginez-vous dans le parc d’un château (encore un, ça fera le 4ème après celui de Thuin et de Feluy aperçus depuis la route), le Château de la Rocq, et dans ce domaine, une grande cabane perchée sur les branches d’un chêne. Vous pensez que ce sera rustique à l’intérieur avec un pauvre lit et une toilette sèche ? Eh bien non ! C’est peut-être bien rustique mais du rustique de luxe ! Grand lit, baignoire et douche, un patio pour admirer le parc. Bref, une vraie chambre d’hôtel de bonne tenue… mais perchée. Je n’ai qu’une envie, sauter sur le grand lit, et priez pour qu’on oublie de venir vérifier la cabane avant la nuit pour que je puisse y rester. Comptez environ 300 Euros pour ce moment en pleine nature.

Et c’est en quittant le domaine de la Rocq que se referme cette journée dans la région centrale du Hainaut, pays des rivières, des canaux et des châteaux.

Pour aller plus loin
Faire ce circuit sans voiture

Nous voilà sur un circuit un peu moins compliqué à réaliser avec les transports en commun mais qui prendra un peu de temps par rapport à la voiture.

La ville de Thuin est desservie par des trains via Charleroi, elle est donc facile d’accès.

Pour rejoindre l’Abbaye d’Aulne, prendre le bus 192 en direction de Nalinnes. Un arrêt de bus à Gozée se trouve à côté de l’Abbaye.

Pour retourner vers Charleroi, vous pouvez soit prendre le bus en sens inverse pour Thuin puis le train vers Charleroi ou continuer en direction de Nalinnes et vous arrêtez à la gare de Ham-Sur-Heure avant de reprendre le train vers Charleroi.

Pour arriver au château de Seneffe depuis Charleroi, il faudra prendre le train vers Nivelles puis le bus 72 en direction de Manage Gare et descendre à Seneffe Centre. Ou au contraire, prendre le train pour Manage, puis le bus 72 pour Nivelles et toujours descendre à Seneffe Centre. Il faudra marcher environ 17 minutes pour rejoindre le château. Il existe un arrêt de bus à côté du chateau (La Frresterie)  mais qui n’est pas aussi bien desservi, il vaut donc mieux marcher.

Pour rejoindre le château de la Rocq et la Cabane de Marie, c’est plus difficile. Il existe bien depuis Seneffe un bus (le 72 en direction de Nivelles) qui se passe par Arquennes mais ne s’arrête pas à côté du château. Il faudra à un moment trouver un transport

Cet article a été écrit dans le cadre d’une collaboration avec Visit Hainaut. Les opinions de l’auteure, elles, lui restent propres.
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